SAMEDI 14 (1981)

Une parodie très modérément drôle dans laquelle une famille tranquille est envahie par une série de monstres improbables issus d’un livre maléfique…

SATURDAY THE 14th

 

1981 – USA

 

Réalisé par Howard R. Cohen

 

Avec Richard Benjamin, Paula Prentiss, Jeffrey Tambor, Severn Darden, Kari Michaelsen, Kevin Brando, Rosemary DeCamp, Stacy Keach Sr., Carole Androsky

 

THEMA VAMPIRES I MONSTRES MARINS I SORCELLERIE ET MAGIE

Scénariste d’une poignée de séries B depuis le début des années 1970, Howard R. Cohen se voit offrir sa première chance derrière la caméra par Julie Corman, l’épouse de Roger, qui finance elle-même Samedi 14. Pensé comme une parodie déjantée du cinéma d’horreur, le film ne vise pourtant pas directement Vendredi 13, malgré ce que son titre pourrait laisser croire. Bizarrement, Cohen puise davantage son inspiration dans la saga des Universal Monsters, les récits de fantômes et les histoires de sorcellerie. Si le scénario, qui s’appuie sur une histoire originale de Jeff Begun, ne manque pas d’ambition, Samedi 14 doit composer avec des moyens très modestes (productions Corman obligent) et un tournage expédié en seulement trois semaines. La fabrication du film est même précipitée vers la fin – pour ne pas dire bâclée – afin de permettre sa sortie avant celle d’une autre comédie horrifique réalisée par Alfred Sole, au titre presque identique : Thursday the 12 (autrement dit « Jeudi 12 »). Pari réussi : Samedi 14 arrive en salles le premier, tandis que son concurrent, rebaptisé entretemps Pandemonium pour éviter toute confusion, ne sort finalement que l’année suivante. Pour l’anecdote, les deux interprètes principaux de Samedi 14, Paula Prentiss (Les Femmes de Stepford) et Richard Benjamin (Mondwest), qui jouent un couple à l’écran, sont alors mariés dans la vraie vie. 

Le générique qui ouvre Samedi 14 est un dessin animé extrêmement sommaire qui annonce déjà les limites du film. Originaires de Transylvanie, le vampire Waldemar (Jeffrey Tambor) et sa femme Yolanda (Nancy Lee Andrews) se rendent en Pennsylvanie dans l’espoir d’acheter un manoir délabré afin de mettre la main sur un grimoire maléfique. Mais il leur faut patienter, car la vieille demeure, dont le propriétaire vient de passer l’arme à gauche, est désormais occupée par les héritiers, autrement dit la famille Hyatt : John (Richard Benjamin), sa femme Mary (Paula Prentiss), leur fille ado Debbie (Kari Michaelsen) et le petit Billy (Kevin Brando). L’endroit est sinistre, mais les parents sont persuadés de pouvoir le transformer en nid douillet. Lorsque Billy découvre le fameux « Livre du Mal » et commence à le feuilleter, les choses se gâtent. Tous les monstres qui apparaissent au fil des pages se volatilisent du vieil ouvrage pour se matérialiser à l’intérieur de la maison : une bestiole simiesque aux oreilles pointues et aux yeux en forme de périscopes, une momie poussiéreuse, une espèce de yéti, un émule de L’Étrange créature du lac noir, des Trolls de toutes sortes… Lorsque Mary découvre que le grenier est envahi par des chauves-souris, John fait appel au professeur Van Helsing (Severn Darden), qui semble être le dernier recours face à cette invasion improbable…

Fourrure et caoutchouc

Samedi 14 fait preuve de générosité, c’est indéniable. Confiées aux bons soins de Steve Neill (Destruction planète Terre, Rayon Laser, Mutant) et Rick Stratton (La Galaxie de la terreur, Les Mercenaires de l’espace, Starfighter), les nombreuses créatures qui viennent hanter les lieux n’ont certes pas une once de réalisme (ça sent le caoutchouc et la fourrure à plein nez) mais savent égayer les péripéties par ailleurs assez mornes de ce pastiche paresseux. Le spécialiste des effets visuels Ernest Farino entre même dans la danse pour une poignée de séquences en stop-motion au cours desquelles notre couple de vampire se transforme en chauves-souris qui volètent dans le grenier. Un rat bizarre dans le frigo, une tête coupée dans la cuisine et des yeux qui flottent dans une tasse à café viennent compléter le tableau. Si le scénario s’efforce de cligner de l’œil vers plusieurs classiques du genre (le monstre aquatique qui imite l’aileron des Dents de la mer, l’allusion à Rosemary’s Baby, la télé qui ne diffuse que des épisodes de La Quatrième dimension, une plante carnivore qui dit « feed me! » comme dans La Petite boutique des horreurs, des céréales Count Chocula), les gags du film tombent la plupart du temps à plat. Pas très drôle, pas bien rythmé, Samedi 14 nous embarrasse plus qu’il ne nous amuse, notamment lors de ce combat de grimaces final. Étrangement, deux éléments de Samedi 14 annoncent Les Griffes de la nuit, qui ne sortira que quatre ans plus tard : l’adresse de la maison (située à Elm Street) et la scène de la fille attaquée dans sa baignoire. Même si le film ne rencontre qu’un succès très modéré au box-office, il donnera tout de même suite à un deuxième épisode, Samedi 14 contre-attaque, tourné et sorti sept ans plus tard.

 

© Gilles Penso

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