

Dans cette fresque antique fantaisiste, un jeune pêcheur grec tente de renverser le régime tyrannique qui sévit en Atlantide…
ATLANTIS, THE LOST CONTINENT
1961 – USA
Réalisé par George Pal
Avec Anthony Hall, Joyce Taylor, John Dall, Edward Platt, Barry Kroeger, Frank de Kova, William Smith, Edgar Stehli
THEMA EXOTISME FANTASTIQUE
Après avoir révolutionné le film de science-fiction avec Destination Lune (1950), La Guerre des mondes (1953) ou encore La Machine à explorer le temps (1960), George Pal nourrit le désir de porter à l’écran le mythe de l’Atlantide. Dès le milieu des années 1950, la lecture de la pièce Atalanta, a Story of Atlantis, écrite en 1949 par Sir Gerald Hargreaves, lui inspire un ambitieux projet. Paramount refuse à l’époque de financer cette aventure. Il faut attendre les succès commerciaux accumulés par Pal, ainsi que la vogue des péplums mythologiques déclenchée aux États-Unis par le triomphe des Travaux d’Hercule de Pietro Francisci, pour que la MGM accepte enfin de produire Atlantis, terre engloutie. Prudent, le studio n’accorde cependant qu’un budget relativement modeste au projet. Cette restriction financière pèsera lourdement sur le résultat final. George Pal doit composer avec de nombreuses économies, multipliant les emprunts à d’anciennes productions de la MGM et d’autres studios. Plusieurs séquences proviennent ainsi directement de Quo Vadis (1951), Quand la marabunta gronde (1954), Le Fils prodigue (1955) ou encore Kismet (1944). Même la partition de Russell Garcia recycle plusieurs thèmes composés pour La Machine à explorer le temps. Peu satisfait du scénario, George Pal espère le retravailler avant le tournage, mais une grève imminente des scénaristes l’oblige à lancer la production prématurément. Lorsque le mouvement social éclate en cours de réalisation, toute réécriture devient impossible. Cette gestation chaotique explique sans doute les faiblesses narratives du film.


L’intrigue nous transporte dans une Antiquité imaginaire où Demetrios (Anthony Hall), un jeune pêcheur grec, sauve la princesse atlante Antillia (Joyce Taylor) d’un naufrage. Les deux jeunes gens tombent amoureux, poussant Demetrios à suivre la belle jusqu’en Atlantide. Il découvre alors une civilisation technologiquement avancée, dirigée d’une main de fer par le tyran Zaren (John Dall), qui a renversé le roi légitime. Grâce à la science, celui-ci transforme ses esclaves en créatures hybrides, dotées de corps humains et de têtes de taureau, d’ours ou de chien. Cette idée évoque irrésistiblement les expérimentations du docteur Moreau imaginé par H. G. Wells, référence qui n’a rien d’étonnant chez George Pal, déjà coutumier d’adaptations du célèbre écrivain. Au-delà de sa dimension fantastique, le film développe un discours étonnamment contemporain. Car Zaren rêve d’imposer la suprématie de l’Atlantide grâce à la maîtrise de l’énergie atomique. « Ce continent n’est pas assez grand pour contenir notre puissance et notre ambition », affirme-t-il avec aplomb. « C’est la destinée d’Atlantis de dominer le monde. Ne sommes-nous pas la race des seigneurs ? » Difficile de ne pas voir dans cette tirade un reflet des angoisses de la Guerre froide. Car au moment de la sortie du film, la menace nucléaire atteint un niveau sans précédent.
Des hommes-oiseaux coupés au montage
Les effets spéciaux, les décors et la direction artistique demeurent aujourd’hui encore les principaux attraits du film. Certaines ambitions visuelles seront pourtant revues à la baisse. Le montage initial comportait notamment une spectaculaire attaque menée par des hommes-oiseaux. « Dans les gros plans, les comédiens portaient des costumes équipés d’ailes mécaniques grandeur nature, qui avaient un look à la Leonard de Vinci », raconte l’as des effets spéciaux Jim Danforth. « Dans les plans larges, c’étaient des marionnettes. Ils étaient censés être abattus en vol par le rayon à cristal des Atlantes. Les marionnettes mesuraient environ trente centimètres de long et nous y avions installé des explosifs. Je suis allé assister à une projection de presse avec George Pal, et le public s’esclaffait en voyant les hommes-oiseaux. Certains plans ont donc été raccourcis et des plans additionnels ont été filmés quelques semaines plus tard. Mais le public riait toujours, alors ces scènes ont presque toutes été supprimées. » (1) Œuvre mineure dans la filmographie de George Pal, Atlantis, terre engloutie n’atteint jamais la maîtrise de ses grandes réussites. Les personnages restent schématiques, les dialogues manquent de relief et les péripéties accumulent les clichés hérités des romans d’aventures d’Arthur Conan Doyle, H. Rider Haggard ou Pierre Benoit. Comme souvent chez Pal, un sous-texte chrétien traverse discrètement le récit. La civilisation atlante est présentée comme une société païenne, décadente et moralement corrompue, tandis que plusieurs dialogues évoquent la nécessité de revenir au Dieu unique, suggérant que la destruction de l’Atlantide constitue autant un châtiment spirituel que la conséquence de son orgueil scientifique. Malgré tout, le film conserve le charme singulier des grandes aventures exotiques d’une époque où Hollywood croyait encore possible de faire rêver le public avec des cités perdues, des inventions improbables et des civilisations disparues.
(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998
Gilles Penso
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