SINBAD ET LE MINOTAURE (2011)

Les mille et une nuits et la mythologie grecque entrent en collision dans ce petit film d’aventures bricolé avec un budget minuscule…

SINBAD AND THE MINOTAUR

 

2011 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Karl Zwicky

 

Avec Manu Bennett, Steven Grives, Pacharo Mzembe, Holly Brisley, Jared Robinsen, Terry Antionak, Lily Brown Griffiths, Derek Boyer, Hugh Parker

 

THEMA MYTHOLOGIE I MILLE ET UNE NUITS

Tourné en extérieurs naturels australiens, réalisé par le téléaste Karl Zwicky et produit par le roi du cinéma d’action Mark L. Lester (Class 84, Commando, Firestarter) – qui se réorienta par la suite vers les « creature features » bon marché (Ptérodactyles, Poseidon Rex) -, Sinbad et le Minotaure a l’avantage d’annoncer la couleur dès son titre. Ce mélange annoncé et parfaitement anachronique de l’univers des mille et une nuits avec celui de la mythologie grecque serait-il un hommage aux films de Ray Harryhausen, qui sut donner leurs lettres de noblesses à ces deux mondes fantastiques à travers une ribambelle de merveilles sur pellicule ? Hélas, pas vraiment. Que personne ne cherche dans Sinbad et le Minotaure la moindre parcelle de magie échappée d’un 7ème voyage de Sinbad ou d’un Jason et les Argonautes, sous peine de gravement déchanter. Nous sommes ici en présence d’un « direct to video » bricolé avec un budget ridicule, des acteurs de seconde zone et des effets spéciaux tout juste passables. Pour autant, à condition de ne pas placer ses attentes trop haut, force est de constater que cette petite aventure sans prétention parvient sans trop de mal à nous distraire. 

Le film commence avec un texte qui défile sur fond spatial, comme dans le prologue d’un Star Wars. Mais le reste n’a rien de science-fictionnel. Nous ne sommes pas non plus dans le Hercule de Luigi Cozzi. Après un prologue situé dans l’antiquité grecque, l’intrigue nous projette mille ans plus tard. Le capitaine Sinbad (Manu Bennett) et son fidèle second Karim (Pacharo Mzembe) sont sur les traces du trésor du roi Minos, que l’on dit enfoui au cœur d’un mystérieux labyrinthe. Pour y parvenir, ils s’introduisent dans le camp d’Al Jibbar (Steven Grives), un sorcier cruel dont le look évoque beaucoup son homologue Sokurah (Torin Thatcher) du 7ème voyage de Sinbad, mais aussi le terrifiant Mola Ram (Amrish Puri) d’Indiana Jones et le temple maudit. Al Jibbar possède en effet un parchemin permettant de localiser le labyrinthe. Sur place, Sinbad découvre Tara (Holly Brisley), prisonnière du harem du sorcier qui décide de s’évader pour l’accompagner dans cette aventure. Mais Al Jibbar n’entend pas se faire voler ses biens et poursuit nos héros jusqu’en Crète, flanqué de ses hommes d’arme et de Seif (Jared Robinsen), un redoutable sbire cannibale doté d’une force surhumaine et capable de survivre aux blessures les plus graves…

Foutraque mais distrayant

Loin des interprétations sveltes et sautillantes auxquelles nous ont habitués les films classiques situés dans l’Arabie mythologique, Manu Bennett campe un héros massif et bagarreur plus proche du Lou Ferrigno de Sinbad que du Douglas Fairbanks du Voleur de Bagdad. Transfuge de la série Spartacus – et futur Azog dans la trilogie Le Hobbit -, Bennett manque de finesse mais sait conférer à son personnage un indéniable capital sympathie. Face à lui, le vétéran Steven Grives, second rôle apparu dans une tonne de films depuis la fin des années 60, incarne le super-vilain avec un certain panache. Quant au monstre promis par le titre, il ne s’agit pas de l’homme-taureau que nous étions en droit d’espérer, mais d’un monstrueux quadrupède cornu affublé d’yeux lumineux, réalisé avec des images de synthèse ratées. Chaque fois qu’il galope dans sa grotte en carton-pâte, la caméra s’agite dans tous les sens pour cacher un peu la misère. Si le film se montre chiche en créatures fantasmagoriques, il ne lésine en revanche pas sur certains débordements horrifiques, qui laissent perplexe quant à la cible visée. Seif est ainsi un monstre sinistre au faciès blafard, qui plante ses dents crochues dans le cou de ses victimes pour boire leur sang. À mi-parcours, une secte de morts-vivants vient à son tour s’éveiller pour attaquer Sinbad et ses hommes, le tout agrémenté de quelques morts particulièrement sanglantes. Mal fichu, mal écrit et constamment rattrapé par l’indigence de ses moyens, Sinbad et le Minotaure se regarde pourtant sans déplaisir ni ennui, dès lors qu’on accepte de le juger à l’aune des standards qualitatifs très modestes des productions diffusées sur des chaînes comme Syfy.

 

© Gilles Penso

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