

Le célèbre guerrier casqué et son fidèle « bébé Yoda » jaillissent hors des écrans télévisés pour connaître leur première aventure au cinéma…
THE MANDALORIAN & GROGU
2026 – USA
Réalisé par Jon Favreau
Avec Pedro Pascal, Sigourney Weaver, Jeremy Allen White, Steve Blum, Martin Scorsese, Matthew Willig, Hemky Madera, Jonny Coyne, Myles Humphus
THEMA SPACE OPERA I SAGA STAR WARS
Si The Mandalorian & Grogu est le premier film Star Wars à débarquer sur les grands écrans depuis L’Ascension de Skywalker (sorti sept ans plus tôt), sa genèse remonte à 2017. À cette époque, Jon Favreau propose à Kathleen Kennedy une série centrée sur les Mandaloriens. En parallèle, Dave Filoni développe lui aussi une idée proche après son travail sur les séries animées Star Wars. Kennedy pousse alors les deux créateurs à unir leurs visions. De cette collaboration naît la série The Mandalorian, lancée en novembre 2019 avec Disney+, et rapidement devenue un phénomène culturel grâce au personnage de Grogu, alias « Bébé Yoda ». Le succès colossal de la série incite Lucasfilm à envisager une adaptation cinématographique, mais la transition du petit au grand écran ne se fait pas immédiatement. Favreau et Filoni travaillent d’abord sur une quatrième saison, dont les scripts sont achevés début 2023. Lorsque les grèves hollywoodiennes ralentissent la production, le studio revoit ses priorités et décide de faire le grand saut : au lieu d’une saison 4, la suite des aventures de Din Djarin et de Grogu se déroulera dans les salles de cinéma. Ce passage du petit au grand écran impose bien sûr un gros travail de réécriture, mais les intrigues feuilletonnantes de la série n’ont pas été abandonnées pour autant.


De fait, le film prend vite les allures d’une saison entière de la série ramenée à une durée de 132 minutes. Tout se passe comme si les scénarios écrits pour la télé avaient été compressés et artificiellement collés entre eux. Fatalement, les péripéties s’enchaînent de manière un peu aléatoire, sautant d’un enjeu immédiat à un autre sans nous offrir une intrigue solide ou une construction dramatique digne de ce nom. C’est le défaut majeur de The Mandalorian & Grogu, l’autre étant sans conteste son abandon corps et âme à la cause du fan service. Rarement film aura été autant conditionné par son envie de titiller la fibre nostalgique, de saturer l’écran de « cadeaux » conçus sur mesure pour les aficionados… et accessoirement de vendre un maximum de produits dérivés. Il faut sans doute remonter à Spider-Man No Way Home pour retrouver une telle propension à l’euphorie immédiate et sans conséquences. Dans certains cas, l’exercice fait son petit effet : comment ne pas soupirer de joie dans une séquence comme celle du Dejarik grandeur nature, convoquant avec une boulimie jouissive une partie du bestiaire de La Guerre des étoiles ? Dans d’autres cas, nous sommes plus perplexes. Le traitement des Hutt – et notamment de Rotta, le fils de Jabba – nous embarrasse plus qu’il ne nous enthousiasme.
Une saison complète en un film
On peut aussi regretter que Martin Scorsese n’ait pas été mieux exploité. Avoir une personnalité aussi prestigieuse dans son casting et se contenter de donner sa voix à un alien de seconde zone au lieu de lui offrir un rôle digne de ce nom – un redoutable baron du crime à la solde de l’Empire, par exemple – relève du crime de lèse-majesté ! Bien sûr, le savoir-faire de Jon Favreau et de son équipe reste intact. La direction artistique de Doug Chiang et Andrew L. Jones, les effets visuels supervisés par John Knoll et les images de synthèse animées sous la direction de Hal Hickel rivalisent de beauté, nous offrant de nouveaux panoramas extra-terrestres mémorables, mais aussi des créatures inédites particulièrement impressionnantes. La plastique du film est donc irréprochable, s’offrant même des élans « old school » du plus bel effet, comme le combat contre les robots en stop-motion conçus par le Tippett Studio, réminiscence de Robocop 2 et du Talos de Jason et les Argonautes. À un bémol près – la musique de Ludwig Göransson qui, lorsqu’elle ne se repose pas sur les acquis de la série, se lance dans des variantes hip-hop ou manouches complètement à côté de la plaque -, The Mandalorian & Grogu est un film de très haute tenue d’un point de vue artistique. Dommage que sa structure narrative soit si évasive et ne nous propose pas autre chose qu’un épisode rallongé de la série. Le potentiel était pourtant énorme. L’occasion nous semble partiellement manquée, ce qui n’ôte rien au plaisir régressif irrépressible que les fans de la première heure ressentiront face à ce spectacle extrêmement généreux.
© Gilles Penso
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