L’ÎLE INCONNUE (1948)

Des explorateurs qui ont sans doute trop vu King Kong se rendent sur une île perdue peuplée par des dinosaures en caoutchouc…

UNKNOWN ISLAND

 

1948 – USA / GB

 

Réalisé par Jack Bernhard

 

Avec Richard Denning, Virginia Grey, Barton MacLane, Philip Reed, Richard Wessel, Phil Nazir, Daniel White, Ray Corrigan, Snub Pollard, Harry Wilson

 

THEMA DINOSAURES

L’Île inconnue est un projet porté par la société de production d’Albert Jay Cohen – dont il s’agit à notre connaissance du seul long-métrage – et distribué par Film Classics, Inc. Créée en 1943, cette compagnie de distribution se spécialise d’abord dans la réexploitation de films indépendants et de productions acquises auprès des grands studios, avant de devenir un diffuseur de films à petit budget. L’Île inconnue s’inscrit dans la grande tradition des récits de « continents oubliés », popularisés par Le Monde perdu et King Kong. Comme ses prestigieux modèles, il raconte la découverte d’un territoire isolé où survivent des créatures préhistoriques. Mais le film de Jack Bernhard se distingue par un choix rare pour ce type de production à l’époque : le tournage en couleur. Soucieux d’offrir un spectacle ambitieux, Albert Jay Cohen opte pour le procédé Cinecolor, moins coûteux et plus simple à mettre en œuvre que le Technicolor. Si cette technologie confère aujourd’hui au film un aspect parfois étrange et délavé, elle constituait alors un véritable argument publicitaire. La promotion annonçait une production d’une ampleur exceptionnelle, prétendant qu’il avait fallu une année entière pour la réaliser. En réalité, le tournage débute en mai 1948 sous le titre The Unbelievable et s’achève rapidement, puisque le film sort à peine cinq mois plus tard. Faute de budget suffisant, la plupart des scènes avec les acteurs sont tournées aux General Service Studios d’Hollywood, dans des décors exigus qui imposent de nombreux plans rapprochés. Seule une seconde équipe est envoyée en extérieur, principalement à Palmdale et dans le ranch appartenant à l’acteur Ray Corrigan.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’aviateur Ted Osborne (Philip Reed) aperçoit au cours d’une mission une île inconnue perdue au milieu du Pacifique Sud. Convaincu d’y avoir vu d’étranges créatures préhistoriques, il décide de monter une expédition afin de percer son mystère. Accompagné de sa fiancée Carole (Virginia Grey), du capitaine Tarnowski (Baron MacLane), de son second Sanderson (Dick Wessel) et d’un équipage malais, il met le cap vers ce territoire oublié du monde. Parmi les membres de l’expédition se trouve également John Fairbanks (Richard Denning), un ancien marin alcoolique marqué à jamais par un précédent naufrage sur l’île. Seul survivant de son équipage, il accepte malgré lui d’y retourner pour servir de guide. À bord, la tension ne tarde pas à s’installer. Les marins pressentent qu’un danger les attend et une mutinerie manque d’éclater. À peine arrivés, les explorateurs découvrent que les récits d’Osborne étaient bien réels. L’île est peuplée de créatures disparues depuis des millions d’années. Alors qu’Osborne est obsédé à l’idée de les photographier pour devenir célèbre et que Tarnowski rêve de ramener un spécimen vivant pour faire fortune, les monstres s’apprêtent à faire virer cette expédition au cauchemar…

Caoutchousaures

Après un quart d’heure de mise en bouche situé dans une taverne de Singapour où nous sont présentés les cinq protagonistes, puis dix minutes résumant le voyage en mer (garni de rebondissements conçus pour maintenir l’attention), nos protagonistes approchent enfin de la fameuse île. Les premiers brontosaures que nous distinguons, agitant leur cou en s’immergeant dans l’eau, traduisent immédiatement leur nature de petites marionnettes, mais ils se révèlent assez fidèles aux peintures paléontologiques de l’époque et maintiennent donc un semblant d’illusion. Plus sommaires, les dimétrodons qui surgissent peu après ouvrent et ferment leur mâchoire mécanique puis glissent bizarrement sur le sol de la jungle miniature. Mais quand interviennent les cératosaures – que notre « expert » identifie comme des tyrannosaures -, rien ne va plus. Il s’agit en fait d’hommes montés sur des échasses et affublés de costumes en caoutchouc conçus par Ellis Burman et Howard A. Anderson. Ces bêtes ridicules provoquent aussitôt des fous rires irrépressibles, surtout lorsqu’un paresseux/orang-outang géant (joué par Ray Corrigan dans un costume en fourrure orange) vient se joindre à la fête. Les humains n’étant pas beaucoup plus crédibles que les monstres préhistoriques (notamment Fairbanks qui passe sans transition du statut d’homme traumatisé et alcoolique à celui de fier gaillard beau parleur et sûr de lui), cette piteuse imitation de King Kong n’a pas grand-chose pour retenir l’attention – si ce n’est son énorme potentiel comique involontaire.

 

© Gilles Penso

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