NIGHT OF THE REAPER (2025)

Dans une petite ville américaine, au cœur des années 80, un tueur masqué sème la terreur et se joue des forces de police…

NIGHT OF THE REAPER

 

2025 – USA

 

Réalisé par Brandon Christensen

 

Avec Jessica Clement, Ryan Robbins, Summer H. Howell, Keegan Connor Tracy, Matty Finochio, Max Christensen, Ben Cockell, David Feehan, Bryn Samuel

 

THEMA TUEURS

Si le réalisateur Brandon Christensen n’est pas une superstar du cinéma fantastique, il œuvre dans le genre avec une constance qui force le respect, malgré des moyens souvent limités et des exploitations parfois confidentielles. L’homme à qui nous devons le thriller horrifique Superhost, le film de possession The Puppet Man et le found footage Bodycam se lance avec Night of the Reaper dans un slasher « à l’ancienne » qui assume pleinement ses références : l’intrigue se situe dans les années 80, les télés diffusent des clips de MTV, des posters de Robocop et Massacre à la tronçonneuse 2 s’affichent dans les chambres, le magazine Fangoria traîne sur un bureau… Christensen pousse la démarche jusqu’à adopter un format Cinémascope et une bande originale synthétique façon John Carpenter, à isoler des baby-sitters en pleine nuit d’Halloween ou à utiliser des artefacts de cassettes VHS pour habiller le générique de son film. Cette démarche – qui évoque par moments celle de Ti West dans House of the Devil – semble de prime abord emboîter le pas de la « eightiesmania » déclenchée par Super 8, Ça, Stranger Things et consorts. Mais il ne faut pas forcément se fier aux apparences. Si Christensen déclare ouvertement sa flamme aux années vidéoclub, il ne s’en tient pas là…

Tout commence pourtant de manière très classique, c’est le moins qu’on puisse dire. Les dix premières minutes s’attachent à Emily Golding (Summer H. Howell), une baby-sitter harcelée, menacée puis assassinée par un tueur habillé en Camarde (d’où le titre du film, qui peut se traduire par « La Nuit de la Faucheuse »). Non contente de multiplier les meurtres, cette figure fantomatique prend un malin plaisir à filmer ses exactions au caméscope et à se jouer du shérif local, le chef Rodney Arnold (Ryan Robbins), en semant sur son chemin des cassettes vidéo détaillant les méfaits sanglants en vue subjective, façon « snuff movie ». Sur les nerfs, ce policier volontiers impulsif, veuf depuis peu, doit travailler en pleine nuit et sollicite donc une baby-sitter pour surveiller son fils Max (Max Christensen). La jeune fille habituelle étant indisposée, c’est sa meilleure amie Deena (Jessica Clement) qui est sollicitée d’urgence. Celle-ci vient tout juste de débarquer dans la petite ville natale après son diplôme universitaire et accepte la mission un peu à contrecœur. Or dès la nuit tombée, le tueur masqué refait son apparition…

Déjà-vu ?

L’inconvénient principal d’un film comme Night of the Reaper est le sentiment de déjà-vu qui l’irrigue abondamment. Les personnages principaux (la baby-sitter sage et sérieuse, son amie délurée, le jeune geek accro à la vidéo, le footballer star de la fac, le shérif bourru et son adjoint sympathique) cumulent tous les stéréotypes attendus sans chercher à s’en affranchir. Les méfaits du tueur eux-mêmes nous semblent très familiers, tout comme sa tenue qui rappelle furieusement celle du premier opus de la petite saga Fear Street. Les spectateurs sentent donc qu’ils ont toujours un coup d’avance sur les personnages et qu’ils peuvent tout prévoir à l’avance. C’est là que Brandon Christensen nous prend par surprise. Car au cours de son troisième acte, le scénario rebondit de manière spectaculaire et réorganise toutes les pièces de l’échiquier. Le twist est franchement inattendu. Revers de la médaille : il nous semble tiré par les cheveux et manque de crédibilité. Mais si l’on se prend au jeu, les ultimes rebondissements ont quelque chose de jouissif – avec en prime une mise à mort cartoonesque sous forme de gag macabre. Tout ce catalogue de clichés prend alors une toute nouvelle tournure, et le cadre même des années 80 se justifie pleinement. Transposé à l’ère des smartphones et des réseaux sociaux, le récit verrait en effet la majorité de ses péripéties court-circuitées. Night of the Reaper ne fera certes pas date dans l’histoire du slasher, mais les astuces de son intrigue et de sa mise en scène rendent son visionnage hautement recommandable.

 

© Gilles Penso

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