

Quelques années après Star Trek, Gene Roddenberry développe un nouveau concept futuriste qui restera à l’état de pilote télévisé…
GENESIS II
1973 – USA
Réalisé par John Llewelyn Moyey
Avec Alex Cord, Ted Cassidy, Harvey Jason, Bill Striglos, Harry Raybould, Bevlah Quo, Marguerite Hartley
THEMA FUTUR I VOYAGES DANS LE TEMPS
Après avoir révolutionné la science-fiction télévisuelle avec Star Trek, Gene Roddenberry cherche au début des années 1970 à retrouver la formule qui lui a permis d’imaginer, semaine après semaine, des sociétés alternatives pour mieux interroger la nôtre. Derrière les aventures spatiales du capitaine Kirk et de son équipage se cachaient souvent des réflexions sur le racisme, la guerre, le totalitarisme, la religion ou encore les dangers d’une société soumise aveuglément à la technologie. Lorsqu’il imagine Genesis II, c’est en partie pour prolonger cette approche humaniste. Diffusé par CBS en mars 1973, ce téléfilm est conçu pour donner naissance à une nouvelle série, une sorte de Star Trek terrestre dont le protagoniste serait amené à rencontrer au fil des épisodes différentes communautés et différentes formes de société. Parmi les transfuges de Star Trek, on retrouve William Ware Theiss aux costumes et Gerald Perry Finnerman à la photographie, tout comme les acteurs Mariette Hartley, Ted Cassidy, Percy Rodrigues et Majel Barrett. CBS croit suffisamment au potentiel de Genesis II pour commander le développement d’une série. Mais le projet ne verra jamais le jour sous cette forme. Un second pilote, Planète Terre, sera tourné en 1974 avec John Saxon dans le rôle de Dylan Hunt. Mais entre-temps, le succès des rediffusions de La Planète des singes pousse CBS à privilégier cette autre franchise pour le petit écran. Genesis II restera donc à l’état de prototype.


Tout commence dans un 20ème siècle légèrement futuriste où le scientifique Dylan Hunt (Alex Cord) accepte de participer à une expérience d’hibernation. Son objectif est de se réveiller à une époque où la médecine et les connaissances humaines auront considérablement progressé. Mais lorsqu’il ouvre les yeux, nous sommes en 2133 et le monde qu’il connaissait n’existe plus. Une catastrophe nucléaire a en effet ravagé la civilisation. Les grandes villes ont disparu, les infrastructures se sont effondrées et l’humanité s’est fragmentée en communautés qui ont développé leurs propres systèmes politiques et sociaux. Hunt finit par rencontrer les membres de PAX, une organisation scientifique souterraine qui s’est donné pour mission de préserver les connaissances et de reconstruire progressivement la civilisation. Son périple le conduit cependant vers une société radicalement différente, Tyrania. Dirigée par une élite autoritaire, celle-ci repose sur un système de domination et d’esclavage. Capturé, Hunt utilise ses connaissances pour encourager une révolte et tenter de renverser l’ordre établi…
La femme aux deux nombrils
En tentant de reproduire la formule qui lui valut le succès, Roddenberry se place à contre-courant de ses contemporains dans sa manière d’appréhender la science-fiction. Alors que des films comme 2001 l’odyssée de l’espace, THX 1138 ou Le Mystère Andromède expriment une méfiance croissante envers les sociétés technologiques, Genesis II défend au contraire une vision optimiste. Ici, la connaissance scientifique peut sauver l’humanité si elle est mise au service de valeurs humanistes. Sur le papier, le postulat est prometteur. À l’écran, c’est nettement plus laborieux. Les décors sentent le bricolage et les effets spéciaux sont réduits au strict minimum. Mais là n’est pas le problème principal de ce téléfilm, qui s’offre tout de même quelques trouvailles visuelles attrayantes comme les véhicules souterrains rétro-futuristes de PAX. Le souci majeur vient surtout du récit, qui semble se contenter de recycler les idées maîtresses de Star Trek en changeant simplement de décor. Le manque de charisme du moustachu Alex Cord n’arrange rien. On se rabat alors sur les personnages secondaires, notamment la ravissante mutante Lyra-a (Marielle Hartley) qui, dans l’une des scènes les plus amusantes du métrage, exhibe ses deux nombrils. Ce détail extravagant résume à lui seul ce que Genesis II aurait pu être s’il avait osé pousser plus loin son imagination. Tel est finalement le défaut principal de ce téléfilm : son idée de départ est plus audacieuse que son exécution. Un peu plus de folies et d’exubérances n’auraient pas nui. Au début des années 2000, la série Andromeda reprendra une partie du concept de Genesis II, un autre Dylan Hunt (incarné cette fois par Kevin Sorbo) se réveillant à son tour dans un avenir où la civilisation humaine s’est disloquée.
© Gilles Penso
À découvrir dans le même genre…
Partagez cet article




