HYDRA, LE MONSTRE DES PROFONDEURS (1985)

Réveillé par une explosion nucléaire, un gigantesque serpent de mer préhistorique sème la panique sur les côtes epsganoles…

SERPIENTE DE MAR

 

1985 – ESPAGNE

 

Réalisé par Amando de Ossorio

 

Avec Timothy Bottoms, Taryn Power, Jared Martin, Ray Milland, Gérard Tichy, Carole James, Jack Taylor, Léon Klimovsky, Miguel de Grandy, Paul Benson

 

THEMA MONSTRES MARINS

Le réalisateur Amando de Ossorio a marqué l’histoire du cinéma fantastique espagnol grâce à sa tétralogie horrifique consacrée aux Templiers d’outre-tombe. La Révolte des morts-vivants et ses trois suites (1972-1975) ont fait école, se positionnant volontairement à contre-courant de l’imagerie des zombies imposée par George A. Romero, tout en plaçant le nom de De Ossorio sur un piédestal. De toute évidence, cet homme était à suivre de près. Mais la suite de sa carrière n’a pas autant d’éclat et le dernier titre de sa filmographie, Serpiente de Mar (devenu Hydra, le monstre des profondeurs chez nous), est un nanar spectaculaire indigne de ses œuvres précédentes. Le film nous semble d’ailleurs totalement anachronique, s’efforçant de raviver la vogue des grands monstres atomiques des années 50. Même le regain d’intérêt plus récent pour les bestioles géantes, motivé par la sortie du King Kong de John Guillermin et par les adaptations d’Edgar Rice Burroughs signées Kevin Connor (Le Sixième continent, Centre Terre : septième continent, Le Continent oublié), semble déjà loin. Peut-être De Ossorio et son producteur José Frade cherchent-il alors à surfer sur la sortie du Retour de Godzilla ou de Baby ? Toujours est-il que cette histoire de serpent géant prend l’eau de tous les côtés. Et la vaine tentative de faire passer Hydra pour une superproduction américaine (avec des têtes d’affiches US et des pseudonymes pour Ossorio et son producteur) n’arrange rien…

L’entame nous montre deux aviateurs américains qui larguent un missile nucléaire au milieu de l’océan. Aussitôt, un serpent de mer préhistorique revient à la vie et commence à semer la panique le long des côtes espagnoles. Le pêcheur galicien Pedro Fontán Barrios, joué par Timothy Bottoms (Johnny s’en va-t-en guerre, La Dernière séance), survit à l’attaque de son chalutier, mais comme son ivrognerie avait déjà coûté la vie à l’équipage de son précédent navire, dont le frère du second Lemaris (Jared Martin), personne ne croit à son histoire extravagante et un procès militaire le prive désormais de la capacité de naviguer. Peu après, la jet-setteuse Margaret, incarnée par Taryn Power (Sinbad et l’œil du tigre), a elle aussi une rencontre avec le monstre marin lorsque celui-ci dévore sa meilleure amie Jill (Carole James) après une soirée bien arrosée passée au casino. Internée dans un asile psychiatrique, elle est libérée par Pedro, et tous deux sollicitent l’aide du grincheux professeur Wallace (Ray Milland, alors en toute fin de carrière), zoologiste de l’institut national d’océanographie, afin d’empêcher la créature de tuer quiconque s’aventure dans l’eau…

L’attaque du monstre en caoutchouc

Il faut reconnaître à la production sa capacité à avoir réuni un casting relativement prestigieux, malgré l’apparente microscopie du budget. Mais personne n’a l’air de croire à cette histoire rocambolesque, et les acteurs nous semblent tous à côté de la plaque – peu aidés, il est vrai, par des dialogues d’une profonde ineptie. La première confrontation entre Timothy Bottoms et Taryn Power, notamment, est un véritable cas d’école : les deux comédiens donnent le sentiment de jouer dans un état second, adoptant des gestuelles et des expressions erratiques et arbitraires. La star du film reste le monstre, qui provoque plus d’éclats de rire que de frissons, tant sa frimousse caoutchouteuse digne du Muppet Show s’avère ridicule. Tour à tour marionnette à main agitée frénétiquement ou tête grandeur nature dans laquelle se jettent les acteurs en criant, ce serpent géant fait peine à voir. Certaines séquences manifestement inspirées par les travaux de Ray Harryhausen ne manquent pourtant pas d’ambition, comme l’attaque du phare (réminiscence du Monstre des temps perdus) ou la destruction du pont (écho de celle du Monstre vient de la mer). Mais le peu de soin apporté aux maquettes et le manque de crédibilité des personnages (dont un gardien de phare improbable qui joue aux cartes contre lui-même) ruinent tout le potentiel dramatique de ces scènes qui doivent aussi beaucoup aux kaiju eiga japonais. Pour couronner le tout, la bande originale de Manel Santaleban se contente de plagier celle des Dents de la mer sans la moindre retenue. Épuisé par le tournage, De Ossorio terminera le film dans un grand état de faiblesse et arrêtera-là sa carrière de cinéaste.

 

© Gilles Penso

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