

Laissé pour mort, un tueur psychopathe poursuit sa croisade sanglante contre les femmes en se cachant sous l’identité d’un patron de club de strip-tease…
Lee succès inespéré de The Touch of Her Flesh, minuscule film d’horreur érotique bricolé en quelques jours par les époux Michael et Roberta Findlay, les poussa logiquement à en réaliser une suite dès l’année suivante. Le modèle économique des longs-métrages de Findlay, qui amorcèrent leur carrière en 1964 avec Body of a Female, repose sur une mécanique bien huilée : ils assurent tous deux la grande majorité des postes artistiques et techniques, sollicitent quelques filles sexy et impudiques pour les déshabiller à l’écran, brodent des intrigues squelettiques dans lesquelles s’entremêlent la luxure et la violence, et emballent le tout en un temps record. Après The Touch of Her Flesh (« Le contact de sa chair »), place donc à The Curse of Her Flesh (« La malédiction de sa chair »). Le film commence par le show d’une strip-teaseuse sur scène, accompagnée par un big band endiablé. Puis un homme fait ses besoins dans les toilettes du club, sur le mur desquels est écrit le générique du film, tandis que résonne le bruit de l’urine qui coule ! Cette entrée en matière culottée laisse entrevoir la malice des Findlay, qui manifestement ne se prennent pas trop au sérieux et entendent bien le faire savoir aux spectateurs. La voix off de Roberta Findlay nous résume alors les faits survenus dans le film précédent, autrement dit les déboires de Richard Jennings (joué par Michael Findlay lui-même), mari cocu devenu assassin psychopathe.


Très évasif, le scénario ne nous explique jamais comment le tueur a survécu, puisque nous le quittions abattu par un carreau d’arbalète à la fin de The Touch of Her Flesh, ni de quelle manière il est devenu propriétaire d’un club de strip-tease, ni même pourquoi son œil crevé est soudain valide, ce qui ne l’empêche pas pour autant de conserver la plupart du temps son patch de pirate ! Désormais dissimulé sous le pseudonyme de Joe Davidson, il poursuit sa croisade contre les femmes « impures » en sollicitant les armes les plus improbables : une machette, du poison versé sur les pattes d’un chat, des strings empoisonnés ou encore un godemichet piégé qui se transforme en poignard ! Notre homme s’improvise aussi médecin (il répare l’hymen d’une jeune femme pour faire croire à sa virginité au sein d’une machination alambiquée) et cinéaste amateur (il projette à un époux les ébats sexuels de sa femme avec une courge phallique). Malgré le caractère particulièrement glauque de cette histoire de vengeance, les Findlay conservent l’approche au second degré qu’annonçait le générique du film. Pour preuve ce dialogue bourré de sous-entendus salaces (digne d’un Austin Powers) à propos de la gloutonnerie de la chatte d’une jeune femme.
Le nettoyeur
Dommage que le récit des exactions machiavéliques de Jennings/Davidson – qui constitue la partie la plus intéressante du film – n’occupe qu’environ 20% du métrage, les 80% restants étant consacrés à des séquences de strip-tease, de déshabillages ou de coucheries qui finissent par traîner en longueur. Sans compter ces passages incompréhensibles – le monologue de l’ivrogne sur une scène de théâtre – ou ces numéros fétichistes excessifs – notamment une scène SM pseudo-gothique à faire pâlir Jess Franco lui-même. Ces polissonneries à répétition empêchent The Curse of Her Flesh d’atteindre la folie horrifique d’un Abominable docteur Phibes ou d’un Crime au musée des horreurs, dont le film de Findlay possède pourtant le potentiel. « Ne réalises-tu pas que je rends un service à cette ville en la débarrassant de cette écume nacrée ? » s’exclame d’ailleurs le super-vilain exalté face à un policier qui le soupçonne. Le film se distingue de son prédécesseur par des moyens manifestement plus importants. L’amélioration la plus importante, par rapport à The Touch of Her Flesh, est une prise de son professionnelle, qui permet aux personnages de dialoguer de manière plus concluante. On note aussi une certaine audace dans la mise en scène, notamment lors d’un affrontement final entre le tueur et l’homme qu’il juge responsable de tous ses malheurs, embarqués à l’arrière d’un camion qui fonce dans les rues de New York. Un troisième volet étant d’ores et déjà en préparation, le générique de fin nous annonce la couleur avec emphase : « Cela mettra-t-il fin à la carrière sanglante de Richard Jennings ? Sa soif de sang de jeunes filles nues a-t-elle été assouvie ? Ne manquez pas The Kiss of Her Flesh, bientôt à l’affiche de ce cinéma ! »
© Gilles Penso
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