

Un couple parti faire un road trip est harcelé par une créature démoniaque qui hante les routes nocturnes…
PASSENGER
2026 – USA
Réalisé par André Øvredal
Avec Jacob Scipio, Lou Llobell, Melissa Leo, Joseph Lopez, Miles Fowler, Alan Trong, Devielle Johnson, James William Clark, Tony Doupe, Charles Leggett
THEMA DIABLE ET DÉMONS
Passionnés de cinéma d’horreur, l’Américain Zachary Donohue et le Britannique T.W. Burgess se suivent depuis quelques années, chacun s’intéressant de près aux travaux de l’autre. Burgess est alors reconnu pour ses bandes dessinées et ses romans graphiques, tandis que Donohue s’est fait remarquer avec The Den (2013), un thriller horrifique qu’il a écrit et réalisé. En découvrant qu’ils travaillent chacun sur un concept de road movie surnaturel, ils décident de fusionner leurs idées pour donner naissance à un scénario commun. « Nous avions tous les deux un penchant pour des films comme Hitcher », raconte Burgess. « Mais nous avons commencé à nous demander pourquoi personne n’avait encore décliné ce principe sous un angle surnaturel. Nous voulions faire quelque chose de totalement différent. Ce n’est pas simplement un fantôme sur la route, mais quelque chose de plus malveillant et de plus envahissant. » (1) Cette idée de route hantée donne naissance à Passenger. Leur scénario en poche, les deux hommes le présentent à des producteurs spécialisés dans le genre : Gary Dauberman (La Nonne, La Malédiction de la dame blanche, Until Dawn) et Walter Hamada (Ça, Joker, Primate). Passenger est produit indépendamment et distribué par le studio Paramount. La réalisation, elle, échoit à un grand habitué de films fantastiques aux concepts forts, en l’occurrence André Øvredal, à qui nous devons The Troll Hunter, The Jane Doe Identity, Scary Stories, Mortal et Le Dernier voyage du Demeter.


Drôle, surprenante et effrayante, l’entrée en matière de Passenger n’est pas sans évoquer celle de La Quatrième dimension – le film. Deux amis roulent en pleine nuit sur une route sombre. Alors qu’ils se sont arrêtés sur le bas-côté pour que l’un d’entre eux puisse soulager sa vessie, l’autre est soudainement massacré par un agresseur invisible… Après ce prologue choc, le rythme ralentit pour prendre le temps de nous présenter les deux protagonistes du film : Maddie (Lou Llobell) et Tyler (Jacob Scipio). Tous deux viennent de quitter leur appartement et leur emploi pour s’embarquer dans un nouveau mode de vie. Ils sillonnent désormais les routes dans leur van aménagé comme une maison roulante, et campent chaque soir au gré de leurs déplacements. Ce changement de rythme s’assortit d’une décision importante. Alors qu’ils fêtent leurs six semaines de voyage, Tyler demande Maddie en mariage, et elle accepte. Tout roule, pourrait-on dire. Mais le soir venu, nos tourtereaux sont témoins d’un accident de la route. Et dès lors, une entité maléfique semble s’être accrochée à eux et ne plus vouloir les lâcher…
Highway to Hell
La première force de Passenger est sa capacité à nous intéresser à ses personnages et à leurs failles. Nous sommes de toute évidence en présence d’un couple amoureux et fusionnel, mais deux envies contraires les séparent. Déçu par la famille dans laquelle il a grandi, Tyler ne rêve plus que de liberté, de route, de camping permanent. Ballotée de foyer en foyer dans son enfance, Maddie désire au contraire une maison où se poser et où construire quelque chose. « La chose que tu fuis, c’est précisément mon rêve depuis toujours », finit-elle par lui dire, consciente de ce fossé qui se creuse peu à peu. Subtilement, sans trop appuyer ses effets, le film développe cette relation complexe et s’appuie sur l’interprétation impeccable de Lou Llobell et Jacob Scipio. Le monstre qui les persécute devient alors un obstacle allégorique, celui qu’il faudra surpasser ensemble pour effacer les divergences et se retrouver. La légende urbaine elle-même est le point le plus faible du film, parce qu’elle s’appuie sur des mécanismes connus, repose sur une imagerie chrétienne convenue et s’énonce au fil des révélations délivrées par un personnage secondaire bien pratique qui connaît les règles régissant son existence. Ces travers mettent à mal notre suspension d’incrédulité et amenuisent considérablement l’efficacité du climax de Passenger. Mais Øvredal connaît son affaire et parvient à concocter des séquences de suspense d’une redoutable efficacité dont trois au moins méritent largement le détour : la scène du parking extérieur nocturne (avec un clin d’œil savoureux à La Féline), de la forêt éclairée par le vidéoprojecteur et du changement de roue. Imparfait mais rudement bien construit, Passenger ne marquera certes pas les mémoires mais remplit parfaitement son contrat de film d’horreur soigné et inventif, serti de surcroît dans une magnifique photographie de Federico Verardi.
(1) Extrait d’une interview publiée dans Writing Studio en mai 2026.
© Gilles Penso
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