

Un tueur psychopathe aux pulsions incontrôlables se met à frapper les jeunes femmes qui gravitent autour d’une université italienne…
TORSO
1973 – ITALIE
Réalisé par Sergio Martino
Avec Suzy Kendall, Tina Aumont, Luc Merenda, John Richardson, Roberto Bisacco, Ernesto Colli, Angela Covello, Carla Brait, Conchita Airoldi, Patrizia Adiutori
THEMA TUEURS
Futur réalisateur de séries B fantastiques maladroites mais très distrayantes comme Le Continent des hommes poissons, Alligator, Crime au cimetière étrusque, 2019 après la chute de New York ou Atomic Cyborg, Sergio Martino fait ses débuts de metteur en scène à la fin des années 60 et s’engouffre assez rapidement dans les retombées du succès de L’Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento. Il appose ainsi coup sur coup sa signature sur quatre giallos aux titres très imagés : L’Étrange vice de Madame Wardh, La Queue du scorpion, Toutes les couleurs du vice et Ton vice est une chambre close dont moi seul ait la clé. Avec Torso, le ton se durcit. Si le giallo est encore très présent sur les écrans, une certaine lassitude risque tôt ou tard de s’emparer des spectateurs. Le film capitalise alors plus que les autres sur le sexe et la violence, en s’appuyant sur un scénario d’un des fidèles collaborateurs de Martino, le vétéran Ernesto Gastaldi (Le Corps et le fouet, Mon nom est personne, Il était une fois en Amérique). À vrai dire, l’intrigue importe moins ici que les fulgurances de la mise en scène et les passages choc exacerbant à la fois la plastique des comédiennes et la brutalité des assassinats. Tourné majoritairement à Rome, à Pérouse et dans la province de L’Aquila, Torso tire par ailleurs habilement parti de la photogénie de ses décors, qui deviennent presque des personnages à part entière.


Le film commence aux abords de l’Università per Stranieri, à Pérouse, où Jane (Suzy Kendall, vue dans L’Oiseau au plumage de cristal), une étudiante américaine en histoire de l’art, mène une vie insouciante rythmée par les cours et les soirées entre amies. Mais l’atmosphère bascule brutalement lorsqu’un tueur en série commence à frapper le campus, s’attaquant à de jeunes étudiantes qu’il étrangle à l’aide d’une écharpe rouge et noire avant de mutiler leurs corps. Très vite, la peur s’installe. Daniela (Tina Aumont), l’une des amies de Jane, croit reconnaître le fameux foulard aperçu sur une victime, sans parvenir à se souvenir où elle l’a déjà vu, tandis que les soupçons commencent à peser sur Stefano (Roberto Bisacco), un étudiant étrange et obsédé par Daniela. La police piétine et les crimes se multiplient dans l’entourage des jeunes femmes. Sur les conseils de son oncle, Daniela décide de fuir la ville. Avec Jane et leurs amies Carol, Katia et Ursula, elles se réfugient dans une villa isolée à Tagliacozzo, perchée au-dessus d’un village et bordée par une falaise. Là, loin de Pérouse, elles espèrent retrouver un semblant de tranquillité. Mais ce refuge idyllique se transforme bientôt en piège. Car le tueur rôde toujours et semble désormais déterminé à les traquer une à une…
Le rouge et le noir
Martino parvient à faire d’abord naître l’inquiétude non des espaces confinés mais au contraire des grandes places, celles des villes ou des villages. Le tueur s’y cache parmi la foule, et le danger semble pouvoir surgir de partout à la fois. Le cinéaste joue beaucoup sur les gros plans, sur les regards, instillant des sous-entendus et un certain malaise même lorsqu’il ne se passe apparemment rien à l’écran. Car Torso s’intéresse avant tout aux pulsions incontrôlables d’un maniaque sexuel. Le prétexte est idéal pour laisser la caméra se coller au corps dénudé des jeunes actrices avec une insistance voyeuriste assumée, tandis qu’en contre-champ s’expose la concupiscence des hommes revenus à l’état de bêtes. Ici, les femmes se transforment en objets, et c’est justement là que se loge la motivation du tueur. Très marqué par son époque (la musique et les looks hippies), Torso se situe aux confluents de deux genres, s’octroyant quelques écarts presque gothiques (le décor du marécage embrumé) et préfigurant avec son tueur masqué la vogue du slasher. Mais c’est sans doute au cours de son dernier tiers que le film atteint des sommets, lors d’une extraordinaire séquence de suspense où l’action se confine et où s’engage un jeu du chat et de la souris qui doit sans doute beaucoup à Terreur aveugle. On peut reprocher à Torso les nombreux trous dans son scénario, qui oublie complètement l’enquête policière en cours de route, traite un peu par-dessus la jambe le trauma et le mode opératoire de son psychopathe, ou fait surgir d’un chapeau le docteur interprété par Luc Merenda. Il n’en demeure pas moins que le film de Sergio Martino fait date dans l’histoire du cinéma d’horreur, se positionnant presque comme un trait d’union contre-nature entre Dario Argento et Tobe Hooper.
© Gilles Penso
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