L’ÉPÉE ENCHANTÉE (1962)

Grand pourvoyeur de films de monstres géants dans les années 50, Bert I. Gordon se penche ici sur la légende de Saint Georges et du dragon…

THE MAGIC SWORD

 

1962 – USA

 

Réalisé par Bert I. Gordon

 

Avec Basil Rathbone, Estelle Winwood, Gary Lockwood, Anne Helm, Liam Sullivan, John Mauldin, Jacques Gallo, Leroy Johnson

 

THEMA CONTES I DRAGONS

Bert I. Gordon s’est taillé dès les débuts de sa carrière une réputation de spécialiste des films de monstres, avec une prédilection pour le gigantisme qui lui a valu le surnom de « BIG » (d’après ses trois initiales). Après Le Roi des dinosaures, Le Début de la fin, Le Cyclope, Le Fantastique homme colosse, Le Retour de l’homme colosse, La Révolte des poupées et The Spider, purs produits des fifties, notre homme entame les années 60 en changeant un peu de registre. S’il ne néglige pas les créatures fantastiques, son champ créatif s’élargit. D’où L’Épée magique, une adaptation libre de la légende médiévale de Saint Georges et du dragon qu’il truffe de héros archétypaux, de sorcellerie et d’un bestiaire fantastique varié. Fidèle à ses habitudes, Gordon écrit, réalise, produit et supervise les nombreux effets visuels qui permettent notamment de donner vie à cette ménagerie fantasmagorique, à base de maquillages spéciaux, de trucages mécaniques, de marionnettes et d’astucieux effets artisanaux. Connu sous plusieurs titres anglophones alternatifs (The Magic Sword, St. George and the Dragon, St. George and the Seven Curses, The Seven Curses of Lodac), L’Épée enchantée est tourné début 1961 sur les plateaux des studios Goldwyn et dans divers extérieurs californiens à proximité de Los Angeles.

Dans l’Angleterre du IVe siècle, le maléfique sorcier Lodac (Basil Rathbone) enlève la princesse Hélène (Anne Helm), fille du roi, avant d’annoncer au souverain son intention de la livrer à son gigantesque dragon à deux têtes. Désespéré, le monarque promet alors la main de sa fille et la moitié de son royaume à quiconque parviendra à la sauver. Tandis que Sir Branton (Liam Sullivan), un courtisan aussi ambitieux qu’avide de pouvoir, accepte la mission, le jeune Georges (Gary Lockwood), fils adoptif de l’enchanteresse Sybil (Estelle, Winwood) et secrètement amoureux d’Hélène, décide lui aussi de partir à sa recherche. Avant son départ, Georges reçoit de puissants artefacts magiques : Bayard, le cheval le plus rapide du monde, l’épée enchantée Ascalon ainsi qu’une armure et un bouclier capables de le rendre invulnérable. Grâce à Ascalon, il ressuscite également six valeureux chevaliers pour l’accompagner dans une quête semée de sept terribles malédictions. Mais alors que Lodac prépare son piège mortel, Georges et ses compagnons s’apprêtent à affronter de redoutables épreuves avant le combat final contre le dragon bicéphale prêt à dévorer la princesse…

La ménagerie fantastique

D’autant plus impressionnant qu’il surgit au milieu de la nuit, ce monstre ultime (une création mécanique particulièrement soignée) dresse sinistrement ses deux têtes écailleuses et hérissées d’épines. Chevauchant son blanc destrier, le preux Georges s’interpose alors entre la belle et la bête, une lance à la main, évitant les jets de flammes exhalés par les nasaux du monstre. Bien sûr, la bête n’a pas la mobilité d’une création en stop-motion et reste cantonnée à sa position initiale, les têtes s’agitant sans que le corps ne bouge. Mais Bert I. Gordon sait tirer parti du cadrage, du montage et de l’éclairage pour que la séquence demeure dynamique et impressionnante. Les autres créatures mémorables du film sont un ogre géant à l’apparence brutale et au visage difforme, un peuple de petits êtres rappelant les nains et lutins féeriques du folklore européen, les sinistres spectres des cavernes ou encore les serviteurs monstrueux qui hantent le château de Lodac (certains arborent des faciès évoquant des oiseaux, un autre est doté de deux têtes partageant le même corps). À cette galerie surréaliste s’ajoutent les dangers surnaturels que représentent les fameuses « Sept Malédictions de Lodac » : phénomènes magiques, pièges mystérieux et manifestations capables d’altérer la réalité elle-même. Bref, le spectacle est riche, généreux et particulièrement imaginatif, le recul ayant doté L’Épée enchantée d’un charme suranné du plus bel effet.

 

© Gilles Penso

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