BIRD BOX (2018)

Sandra Bullock tient la vedette de ce drame post-apocalyptique où les survivants sont poussés au suicide par des entités mystérieuses…

BIRD BOX

 

2018 – USA

 

Réalisé par Susan Bier

 

Avec Sandra Bullock, Trevante Rhodes, John Malkovich, Sarah Paulson, Jacki Weaver, Rosa Salazar, Danielle Macdonald, Lil Ri Howery, Tom Hollander

 

THEMA FUTUR

« Bird Box : n’ouvrez jamais les yeux » est d’abord un roman de science-fiction de Josh Malerman écrit en 2013 et cultivant une atmosphère anxiogène proche de celle du « Jour des Triffides » de John Wyndham ou de « La Route » de Cormac McCarthy. Avant même que le livre soit publié, Universal Pictures met une option pour son adaptation à l’écran. Scott Stuber (Ted) est prévu au poste de producteur et Andres Muschietti (Ça) à celui de réalisateur. Mais en 2017, Stuber prend la direction de la division longs-métrages de Netflix et récupère le projet pour la plateforme de streaming. C’est finalement Susanne Bier (Open Hearts, After the Wedding, Revenge) qui hérite de la mise en scène. Le film démarre sans préambule, laissant aux spectateurs le soin de comprendre en cours de route la situation insolite dans laquelle se trouvent les personnages. Malorie (Sandra Bullock) élève ses jeunes enfants en se barricadant dans sa propre maison. À l’extérieur, un danger terrible les menace. S’ils ont besoin de sortir, il faut absolument qu’ils gardent les yeux bandés. Dans le cas contraire, une force mystérieuse les poussera à se donner la mort de la plus violente des manières. Bientôt, Malorie n’a plus que deux options : rester cachée avec ses enfants, isolée, ou se lancer dans un terrifiant voyage vers la rivière, dans une tentative désespérée, presque vaine, de rejoindre une hypothétique colonie de survivants…

Le concept est loin d’être inintéressant, même si l’on ne peut s’empêcher de l’appréhender comme une variante de tous les films post-apocalyptiques qui saturent les écrans depuis de nombreuses années, des innombrables attaques de zombies en tout genre (The Walking Dead en tête) en passant par les fous (The Crazies), les malades (Infectés), les monstres d’une autre dimension (The Mist) ou les mutants (Je suis une légende). Difficile par exemple de ne pas penser à Sans un bruit dont Bird Box semble vouloir inverser le principe. Au lieu de priver ses protagonistes de la possibilité de s’exprimer vocalement, ici on les empêche de voir. En effet, par le biais d’un postulat peu clair, ceux qui regardent à l’extérieur sont soit frappés de folie suicidaire (un enchaînement de morts qui évoque le M. Night Shyamalan de Phénomènes ou un épisode de X-Files) soit d’illumination bizarroïde. À vrai dire, on ne comprend pas bien pourquoi les symptômes ne sont pas les mêmes selon les individus, pas plus qu’on ne sait pour quelles raisons ceux qui restent enfermés sont protégés.

À l’aveuglette

La nature du mal reste mystérieuse (nous avons manifestement affaire à des créatures invisibles démoniaques) mais le scénario croit bon d’ajouter un personnage improbable, employé de supermarché et geek qui, comme par hasard, a développé une théorie très documentée sur ce phénomène et prépare même un livre sur le sujet (dont il trimballe le manuscrit avec lui !). Des énormités de ce genre, Bird Box en compte plus d’une, la plus grande étant cette résolution facile et peu satisfaisante. Restent d’excellentes séquences de suspense, une mise en scène très inspirée de Susan Bier, la pleine implication physique et émotionnelle de Sandra Bullock, le cabotinage délicieusement agaçant de John Malkovich et quelques rebondissements intéressants. Ça ne fait pas un grand film pour autant, et sans son statut de « superproduction Netflix » avec deux têtes d’affiches, sans doute Bird Box serait-il passé inaperçu. Pour autant, le nombre de visionnages sur la plateforme bat des records dès sa mise en ligne, au point qu’une suite/variante tardive sera mise en chantier en 2023 sous le titre Bird Box Barcelona.

 

© Gilles Penso


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