PIGS, LES MONSTRES SANGLANTS (1973)

Depuis que ses cochons ont goûté accidentellement à la chair humaine, un homme taciturne les nourrit exclusivement avec des cadavres…

PIGS

 

1973 – USA

 

Réalisé par Marc Lawrence

 

Avec Marc Lawrence, Toni Lawrence, Jesse Vint, Catherine Ross, Paul Hickey, Iris Korn, Walter Barnes, Erik Holland, William Michael, Jim Antonio, Bone Adams

 

THEMA MAMMIFÈRES I TUEURS

Spécialisé dans les rôles de gangsters et de malfrats depuis le début des années 30, l’acteur Marc Lawrence finit par diversifier son registre et passe même à la mise en scène pour signer une vingtaine d’épisodes de séries TV. Pigs est son second long-métrage, après le polar Tendre garce en 1965. Moins film d’attaque animale que drame horrifico-psychologique, cette œuvre étrange aura eu du mal à se positionner sur le marché du cinéma d’exploitation, ce qui explique la multitude de titres dont elle fut affublée au fil de ses sorties successives les années suivantes. Lancé sur les écrans américains une première fois en mai 1973 sous le titre Pigs, le film change ensuite de nom pour devenir tour à tour Daddy’s Deadly Darling, Daddy’s Girl, The 13th Pig, Blood Pen, Horror Farm, Roadside Torture Chamber, The Killer, The Killers, Lynn Hart, The Strange Love Exorcist, The Strange Exorcism of Lynn Hart ou encore The Secret of Lynn Hart. Cette infinité d’appellations prouve la difficulté des distributeurs à faire entrer le film dans une case bien spécifique, d’où ces tentatives étranges de surfer tour à tour sur les succès de Massacre à la tronçonneuse, Vendredi 13 ou L’Exorciste. Les copies sont parfois même modifiées ou remontées pour mieux coller aux titres. En France, ce shocker d’un genre inhabituel sera exploité sous le nom de Pigs, les monstres sanglants, ou Les Monstres sanglants tout court.   

Des deux côtés de la caméra, Marc Lawrence incarne Zambrini, un homme taciturne et buriné qui vit dans une région rurale de Californie, où il tient un petit restaurant isolé fréquenté principalement par les ouvriers des champs pétrolifères. Depuis que les douze cochons qu’il garde dans un enclos ont accidentellement dévoré le corps d’un vagabond et y ont pris goût, Zambrini les nourrit désormais avec des cadavres fraîchement déterrés, qu’il semble se procurer en profanant des tombes. C’est du moins ce que pensent ses deux voisines (Catherine Ross et Iris Korn), importunées par les couinements incessants, toujours promptes à colporter les histoires les plus fantaisistes à l’encontre de cet ancien acrobate de cirque. Le shérif du coin, Dan Cole (Jesse Vint), enquête suite à leurs accusations sans jamais parvenir à recueillir le moindre indice suspect. C’est dans cette atmosphère délétère que débarque Lynn Webster (Toni Lawrence), une inconnue qui se présente au restaurant à la recherche d’un travail et d’un endroit où loger. Sans lui poser la moindre question sur son identité ou son passé, Zambrini lui offre immédiatement une chambre et un emploi de serveuse. À partir de là, la situation va dégénérer lentement mais sûrement…

Un petit groin de paradis

Tout le film baigne dans une ambiance bizarre et indéfinissable, et l’on comprend aisément l’embarras des équipes marketing chargées d’en faire la promotion. Nous sommes finalement ici beaucoup plus proches de Psychose que d’un « Cochon des Baskerville » ou d’une variante porcine de Willard. Féru d’expérimentations singulières, Marc Lawrence contamine la bande son avec une berceuse entêtante, tente des effets de montage perturbants (la femme qui s’éveille en sursaut d’un cauchemar et dont les hurlements s’intercalent avec les cris des cochons dans la porcherie) ou abuse des gros plans au grand-angle pour mieux cerner le déséquilibre de ses personnages. Car Lynn, la jeune inconnue dont nous suivons l’arrivée dans ce « petit coin de paradis », semble trimballer un traumatisme profondément enfoui qui ne demande qu’à ressurgir. D’où les voix lugubres et les mugissements obsédants qui viennent régulièrement la hanter. Le taiseux Zambrini a manifestement lui aussi des fêlures à masquer. Ces deux êtres inadaptés vont donc se rapprocher et quasiment nouer les liens fragiles d’une famille recomposée. Le fait que Marc Lawrence incarne Zambrini et donne à sa propre fille le rôle de Lynn accentue évidemment cette sensation. Finalement, les monstres sanglants que nous promet le titre français sont moins les cochons que les humains. Comme dans Le Crocodile de la mort de Tobe Hooper, les bêtes ne sont là que pour masquer les méfaits de leurs gardiens bipèdes et absorber leurs péchés. Les spectateurs amateurs de films de monstres en seront pour leurs frais, mais ceux qui apprécient les portraits de psychopathes et de désaxés y trouveront sans doute leur compte.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article