

Après un épisode délocalisé à New York, Scream 7 revient aux sources avec sa scream queen originale ainsi que le scénariste du premier film derrière la caméra…
De par son concept méta, la saga Scream peut tout se permettre et tout justifier par la volonté d’émuler les règles tacites des autres slashers. Ou, pour le dire de façon plus sarcastique : « si c’est pas bien, ça n’est pas de notre faute, on ne fait que reproduire les formules existantes ». Après un hiatus de 12 ans suite au déjà tardif Scream 4 de 2011, Scream 2022 et le Scream 6 des sympathiques duettistes Matt Bettinelli-Olgin et Tyler Gillett (Wedding Nightmare, Abigail) semblaient vouloir emboiter le pas du reboot de la franchise Halloween par David Gordon Green, à savoir une nouvelle trilogie supposée satisfaire les anciens et les jeunes fans, en mêlant personnages historiques et nouveaux venus. C’est le concept du « legacy-quel » (cité dans Scream 2022 justement). Mais Bettinelli-Olgin et Gillett n’auront pas réussi à aller jusqu’au bout de leur projet : leur Scream 7 prévoyait de montrer Sam Carpenter (Melissa Barrera) cédant au côté obscur en revêtant elle-même le masque de Ghostface, comme son père avant elle. Une fin satisfaisante qui aurait également entériné le passage de témoin d’une génération de personnages (et de spectateurs) à l’autre, puisque Neve Campbell ne figurait déjà plus au casting de Scream 6 en raison d’exigences salariales jugées déraisonnables. Nous laisserons à Variety et au Hollywood Reporter les affaires de contentieux entre stars et producteurs, mais il semblerait que Paramount et Spyglass aient décidé de remercier Melissa Barrera suite à des déclarations polémiques sur Tweeter. On pourra également penser que l’accueil tiède réservé au film précédent incita Paramount à revoir sa stratégie en acceptant les exigences de Neve Campbell pour revenir aux sources de la saga, impliquant de jeter aux orties le scénario initialement prévu et recentrer l’histoire sur le personnage de Sidney Prescott. Bettinelli-Olgin et Gillett sont également remerciés et s’en iront tourner un Wedding Nightmare 2 s’annonçant autrement plus réjouissant. Après que Chris Landon (Happy Birthdead 1 et 2, Freaky) ait brièvement travaillé sur le projet, Paramount s’en va chercher un autre revenant afin de garantir un authentique retour aux sources de la saga : Kevin Williamson, le scénariste malin du Scream original (et créateur de la série Dawson accessoirement), titre de gloire qui fut à la fois le début et le point culminant de la carrière déclinante depuis la catastrophe industrielle Cursed. On se souviendra également que Williamson était passé derrière la caméra en 1999 pour réaliser Mrs Tingle, une déception qui coupa court à sa carrière de metteur en scène. Mais comme on revient le courtiser, il est en position de force pour négocier, et s’il accepte d’écrire Scream 7, il obtient également de pouvoir le réaliser.


Kevin Williamson et Neve Campbell, aussi complices qu’opportunistes, tirent donc la couverture à eux et font complètement abstraction des personnages introduits dans les deux derniers films. Tous ? Non, car ils choisissent d’en préserver deux : Mindy (Jasmin Savoy Brown) et son frère Chad (Mason Gooding), promus ici apprentis-reporters au côté de l’indéboulonnable Gale Weathers (Courteney Cox). Mais leurs personnages totalement insipides suggèrent qu’ils sont un simple alibi pour nous convaincre d’une vague reconnaissance des évènements précédents. Comme le veut la tradition, la scène d’introduction met en scène des personnages qui rendront leur dernier souffle avant que le titre du film n’apparaisse. Comme avec James Bond, c’est aussi l’occasion de remettre la saga dans le contexte contemporain. Ici, il est question d’un couple de fans de Stab qui viennent passer la nuit dans la maison où se sont déroulés les meurtres qui ont inspiré le film dans le film (aujourd’hui reconverti en Airbnb, comme dans la vraie vie). Le méta au carré en quelque sorte, qui permet d’introduire l’idée que certains fans ne font plus la différence entre fiction et réalité, et que la popularité des émissions TV du type « True Crime » pose une question morale lorsque les meurtriers fascinent plus qu’ils n’effraient, et que les victimes sont réduites à des figures anonymes pour favoriser l’apathie. Comme d’habitude avec Scream, cette critique (disons plutôt « observation ») ne restera pas implicite et les « True Crime » seront cités à plusieurs reprises dans les dialogues, afin de préparer à la révélation bavarde de l’identité des tueurs (encore un passage obligé). Un semblant de cohérence scénaristique bienvenu mais loin d’être suffisant pour relever le plat.
True Scream
Un problème fondamental de la franchise Scream est la nature même de son croque-mitaine. Ne s’agissant pas d’un être surnaturel ou fantomatique comme dans Les Griffes de la nuit, Vendredi 13 ou Halloween, ses incessants retours à l’écran peinent toujours plus à trouver une explication qui tienne la route. Car Ghostface n’existe pas en soi et les Scary Movie n’ont bien sûr pas grand-chose à changer pour le parodier : pourquoi chaque nouveau repreneur du costume persiste-t-il à porter ce masque obstruant la vision et cette tunique avec laquelle il ne cesse de tomber ? Bien que Scream 7 semble lui-même rire du sujet, nous arrivons définitivement au point de rupture quant aux motivations des tueurs et il sera difficile de gober plus gros que celles-ci. Kevin Williamson cherche avant tout à recentrer la franchise sur le personnage de Sidney Prescott qu’il a créé trente ans plus tôt, aujourd’hui quinquagénaire, mariée et mère d’une grande ado (Isabel May, pourtant âgée de 26 ans, soit trois de plus que sa « mère » dans Scream en 1996 !). Mais Neve Campbell n’a pas eu la carrière de Jamie Lee Curtis. Si le retour de cette dernière dans la franchise Halloween combinait l’argent facilement gagné et la reconnaissance envers une saga qui lui a mis le pied à l’étrier, la prestation de Campbell se rapproche ici malheureusement plus du désespoir des acteurs d’Hélène et les garçons condamnés à jamais à incarner l’unique personnage de leur carrière pour assurer les rentrées d’argent. Neve Campbell assume ouvertement ces raisons financières lors de la promo du film : elle explique avoir refusé Scream 6 faute d’un cachet à la hauteur de sa valeur, mais avoir obtenu ce qu’elle souhaitait pour ce septième film – nous en sommes ravis pour elle. Le lien mère-fille renforcé dans Scream 7 fait-il office de happy end pour Sidney, ou Williamson laisse-t-il la porte ouverte à une union renforcée face au prochain porteur du masque de Ghostface ? On sait malheureusement que seul de très mauvais résultats au box-office pourraient dissuader Paramount de donner le feu vert à un nouvel épisode…
© Jérôme Muslewski
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