

Alors que se prépare l’inauguration d’un complexe hôtelier en Afrique, un énorme saurien décide de se mettre quelques touristes sous la dent…
IL FIUME DEL GRANDE CAIMANO
1979 – ITALIE
Réalisé par Sergio Martino
Avec Barbara Bach, Claudio Cassinelli, Mel Ferrer, Romano Puppo, Fabrizia Castagnoli, Enzo Fisichella, Lory Del Santo, Anny Papa, Bobby Rhodes
THEMA REPTILES ET VOLATILES
Après s’être adonnée à la plongée aux côtés des créatures amphibies du Continent des hommes-poissons, Barbara Bach refait plouf avec le même réalisateur, pour affronter cette fois-ci un monstre marin d’un plus gros calibre. À cette époque, la James Bond Girl de L’Espion qui m’aimait promène sa charmante silhouette dans de nombreux films de genre italiens tels que La Tarentule au ventre noir, Je suis vivant ou L’Humanoïde. On ne s’étonne donc pas particulièrement de la voir tenir le haut de l’affiche de cet étrange long-métrage exotique, aux côtés de Claudio Cassinelli qui, lui aussi, jouait dans Le Continent des hommes-poissons. Tourné majoritairement au Sri Lanka pendant l’été 1979, Alligator est censé se dérouler dans une région reculée d’Afrique, près d’un village de la tribu Kuma, où le riche promoteur Joshua (Mel Ferrer) s’apprête à inaugurer un complexe touristique luxueux baptisé « Paradise House ». Alors que les premiers touristes s’installent, un photographe chargé de la publicité, Daniel Nessler (Claudio Cassinelli), prend des clichés de tout ce qui lui passe sous les yeux, notamment le mannequin Sheena (Gene Hutton), embauchée pour l’occasion. Mais il n’a d’yeux que pour Alice Brandt (Barbara Bach), l’anthropologue qui seconde Joshua sur place. Alligator prend tout son temps pour nous présenter cette petite brochette de protagonistes avant de déclencher les hostilités.


Si beaucoup d’effigies de l’alligator saturent l’écran (des sculptures, des crânes, des costumes), la bête elle-même tarde à montrer le bout de son museau. La première attaque du saurien intervient au bout de 25 minutes, en pleine nuit, alors que Sheena et un bel indigène se prélassent sur une plage. Conçue par Carlo de Marchis, dont la filmographie de créateur d’effets spéciaux compte des films aussi variés que La Bible, Barbarella, Les Frissons de l’angoisse, Rencontres du troisième type ou Alien, la créature se limite principalement à une grosse gueule mécanique furtivement filmée en gros plan. Si le monstre n’est pas particulièrement convainquant, le dynamisme du montage permet de faire passer la pilule. Ce sont surtout les prémices de cette attaque qui sont intéressantes. Car tous les personnages semblent pressentir le danger avant même qu’il ne surgisse : Alice et Daniel, la tribu qui martèle ses tamtams et les deux futures victimes. La créature prend dès lors une dimension presque surnaturelle. Or le peuple des Kuma adore justement un dieu alligator nommé Kruna. On passera outre le fait qu’il n’y ait aucun alligator en Afrique mais plutôt des crocodiles. Avec ce type de film, mieux vaut ne pas être trop regardant côté authenticité…
Crocodile Holocaust
Alligator semble vouloir développer un message écologique, dans la mesure où la végétation et les animaux de ce petit coin de paradis sont ici réduits en cendres par les explosifs utilisés pour agrandir le complexe hôtelier. Et tandis que les touristes – vulgaires, bruyants, peu respectueux – se trémoussent en écoutant du disco, la tribu locale est sollicitée pour servir de main d’œuvre bon marché. La nature, symbolisée par le grand monstre marin et par ses adorateurs, finira d’ailleurs par reprendre ses droits au cours d’un climax quasi-apocalyptique. Mais en même temps que ce message vertueux auquel on ne peut qu’adhérer, Alligator met en scène de la maltraitance animale et fait passer les indigènes pour des sauvages primitifs, comme dans les films de cannibales que produisait l’Italie à la même époque – exercice auquel Sergio Martino lui-même s’était essayé avec La Montagne du dieu cannibale. Les véritables intentions du film nous échappent donc un peu. Difficile d’y voir finalement autre chose qu’une exploitation des vogues du cinéma de genre de l’époque : Les Dents de la mer, les films catastrophes et les histoires d’aventures anthropophages. Barbara Bach elle-même finit par quitter la respectabilité de son personnage érudit pour se muer en fin de métrage en « demoiselle en péril » à moitié dénudée, sur le point d’être sacrifiée au monstre comme Fay Wray dans King Kong. Deux ans plus tard, la belle Barbara épousera Ringo Starr et mettra la pédale douce sur sa carrière cinématographique. Martino, lui, continuera de nous livrer quelques séries B fantastiques (Crime au cimetière étrusque, 2019 après la chute de New York, Atomic Cyborg) ainsi que bon nombre de comédies polissonnes.
© Gilles Penso
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