BROTHER (1984)

Un extra-terrestre muet et humanoïde débarque sur Terre, en plein New York, et tente de s’adapter à notre monde…

THE BROTHER FROM ANOTHER PLANET

1984 – USA

Réalisé par John Sayles

Avec Joe Morton, Dee Dee Bridgewater, Rosanna Carter, Ray Ramirez, Yves Rene, Peter Richardson, Ginny Yang, Daryl Edwards, Steve James, Leonard Jackson

THEMA EXTRA-TERRESTRES

John Sayles est le scénariste de Piranhas, Les Mercenaires de l’espace, L’Incroyable Alligator et Hurlements. Mais son activité ne se limite pas aux séries B fantastiques, puisqu’on le trouvera plus tard à la mise en scène de films plus « respectables » tels que City of Hope ou Lone Star. Pour son quatrième long-métrage en tant que réalisateur, Sayles s’attaque au thème du visiteur extra-terrestre sous un angle très original. L’idée lui saurait été inspirée par une série de rêves bizarres survenus pendant la période où il tournait la comédie dramatique Lianna en 1983. Dans l’un d’eux, un alien qui a l’apparence d’un Afro-américain s’échoue à Harlem. Sayles voit là l’occasion d’utiliser le prisme de la comédie et de la science-fiction pour aborder les thèmes de l’immigration et de l’assimilation culturelle. Le premier jet du scénario est écrit en un peu moins d’une semaine et l’auteur/réalisateur finance lui-même la majeure partie du film (dont le budget est estimé à environ 350 000 dollars) en investissant notamment les droits qu’il a perçus lors de la diffusion de son premier long, Return of the Secaucus Seven, et le cachet qu’il a reçu pour écrire le script du Clan de la caverne des ours. Avec les moyens très limités à sa disposition, Sayles tourne à l’économie dans les rues de Harlem, parfois sans autorisation, et parvient à boucler ses prises de vues en quatre semaines pendant le printemps 1984.

Brother ne s’embarrasse pas d’une longue entrée en matière. En quelques secondes, John Sayles évoque avec une belle économie de moyens le crash d’un vaisseau spatial sur Ellis Island, à deux pas de la Statue de la Liberté. Un extra-terrestre muet qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un être humain (Joe Morton), à l’exception de ses pieds à trois orteils qu’il dissimule soigneusement, débarque ainsi au beau milieu de Harlem et découvre notre monde. Malgré son incapacité à communiquer avec la parole, il va se rapprocher de plusieurs habitants du quartier, se laisser séduire par la chanteuse d’un cabaret (Dee Dee Bridgewater) et tenter de mettre fin au trafic de drogue qui gangrène les rues. Mais deux hommes en noir au comportement étrange, qui se font passer pour des agents de l’immigration, sont à sa recherche et semblent prêts à tout pour s’emparer de lui…

Un Alien dans Harlem

Le film repose beaucoup sur la performance de Joe Morton qui, à l’instar des acteurs du cinéma muet, traduit ses sentiments et ses sensations à travers ses mimiques et son langage corporel. L’extra-terrestre naufragé qu’il incarne découvre la Terre et ses habitants comme un enfant mi apeuré mi fasciné. Pour mieux nous faire entrer en empathie avec lui, le film se prive de parole pendant ses dix premières minutes, si ce n’est quelques brouhahas et bribes de dialogues à peu près aussi indistincts que ceux des films de Jacques Tati. Assez tôt, nous découvrons que cet alien possède des pouvoirs surnaturels. Grâce à son « toucher magique », il peut entendre les voix de ceux qui ont occupé un bâtiment en apposant ses mains sur les murs, mais aussi réparer les machines et soigner les blessures, ce qui le rapproche de E.T. Autres points communs avec le héros fripé de Steven Spielberg : il se lie d’amitié avec un enfant et pointe le ciel lorsqu’on lui demande d’où il vient. Ces similitudes ne sont peut-être pas dues au hasard, dans la mesure où John Sayles fut engagé par Spielberg pour écrire un premier jet de Night Skies, projet avorté qui finit par devenir E.T. l’extra-terrestre. Accompagné d’une bande originale reposant principalement sur des percussions et des steel drums, Brother est un film qui prend son temps et laisse les scènes anecdotiques se déployer tranquillement (les tours de carte dans le métro, les deux touristes venus d’Indiana). Sayles nous semble plus soucieux de prendre le pouls de la ville que de multiplier les rebondissements. Par conséquent, les effets spéciaux sont réduits à leur plus simple expression : une paire de faux pieds affublés chacun de trois orteils griffus, un œil qui bouge tout seul dans un pot de fleurs et c’est à peu près tout. Beau succès au box-office, Brother rapportera plus de dix fois sa mise de départ. Les amateurs de science-fiction retrouveront Joe Morton dans Les Passagers de l’angoisse, Terminator 2, Forever Young, Batman V. Superman et Godzilla II.

© Gilles Penso

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