LA SEPTIÈME PROPHÉTIE (1988)

Alors que des catastrophes en série frappent la planète, un jeune couple qui attend l’arrivée d’un enfant accueille un locataire énigmatique…

THE SEVENTH SIGN

 

1988 – USA

 

Réalisé par Carl Schultz

 

Avec Demi Moore, Michael Biehn, Jurgen Prochnow, Peter Friedman, Manny Jacobs, John Taylor, Lee Garlington, Akosuka Busia, Harry Basil, Arnold Johnson

 

THEMA DIEU, LES ANGES, LA BIBLE

Inscrit dans la vogue d’un cinéma biblico-apocalyptique qui connut son apogée avec La Malédiction de Richard Donner, La Septième prophétie est d’abord un scénario co-écrit par Ellen Green et Clifford Green (qui signèrent quelques années plus tôt celui de Baby, le secret de la légende oubliée). Le titre original The Seventh Sign fait référence aux sceaux mentionnés dans le dernier livre du Nouveau Testament. En découvrant ce script, Carl Schultz se laisse aussitôt séduire. Ce réalisateur d’origine hongroise, qui s’était distingué jusqu’alors avec des drames réalistes, appréhende d’ailleurs moins La Septième prophétie comme un film fantastique que comme un thriller psychologique. « Ce qui ma attiré, cest lhistoire intérieure », explique-t-il. « On peut linterpréter comme quelque chose qui se passe réellement ou comme le fruit de limagination de lhéroïne. » (1) L’ambiguïté quant à la teneur paranormale des phénomènes de plus en plus inquiétants décrits dans le film est donc au cœur du récit et finit par nourrir toute la narration. D’où une approche volontairement minimaliste des effets spéciaux, même si ces derniers sont confiés à des ténors comme Kevin Yagher et Craig Reardon (pour les maquillages spéciaux) et l’équipe de Dream Quest (pour les effets visuels). « Je trouve souvent quil vaut mieux laisser les choses à limagination du public plutôt que de les montrer littéralement », reprend Schultz. « Les monstres les plus terrifiants sont ceux que lon ne voit pas. Nous voulions créer quelque chose d’étrange, dinhabituel, mais qui ait néanmoins lair réel. » (2)

La Septième prophétie nous interpelle dès son entrée en matière, en nous laissant comprendre que d’étranges phénomènes se multiplient aux quatre coins du monde. En Haïti, des milliers de poissons meurent mystérieusement dans une mer devenue brûlante. Au Moyen-Orient, une vague de froid d’une violence sans précédent gèle littéralement un village dans le désert. Et partout où survient l’un de ces événements, un mystérieux voyageur (Jurgen Prochnow) apparaît quelques instants auparavant, ouvre une enveloppe scellée puis disparaît. Au Vatican, le père Lucci (Peter Friedman) est chargé d’enquêter sur ces manifestations qui semblent reproduire les signes annonciateurs de l’Apocalypse biblique. Sceptique, le prêtre refuse pourtant d’y voir une intervention divine et cherche à leur trouver des explications rationnelles. Le scénario s’intéresse alors à Abby (Demi Moore), une jeune californienne enceinte de son premier enfant qui mène une existence tranquille avec son mari Russell (Michael Biehn), un avocat. Pour mettre un peu de beurre dans les épinards, Abby et Russell décident de louer une chambre de leur maison à un homme qui se présente sous le nom de David Bannon… le fameux voyageur qui nous apparaissait en début de métrage. Bientôt, Abby est en proie à des cauchemars récurrents. Alors que les phénomènes catastrophiques se multiplient à travers le monde, elle comprend peu à peu que sa grossesse pourrait être liée à quelque chose qui la dépasse…

Apocalypse Now ?

Après avoir joué les « femmes-enfants » un peu désinvoltes en début de carrière (C’est la faute à Rio, Le Feu de Saint-Elmo, Un été fou fou fou), Demi Moore accède ici pour la première fois à un rôle « adulte », celui d’une future mère de 26 ans qui lui permettra d’élargir son registre et d’entrer officiellement dans la cour des grands. Deux ans plus tard, elle se muera en superstar grâce à Ghost. Frais émoulu de Terminator et Aliens, Michael Biehn forme avec elle un couple crédible, le jeu naturaliste des deux acteurs se heurtant au charisme mystérieux, ténébreux et impénétrable de Jürgen Prochnow (La Forteresse noire, Dune). Selon un schéma avec lequel nous a familiarisés Rosemary’s Baby, la jeune femme enceinte qui sert de point d’ancrage émotionnel est la seule à venir voir le danger surnaturel et bascule dans une sorte de paranoïa qui l’ostracise, dans la mesure où personne, pas même son mari aimant, ne semble prendre ses inquiétudes bizarres au sérieux. Les médecins parlent d’hallucinations, de stress, de culpabilité. Le personnage du prêtre sceptique lui-même trouve des explications triviales et des coïncidences derrière chaque signe ou chaque phénomène attribué à la colère divine, mettant à mal les théories liées à une apocalypse imminente. Mais l’on sent bien que ce qui se prépare transcende la compréhension humaine, que cet homme d’église cache bien son jeu et que David n’a rien d’un locataire ordinaire. Le Jugement Dernier qui semble se préparer met dos à dos toutes les religions, avec à la clé une question cruciale : qui sera sauvé ? Carl Schultz met tout son savoir-faire au service de ce récit oppressant, opérant une montée lente et progressive d’un malaise diffus et insaisissable. Mais les scénaristes, déçus du résultat final, préfèreront être crédités sous des pseudonymes : W.W. Wicket et George Kaplan (clin d’œil à « l’homme qui n’existe pas » dans La Mort aux trousses).

 

(1) et (2) Extraits d’une interview parue dans Cinefantastique en mai 1988.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article