LA LÉGENDE DE ZU (2001)

Tsui Hark réinvente son classique Zu les guerriers de la montagne magique en le truffant d’effets spéciaux numériques et de séquences surréalistes…

SHU SHAN ZHENG ZHUAN

 

2001 – HONG KONG

 

Réalisé par Tsui Hark

 

Avec Ekin Cheng Cecilia Cheung, Louis Koo, Patrick Tam, Kelly Lin, Sammo Hung Kam-Bo, Ziyi Zhang, Jacky Wu, Lan Shun

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Zu, les guerriers de la montagne magique fut l’un des grands succès de Tsui Hark dans les années 80, s’érigeant en œuvre culte et en marqueur important dans l’histoire du cinéma de Hong-Kong. Son grain de folie et sa profusion d’effets visuels sous influence de Star Wars redonnèrent en effet un coup de jeune décisif au wu xia pian, le film de sabre chinois. 18 ans plus tard, alors que les effets spéciaux numériques sont en train de se démocratiser sur tous les continents et font logiquement une entrée fracassante dans l’industrie cinématographique asiatique, Tsui Hark se dit qu’il serait temps de donner un nouveau souffle à Zu en concoctant une sorte de suite/remake boostée aux trucages infographiques. Tigre et Dragon ayant conquis le monde entier, la compagnie Miramax flaire la bonne affaire et décide d’acquérir trois films d’action chinois pour les distribuer comme des blockbusters sur le territoire américain. La Légende de Zu fait partie du deal, aux côtés de Shaolin Soccer et Hero. Mais si les films qui mettent en vedette Stephen Chow et Jet Li sortiront en salles aux États-Unis, La Légende de Zu devra se contenter d’une commercialisation sur le marché vidéo. Ce choix a-t-il été motivé par l’absence de star en tête d’affiche, ou par le caractère trop « folklorique » de l’œuvre ? Toujours est-il que ce nouveau Zu n’aura pas les honneurs des grands écrans américains. Dommage, parce que le spectacle y est ultra-généreux.

Malgré la présence de plusieurs partenaires financiers internationaux et la mise à disposition d’un budget confortable équivalent à environ 12 millions de dollars de l’époque, Tsui Hark semble avoir conservé une grande liberté artistique, ancrant son scénario dans la culture chinoise et reprenant de nombreux éléments déjà présents dans le premier film. Dans les montagnes célestes de Zu, royaume des immortels, nous apprenons que l’équilibre est menacé par Amnesia, un renégat tapi dans la redoutable Caverne du Sang, où il accroît ses pouvoirs pour conquérir le monde. Face à lui, un vénérable sorcier aux longs sourcils blancs mobilise une armée de guerriers capables de voler grâce à leurs épées magiques et de déployer toutes sortes de projectiles énergétiques. Parmi eux, King Sky est marqué par la perte de sa maîtresse, tuée lors d’une attaque du démon Insomnia, incarnation monstrueuse liée aux forces obscures. Rejoignant les rangs des guerriers, il trouve un nouvel espoir en Enigma, jeune femme mystérieuse qui semble porter l’âme réincarnée de sa bien-aimée. Il s’engage donc dans une lutte désespérée pour empêcher Amnesia de devenir invincible et se met en quête d’armes ancestrales capables de détruire le mal à sa source…

Joyeux chaos

Tsui Hark nous offre ici un véritable déluge visuel qui repousse toutes les limites. Dès l’entame, nous voilà happés par de magnifiques tableaux surréalistes, comme les rochers flottants du mont Emei survolés par des nuées d’oiseaux blancs, ou la vision récurrente du visage d’une jeune fille qui se brise lentement en mille morceaux. Puisque nous nageons en pleine heroic-fantasy, le bestiaire fantasmagorique s’en donne à cœur joie : un démon constitué d’une multitude de crânes volants qui forment eux-mêmes un crâne géant en s’assemblant, un gigantesque blob de sang qui s’écoule au-dessus des murailles, des guerriers maléfiques en armure capables de se démultiplier et de déployer des griffes-fouets, une sorcière qui prend l’apparence d’une petite fée aux ailes de papillons pour mieux tromper les belligérants et les posséder… Certaines séquences atteignent un niveau de virtuosité impressionnant, notamment cette attaque où des soldats se désintègrent sous forme d’oiseaux métalliques avant de se recomposer en une fraction de seconde, projetant des lames avec une précision létale. Le film se mue alors en véritable laboratoire d’effets spéciaux numériques, chaque plan semblant saturé de trucages en 3D. Mais cette profusion est à double tranchant. Le montage ultra-rapide, la densité des informations visuelles et la multiplication des actions simultanées rendent parfois l’ensemble difficile à suivre. Les combats aériens, d’une vélocité extrême, frôlent l’abstraction, et les dialogues incessants en pleine bataille n’aident pas vraiment à clarifier un récit déjà bien confus. Tsui Hark en fait sans doute trop, mais comment ne pas saluer l’enthousiasme qui affleure derrière chaque parcelle de ce joyeux chaos ?

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article