

Le catcheur-justicier Blue Demon affronte une race d’extra-terrestres arachnoïdes qui veulent se nourrir du cerveau des humains !
ARAÑAS INFERNALES
1968 – MEXIQUE
Réalisé par Federico Curiel
Avec Alejandro Moreno, Blanca Sanchez, Martha Elena Cervantes, Ramon Bugarini, Sergio Vires, Jessica Munguia, Fernando Oses, Nathanael Leon, René Barrera
THEMA SUPER-HÉROS I ARAIGNÉES I EXTRA-TERRESTRES I SAGA BLUE DEMON
Après deux aventures confiées au réalisateur Chano Urueta, Blue Demon : El Demonio Azul et Blue Demon contre le pouvoir satanique, le catcheur au masque bleu s’en remet à un autre spécialiste du cinéma fantastique mexicain : Federico Curiel. Lorsqu’il s’attaque aux Araignées infernales, troisième film consacré aux exploits du « démon bleu », Curiel a déjà trente-cinq longs-métrages derrière lui, dont plusieurs dédiés au lutteur Santo. Autant dire que notre homme connaît la musique et sait composer avec des moyens souvent anémiques pour tenter de construire des atmosphères d’épouvante stylisées. Ici, l’argument est typique de la science-fiction naïve des années 50 (même si nous sommes déjà en 1968), et l’on peut s’étonner du gap culturel qui sépare alors le Mexique des autres cinématographies occidentales. Alors que la même année 2001 l’odyssée de l’espace, La Nuit des morts-vivants, Rosemary’s Baby ou La Planète des singes révolutionnent les codes du cinéma fantastique et les modernisent définitivement, Federico Curiel et son héros masqué restent solidement campés dans une imagerie rétro qui, avec le recul, peut sembler totalement anachronique. Plusieurs images d’atterrissages des soucoupes volantes du film sont d’ailleurs empruntées à un film de SF de la décennie précédente, en l’occurrence Teenagers From Outer Space de Tom Graeff, tandis que des extraits de la bande originale de L’Étrange créature du lac noir s’invitent dans le montage.


Une musique expérimentale bizarre envahit le générique de début, tandis qu’une voix off pleine d’emphase nous met dans l’ambiance. « L’ère spatiale amène l’humanité à découvrir les étonnants mystères de l’espace », dit-elle. « Planètes insondables et immenses, comètes et galaxies inconnues, habitées par d’étranges créatures physiquement horribles et animées de terribles intentions. » Aussitôt, nous apprenons que les habitants de la galaxie Aracnea cherchent désespérément une source de nourriture pour sauver la vie de leur reine. Après une longue quête, leur choix se porte sur la Terre, où les cerveaux humains promettent de pouvoir devenir de véritables délices pour ces araignées extraterrestres. Alors que les aliens débarquent chez nous, Blue Demon vient de finir un combat de catch et prend la route avec son ami José. En découvrant soudain un cadavre carbonisé dans une voiture, victime du rayon mortel des arachnides, notre lutteur surdoué se frotte le menton avant d’annoncer les résultats de son analyse : « C’est un cas de déséquilibre entre la matière et les neutrons. » Comprenne qui peut. Pour passer inaperçus, les extra-terrestres cachent leur vaisseau spatial dans une maison abandonnée, ce qui se révèle très pratique en termes de mise en scène. Pas besoin de décor : il suffit de filmer les acteurs dans le noir. Déguisés en humains pour pouvoir kidnapper des Terriens et les livrer aux appétits de leur souveraine, nos hommes-araignées se heurtent bien sûr à Blue Demon, qui va tout mettre en œuvre pour s’opposer à leurs plans…
« J’ai besoin d’un cerveau humain ! »
La reine des araignées, qui ressemble à une grosse bête en carton-pâte aux yeux luisants, provoque chez les spectateurs beaucoup plus de rire que de peur, d’autant qu’elle s’exprime avec une voix de vieille sorcière pour réclamer de la nourriture. « J’ai besoin d’un cerveau humain ! » l’entendent gémir ses deux sbires envoyés chez les humains, Molok et Protik, ainsi que la cheffe des opérations Arianek. La plupart du temps, on ne voit d’ailleurs de cette dirigeante velue que deux gros yeux lumineux et flous dans les ténèbres. Il ne s’agirait pas non plus de forcer sur le budget effets spéciaux. Un seul détail semble pouvoir distinguer les envahisseurs des habitants de la Terre : un tatouage en forme d’arachnide derrière l’oreille. Cela dit, leur accoutrement (des grandes capes à la Dracula ornées d’une toile d’araignée) ne joue pas franchement la carte de la discrétion. Blue Demon, lui, n’en finit pas de débattre avec l’inspecteur de police chargé de l’affaire, lâchant régulièrement des phrases sentencieuses telles que « nous faisons face à une menace effrayante » ou « nous sommes devant un mystère insoluble ». Le reste du temps, il se bat sur le ring. Les choses se corsent avec l’arrivée du prince Arak, un grand moustachu qui se fait passer pour un lutteur nommé Okran. Le climax du film est donc un combat de catch contre ce colosse qui, en cours de match, voit l’une de ses mains se couvrir de poils et prendre la forme d’une grosse araignée velue ! Il faut le voir pour le croire. Sitôt la menace arachnoïde vaincue, notre justicier ressurgira dans Blue Demon contre les cerveaux infernaux pour affronter un savant fou et des femmes zombies.
© Gilles Penso
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