

Dans cette suite du classique de Paul Verhoeven, directement produite pour la vidéo, les arachnides passent à l’attaque dans un bunker militaire…
STARSHIP TROOPERS 2: HERO OF THE FEDERATION
2004 – USA
Réalisé par Phil Tippett
Avec Billy Brown, Richard Burgi, Kelly Carlson, Cy Carter, Sandrine Holt, Ed Lauter, J.P. Manoux, Lawrence Monoson, Collen Porch, Drew Powell, Ed Quinn
THEMA SPACE OPERA I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I EXTRA-TERRESTRES I SAGA STARSHIP TROOPERS
Après ses collaborations fructueuses avec le créateur d’effets spéciaux Phil Tippett sur Piranhas, Robocop, Robocop 2 et Starship Troopers, le producteur Jon Davison n’a pas envie de s’arrêter en si bon chemin. Pour poursuivre cette expérience commune, il pense à une suite de Starship Troopers, directement destinée au marché vidéo, qu’il propose aux dirigeants de Sony Home Video. Sachant que le budget de ce second opus sera limité, il propose à Tippett non seulement de superviser les effets visuels mais aussi de passer à la mise en scène, ce qui permettra des économies d’échelle. « C’était un film très modeste, produit avec un budget de 5 millions de dollars », explique Tippett. « Il n’était évidemment pas question d’essayer de rivaliser avec Paul Verhoeven. J’aurais lamentablement échoué si j’avais tenté de le faire. Compte tenu de nos maigres ressources, Jon et moi nous sommes éloignés du concept du film de guerre. La manière dont nous présentions le projet, c’était de dire que si Starship Troopers était Aliens, celui-ci serait davantage comme Alien. » (1) L’action est donc confinée dans un espace clos, avec un nombre restreint de personnages. L’idée du scénariste Ed Neumeier, qui rempile après le premier Starship Troopers, est que la guerre contre les insectes ne s’est jamais terminée, parce qu’elle sert les intérêts du gouvernement. De jeunes soldats, qui continuent à être recrutés en toute connaissance de cause, se retrouvent ainsi embarqués dans ce conflit interminable et absurde. Tout finit par converger dans un espace clos qui fonctionne en quelque sorte comme une maison hantée.


Après vingt-huit jours de tournage, Starship Troopers 2 entre en phase de post-production pendant cinq mois. Les modèles numériques des insectes créés en 1996 se révèlent à ce point détaillés et optimisés qu’ils peuvent être réutilisés dans cette suite sans aucune modification ni amélioration. Deux nouvelles créatures viennent toutefois s’ajouter à cette galerie de monstres. Conçues par le designer Craig Hayes, elles sont à l’origine des séquences les plus mémorables et les plus horrifiques du film. Car du point de vue du gore et des effets répulsifs, Tippett ne se réfrène absolument pas. Mais la fabrication du film n’aura pas été de ton repos. Les problèmes techniques s’accumulent, parfois provoqués par le studio lui-même. L’une des idées initiales consiste par exemple à réutiliser tous les costumes et les armes du film de Paul Verhoeven afin d’économiser autant d’argent que possible. Mais Sony décide de profiter du film pour expérimenter une nouvelle caméra numérique. Tous les costumes deviennent alors inutilisables en raison d’un effet de scintillement très difficile à corriger. Résultat : il faut tous les refabriquer. « À la fin de la première semaine, nous avions déjà trois jours de retard et les compagnies d’assurance menaçaient de me retirer du projet pour me remplacer », se souvient Tippett. « Jon Davison, Ed Neumeier et moi avons donc repris le scénario et supprimé autant de pages que possible afin de rattraper notre retard. Ensuite, nous avons recollé tout ça ensemble tant bien que mal. » (2)
Science-frictions
Quand on connaît les multiples déconvenues auxquelles doit faire face Phil Tippett, ses contraintes budgétaires, ses malentendus avec les dirigeants du studio et la pression constante qu’il subit, on comprend mieux les maladresses de ce Starship Troopers 2 qui n’est évidemment pas à la hauteur des attentes du public. Cela dit, si l’on fait abstraction du classique de Verhoeven en abordant cet opus comme une série B de science-fiction horrifique autonome, l’amateur du genre en a largement pour son argent, d’autant que les effets spéciaux déployés se révèlent particulièrement généreux – et réussis – au regard des moyens mis à disposition de Tippett. Celui-ci n’est d’ailleurs pas un débutant en termes de mise en scène. Il s’attaque certes ici pour la première fois à un long-métrage mais possède déjà une solide expérience du format court et est même réalisateur de nombreuses séquences de Robocop 2, même s’il n’est pas crédité pour ce travail. Il fait donc ce qu’il peut pour sauver les meubles et garde rétrospectivement un souvenir plutôt agréable de cette expérience. « Nous avons passé un excellent moment sur ce film », raconte-t-il. « Le problème, c’est que le studio ne comprenait pas ce que je faisais et essayait d’interférer dans mon travail. De mon côté, j’essayais de rester concentré sur la réalisation et les effets visuels. Le studio ne m’aimait pas. C’est pour ça que je n’ai plus jamais réalisé de film pour un studio ! » (3) De fait, son long-métrage suivant sera une œuvre 100% indépendante et personnelle : le monumental Mad God.
(1), (2) et (3) Extraits du livre Mad Dreams and Monsters paru en 2022.
© Gilles Penso
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