

En pleine randonnée romantique, Chase et Macy rencontrent une très inquiétante créature au visage caché par un masque de porcelaine…
DOLLY
2025 – USA
Réalisé par Rod Blackhurst
Avec Fabianne Therese, Russ Tiller, Michalina Scorzelli, Kate Cobb, Ethan Suplee, Seann William Scott, Eve Blackhurst, Max the Impaler
THEMA TUEURS
Quand il s’attaque à la mise en scène de Dolly, Rod Blackhurst n’en est pas à son coup d’essai. Réalisateur d’une bonne trentaine de courts-métrages, de clips, de documentaires et d’épisodes de séries depuis une vingtaine d’année, il a également dirigé deux longs : le film catastrophe Here Alone et le thriller Blood for Dust. Lorsque le scénario de Night Swim, l’un de ses court-métrages, se transforme en film hollywoodien réalisé par Bryce McGuire, notre homme décide de passer à la vitesse supérieure. Voilà comment nait Dolly, adaptation du film court Babygirl qu’il signa en 2022. Les acteurs Seann William Scott (American Pie) et Ethan Suplee (L’Effet papillon) acceptent de s’embarquer dans l’aventure des deux côtés de la caméra, puisqu’ils participent aussi à la production, tout comme une vingtaine de personnes réunies par Blackhurst. En unissant leurs efforts, ils parviennent à débloquer un budget de quelques dizaines de milliers de dollars. C’est très peu, mais il n’en faut pas plus pour que le réalisateur puisse concrétiser ce slasher âpre, tourné en 16mm pour se rapprocher du grain de l’œuvre qui lui sert manifestement de source d’inspiration principale : Massacre à la tronçonneuse. Le prénom Tobe donné à l’un des personnages et la mention « Hooper’s Mine » sur un panneau routier officialisent clairement cette influence.


Divisé en sept chapitres (1- la mère, 2 – la fille, 3 – la maison, 4 – le père, 5 – les retrouvailles, 6 – le combat, 7 – les adieux), le scénario de Dolly s’intéresse d’abord à Chase (Seann William Scott), qui dépose sa fille chez sa sœur afin que lui et sa petite amie Macy (Fabienne Therese) puissent partir ensemble pour une longue randonnée romantique. Chase a secrètement préparé sa demande en mariage, sans savoir si Macy est encore prête à assumer pleinement le difficile rôle de belle-mère. Voici donc nos tourtereaux en vadrouille dans une région montagneuse isolée et boisée. Sur le chemin, un détail bizarre attire leur attention : une sorte de mausolée constitué d’une dizaine de vieilles poupées et de jouets cassés. « Peut-être s’agit-il d’un projet artistique ? », se demande Chase. Évidemment, il n’en est rien. L’auteur de cette sinistre décoration est une femme massive, muette et psychopathe dont le visage est dissimulé par un masque en porcelaine. Sa confrontation avec Chase et Macy va prendre une tournure terrifiante…
Dans l’antre de l’ogresse
Dolly est un film brutal, glauque, éminemment anxiogène, dont la mise en forme râpeuse (caméra portée, lumières naturelles, texture d’image granuleuse) accentue efficacement le malaise généralisé. Tirant parti de ses faibles moyens, Rod Blackhurst fait du minimalisme son maître-mot, réduisant le nombre de personnages, de lieux et de situations à leur plus simple expression. L’impact de Dolly repose sur la pleine implication de son actrice principale Fabianne Therese et sur ce croquemitaine inédit bien parti pour entrer dans les mémoires. Car cette « mère » monstrueuse en quête d’un bébé adulte à cajoler, incarnée par un catcheur à la stature impressionnante – qui répond au doux nom de Max the Impaler – est une nouvelle icône horrifique avec laquelle il faudra peut-être compter dans le futur. Sorte de variante féminine de Leatherface, ayant troqué le masque de chair contre un visage de poupée et la tronçonneuse contre une pelle aux bords acérés, cette matrone aux réactions imprévisibles est sans conteste l’attraction principale du film. Lorsque notre infortunée héroïne se retrouve malgré elle costumée comme une petite fille, prisonnière dans l’antre de cette ogresse titanesque, Blackhurst convoque l’imagerie des contes de fée pour mieux la transfigurer. D’où les sept parties du film, qui s’égrènent comme autant de chapitres d’un livre pour enfant ayant viré au cauchemar. Voilà en tout cas une proposition bien plus intéressante que le très convenu Night Swim.
© Gilles Penso
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