TARZAN ET LES AMAZONES (1945)

Le seigneur de la jungle retrouve sa Jane bien-aimée et se heurte à une peuplade de guerrières réfugiées dans une cité perdue…

TARZAN AND THE AMAZONS

 

1945 – USA

 

Réalisé par Kurt Neumann

 

Avec Johnny Weissmuller, Brenda Joyce, Johnny Sheffield, Henry Stephenson, Maria Ouspenskaya, Barton MacLane, Donald Douglas, Steven Geray, J.M. Kerrigan

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I TARZAN

Le Mystère de Tarzan ayant ouvertement positionné la saga de l’homme-singe dans un univers fantastique détaché de la réalité, toutes les folies semblent désormais possibles. Si Tarzan et les Amazones ne pousse pas aussi loin le délire (pas de dinosaures ni d’araignée géante ici), il n’en demeure pas moins un épisode délicieusement « pulp » continuant d’ancrer les aventures de Tarzan dans une sorte d’univers parallèle exotico-fantastique. Les passages obligatoires sont toujours là – Cheeta fait des singeries, Boy se fourre dans le pétrin, Tarzan s’oppose à la cupidité de l’homme blanc – mais un évènement d’importance marque ce nouvel opus : le grand retour de Jane. Après le départ de l’actrice Maureen O’Sullivan en 1942, les deux films suivants s’étaient efforcés de lui trouver des substituts provisoires, justifiant l’absence du personnage par sa participation à l’effort de guerre. Mais en 1945, ce prétexte scénaristique ne fonctionne plus et il est temps de rapatrier la fiancée de Tarzan. Sauf qu’O’Sullivan refuse de rempiler, malgré les insistances du producteur Sol Lesser. On décide alors de la remplacer par une autre actrice, Brenda Joyce, qui deviendra la nouvelle Jane pour les films à venir. Le fait est que les deux comédiennes ne se ressemblent pas et n’ont pas la même couleur de cheveux, un détail qui aurait pu facilement être rectifié. Peut-être la blondeur de Joyce est-elle préservée pour bien marquer la rupture et officialiser le nouveau visage de Jane.

C’est Kurt Neumann, futur réalisateur de La Mouche noire, qui passe cette fois-ci à la mise en scène, transcendant le faible budget à sa disposition pour offrir aux spectateurs les visions les plus mémorables possibles. Alors qu’ils traversent un fleuve pour retrouver Jane, enfin de retour de Grande-Bretagne, Tarzan et Boy croisent la route d’Athena, une Amazone, et la sauvent des griffes d’une panthère noire. La jeune chasseresse s’étant blessée à la cheville, notre valeureux homme singe la ramène jusque chez elle, dans la cité interdite et secrète de Palmyria uniquement peuplée de femmes. Après cet écart de route imprévu, le seigneur de la jungle et son fils retrouvent la pimpante Jane, accompagnée par un groupe d’explorateurs. Mais quand ceux-ci découvrent le bracelet en or que Cheeta a discrètement subtilisé à Athena, leurs regards s’allument comme les yeux du loup de Tex Avery. Ils y voient la possibilité de découvrir enfin la cité mythique de Palmyria. Certains sont animés par la soif de découverte, d’autres par l’appât du gain, et tous tentent de convaincre Tarzan de les y emmener. Bien sûr, notre héros reste inflexible. Mais ce ballot de Boy, persuadé qu’il va pouvoir contribuer aux progrès de la science, accepte de leur montrer la voie…

« Le paradis au pays du temps oublié »

Le film passe beaucoup de temps à montrer des batifolages un peu vains dans la jungle, mais dès que nous pénétrons dans le royaume des Amazones, nous basculons dans une autre dimension. De nombreuses peintures sur verre dignes de King Kong visualisent les immenses promontoires rocheux qui abritent la cité interdite, mais aussi ses bâtiments antiques. Le paysage prend alors un caractère ouvertement onirique, permettant à l’aventure de basculer dans une ambiance de péplum mythologique. « Le paradis au pays du temps oublié », s’exclame l’un des explorateurs soudain pris d’un élan lyrique face à ce spectacle inattendu. Il y a d’ailleurs un aspect surnaturel derrière ce monde caché de la civilisation, puisque dès que les explorateurs s’apprêtent à pénétrer les lieux, l’orage gronde et le vent se lève. Les Amazones sont affublées de diadèmes, de jupettes en peaux de bêtes, de sandales, d’arcs et de flèches, fidèles à l’imagerie classique déjà véhiculée à l’époque dans les pages des comics consacrés à Wonder Woman. Leur grande prêtresse, nichée au pied d’une statue monumentale, est incarnée par la vénérable Maria Ouspenskaya, la fameuse gitane qui nous annonçait la malédiction du lycanthrope dans Le Loup-garou d’Universal. De fait, même si l’intrigue reste basique et si le dénouement est expédié en deux coups de cuiller à pot, Tarzan et les Amazones reste sans conteste l’un des épisodes les plus distrayants de la saga inspirée par Edgar Rice Burroughs.

 

© Gilles Penso

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