HIERRO, L’ÎLE DU MAL (2009)

Profondément marquée par la disparition inexplicable de son fils, une jeune mère revient sur l’île du drame pour tenter d’élucider ce mystère…

HIERRO

 

2009 – ESPAGNE

 

Réalisé par Gabe Ibañez

 

Avec Elena Anaya, Hugo Arbues, Jon Ariño, Tomas del Estal, Bea Segura, Andrès Herrera, Mar Sodupe, Miriam Correa, Kaiet Rodriguez, Javier Mejia

 

THEMA ENFANTS

Initié par les producteurs du Labyrinthe de Pan et de L’Orphelinat – ce que la campagne publicitaire de l’époque n’hésite pas à afficher en grand sur tous les supports de communication -, Hierro est le premier long-métrage de Gabe Ibañez, spécialisé jusqu’alors dans le format court. Tourné aux Îles Canaries, Gran Canaria, Madrid et bien sûr sur l’île de El Hierro qui lui donne son titre, ce film est le fruit d’influences multiples. Celle de L’Orphelinat vient immédiatement à l’esprit, dans la mesure où le scénario écrit par Javier Gullón aborde lui aussi le sujet de la disparition d’un enfant et de la difficulté d’entamer un travail de deuil sans savoir exactement ce qui s’est passé. Dark Water de Hideo Nakata semble être une autre source d’inspiration de Hierro. Il faut dire qu’entre 2000 et 2010, les films de fantômes espagnols et japonais hantent les écrans du monde entier et deviennent des références quasiment incontournables. Mais Gabe Ibañez parvient à doter son premier long d’un style singulier et d’une personnalité bien à part, en s’appuyant beaucoup sur la prestation à fleur de peau d’Elena Anaya, vue dans des œuvres aussi diverses que Lucia et le sexe, Fragile, Van Helsing, Mesrine : l’Instinct de mort ou La Piel que habito.

Six mois après la disparition inexpliquée de son fils Diego, survenue lors d’une traversée en ferry vers l’île d’El Hierro, Maria tente tant bien que mal de recoller les morceaux d’une vie brisée. L’absence de corps, l’attente, le doute ont laissé dans son esprit des blessures à vif qu’elle s’efforce d’enfouir… jusqu’à ce qu’un appel vienne tout raviver : sur l’île, le cadavre d’un enfant a été retrouvé. Contrainte d’affronter ses démons, Maria retourne sur cette terre isolée, battue par les vents et rongée par les non-dits. Dès son arrivée, les souvenirs refont surface. Elle revoit ce réveil brutal sur le ferry, l’instant où tout a basculé, lorsque son fils s’est volatilisé, peut-être englouti par l’océan. À l’époque, les recherches n’avaient rien donné. Installée dans un hôtel en bord de falaise avec sa sœur, Maria s’enfonce peu à peu dans un état de trouble. L’île semble habitée d’une présence sourde, presque hostile. Ses habitants, énigmatiques, paraissent dissimuler de lourds secrets, à commencer par l’étrange propriétaire des lieux. Et si Diego n’était pas mort ? Et si l’île cachait quelque chose de bien plus sombre qu’un simple accident ?

Open Water

Hierro commet l’erreur d’appuyer son intrigue sur un coup de théâtre final que tout le monde devine avec une heure d’avance. Cette faiblesse narrative est une véritable entrave à son efficacité. Mais les qualités formelles du film restent intactes. Car Gabe Ibañez parvient à concocter une collection de somptueuses visions surréalistes et à bâtir avec méticulosité une ambiance particulièrement oppressante, en s’appuyant sur une bande originale pleine d’emphase de Zacarias M. de la Riva qui n’est pas sans rappeler certains travaux de Bernard Herrmann. L’autre atout majeur de Hierro est la présence d’Elena Anaya. Tour à tour brisée, déterminée, fragile, envoûtante ou bizarrement obsessionnelle lorsqu’elle commence à développer une fascination croissante pour l’océan et l’élément aquatique, la jeune femme qu’elle incarne passe par de nombreux états qui contribuent à la déstabilisation du spectateur. Il nous est longtemps difficile de savoir si nous avons affaire à un film convoquant les phénomènes surnaturels, à un thriller psychologique ou à un mélange des deux. Les ombres d’Alfred Hitchcock, de Boileau et Narcejac et de Brian de Palma planent sur Hierro, qui fit le tour des festivals (Sitges, Gérardmer, Fantasporto, le FrightFest) et fut projeté en 2009 à la Semaine de la critique du Festival de Cannes. Ibañez se lancera ensuite dans le film de science-fiction Automata, avec Antonio Banderas.

 

© Gilles Penso

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