

Des araignées extrêmement venimeuses et exagérément agressives envahissent par milliers un vieil immeuble de Los Angeles…
CRAWLERS
2026 – USA / GB / ESPAGNE
Réalisé par Angel Gomez Hernandez
Avec Matilda Lutz, Gary Anthony Stennette, Elena Sanz, Andrea Scott Mendez, Isabella Egizi, Sam Lucas Smith, Gregg Sulkin, Melina Matthews, William Miller
THEMA ARAIGNÉES
Les araignées agressives étant revenues massivement sur les écrans depuis le début des années 2020 (Sting, Spiders on a Plane, Spider in the Attic, Spider Island), on ne voyait pas bien quelle pierre Crawlers allait pouvoir apporter à cet édifice grouillant, d’autant que son concept est à priori très proche de celui de Vermines. Mais lorsqu’il découvre le scénario de Jayson Rothwell (Bloody Christmas), le réalisateur espagnol Angel Gomez Hernandez se laisse séduire par son fort potentiel à la fois horrifiant et récréatif. « Dans mes deux films précédents, N’écoute pas et El Hombre Del Saco, j’avais développé une horreur plus surnaturelle », explique-t-il. « J’étais très curieux d’essayer quelque chose de plus direct, de plus tangible. Et c’est sans doute la principale raison qui m’a poussé à accepter. » (1) Le cinéaste veut en profiter pour tenter un exercice d’équilibre entre l’épouvante viscérale et la comédie burlesque, en tirant parti de toutes les situations permettant de créer ce grand écart. « Mon intention était justement d’intégrer quelques moments un peu loufoques, parce que j’adore ce genre d’humour à la Joe Dante ou à la Sam Raimi, où l’on a peur et où l’on rit en même temps », reprend-il. « C’est ce mélange de sensations que je voulais obtenir. » (2) Pour pouvoir pousser très loin les exactions de ses monstres à huit pattes, Angel Gomez Hernandez doit renoncer à la possibilité d’avoir de véritables araignées sur son plateau. Il s’agira donc soit de créatures en images de synthèse, soit d’arachnides filmés sur fond bleu et incrustés dans les prises de vues, soit d’un mélange des deux.


Le texte qui s’affiche en début de métrage nous fait explicitement comprendre que le réalisateur a décidé de jouer avec nos nerfs. « Pour chaque être humain, il y a trois millions d’araignées », lit-on. « Elles sont dans 100% de nos maisons. On n’est jamais à plus d’un mètre d’une d’entre elles. Si les araignées décidaient de manger les humains, nous serions tous morts en un an. Pas de panique mais… il y a sûrement une araignée sous votre chaise. » Belle mise en condition. L’héroïne de Crawlers, Serena, est incarnée par Matilda Lutz, que les fantasticophiles ont déjà pu apprécier dans Revenge, A Classic Horror Story, Coupez ! ou Red Sonja. Gérante d’un vieil immeuble décrépit, surchauffé et mal entretenu, le Paradiso Palms, elle subit quotidiennement les brimades d’un propriétaire odieux et les réclamations de locataires excédés par le mauvais état de leur logement. Un jour, l’un d’entre eux revient de Nouvelle-Guinée avec une très vilaine blessure sur l’épaule et un teint cireux. Mourant, il s’écroule dans son appartement, tandis que de sa plaie suintante s’échappent des centaines de bébés araignées. Extrêmement venimeuse et anormalement agressives, les petites bêtes se propagent partout à l’insu de tous et se mettre à croître et à se multiplier de manière alarmante. Le temps que le corps de George soit analysé par les médecins légistes, les autorités décident de mettre l’immeuble sous quarantaine. Ses occupants deviennent donc les proies idéales des arthropodes qui se tapissent dans l’ombre…
Ça grouille !
Angel Gomez Hernandez n’a pas son pareil pour hérisser les poils de ses spectateurs et jouer la carte de la répulsion, surpassant allègrement tous ses prédécesseurs en la matière. Car les araignées s’immiscent partout : dans les placards, les toilettes, les chaussures, les paquets de chips, les berceaux, les lits… Le spectateur ayant toujours un coup d’avance sur les protagonistes, le suspense fonctionne à plein régime. Avec comme point d’orgue la scène qui sert de support au poster du film : celle de la femme endormie qui manque à chaque seconde de gober une bestiole qui descend lentement le long de son fil. D’autres moments forts ponctuent Crawlers, notamment les séquences d’attaque dans l’ascenseur, la salle de bains ou la chambre du bébé. Assorties d’effets sonores stressants à souhaits, les araignées sont de très belles réussites techniques, bien plus réalistes et repoussantes que celles de Spider Island qui concourt dans une catégorie voisine. Angel Gomez Hernandez ne recule pas sur une poignée d’effets gore excessifs, comme lorsqu’une des araignées entre dans la bouche d’une de ses victimes et ressort par son orbite en expulsant son œil en gros plan ! Le dernier acte force sans doute trop sur notre suspension d’incrédulité et perd un peu de son mordant, mais Crawlers reste un excellent popcorn movie horrifique, décuplant l’impact d’un Arachnophobie ou d’un Arac Attack en assumant parfaitement son héritage cinéphilique. D’où l’extrait de Tarantula qui passe à la télévision tandis que Matilda Lutz côtoie sans le savoir plusieurs bêtes grouillantes.
(1) et (2) Extraits d’une interview publiée dans Following Films en octobre 2026.
© Gilles Penso
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