ABCs OF DEATH 2 (2014)

Suivant le même principe que le film précédent, cette anthologie explore 26 univers monstrueux, drôles, horrifiques et macabres…

THE ABCs OF DEATH 2

 

2014 – USA

 

Réalisé par E.L. Katz, Julian Barratt, Julian Gilbey, Robert Morgan, Alejandro Brugués, Aharon Keshales, Navot Papushado, Jim Hosking, Bill Plympton, Erik Matti, Dennison Ramalho, Kristina Buozyté, Bruno Samper, Lancelo Imasuen, Robert Boocheck, Larry Fessenden, Hajime Ohata, Todd Rohal, Rodney Ascher, Marvin Kren, Juan Martinez Moreno, Jen et Sylvia Soska, Vincenzo Natali, Jérome Sable, Steven Kostanski, Julien Maury, Alexandre Bustillo, Soichi Umezawa, Chris Nash

 

Avec Eric Jacobus, Julian Barratt, Ian Virgo, Miguel Angel Muñoz, Dana Meinrath, Nicholas Amer, Sherry Lara, Julija Steponaityé, Pat Daniel, Aki Morita, Béatrice Dalle

 

THEMA MORT I MUTATIONS I MAMMIFÈRES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I DIABLE ET DÉMONS I ZOMBIES I MÉDECINE EN FOLIE I TUEURS I FUTUR

Face à l’excellent accueil reçu par ABC of Death, les producteurs Ant Timpson et Tim League remettent le couvert en sollicitant à nouveau des metteurs en scène venus du monde entier pour concevoir 26 histoires courtes associées chacune à une lettre de l’alphabet. Originaires des États-Unis, du Royaume Uni, de Cuba, d’Israël, des Philippines, du Brésil, de Lituanie, du Nigéria, du Japon, d’Autriche, d’Espagne, du Canada et de France, les réalisateurs sollicités travaillent dans une liberté totale. Au menu : de l’horreur, de l’humour, des trésors d’inventivité, et parfois même des esquisses de futurs longs-métrages. Les segments réalisés par Robert Morgan et Jim Hosking, par exemple, annoncent respectivement les folies de Stopmotion et The Greasy Strangler. Le générique décline l’imagerie des vieux livres d’éducation pour enfants. Les gravures y prennent des tournures macabres aux accents d’une sorte de comptine inquiétante. Après cette entrée en matière, le festival commence. Les deux premiers segments (la parodie de film d’action « Amateur » de E.L. Katz et le found footage « Badger » de Julian Barratt) nous offrent des éclats de rire qui permettent au film de démarrer sur les chapeaux de roue. Les gags visuels sont aussi au menu d’« Equilibrium » d’Alejandro Brugués (un triangle amoureux avec deux Robinsons Crusoé et une jeune naufragée) et du délirant  « Masticate » de Robert Boocheck, filmé en ultra-ralenti.

Un véritable grain de folie nourrit aussi les films de Jim Hoskins (« Grandad »), Eric Matti (« Invincible ») ou Rodney Ascher (« Questionnaire »). Dans ce domaine, avouons un petit coup de cœur pour « Wish » de Steven Kostanski, où deux gamins se retrouvent propulsés dans l’univers de leurs jouets guerriers préférés – un monde beaucoup plus violent et trash qu’ils l’imaginaient, bourré d’effets spéciaux old-school. On salue aussi l’imagination fertile des cinéastes japonais Hajime Ohata et Soichi Umezawa qui nous offrent respectivement « Olochracy » (une femme traînée en justice par des zombies qui l’accusent d’actes de violence) et « Youth » (du body horror hallucinant qui sert de métaphore aux maux d’une adolescente délaissée par ses parents). Mais tous les segments ne prêtent pas à rire. La bigoterie et l’intolérance irriguent ainsi de manière glaçante « Capital Punishment » de Julian Gilbey et « Jesus » de Dennison Ramalho, tandis qu’Aharon Keshales et Navot Papushado nous content les absurdités de la guerre avec « Fallen ». De leur côté, Kristina Buozyté et Bruno Samper, futurs auteurs de Vesper Chronicle, confrontent une jeune femme à une incompréhensible vague de violence, tandis que Chris Nash nous décrit une grossesse épouvantable dans « Zygote ». Quant aux duettistes Julien Maury et Alexandre Bustillo, ils dirigent leur actrice fétiche Béatrice Dalle dans le très cynique « Xylophone » qui traduit l’attachement très particulier d’une grand-mère à sa petite-fille.

Le grand 8 de l’horreur

Nous avons également droit à deux courts-métrage d’animation mémorables : « Deloused » de Robert Morgan (de la stop-motion glauque et poisseuse à mi-chemin entre Mad God, Le Festin nu, Eraserhead et Hellraiser) et « Head Games » du génial cartooniste Bill Plympton (un baiser entre un homme et une femme qui prend une tournure apocalyptique et presque lovecraftienne). On se délecte aussi de la contribution de Vincenzo Natali (Cube, Splice) qui décrit avec « Utopia » un monde idéal dominé par la beauté et la perfection. Juan Martinez Moreno, de son côté, concocte avec « Split » un exercice de style virtuose à base d’écrans divisés montrant un effrayant « home invasion » suivi en direct par l’époux de la future victime. Bien sûr, tout n’est pas réussi dans ABC of Death 2. C’est le risque d’une anthologie aussi disparate. Le « Legacy » de Lancelo Imasuen (avec ses effets spéciaux ratés et son absence de chute) ou le « P for P-P-P-P Scary ! » de Todd Rohal (une absurdité rétro sans queue ni tête) se révèlent très anecdotiques. Mais la majorité des courts-métrages proposés ici sont d’excellentes surprises, nous embarquant dans un vertigineux grand 8 horrifique. Deux ans plus tard, Ant Timpson et Tim League joueront les prolongations avec The ABCs of Death 2 ½.

 

© Gilles Penso

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