

Cette suite balourde de Short Circuit est confiée à Kenneth Johnson, le pourtant talentueux créateur des séries L’Homme qui valait trois milliards et V…
SHORT CIRCUIT 2
1988 – USA
Réalisé par Kenneth Johnson
Avec Fisher Stevens, Michael McKean, Cynthia Gibb, Jack Weston, Dee McCafferty, David Hemblen, Don Lake, Damon D’Oliveira, Tito Nuñez et la voix de Tim Blaney
THEMA ROBOTS
Le beau succès en salles de Short Circuit donne immédiatement envie à Tristar Pictures de mettre en chantier une suite, pour continuer de capitaliser sur la popularité du sympathique robot à chenilles. En toute logique, John Badham est invité à rempiler, mais le réalisateur préfère passer son tour pour partir diriger l’excellente comédie policière Étroite surveillance. C’est alors Kenneth Johnson qui est sollicité pour le remplacer. Pourvoyeur de séries TV de science-fiction depuis le milieu des années 70 (L’Homme qui valait trois milliards, Super Jaimie, L’Incroyable Hulk, V), Johnson voit là l’occasion de faire ses premiers pas au cinéma et accepte la proposition, même si elle ressemble à un cadeau empoisonné. Steve Guttenberg, l’une des stars du premier film, ne tombe pas dans le panneau et choisit de ne pas s’engager dans cette séquelle, de peur de se répéter. Ça ne manque certes pas d’ironie de la part d’un acteur qui enchaîna quatre épisodes de Police Academy, mais en l’occurrence il a ici le nez creux. Appelez-moi Johnny 5 – titre français de Short Circuit 2 – tombe en effet dans les travers de la plupart des suites produites sans véritable vision artistique. Tourné à Toronto, même si l’intrigue se situe visiblement aux États-Unis, ce second opus n’a rien de franchement mémorable et fait même l’effet d’une anomalie dans la carrière de Kenneth Johnson.


Après avoir quitté Nova Robotics dans des circonstances mouvementées, Benjamin Jahveri (Fisher Stevens) tente de repartir de zéro. Installé à l’arrière de son camion, il lance la Titanic Toy Corporation, une petite entreprise artisanale spécialisée dans la fabrication de robots-jouets qu’il assemble lui-même avec passion. Alors qu’il parcourt les rues en proposant ses créations aux passants, l’un de ses robots attire l’attention de Sandy Banatoni (Cynthia Gibb), acheteuse pour une grande chaîne de magasins, qui lui passe une commande inespérée de mille exemplaires. Mais cette opportunité attire aussi la convoitise du peu scrupuleux Fred Ritter (Michael McKean), qui s’impose comme intermédiaire et convainc Ben de s’associer à lui. Grâce à des fonds obtenus auprès d’un usurier, ils montent une petite chaîne de production dans un entrepôt délabré. Mais une attaque de cambrioleurs détruit leur matériel et disperse leurs ouvriers, mettant en péril la commande. C’est alors qu’intervient le robot Johnny 5, qui repousse les intrus, sécurise les lieux et relance la production en série. Curieux du monde qui l’entoure, Johnny s’aventure aussi dans la ville, où il découvre autant la méfiance des humains que la possibilité de nouer de véritables liens avec eux…
Anthropodroïde
Short Circuit ne se distinguait déjà pas par sa finesse mais savait tout de même nous séduire grâce à l’alchimie du couple incarné par Steve Guttenberg et Ally Sheedy, le savoir-faire solide de John Badham et la caractérisation amusante de « Numéro 5 ». Mais ici, rien ne va plus. Même si l’on tente de faire abstraction de ce scénario prodigieusement inintéressant, de ses traits d’humour aux gros sabots et de cette tendance agaçante à prendre le jeune public – ici principalement visé – pour une masse écervelée facile à contenter, on supporte difficilement l’anthropomorphisme primaire dont se voit affubler le robot vedette. Pourquoi vouloir à tout prix nous faire croire qu’un tas de ferraille, si sophistiqué soit-il, se retrouve soudain doué des mêmes sentiments et des mêmes émotions que les humains qu’il côtoie ? Les clins d’œil à E.T. ne manquent pas, les recettes de la saga La Coccinelle de Disney semblent faire école, mais le résultat tombe franchement à plat. Il est difficile de ne pas soupirer d’exaspération lorsque « Johnny 5 » va à l’église, chante au milieu des passants, parodie Rambo puis devient officiellement citoyen américain. La production met pourtant les moyens nécessaires, allouant au film le même budget que son modèle – 15 millions de dollars – et confiant toujours les effets robotiques à Eric Allard, qui construit cinq exemplaires complexes pour l’occasion. Mais le public ne suit pas, les résultats au box-office s’avèrent décevants et le troisième épisode qui était prévu dans la foulée sera finalement annulé.
© Gilles Penso
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