

Un écrivain enquête sur les expériences d’un professeur ayant apparemment découvert le moyen de ressusciter les morts…
ZEDER
1983 – ITALIE
Réalisé par Pupi Avati
Avec Gabriele Lavia, Anne Canovas, Paola Tanziani, Cesare Barbetti, Bob Tonelli, Ferdinando Orlandi, Enea Ferrario, John Stacy, Alex Partexano, Marcello Tusco
THEMA ZOMBIES
Pupi Avati a toujours eu des affinités avec le fantastique. Réalisateur de Balsamus : l’homme de Satan et La Maison aux fenêtres qui rient, scénariste de Baiser macabre, il effectue au début des années 80 des recherches intensives en vue d’un film qui aborderait le thème de la vie après la mort. Très ambitieux, son projet tourne autour de l’ordre des Chevaliers du Temple de Salomon, de l’alchimiste Fulcanelli et de l’Arche d’Alliance. Mais la sortie des Aventuriers de l’arche perdue l’empêche d’aller plus loin, de peur de passer pour un plagiaire. Cette idée continue pourtant à trotter dans sa tête. C’est en la remaniant qu’il finit par accoucher du scénario de Zeder. Refusant l’approche gothique habituelle des films d’épouvante italiens classiques, et encore moins les excès gore de ses compatriotes déployés dans la mouvance des films de Lucio Fulci, Avati choisit la voie du mystère et de la science-fiction. D’où certaines réminiscences des récits d’H.P. Lovecraft, notamment Herbert West, réanimateur. L’un des lieux de tournage clé de Zeder est un bâtiment abandonné qui apparaît lors du dernier tiers du film et qui, au-delà de sa sinistre photogénie, est le témoin d’un lourd passé. Ouvert en tant que complexe de vacances de l’ère fasciste en 1938, il ferma ses portes deux ans plus tard après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, fut utilisé comme prison et hôpital pour les troupes allemandes, puis définitivement abandonné dans les années 1950.


L’entrée en matière paie son tribut à un certain classicisme old school, puisqu’il se déroule en 1956, dans une immense demeure située à Chartes. Une jeune fille dotée apparemment de pouvoirs psychiques y est attaquée par une créature invisible et emmenée dans l’hôpital le plus proche. Dans le sous-sol du bâtiment, un scientifique qui menait une expérience visant à tester les capacités de la jeune cobaye fait creuser la terre et y découvre un cadavre. Le portefeuille trouvé à proximité identifie le corps comme celui d’un certain professeur Paolo Zeder. La suite du film s’inscrit dans l’époque contemporaine, autrement dit au début des années 1980, au cœur de la ville de Bologne. L’écrivain Stefano (Gabriele Lavia) se voit offrir par sa femme Alessandra (Anne Canovas) une vieille machine à écrire en guise de cadeau d’anniversaire. Une nuit, alors qu’il cherche l’inspiration, Stefano découvre une série de lettres tapées sur le ruban de la machine à écrire. En décryptant le texte, il constate qu’il s’agit d’un essai rédigé par le scientifique Paolo Zeder traitant de l’existence des « zones K » : des endroits où les défunts mis en terre peuvent ressusciter…
Ré-animations
Si les distributeurs américains se sont efforcés de faire passer Zeder pour un émule des films de George Romero, en le rebaptisant Revenge of the Dead et en l’affublant d’un poster outrancier digne des EC Comics, le film de Pupi Avati ne combat clairement pas dans cette catégorie. Nous n’avons pas affaire à une imitation de Zombie ou de Creepshow mais à une sorte d’enquête policière qui s’achemine lentement mais sûrement vers une révélation surnaturelle. Au fil des maigres indices que collecte notre protagoniste – émule du David Hemmings de Blow Out ou des Frissons de l’angoisse – se devine un secret inavouable dont les enjeux sont complexes. Le récit est donc intriguant, mais finit aussi hélas par générer une certaine lassitude, tant Zeder se révèle chiche en péripéties, malgré les efforts déployés par la bande originale de Riz Ortolani pour faire monter la pression. Le film ne manque certes pas d’idées surprenantes, cultivant une atmosphère anxiogène héritée du cinéma de Jacques Tourneur (avec un hommage direct à La Féline lors de la scène de la piscine) et égrenant quelques séquences insolites (notamment cet épilogue qui annonce celui de Re-Animator tout en évoquant fortement le concept de Simetierre). Mais le film refuse de laisser l’enquête révéler tous ses secrets et génère au bout du compte une inévitable frustration. L’échec commercial de Zeder poussera Pupi Avati à s’aventurer sur d’autres territoires, avec des œuvres intimistes propres à séduire enfin la critique et le public, comme La Balade inoubliable, Une saison italienne ou Histoires de garçons et de filles.
© Gilles Penso
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