THE DOG STARS (2026)

En 2035, dans un monde où la grande majorité de la population a succombé à une grippe fatale, une poignée d’humains tente de survivre…

THE DOG STARS

 

2026 – USA

 

Réalisé par Ridley Scott

 

Avec Jacob Elordi, Josh Brolin, Margaret Qualley, Guy Pearce, Allison Janney, Benedict Wong, Ewen Bremmer, James Craze, Sam Spruell, Sai Bennett

 

THEMA FUTUR

Capable d’enchaîner Blade Runner avec Legend, Black Rain avec Thelma et Louise ou Gladiator avec Hannibal, Ridley Scott est du genre éclectique, c’est le moins qu’on puisse dire. En 2025, alors qu’il s’apprête à se lancer dans un biopic des Bee Gees, une mésentente avec la production l’incite à tourner les talons pour chercher un autre projet. En découvrant sur son bureau le premier jet du scénario de The Dog Stars, écrit par Mark L. Smith et Christopher Wilkinson d’après le roman de Peter Heller, il décide aussitôt d’en faire son prochain film. « À la page 10, j’étais happé », raconte-t-il. « À la page 13, je priais pour qu’ils gardent le cap. Arrivé à la fin, j’étais conquis parce que cela apportait un autre point de vue sur la fin du monde. » (1) Scott étant généralement partisan des défis, on peut s’étonner de le voir s’engouffrer sur le terrain déjà surexploité et très codifié du récit post-apocalyptique. Mais le réalisateur d’Alien souhaite de toute évidence apporter sa pierre à l’édifice en s’appuyant sur un contexte géopolitique bien réel. « En réalité, il y aura, selon moi, surtout un dépeuplement progressif », explique-t-il. « Nous sommes désormais huit milliards d’individus, et nous n’avons pas besoin d’être huit milliards, n’est-ce pas ? Ou alors nous devons changer complètement notre façon de faire, à commencer par notre approche du réchauffement climatique. » (2) Bien qu’il s’appuie sur un livre publié en 2012, The Dog Stars trouve un écho particulier dans les souvenirs encore vifs de la pandémie de Covid.

Après avoir envisagé de retravailler avec Paul Mescall, qui tenait la vedette de Gladiator 2, Scott doit changer son fusil d’épaule – l’acteur étant pris par le biopic des Beatles réalisé par Sam Mendes – et choisit finalement Jacob Elordi (le monstre dans le Frankenstein de Guillermo del Toro) qu’il qualifie de « Gregory Peck sous stéroïdes. » L’athlétique comédien entre dans la peau de Hig, un ancien mécanicien qui vit dans le Colorado avec son chien Jasper et son ami Bangley (Josh Brolin), un ex-marine devenu survivaliste. Tous trois ont élu domicile dans un petit aérodrome, après qu’une pandémie de grippe dévastatrice ait décimé une grande partie de la population. Régulièrement, Hig pilote son petit avion à hélices jusqu’à Denver, désormais dépeuplée, pour s’approvisionner en carburant et en nourriture. Il ravitaille également une petite communauté évangélique voisine, au grand dam de Bangley qui préfère de loin la prudence aux actes humanitaires, perché la plupart du temps sur son poste d’observation, un fusil à lunettes à la main. Une radicale divergence dans les comportements et les points de vue oppose donc les deux hommes, mais c’est ce qui semble cimenter leur complémentarité. Rien ne semble plus différent que ce rêveur idéaliste, qui sillonne le ciel avec son chien et dort à la belle étoile, et ce bougon matérialiste, qui se méfie de tout en abattant le moindre intrus sans sommation. Si Bangley s’est adapté sans mal à ce nouveau monde (« le rêve américain », selon lui), Hig vise autre chose. Et c’est ce qui va finir par faire basculer leur routine…

Après la pandémie

Ridley Scott ne nous révèle son monde post-apocalyptique que progressivement. Il y a d’abord ce petit hangar pour avions déserté, puis cette grande ville à l’abandon, ces chiens errants, ces hélicoptères crashés dans la rue, ces voitures renversées, et finalement ces bâtiments en ruine autour desquels la végétation reprend peu à peu ses droits. L’anticipation n’est volontairement pas ostentatoire (après tout, l’intrigue ne se situe que dix ans dans le futur) et Scott y greffe une imagerie de western qui n’est pas sans évoquer The Postman de Kevin Costner. D’où certains passages étonnants, comme la cavalcade de bisons qui chargent de part et d’autre du coucou de Hig posé en pleine forêt. À contre-courant d’un Mad Max ou de Je suis une légende (avec lequel il semble au départ présenter plusieurs points communs), The Dog Stars privilégie les moments paisibles et bucoliques, porté par une bande originale légère d’Harry Gregson-Williams. Mais la violence reste sous-jacente, et lorsqu’elle éclate le temps de quelques séquences d’action nerveuses, nous comprenons aisément que la sauvagerie s’est emparée des hommes et que les instincts primitifs se sont propagés chez la majorité des survivants. Dans ce monde, finalement, c’est la confiance qui semble être devenue l’une des denrées les plus rares. The Dog Stars tire parti d’une poignée d’acteurs très convaincants et du sens de la mise en scène ample qui n’a jamais fait défaut à Ridley Scott (les panoramas captés en Italie sont somptueux, les séquences aériennes grisantes). Mais le film reste désespérément sage et n’apporte surtout rien de très neuf au genre. Voilà ce qui explique sans doute ses résultats très médiocres au box-office et son accueil glacial par la critique. La bouffée d’air frais qu’il nous offre et le signal d’alerte qu’il tire face à une société volontiers encline à l’autodestruction méritaient pourtant un peu plus de considération. Sans doute le film sera-t-il plus tard réévalué à la hausse.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans Vanity Fair en août 2026

 

© Gilles Penso

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