KALÉIDOSCOPE (2016)

Un homme timide et discret accepte un rendez-vous avec une femme extravertie, mais elle disparaît bientôt sans laisser de trace…

KALEIDOSCOPE

 

2016 – GB

 

Réalisé par Rupert Jones

 

Avec Toby Jones, Anne Reid, Sinead Matthews, Tim Newton, Clare Perkins, Joseph Kloska, Andy Williams, Deborah Findlay, Karl Johnson, Cecilia Noble

 

THEMA TUEURS

Kaléidoscope est le premier long-métrage de Rupert Jones, qui démarra sa carrière avec plusieurs courts, des épisodes de séries TV, des clips et des programmes musicaux. Pour son passage au format long, il se pare d’un atout de poids : son frère Toby Jones, que le grand public connaît notamment grâce à ses rôles dans Captain America : First Avenger, Truman Capote ou la série Sherlock. Fils du vétéran Freddie Jones (un excellent acteur anglais qu’on a pu voir dans des films aussi variés qu’Elephant Man, Firefox, Krull ou Dune), Rupert et Toby se lancent donc côte à côte dans cette aventure aux allures de cauchemar éveillé. Plutôt porté sur la comédie, le réalisateur s’étonne lui-même du sujet de Kaléidoscope. « Je ne suis jamais vraiment sûr de l’origine de l’idée », raconte-t-il. « Il y en avait deux qui me sont venues à l’esprit, trop ambitieuses pour un premier film. L’une d’elles me trottait dans la tête de manière insistante : celle d’un homme qui se réveille et découvre un cadavre dans la salle de bain, sans savoir d’où il vient. Je pense que le moment où la mère apparaît en détective privé un peu folle est celui où le film a commencé à prendre forme. » (1) Et pour incarner cette mère, Rupert Jones choisit Anne Reid, une autre grande figure de la fiction britannique apparue dans une tonne de séries TV depuis la fin des années 50.

Ici, Toby Jones incarne Carl, un homme solitaire et introverti qui vient tout juste de retrouver la liberté après des années d’incarcération. Installé dans un appartement anonyme au cœur d’une tour HLM, il tente maladroitement de reprendre pied dans une vie normale. Jardinier discret, il mène une existence monotone, jusqu’au jour où il accepte un rendez-vous avec Abby (Sinead Matthews), abordée sur un site de rencontres. Encouragé par sa voisine (Clare Perkins), qui l’aide à se préparer pour l’occasion et lui prête même l’une des chemises hawaïennes criardes de son défunt mari, Carl accueille chez lui cette jeune femme à la personnalité libre et imprévisible. La soirée débute sous les meilleurs auspices, Abby cherchant à le sortir de sa réserve. Mais au matin, Carl se réveille sans le moindre souvenir de la nuit… et Abby a disparu. Bientôt, la police se met à enquêter dans le quartier sur le meurtre atroce d’une jeune femme retrouvée démembrée. Incapable de reconstituer les événements, Carl doute de lui-même autant que de sa propre innocence. Alors qu’il tente désespérément de recoller les fragments de sa mémoire, sa mère, Aileen, avec qui il avait coupé les ponts, s’impose à nouveau dans sa vie…

L’homme sans mémoire

A l’image du titre, le scénario de Kaléidoscope est un patchwork dans lequel il n’est pas simple de remettre en ordre les événements ni de départager la réalité de l’illusion. Le cinéaste joue d’ailleurs habilement avec les motifs symétriques, en filmant notamment avec beaucoup d’esthétisme la cage d’escalier vertigineuse de cet HLM dont les fenêtres minuscules s’étendent à perte de vue. Pour renforcer l’ambiance anxiogène du film, le directeur de la photographie Philipp Blaubach (Hush) compose des cadres oppressants qui s’apparentent presque à des prisons se resserrant sur Carl, tandis que le compositeur Albert Zabel joue avec les harpes et les sonorités bourdonnantes, tout en payant son tribut à certaines des partitions de Bernard Herrmann. Car Kaléidoscope n’est pas sans évoquer le cinéma d’Alfred Hitchcock, notamment les névroses obsessionnelles de Sueurs froides. Comme toujours, Toby Jones excelle dans le rôle de cet homme tourmenté chez qui une violence contenue semble susceptible d’exploser à tout moment. Mais tous ces atouts n’empêchent pas le film de se traîner pesamment. Le rythme s’y étiole en effet jusqu’à un final en forme de coup de théâtre qui s’efforce maladroitement de donner du sens à cette intrigue à tiroirs. La sensation de vacuité provoqué par le film ne retire rien à ses qualités formelles mais nous donne le sentiment d’une belle occasion manquée.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur le site Movies on Weekends en novembre 2017

 

© Gilles Penso

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