SUPERGIRL (2026)

Dans la foulée du Superman de James Gunn, la cousine de l’homme d’acier prend son envol pour une aventure pas vraiment convaincante…

SUPERGIRL

 

2026 – USA

 

Réalisé par Craig Gillespie

 

Avec Milly Alcock, David Corenswet, Eve Ridley, Matthias Schoenaerts, Diarmaid Murtagh, Ferdinand Kingsley, Jason Momoa, Emily Piggford, Bruce Lennox

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA DC COMICS

Il aura fallu du temps et pas mal de revirements de situation pour que la cousine de Superman ait droit à son propre long-métrage, plus de quarante ans après le Supergirl kitsch de Jeannot Szwarc avec Helen Slater. Les 14 films du DC Extended Universe (de Man of Steel à Aquaman 2) s’étant distingués par des résultats très irréguliers au box-office, James Gunn et Peter Safran décident de faire table rase sur l’univers DC pour tout recommencer. La Supergirl qui apparaissait dans The Flash, interprétée par Sasha Calle, n’aura donc pas droit à ses propres aventures solo, malgré le contrat signé par l’actrice qui optionnait plusieurs films hypothétiques. Tandis que David Corenswet s’apprête à reprendre la cape de Superman laissée vacante par Henry Cavill, Gunn annonce qu’il va adapter le comics Supergirl : Woman of Tomorrow de Tom King et Bilquis Evely, où la cousine de l’homme d’acier apparait beaucoup moins solaire que dans les itérations précédentes. Le scénario est confié à l’actrice Ana Nogueira et la mise en scène à Craig Gillepsie (Fright Night, Cruella). Reste à trouver l’actrice qui entrera dans la combinaison rouge et bleue. Après un long processus de casting, c’est Milly Alcock qui s’impose dans le rôle de Kara, devançant de nombreuses prétendantes. Celle qui fut la jeune princesse Rhaenys de House of the Dragon séduit Gunn justement parce qu’elle entre en rupture avec l’image gentillette qu’on associe traditionnellement à la super-héroïne. Après être apparue dans le Superman de 2025, la voilà donc qui vole de ses propres ailes dans le second long-métrage du nouveau DC Universe.

Quand le film commence, nous découvrons Kara en pleine gueule de bois, tandis qu’une chanson cool occupe la bande son. Mais l’irrévérence qu’annonce cette entrée en matière nous paraît bien trop calculée pour être honnête. Après ses coups de folie inattendus sur Les Gardiens de la galaxie, The Suicide Squad et Superman, James Gunn, l’ex-trublion de Troma qui écrivit Tromeo & Juliet et réalisa le délirant Horribilis, a une image à respecter. Même s’il n’est pas le réalisateur de Supergirl, il tient à tenir la ligne directrice artistique qu’on attend de lui. Or tout semble se passer ici comme s’il ne savait plus trop comment gérer son trop-plein de liberté, à la manière d’un enfant turbulent auquel on n’aurait soudain plus fixé aucune limite. A l’époque où il œuvrait pour Marvel, son travail sous contrainte avait accouché d’un formidable exercice d’équilibre entre l’humour déjanté et l’aventure épique. Ici, en roue libre, il part dans tous les sens, bien conscient que Craig Gillepsie sera un bon exécutant appliquant bien sagement tous les caprices de son producteur star. Place donc à une Supergirl alcoolique, ordurière, insolente, clochardisée, recluse avec son chien dans un vaisseau spatial/caravane pouilleux. Cette protagoniste à la dérive rompt certes avec l’idée que l’on se fait habituellement de la gentille Kara, mais elle semble uniquement conçue pour se satisfaire de cette disruption, sans offrir aux spectateurs le moindre terrain d’identification ou d’empathie.

Sauvez le chien !

Et que dire du scénario ? Pour faire court, disons que Kara vit recluse avec son chien Krypto, errant de planète en planète, ignorant les appels répétés de son cousin Kal-El et se saoulant à mort pour fêter ses 23 ans. Un jour, Ruthye (Eve Ridley), une jeune fille rescapée d’un massacre, cherche à se venger du brigand qui a assassiné ses parents. Kara refuse de s’impliquer, jusqu’à ce que le méchant en question, Krem (Matthias Schoenaerts), tire une flèche empoisonnée sur Krypto. Notre Supergirl hirsute et soiffarde se lance alors dans la bataille, parce qu’il faut bien sûr sauver ce chien – dont les pitreries « trop mignonnes » alimentent généreusement la première partie du film. Honnêtement, il est rare de s’intéresser si peu à ce qui se passe sur un écran, notre implication étant inversement proportionnelle à la quantité d’effets numériques et pyrotechniques qui saturent les séquences d’action et de combats. Et même si la « résurrection » de l’univers DC essaie manifestement de renouveler l’imagerie imposée par Zack Snyder, la mise en scène s’appuie toujours sur les effets de mise en scène popularisés par 300, avec force alternance de vitesse réelle et d’ultra-ralenti au moment du climax. Jason Momoa, lui, passe d’un monde DC à l’autre, oubliant le trident d’Aquaman pour devenir le chasseur Lobo. Plongé dans une direction artistique qui semble hésiter entre l’esthétique de Star Wars et celle de Mad Max, Supergirl nous offre une ménagerie d’extra-terrestres bizarres, des voyages spatiaux, des barbares aux véhicules customisés, des jeunes prisonnières promise à un harem, mais cette accumulation masque bien mal la vacuité des enjeux dramatiques du film. Le public ayant boudé cette variante brouillonne, va-t-il falloir encore rebooter une énième fois les adaptations de DC ? Osons une suggestion un peu folle : et si les producteurs et les scénaristes essayaient plutôt de développer des idées originales et des concepts nouveaux, pour voir ?

 

© Gilles Penso

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