

Une jeune femme postule pour devenir femme de chambre dans un vieil immeuble luxueux situé à New York… et se jette dans la gueule du loup !
THEY WILL KILL YOU
2026 – USA / AFRIQUE DU SUD / CANADA
Réalisé par Kirill Sokolov
Avec Zazie Beetz, Patricia Arquette, Myha’la, Paterson Joseph, Tom Felton, Heather Graham, Willie Ludik, David Viviers, Gabe Gabriel, Viktoria Korotkova, James Remar
THEMA DIABLE ET DÉMONS
They Will Kill You est le troisième long-métrage de Kirill Sokolov, après les comédies noires mouvementées Why Don’t You Just Die et No Looking Back. « Ma femme et moi avons déménagé dans une autre ville de Russie et loué un appartement dans un immense immeuble de 17 étages comptant des centaines de logements », raconte le réalisateur. « On avait fini par plaisanter régulièrement en se disant que tout l’immeuble appartenait sûrement à une secte et qu’un jour ils viendraient nous chercher pour nous sacrifier. Puis j’ai regardé Rosemary’s Baby et je me suis dit : “Mon Dieu… j’étais dans cet immeuble ! J’étais exactement dans la même situation.” D’accord, ce n’était pas suffisant pour mettre l’Antéchrist au monde, mais c’est comme ça que ce film est né. » (1) Résultat : un scénario déjanté qui mélange la comédie, le suspense, l’horreur et les arts martiaux et qui séduit immédiatement Andy Muschietti (le réalisateur de Ça) et son épouse Barbara, justement en quête de nouveaux projets pour leur société de production Nocturna. Voilà comment se monte le projet. Vue dans Joker et Deadpool 2, Zazie Beetz y tient son premier rôle principal, pour un tournage marathon éprouvant qui démarre au Cap, en Afrique du Sud, fin 2024. À ses côtés, l’amateur reconnaîtra les visages familiers de Patricia Arquette et Heather Graham.


Mieux vaut ne pas trop révéler l’intrigue afin de préserver l’effet de surprise, dans la mesure où le scénario de They Will Kill You ne cesse de rebondir en opérant toutes les 10 minutes un virage à 180 degrés pour prendre une direction différente. Donnons simplement la situation de départ. Asia Reaves et sa sœur, Maria, tentent de fuir leur père violent, mais se retrouvent acculées dans un magasin. Alors qu’il s’apprête à remettre la main sur elles, Asia lui tire dessus et prend la fuite, laissant Maria aux griffes du paternel blessé et furieux. Voilà pour l’entrée en matière, qui semble s’inscrire dans une logique de drame social mâtiné de thriller mais détonne en réalité avec le reste du métrage. Dix années passent et nous retrouvons Asia, qui n’a pas beaucoup changé (puisque c’est toujours Zazie Beetz qui l’interprète). La jeune femme débarque au Virgil, un luxueux immeuble newyorkais, pour y travailler comme femme de ménage. À partir de là, les choses prennent une tournure pour le moins inattendue…
Le sang qui gicle et l’œil qui rampe
Sur un postulat qui évoque un peu celui de Wedding Nightmare, Kirill Sokolov concocte un véritable shot d’adrénaline qui se révèle aussi inventif dans ses péripéties que dans ses idées de mise en scène. Tandis que la caméra se livre à des acrobaties dignes du Sam Raimi de Mort sur le gril, les choix musicaux singuliers jouent sans cesse la carte de la rupture et du décalage. Quant aux effets spéciaux, ils privilégient chaque fois que possible le recours aux techniques à l’ancienne, poussant très loin les délires gore cartoonesques (têtes explosées, membres tranchés, corps déchiquetés, jusqu’à cet œil arraché qui se promène dans les conduits d’aération !) et se laissent volontiers inspirer par le cinéma d’exploitation japonais. D’où ces corps coupés en deux dans le sens de la hauteur ou ce sang qui gicle en geysers comme du liquide gazeux sous pression. Visiblement féru de cinéma de genre, Sokolov paie son tribut à ses aînés sans pour autant chercher à s’y référer directement. L’influence de films comme The Thing ou Hellraiser est manifeste, tout comme cette tendance kubrickienne à se focaliser sur la symétrie des décors – d’où ces couloirs d’immeuble d’un autre âge qui nous évoquent irrésistiblement l’hôtel de Shining. They Will Kill You finit hélas par se prendre un peu les pieds dans le tapis, privilégiant sans cesse l’effet immédiat au détriment de caractérisations qui auraient renforcé l’empathie des spectateurs. En l’état, le sort d’Asia ne nous inquiète pas plus que ça, et le climax bascule dans des excès franchement ridicules. Pour autant, on ne peut pas reprocher au film son manque d’ambition, d’originalité, de folie et d’énergie.
(1) Extrait d’une interview publiée dans SFX en avril 2026
© Gilles Penso
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