

Dans le New York irradié du futur, le participant d’un jeu télévisé extrêmement dangereux accepte d’apporter son aide à des mutants traqués…
Ah, Joe d’Amato ! Son seul nom suffit à élargir le sourire de tous les amateurs de cinéma bis italien, encore sous le charme de ses exactions dans le domaine de l’horreur excessive (Blue Holocaust, Anthropophagous, Horrible), de l’érotisme déviant (Emanuelle et les derniers cannibales, La Nuit fantastique des morts-vivants) ou de l’heroic-fantasy bas de gamme (Ator et sa suite). Un tel homme ne pouvait décemment pas passer à côté de la vogue des films post-apocalyptiques motivés par les succès de New York 1997 et Mad Max 2. À cette occasion, il troque son pseudonyme habituel (son vrai nom est Aristide Massaccesi) contre des alias lui donnant les allures d’un réalisateur américain, et se lance coup sur coup dans 2020 Texas Gladiator (en étant crédité comme « Kevin Mancuso ») et Le Gladiateur du futur (en tant que « Steven Benson »). Ces deux films sont tournés dans la foulée et partagent même plusieurs acteurs, artistes et techniciens. C’est ainsi que Al Cliver (alias Pierluigi Conti), acteur pour Lucio Fulci dans L’Enfer des zombies et L’Au-delà, revient prêter son regard ténébreux et sa silhouette sportive au Gladiateur du futur après avoir été le héros de 2020 Texas Gladiator. Et une fois de plus, le scénario est co-écrit par Aldo Florio, auteur de plusieurs westerns spaghetti.


Nous sommes en l’an 2025, et un holocauste nucléaire (qui irradie de toute son incandescente photogénie le générique de début) a transformé New York en tas de ruines. La cité est désormais habitée par des bandes de charognards difformes qui se partagent les cadavres avec les rats, et sécurisée d’une main ferme par des troupes d’élites au service d’un gouvernement dictatorial. Pour maintenir la paix parmi les rares survivants, il existe une émission de téléréalité dans laquelle les candidats sont pris en chasse par des tueurs sans pitié. S’ils s’en sortent vivants, ils remportent une importante somme d’argent et peuvent rejouer. La star du jeu est Ron Shannon (Al Cliver), qui se lance dans une nouvelle partie avec une fois de plus trois assassins féroces lancés sur ses traces. Alors qu’il est poursuivi de toutes parts, une jeune femme le contacte et lui demande son aide. Il s’agit de Lilith (Laura Gemser), une mutante télépathe qui, comme tous ses semblables, est traquée par les élites au pouvoir de la ville, désireuses de tous les éliminer dans la mesure où ils sont jugés dangereux. Contre une quantité importante de lingots d’or, Lilith propose à Shannon de monter une équipe pour l’escorter avec un groupe de mutants à l’extérieur de la ville…
Running Mad Max
À la lecture de ce résumé, on constate que le point de départ évoque beaucoup Le Prix du danger (sorti la même année que Le Gladiateur du futur) et annonce Running Man. D’ailleurs, l’intrigue se situe en 2025, comme dans le roman de Stephen King. Cela dit, cette idée de jeux cruels où le candidat joue sa vie n’est pas neuve et alimentait déjà des œuvres aussi diverses que La Dixième victime ou Punishment Park. Et si Joe d’Amato se soucie visiblement plus de ses séquences d’action que d’une quelconque satire sociale, on apprécie tout de même ce trait d’humour récurrent au cours duquel le présentateur TV glisse des messages publicitaires vantant les mérites d’une boisson énergétique. Certes, le trait est forcé et l’uniforme des policiers arborant un casque allemand frappé du logo SS (pour « Security Service ») ne fait pas dans la dentelle, mais on ne visionne pas un film comme Le Gladiateur du futur pour la finesse de son analyse des travers humains. Le scénario bifurque à mi-parcours pour abandonner le jeu télévisé au profit d’une sorte de relecture des Sept mercenaires truffée de morceaux de bravoure insensés, comme un combat contre des moines aveugles belliqueux ou l’attaque de motards dégénérés (dont la plupart sont des mutants empruntant leurs traits aux singes, aux reptiles ou aux poissons). Certes, les moyens sont limités et les décors minimalistes (ruines, terrains vagues, campagnes désertes, usines désaffectées), mais D’Amato en tire parti habilement, dans une ambiance de western sans doute mise en avant par son co-scenariste, et orchestre une série de combats fort bien menés. Voici en tout cas l’une des imitations les plus distrayantes et les plus décomplexées de Mad Max 2 et New York 1997, à une époque où la production de tels films était un véritable sport national en Italie.
© Gilles Penso
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