

Dans ce remake du chef d’œuvre de Mario Bava, réalisé par son fils Lamberto, un groupe de skieurs coincé dans une crevasse réveille une redoutable sorcière…
LA MASCHERIA DEL DEMONIO
1989 – ITALIE / ESPAGNE
Réalisé par Lamberto Bava
Avec Alessandra Bonarotta, Deborah Caprioglio, Laura Devoti, Eva Grimaldi, Givanni Guidelli, Michele Soavi
THEMA SORCELLERIE ET MAGIE
En 1989, la chaîne de télévision espagnole TVE initie une ambitieuse coproduction européenne incluant ses confrères de Reteitalia (en Italie), RTP (au Portugal), Beta Film (en Allemagne), ainsi que la SFP et FR3 (en France). L’objectif est le lancement d’une mini-série télévisée baptisée Sabbath et constituée de longs-métrages autonomes. Chacun des six épisodes est confié à un réalisateur reconnu dans son pays. Si les histoires sont totalement autonomes, un fil conducteur les relie : l’exploration des différentes perceptions du personnage de la sorcière, notamment à travers les récits historiques et le folklore populaire d’Europe. Lamberto Bava ouvre le bal avec La Mascheria del Demonio qui, comme son titre l’indique, est une sorte de remake du classique réalisé en 1960 par son père Mario, le fameux Masque du démon. Baptisé Le Masque du démon 2 ou parfois Le Masque de Satan lors de sa diffusion en France (et The Mask of Satan sur le marché international), cet épisode reprend en effet beaucoup d’éléments du film de Bava Sr. en les modernisant, mais construit aussi sa propre narration. La source d’inspiration commune des deux films reste le conte horrifique Viy écrit par Nicolas Gogol en 1835.


Cette relecture suit un groupe de jeunes skieurs perdus en montagne qui se retrouve coincé dans une caverne glacée (reconstituée dans un beau décor de studio, très photogénique à défaut d’être réaliste). Là, nos vacanciers découvrent sous la neige la tombe d’une femme, enterrée là depuis plusieurs siècles. Son visage est recouvert par un masque sinistre hérissé de pointe. Car la trépassée est une sorcière, condamnée jadis à porter ce carcan acéré pour la punir de ses crimes. Les imprudents skieurs ne se contentent pas d’exhumer le corps, ils retirent aussi le masque. Aussitôt, une fumée étrange s’échappe, signe que la malédiction de la sorcière s’apprête à les frapper. L’esprit vengeur de cette créature démoniaque va entreprendre de les posséder l’un après l’autre, selon une mécanique qui n’est pas sans rappeler celle d’Evil Dead. Ici, la violence et les effets graphiques vont beaucoup plus loin que ce que montrait Mario Bava trois décennies plus tôt, par l’entremise du maquilleur spécial Sergio Stivaletti, qui officiait déjà sur Démons et Démons 2 de Bava Jr.
L'improbable gorgone
Comme c’était à craindre, ce second Masque du démon souffre de la cruelle comparaison avec son illustre modèle, dont il n’arrive pas à la cheville. Pourtant, à part la reprise de la séquence pré-générique (la sorcière condamnée à porter le masque du démon et le bûcher éteint par l’orage) et le fait qu’une fois le masque ôté, la condamnée se manifeste à nouveau, le scénario de cette nouvelle version s’éloigne volontairement de celui du film original. Mais ce que Lamberto apporte de neuf n’a rien de particulièrement passionnant. Les héros sont de jeunes fêtards stupides auxquels il est bien difficile de s’attacher, les péripéties n’ont pas une once de cohérence – ils sont d’abord prisonniers d’une crevasse, puis réfugiés dans une église dirigée par un prêtre caricatural – et le traitement des phénomènes surnaturels nous semble parfaitement aléatoire. Comme souvent chez Lamberto Bava, nous nous raccrochons à la plastique du film, à ses très beaux décors, à sa photographie somptueuse, à la musique de Simon Boswell (Santa Sangre), aux délires visuels de Stivaletti (qui a toujours su doter ses effets d’une indéniable poésie) et au mélange d’horreur et d’érotisme qui permet l’éclosion de quelques séquences originales et sulfureuses. Au stade ultime de sa métamorphose, la sorcière prend les allures d’une gorgone improbable dont les cheveux sont des espèces de vers agités par des fils souvent très visibles ! Ce Masque du démon 2 fut parfois abusivement distribué sous le titre Démons 5, notamment lors de son exploitation au Japon.
© Gilles Penso
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