TOY STORY 4 (2019)

Premier épisode de la saga qui soit sorti au cinéma après le départ de John Lasseter, cet opus minimaliste conserve un charme fou…

TOY STORY 4

 

2019 – USA

 

Réalisé par Josh Cooley

 

Avec les voix de Tom Hanks, Tim Allen, Annie Potts, Tony Hale, Keegan-Michael Key, Madeleine McGraw, Christina Hendricks, Jordan Peele, Keanu Reeves

 

THEMA JOUETS I SAGA PIXAR

Avant même la sortie sur les écrans de Toy Story 3, l’équipe de Pixar réfléchit déjà à un quatrième épisode. John Lasseter envisage de réaliser lui-même ce nouvel opus, qu’il imagine comme une sorte de comédie romantique et dont il écrit le scénario avec Andrew Stanton. Peter Docter et Lee Unkrich mettent la main à la pâte et l’entrée en production est officiellement annoncée en 2014. Mais « l’affaire Lasseter » éclate. En novembre 2017, le directeur créatif de Pixar et Disney Animation, considéré à juste titre comme l’une des figures les plus importantes de l’animation moderne, est accusé de comportements inappropriés envers ses collègues – principalement des femmes. Nous sommes alors en pleine explosion du mouvement #MeToo, à un moment charnière où les studios hollywoodiens ne peuvent plus décemment ignorer ce type de signalements. Au cœur de la tourmente, Lasseter s’excuse publiquement, prend un congé sabbatique de six mois et quitte Disney/Pixar en juin 2018. C’est une « séparation négociée », mais il est clair que l’homme qui lança la franchise Toy Story et redonna un coup de fouet au département animation de Disney avec La Reine des neiges est devenu persona non grata chez Mickey. Pas question pour autant d’abandonner Toy Story 4. Josh Cooley, storyboarder pour Les Indestructibles, Cars, Ratatouile, Là-haut, Cars 2 et co-scénariste de Vice-Versa, hérite donc de la mise en scène.

« Il était important que Toy Story 4 ne donne pas limpression d’être simplement une nouvelle aventure », raconte à l’époque Cooley. « Il fallait que ce film ait un sens, afin qu’il laisse une empreinte aussi forte que le précédent. Je savais qu’il fallait un changement majeur pour Woody, et je me suis inspiré de ma toute nouvelle situation et de ce que je ressentais. Mes questions, mon incertitude et le fait de ne pas savoir exactement comment tout cela allait évoluer ont été ma source dinspiration. » (1) La pression est en effet très forte pour cet homme qui s’attaque pour la première fois à un long-métrage et doit se montrer digne de ses prédécesseurs. D’autant que Toy Story 3 bouclait déjà la boucle et n’appelait à priori aucune suite. L’histoire de ce quatrième opus est centrée sur Bonnie, qui a hérité des jouets de son aîné Andy. Woody a du mal à s’adapter à cette nouvelle situation, dans la mesure où la fillette s’intéresse moins au cowboy en chiffon que son grand frère. Il se sent pourtant investi d’une mission importante, d’autant que Bonnie a elle-même beaucoup de mal à s’intégrer à l’école maternelle. Lorsquelle fabrique un jouet à partir dune cuillère-fourchette, celui-ci prend vie sous les traits de Forky, qui est immédiatement pris dune crise existentielle, se considérant comme un déchet et non comme un jouet. Alors que Forky devient rapidement le jouet préféré de Bonnie, Woody tente dempêcher Forky de se jeter à la poubelle. C’est le point de départ d’une nouvelle épopée rocambolesque…

Suspension d’incrédulité

Après l’ampleur spectaculaire atteinte par Toy Story 2 et Toy Story 3, ce quatrième épisode renonce à toute surenchère pour privilégier une approche plus intime et plus modeste. Le personnage de Forky s’inscrit parfaitement dans cette nouvelle orientation. À travers les tourments de Woody, le film explore alors deux thèmes essentiels : le sens des responsabilités et l’acceptation du passage de relais. Woody n’est plus le jouet préféré ni le leader incontesté du groupe. Le cowboy doit donc accepter de passer au second plan. Il se donne alors pour mission d’aider Forky, le jouet bricolé par Bonnie, à remplir le rôle qui fut autrefois le sien : celui d’ami, de confident et de source de réconfort. Cette idée d’obsolescence trouve un écho dans le magasin d’antiquités où échouent Woody et Forky. Les objets qui s’y accumulent ne sont plus forcément destinés aux enfants et certains semblent même tout droit sortis d’un film d’horreur. Les amateurs de Pixar y remarqueront également Tinny, héros du court-métrage Tin Toy, le temps d’un clin d’œil savoureux. Le film nous permet aussi de découvrir ce qu’est devenue Bo Peep après sept années d’absence. Loin du personnage secondaire des premiers volets, la bergère apparaît désormais comme une figure indépendante, libre et pleinement maîtresse de son destin. Ce resserrement des enjeux dramatiques n’empêche pas Toy Story 4 de proposer son lot de poursuites endiablées et de séquences de suspense inventives. L’écriture demeure d’une grande finesse, la mise en scène fait preuve d’une virtuosité constante et le rythme, réglé au millimètre, ménage avec habileté les ruptures comiques. Surtout, le film parvient encore, miraculeusement, à titiller la fibre émotionnelle en suspendant plus que jamais notre suspension d’incrédulité. L’une des dernières répliques du film, prononcée par l’un des jouets, est la question « Pourquoi suis-je en vie ? ». La réponse « Je n’en ai aucune idée » dit bien toute la force d’une saga comme celle de Toy Story : muer les objets en personnages vivants et faire entrer les spectateurs en empathie avec eux.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans Toy Story 4: The Official Movie Spécial en juin 2019.

 

© Gilles Penso

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