HUSH (2008)

Persuadé qu’un camionneur suspect a kidnappé sa petite-amie, un automobiliste désespéré se lance à sa poursuite…

HUSH

 

2008 – GB

 

Réalisé par Mark Tonderai

 

Avec Christine Bottomley, William Ash, Andreas Wisniewski, Sheila Reid, Claire Keelan, Stuart McQuarrie, Robbie Gee, Peter Wyatt, Shaun Dingwall, Rupert Procter

 

THEMA TUEURS

Si Hush ne se distingue pas par l’originalité de son nom – plusieurs autres films portent le même titre, qui signifie « Chut ! » -, on ne peut pas lui reprocher son audace malgré un manque de moyens évident qui le pousse à restreindre le nombre de ses personnages, de ses décors et de ses péripéties. Ce long-métrage minimaliste marque les débuts à la mise en scène de Mark Tonderai, ancien animateur radio de la BBC passé ensuite au petit écran. « J’ai essayé pendant des lustres de monter ce film », avoue-t-il. « Mais dès que j’ai mis une femme nue à l’arrière d’un camion… » Et de ponctuer sa phrase par un claquement de doigts, comme pour bien nous faire comprendre qu’il trouva l’argument imparable aux yeux des financiers et des investisseurs (1). Pour autant, Hush ne cherche pas particulièrement à titiller les bas instincts de ses spectateurs, pas plus qu’il ne s’engouffre dans la brèche du « torture porn » alors très à la mode grâce aux franchises Saw et Hostel. C’est surtout le suspense qui sert de moteur au film, très clairement influencé par Duel et Hitcher. Le point de départ du scénario évoque aussi Une femme disparaît et – par rebond – Breakdown, ce qui explique sans doute pourquoi le protagoniste de Hush est un héros typiquement hitchcockien : un homme ordinaire plongé dans une situation extraordinaire.

Par une nuit d’orage sur l’autoroute M1, Zakes (William Ash), jeune homme qui ambitionne de devenir écrivain, rentre avec sa petite amie Beth (Christine Bottomly), endormie sur le siège passager. La routine du trajet bascule lorsqu’un camion blanc manque de les percuter. Dans un bref éclair au moment du dépassement, les portes arrière du véhicule s’entrouvrent et Zakes aperçoit une femme ligotée, couverte de sang, enfermée à l’intérieur. L’image est fugace, presque irréelle. D’ailleurs, a-t-il bien vu ce qu’il croit avoir vu, ou son esprit lui a-t-il joué des tours ? Secoué, il tente d’alerter les autorités, mais personne ne le prend vraiment au sérieux. À la station-service suivante, alors que Beth s’éloigne suite à une dispute, Zakes, épuisé et encore hanté par ce qu’il croit avoir vu, perd sa trace. Lorsqu’il réalise qu’elle a disparu, la panique s’installe. Et un détail le glace : le camion blanc est de nouveau là, non loin. Convaincu que le chauffeur est lié à l’enlèvement de Beth, Zakes se lance à sa poursuite sur l’autoroute détrempée. Commence alors un inquiétant jeu du chat et de souris…

Voie sans issue

Le film s’appuie sur une réalisation au cordeau, des prises de vues immersives captées souvent caméra à l’épaule et surtout des acteurs très convaincants. Leurs personnages sont faillibles, en déséquilibre psychologique permanent. Et le principe d’un couple en pleine crise – éprouvé dans d’autres films du même acabit tels que Motel ou The Strangers – renforce leur fragilité et l’empathie qu’ils suscitent. Une fois acquis à leur cause, nous nous laissons volontiers manipuler par les nombreuses séquences de tension qui ponctuent le métrage, avec comme points culminants ces moments très anxiogènes où Zakes est caché sous le camion, dans les toilettes ou carrément dans la gueule du loup, c’est-à-dire dans le repaire du tueur. L’hémoglobine éclabousse peu l’écran, la violence n’est pas souvent physiquement présente, et pourtant l’angoisse est souvent à son comble. Parce que, comme toujours, l’imagination du spectateur est toujours plus efficace que n’importe quelle effusion de sang. Mais il aurait sans doute fallu un peu plus de rebondissements, de surprises et de changements de cap pour que Hush tienne la route jusqu’au bout. En l’état, l’intrigue demeure désespérément linéaire et basique, jusqu’à un dénouement attendu qui confirme le côté un peu vain de l’entreprise. Dommage qu’après un tel départ sur des chapeaux de roue, le film perde son sel et son originalité. Après Hush, Mark Tonderai poursuivra sa carrière à Hollywood avec notamment le thriller psychologique House at the End of the Street en 2012 et l’histoire de sorcellerie vaudou Spell en 2020.

(1) Extrait de la présentation du film lors de sa projection au « Film4 FrightFest All-Nighter » en novembre 2008.

© Gilles Penso

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