SAINT ANGE (2004)

Pour son premier long-métrage, Pascal Laugier transporte Virginie Ledoyen dans un orphelinat des années 50 qui abrite un sombre secret…

SAINT ANGE

 

2004 – FRANCE

 

Réalisé par Pascal Laugier

 

Avec Virginie Ledoyen, Lou Doillon, Dorina Lazar, Catriona MacColl, Virginie Darmon, Jérôme Soufflet, Marie Henry

 

THEMA FANTÔMES

Proche de Christophe Gans, qu’il accompagne sur le tournage du Pacte des loups pour réaliser le making of du film, Pascal Laugier profite du pied à l’étrier que ce dernier lui propose pour mettre en scène son premier long-métrage. Très impliqué en tant que producteur, Gans s’exprime directement sur le site officiel d’ARP, le distributeur de Saint Ange, pour expliquer à quel type d’œuvre nous avons affaire. « Saint Ange n’est ni un film d’horreur, ni un thriller, encore moins un drame psychologique », dit-il. « C’est un film de mystères, genre un peu oublié qui a pourtant donné au cinéma français quelques-uns de ses plus beaux fleurons poétiques des années 1940 à 1950 : Les Disparus de Saint-Agil, Sortilèges, Marianne de ma jeunesse, Les Diaboliques ». En citant les classiques de Christian-Jaque, Julien Duvivier ou Henri-Georges Clouzot, Gans met en lumière le caractère atemporel de Saint Ange, qui se nourrit ainsi de tout un pan du patrimoine cinéphilique français. Le film de Laugier vise malgré tout le marché international, ce qui implique un tournage en deux langues. Chaque plan est donc joué successivement en français puis en anglais. Quant aux décors, ils sont captés en Roumanie, dans les Castel Film Studios de Bucarest qui accueillirent d’innombrables séries B produites par Charles Band.

Nous sommes à la fin des années cinquante, dans les Alpes françaises. Anna (Virginie Ledoyen), une jeune femme dont on ne sait pas grand-chose, est engagée pour nettoyer Saint Ange, un orphelinat qui ferme ses portes à la suite de la mort brutale et mystérieuse d’un des petits garçons qu’il accueillait. Enfermée dans cette bâtisse avec pour seule compagnie Judith (Lou Doillon), une orpheline adulte qui se comporte comme un enfant, et Illinca (Dorina Lazar), la gouvernante et cuisinière des lieux, Anna cache un lourd secret : elle est enceinte de plusieurs mois. À force de passer de longues journées seule dans les locaux vides de Saint Ange, elle finit par entendre des bruits de pas, des chuchotements et parfois même des rires. De plus en plus troublée, la jeune femme de ménage se convainc que des enfants sont cachés quelque part dans la maison. Elle décide donc de mener une enquête qui finit par prendre une tournure obsessionnelle, et qui permettrait peut-être d’éclaircir les circonstances de l’accident mortel ayant provoqué la fermeture de l’orphelinat…

Longs préliminaires…

D’un point de vue formel, Saint Ange est une merveille. La mise en scène de Laugier est d’une grande élégance, la photo est somptueuse, le montage au cordeau, et le compositeur Jo LoDuca (la trilogie Evil Dead, Le Pacte des loups) écrit pour l’occasion l’une des musiques les plus belles et les plus lyriques de sa carrière. Le film retrouve l’ambiance du cinéma d’épouvante espagnol, qui connaîtra son heure de gloire trois ans plus tard avec L’Orphelinat. Cultivant une certaine imagerie gothique à l’ancienne (la jeune femme en nuisette qui erre dans les couloirs avec une lanterne), Laugier semble aussi vouloir rendre hommage à l’atmosphère de plusieurs films de Lucio Fulci (ce que semble confirmer la présence de Catriona MacColl en directrice sévère et revêche). En filmant souvent son héroïne à travers l’objectif d’une caméra qui rampe le long du sol ou glisse au milieu d’objets à l’avant-plan, le réalisateur laisse entrevoir de manière presque inconsciente une menace sourde. Les voix d’enfants, quant à elles, suggèrent autant des fantômes du passé que les tourments intérieurs d’une jeune femme hantée par une maternité non désirée. Saint Ange redouble donc de qualités et d’idées visuelles saisissantes, comme cette traversée d’un miroir et cette longue descente en monte-charge qui se réfèrent directement à Lewis Caroll. Mais force est de constater qu’il ne se passe pas grand-chose dans ce film. Les dialogues évoquent des « enfants qui font peur » mais que nous ne voyons quasiment jamais, les personnages s’agitent sans nous laisser comprendre leurs motivations, les séquences étranges s’enchaînent de manière répétitive… Bref il nous semble assister à 100 minutes de préliminaires sans climax ni résolution. Malgré la beauté plastique du film, l’expérience se révèle finalement très frustrante.

 

© Gilles Penso

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