CAVERNE DE LA ROSE D’OR (LA) (1991-1996)

Lamberto Bava met en scène Alessandra Martines dans une mini-série de fantasy extrêmement populaire truffée de créatures imaginaires…

FANTAGHIRO

1991/1996 – ITALIE

Réalisé par Lamberto Bava

Avec Alessandra Martines, Kim Rossi Stuart, Brigitte Nielsen, Lenka Kubalkova, Katerina Brozova, Ursula Andress, Mario Adorf, Nicholas Rogers, Stefano Davanzati

THEMA CONTES

Grand rendez-vous télévisuel fantastique des années 1990, La Caverne de la Rose d’or s’inspire de Fanta-Ghirò la bella, conte populaire toscan de la fin du XIXe siècle. Le réalisateur Lamberto Bava y greffe un imaginaire nourri du cinéma de fantasy des années 1980 – celui de Legend, Ladyhawke et Willow – mais également des classiques de Disney. Initialement pensé comme un film unique, le projet devient une mini-série en raison de coûts de production trop élevés. Diffusés entre 1991 et 1996, les cinq téléfilms finissent par composer une véritable saga qui trouve une large part de son identité visuelle en Europe centrale. Car les premiers épisodes sont principalement tournés dans l’ancienne Tchécoslovaquie, profitant de châteaux, de forêts et de paysages naturels permettant d’offrir une réalité tangible au royaume enchanté de Fantaghirò. Les deux derniers volets, quant à eux, déplaceront leurs tournages jusqu’en Thaïlande et à Cuba. Future Madame Claude Lelouch, Alessandra Martines trouve avec Fantaghirò un rôle qui contribuera fortement à sa popularité. Face à elle, Kim Rossi Stuart incarne le prince Romualdo, tandis que la série s’offre dans les rôles des antagonistes deux guest-stars mémorables : Brigitte Nielsen et Ursula Andress. Le personnage de Nielsen rencontre d’ailleurs un tel succès que Bava décide de la ressusciter après sa disparition et de la conserver dans les épisodes suivants. Preuve de l’étonnante vitalité du phénomène, la saga sera diffusée dans plus de cinquante pays et doublée dans de nombreuses langues.

Fantaghirò est la troisième fille d’un roi guerrier et, au grand désespoir de son père, refuse le rôle que son royaume réserve aux femmes. Elle lit, désobéit, recherche l’aventure et préfère manier les armes plutôt qu’attendre docilement un mariage. Lorsqu’un prince ennemi, Romualdo, propose un duel susceptible de mettre fin à une guerre vieille de plusieurs générations, elle entrevoit enfin l’occasion de prouver sa valeur. Déguisée en homme, elle prend la place de son père et se retrouve face à celui qui, d’adversaire, va devenir son grand amour. Mais la Sorcière noire enlève le père de la princesse, convoite ses royaumes et entreprend de séduire Romualdo en l’ensorcelant. Fantaghirò, qui avait juré d’abandonner les armes, doit donc reprendre le combat. À mesure que la saga avance, son univers s’élargit et s’assombrit. D’un épisode à l’autre, le récit fonctionne ainsi comme une fuite en avant : malédictions, métamorphoses, enlèvements, résurrections et prophéties repoussent continuellement le happy end tant attendu. Au centre de cette accumulation d’obstacles, Fantaghirò campe le prototype de l’héroïne de contes de fées moderne, celle qui deviendra une figure récurrente des longs-métrages animés de Disney, Mulan en tête.

Capsule temporelle

Malgré cette approche résolument novatrice de la figure de la princesse des contes de fées, La Caverne de la Rose d’or n’est pas pour autant un manifeste féministe. Fantaghirò reste prise dans une intrigue où l’amour romantique occupe une place prépondérante, où sa valeur est régulièrement mesurée au regard des hommes qui l’entourent et où les antagonismes féminins passent volontiers par la jalousie et la séduction. Mais cette contradiction la rend aussi révélatrice de son époque. Cette mini-série modernise ainsi les lieux communs du conte sans chercher à les démolir. Voilà sans doute pourquoi elle conserve une saveur particulière. Tout y est : le beau chevalier, le père sévère mais aimant, les sorcières, la forêt magique, les animaux parlants, les malédictions et les monstres. Bien sûr, il est tentant de sourire aujourd’hui face au spectacle kitsch que nous propose ce show très daté. Ses trucages accusent leur âge, les créatures sentent le bricolage, les rebondissements défient souvent la logique et les acteurs oscillent entre premier degré absolu et cabotinage assumé. Mais ce sont aussi ces ingrédients qui font le charme de La Caverne de la Rose d’or. Lamberto Bava s’y montre d’ailleurs plus convaincant que dans nombre de ses incursions horrifiques. Débarrassé de l’ombre immense de son père Mario, le réalisateur y exploite pleinement son goût d’un esthétisme sophistiqué et volontairement déconnecté de la réalité. Les effets conçus autour des créatures, œuvre du talentueux Sergio Stivaletti, participent de cette poésie artisanale. Les arbres, les poissons, les oies, les objets animés y sont dotés d’une forte personnalité, nous évoquant parfois – toutes proportions gardées – le bestiaire de L’Histoire sans fin. Point d’orgue de cette ménagerie fantastique : un monstre-grotte dont les stalactites deviennent des crocs et le sol une gigantesque langue. Bref, La Caverne de la Rose d’or s’apprécie à condition de replacer la série dans son contexte et de napper son visionnage d’un soupçon de nostalgie.

© Gilles Penso

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