SANTO CONTRE LES ZOMBIES (1962)

Le plus célèbre des lutteurs masqués mexicains se heurte à un savant fou et à son armée de morts-vivants pilotés à distance…

SANTO CONTRA LOS ZOMBIES

 

1962 – MEXIQUE

 

Réalisé par Benito Alazraki

 

Avec Santo, Lorena Velazquez, Jaime Fernandez, Armando Silvestre, Irma Serrano, Dagoberto Rodriguez, Carlos Agosti

 

THEMA SUPER-HÉROS I ZOMBIES

Au Mexique, la « lucha libre » est une institution depuis la fin des années 1800. Ce catch folklorique, que pratiquent des belligérants souvent affublés de masques colorés, favorise les prises spectaculaires, les sauts périlleux et les plongeons foudroyants. Il faut que le public en ait pour son argent. Au sein de cette discipline, un nom s’est érigé à la fois comme un symbole et une véritable légende : Santo. De son vrai nom Rodolfo Guzman Huerta, ce célèbre lutteur masqué est né en 1917 et décroche son premier titre en 1943. Classé dans la catégorie des « rudes » (autrement dit les « méchants » du ring), le massif catcheur change ses techniques de lutte en cours de route pour se ranger du côté des « bons », dans la mesure où sa cote de popularité ne cesse de grandir. Et bientôt, notre homme exporte son image bien au-delà des salles de combat. D’abord héros de photoromans, il poursuit ses exploits au cinéma et devient la star d’une bonne cinquantaine de films tournés sur une période de plus de vingt ans. Les deux premiers longs-métrages dans lesquels il figure, Cerebro del Mal et Cargamento Blanco, ne lui donnent pas encore la vedette, puisqu’il y partage l’affiche avec d’autres justiciers masqués. Mais dès le troisième, Santo contre les zombies, le voilà propulsé sur le devant de la scène, en accord avec la nouvelle image de « super-héros » qu’il se donne sur le ring.

Il nous faut d’abord nous coltiner douze bonnes minutes de combats de catch avant que l’intrigue démarre. Car Santo est avant tout un « luchador » qui doit démontrer les ficelles de son art. Lorsque l’histoire commence enfin, trois enquêteurs (Armando Silvestre, Irma Serrano et Jaime Fernandez) sont dépêchés d’urgence pour élucider l’inexplicable disparition d’un éminent scientifique, qui revenait tout juste d’un voyage d’études à Haïti. Sa fille Gloria (Lorena Velazquez) veut absolument savoir ce qui lui est arrivé et craint déjà le pire. Entretemps, trois voleurs étranges et silencieux (la démarche raide, le regard fixe et le visage blafard) se livrent à un cambriolage nocturne dans une bijouterie. Lorsque le gardien de nuit puis la police les interceptent et leur tirent dessus, ils se montrent insensibles aux balles et doués d’une force surhumaine. Bientôt, il devient clair que la disparition du professeur et le surgissement de ces zombies sont liés. Et pour dénouer cette inquiétante affaire, un seul homme semble être à la hauteur : Santo bien sûr.

« Le plus grand défenseur de la justice et du bien »

Nous sommes encore loin de l’imagerie du zombie telle que la redéfinira George Romero six ans plus tard. Ici, les morts-vivants ressemblent plutôt à des catcheurs sous hypnose, qui reçoivent des ordres par onde radio et sont télécommandés grâce à un dispositif électrique accroché à leur ceinture. Indestructibles, ils résistent même aux impacts de balle en pleine tête et peuvent disparaître à volonté. Le savant fou à l’origine de ce fléau nous apparaît dans toute sa splendeur de super-vilain de comic book : encapuchonné, ricanant, réfugié dans une caverne souterraine où trône un laboratoire à la Frankenstein plein de fioles, de fumée et d’appareillages électroniques. Avec l’aide d’un assistant costumé comme lui, il conçoit ses robots humains à l’aide d’une grande seringue digne de Re-Animator, est capable de déclencher des murs de flammes à distance et espionne toute la ville avec un circuit de télévision fermée. Plus bizarre encore : Santo lui-même possède un système de vidéosurveillance identique et surveille les agissements du criminel. Le lutteur au masque d’argent est clairement traité ici comme une icône surhumaine toute entière dédiée à la lutte contre les forces du mal. « C’est le plus grand défenseur de la justice et du bien », dit d’ailleurs de lui l’un des inspecteurs. Et lorsque tout finit par rentrer dans l’ordre, notre fier héros regagne ses pénates sans attendre le moindre remerciement, se fendant tout de même d’une morale sentencieuse pour clore le métrage : « Les hommes qui défient les lois divines finissent par tomber, victimes de leur propre méchanceté. » C’est beau !

 

© Gilles Penso

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