TEX ET LE SEIGNEUR DES ABYSSES (1985)

Sous haute influence d’Indiana Jones, ce western spaghetti des années 80 met en scène une secte diabolique capable de pétrifier ses victimes…

TEX E IL SIGNORE DEGLI ABISSI

 

1985 – ITALIE

 

Réalisé par Duccio Tessari

 

Avec Giuliano Gemma, William Berger, Carlo Mucari, Isabel Russinova, Peter Berling, Flavio Bucci, Aldo Sambrell, José Luis de Vilallonga, Riccardo Petrazzi

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

En Italie, Tex Willer est une institution. Ce cowboy dur à cuire multiplie les exploits musclés depuis 1948, date de la première publication des albums de bandes dessinées qui lui sont consacrés. À la fin des années 60, plusieurs tentatives d’adapter ses aventures à l’écran sont envisagées. Mais le projet ne se concrétise finalement qu’au milieu des années 80, en grande partie grâce au succès des Aventuriers de l’arche perdue et d’Indiana Jones et le temple maudit qui relancent alors dans le monde entier la vogue des héros « à l’ancienne ». Tex et le seigneur des abysses entre donc en piste. La RAI finance en partie le film, conçu au départ comme le pilote d’une future série TV, et c’est le vétéran Duccio Tessari qui se retrouve aux commandes. Signataire d’une foule de westerns, de films d’aventures et de polars, Tessari est rompu à tous les exercices et embarque avec lui l’un de ses acteurs fétiches, Guliano Gemma. Ce dernier ayant souvent joué les cowboys, les héros antiques et les baroudeurs (ainsi qu’un policier dans Ténèbres de Dario Argento), le rôle de Tex semble taillé sur mesure pour lui. Tourné entre mai et juin 1985 en Italie et en Espagne, Tex et le seigneur des abysses s’inspire de trois albums teintés d’éléments fantastiques, écrits par Bonelli et dessinés par Guglielmo Letteri : « El Morisco », « Sierra Encantada » et « Il Signore dell’abisso ».

Tex Willer est un cowboy qui n’a peur de rien et que ses amis les Navajos ont surnommé « Aigle de nuit ». Après avoir réglé leur compte à une bande de trafiquants d’alcool patibulaires, il reçoit la visite de Kit Carson, alias « Cheveux d’argent », un de ses collègues rangers au service de l’armée. Kit lui demande de l’aider à enquêter sur le vol d’un chargement d’armes. Mais cette affaire est beaucoup moins banale qu’elle n’en a l’air. Épaulés par l’Indien Tigla, les voilà bientôt sur la trace d’une redoutable tribu : les disciples de la divinité aztèque Xiuhteculti, qui pratiquent les sacrifices humains, se réfugient dans un temple bâti au sommet d’une montagne et utilisent une pierre volcanique pour pétrifier leurs victimes. Grâce à cette « pierre de mort », qui leur a été léguée selon eux par une entité démoniaque surnommée « Le seigneur des abysses », ils entendent bien exterminer tous les Occidentaux qui foulent leur territoire et rebâtir un nouvel empire : celui des « fils du soleil ».

Le temple du soleil

Bagarres, fusillades, poursuites à cheval… Tous les codes du western spaghetti sont convoqués et exécutés avec efficacité par un Duccio Tessari qui en a vu d’autres. Mais le film se laisse aussi largement influencer par la seconde aventure d’Indiana Jones dont il reprend bon nombre d’ingrédients. D’où ce temple maudit, cette secte d’adorateurs d’une divinité maléfique, ce grand puits incandescent, ces artefacts antiques et ces morts surnaturelles. En ce domaine, le film n’y va pas avec le dos de la cuiller, exhibant des cadavres décomposés recouverts d’insectes, des corps momifiés, ou encore le spectacle surréaliste d’un homme atteint par le projectile empoisonné d’une sarbacane qui se dessèche en accéléré et se pétrifie en grimaçant. D’autres scènes étranges ponctuent le film, comme les agresseurs cachés sous le sable qui surgissent tels des morts-vivants pour attaquer nos héros. Le grand méchant est un gourou exalté et chevelu dont le physique évoque un croisement contre-nature entre Christopher Lee et Francis Lalane ! Constatant en cours de route que le film manque cruellement d’élément féminin, Tessari et ses scénaristes inventent à la dernière minute une belle prêtresse qui trône au milieu des adorateurs de Xiuhteculti et n’a – avouons-le – pas grand-chose à faire à part déambuler dans le temple enfumé. Malgré sa fin très ouverte, Tex et le seigneur des abysses restera sans suite et ne donnera pas naissance à la série initialement envisagée, à cause de ses piètres résultats au box-office.

 

© Gilles Penso

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