

Un éminent neurochirurgien accepte de se livrer à une opération expérimentale pour explorer le cerveau d’un homme qui a sombré dans la folie…
BRAIN DEAD
1990 – USA
Réalisé par Adam Simon
Avec Bill Pullman, Bill Paxton, Bud Cort, Nicholas Pryor, Patricia Charbonneau, George Kennedy, Brian Brophy, David Sinaiki, Lee Arenberg, Andy Wood
THEMA MÉDECINE EN FOLIE
Auteur prolifique de science-fiction, Charles Beaumont participa activement à La Quatrième dimension et signa le scénario de nombreux films fantastiques tels que Queen of Outer Space, Les Amours enchantées ou Le Cirque du docteur Lao. Il collabora également à plusieurs reprises avec Roger Corman, notamment sur son cycle Edgar Poe (L’Enterré vivant, La Malédiction d’Arkham, Le Masque de la mort rouge). Décédé en 1967, Beaumont laissa derrière lui quelques manuscrits non adaptés à l’écran, comme celui d’un thriller horrifique bizarre nommé Paranoia. En remettant la main sur ce script à la fin des années 80, la productrice Julie Corman – épouse de Roger – décide d’en tirer un film qu’elle confie au réalisateur Adam Simon. Ce sera le baptême de mise en scène de ce grand fan de cinéma de genre, qui coproduisit Haute sécurité avec Sylvester Stallone. Le projet est baptisé Brain Dead (Sanglante paranoïa pour la VF), ce qui entraînera quelques confusions avec le film homonyme réalisé trois ans plus tard par Peter Jackson (retitré Dead Alive sur le territoire américain pour éviter justement l’amalgame). Tourné en vingt jours, Sanglante paranoïa bénéficie d’un casting étonnamment prestigieux pour une production de cet acabit : Bill Pullman (tout juste sorti de La Folle histoire de l’espace et L’Emprise des ténèbres), Bill Paxton (déjà acteur fétiche de James Cameron) et le vétéran George Kennedy (Luke la main froide, Les Douze salopards, Airport).


Pullman incarne le docteur Rex Martin, un neurochirurgien de renom qui se consacre à l’étude des dysfonctionnements cérébraux dans le but de comprendre l’origine des maladies mentales. Paxton, de son côté, joue Jim Reston, son vieil ami de lycée devenu homme d’affaires prospère chez la compagnie Eunice, dont le patron est campé par George Kennedy. Un jour, Jim se présente au bureau de Rex et le sollicite pour entrer en contact avec l’esprit de John Halsey (Bud Cort), un ancien mathématicien de génie qui a sombré dans la psychose, s’est rendu coupable du meurtre de cinq personnes (dont sa femme et ses enfants) et est désormais interné dans un institut psychiatrique. Rex accepte de rencontrer Halsey et de le convaincre de se soumettre à une intervention sur son cerveau. Mais au fil de ses expérimentations, Rex voit sa personnalité s’altérer et commence à perdre pied. Frappé d’hallucinations persistantes, il se met à développer lui-même une inquiétante paranoïa.
Brainstorming
L’entrée en matière du film joue d’emblée la carte de la bizarrerie et de l’insolite. Comment définir autrement cette séquence invraisemblable au cours de laquelle l’assistant de Rex s’amuse à cartographier les muscles faciaux d’un cerveau avec un petit outil en forme de stylo, tandis qu’un visage sans corps, fixé sur la table, grimace en le regardant ? Cette vision surréaliste sert de support à la plupart des posters de Sanglante paranoïa, même si elle n’a rien à voir avec le reste du film. Barney et Bob Burman sont responsables de ce saisissant effet de maquillage, comme de tous ceux permettant de visualiser les délirantes opérations à crâne ouvert du film, dignes de L’Homme aux deux cerveaux. La partie la plus intéressante du scénario est le glissement progressif de son protagoniste dans la folie, le monde autour de lui ne cessant de se reconfigurer jusqu’à une totale perte de repères. Mais l’efficacité de ce concept narratif est émoussée par la tonalité hésitante du film, sans cesse en équilibre entre la comédie (l’assistant qui fait tomber un cerveau dans son bocal comme le Marty Feldman de Frankenstein Jr), le suspense psychologique (Rex qui soupçonne sa femme de le tromper avec son meilleur ami) ou l’horreur graphique (les cadavres énucléés, la chambre des tortures dans le sous-sol de l’hôpital). Sanglante paranoïa reste malgré tout un exercice de style intéressant, qui se permet au passage quelques clins d’œil discrets à Re-Animator (la reprise du nom du docteur Hasley, l’évocation de l’université Miskatonic). Dans la foulée, Adam Simon réalisera Carnosaur pour Roger Corman.
© Gilles Penso
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