PRÉDATEUR (2016)

Le réalisateur de L’Ascenseur et Amsterdamned lâche dans les rues de la capitale hollandaise un lion vorace et affamé…

PROOI / PREY

 

2016 – HOLLANDE

 

Réalisé par Dick Maas

 

Avec Julian Looman, Abbey Hoes, Mark Frost, Mamoun Elyounoussi, Mike Libanon, Sophie van Winden

 

THEMA MAMMIFÈRES

Quoi qu’on puisse penser du cinéma de Dick Maas, force est de constater que le réalisateur creuse toujours le même sillon avec une opiniâtreté et une générosité qui forcent le respect de tous les amateurs de films d’horreur décomplexés et spectaculaires, malgré leurs moyens souvent très modestes. Après la machine diabolique de L’Ascenseur et de sa séquelle, le tueur sous-marin d’Amsterdamned et l’entité démoniaque de Saint, Maas décide cette fois-ci de lâcher dans les rues d’Amsterdam un redoutable lion mangeur d’hommes à l’appétit extrêmement vorace. L’héroïne du film, Lizzy (Sophie van Winden), est une vétérinaire de zoo contactée en urgence par la police pour enquêter sur les massacres en série qui ensanglantent la ville. En comprenant la nature féline de l’agresseur, la jeune femme organise une gigantesque battue à travers la capitale néerlandaise, dans l’espoir de repérer cette bête que rien ne semble stopper. Le concept est très audacieux, et le cinéaste se donne les moyens de ses ambitions, malgré un budget très modeste de trois millions de dollars, en misant principalement sur le système D.

« Nous nous sommes vite rendus compte qu’il serait impossible d’obtenir les autorisations nécessaires pour emmener un vrai lion avec nous dans les rues de la ville », explique-t-il. « D’autre part, il se trouve que les lions sont des animaux plutôt paresseux, en particulier les mâles. Lorsqu’ils sont bien nourris, ils passent leur temps à dormir et à se prélasser. Notre superviseur des effets spéciaux s’est donc retroussé les manches et a fabriqué lui-même un lion animatronique. Il avait une grande latitude de mouvements et pouvait adopter de nombreuses expressions faciales. » (1) A cette marionnette grandeur nature utilisée pour la plupart des plans mettant en scène le fauve en furie, des images de synthèse complémentaires s’imposent afin de montrer quelques plans larges de la bête en action. Ici aussi, l’huile de coude et la motivation des troupes se substituent largement aux larges moyens habituellement de mise dans ce domaine. « Nous avons formé notre propre équipe d’effets visuels, constituée d’une douzaine de personnes qui ont travaillé pendant quasiment un an pour obtenir tous les plans du lion en 3D que vous voyez dans le film » (2), raconte Dick Maas.

Les nuits fauves

Il faut bien reconnaître que ce lion mi-animatronique mi-numérique fait son petit effet. Certes, ce n’est pas Jurassic Park, mais le résultat est bien au-dessus des « creature features » bas de gamme qui abondent dans le marché du « direct to video ». Comme à l’époque d’Amsterdamned, le cinéaste profite de la photogénie de la capitale hollandaise pour la muer en terrain de chasse, se laissant souvent influencer par les Dents de la mer (le prologue où l’on ne voit que les victimes entraînées par une force redoutable hors-champ) mais aussi par Jurassic Park (notamment au moment du final). Décapitations en gros plan, corps déchiquetés, cadavres à moitié dévorés, Maas ne fait pas dans la dentelle et n’épargne pas plus les enfants que les adultes. Mais il compense cette boucherie avec une bonne dose d’humour, véhiculée en particulier par le personnage de ce chasseur de fauves improbable, cloué sur un fauteuil roulant rapide et tout-terrain. Maas sait aussi ménager des moments de suspense très efficaces (l’attente nocturne dans le parc, le toboggan avec les enfants, la confrontation finale dans la clinique), et des séquences d’action ambitieuses (le scooter pourchassé en pleine nuit, l’attaque dans le tramway). Prédateur se déguste donc avec joie. Un plaisir éphémère, certes, mais très recommandable.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2017

 

© Gilles Penso

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