LE MOULIN DES SUPPLICES (1960)

Dans ce classique de l’épouvante italienne, un écrivain fait la connaissance d’un étrange sculpteur qui semble partager avec sa fille un terrible secret…

IL MULINO DELLE DONNE DI PIETA

 

1960 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Giorgio Ferroni

 

Avec Pierre Brice, Scilla Gabel, Dany Carrel, Wolfgang Preiss, Robert Boehm, Liana Orfei, Marco Guglielmi, Olga Solbelli, Alberto Archetti

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Écrit à huit mains par Remigio Del Grosso, Giorgio Ferroni, Ugo Liberatore et Giorgio Stegani, le scénario du Moulin des supplices s’amorce de manière très anodine puis s’achemine habilement vers son argument fantastique, qui évoque à la fois Les Yeux sans visage (la transfusion sanguine remplaçant ici la greffe de peau) et L’Homme au masque de cire (les statues d’un carrousel se substituant aux figures du musée de cire). Le générique cite un livre qui aurait servi d’inspiration au film, « Les Contes flamands » de Pieter van Weigen, mais nul ne sait si cet ouvrage existe réellement. Toute jeune comédienne à l’époque, Dany Carrel, qui incarne une étudiante échappant de justesse à une mort horrible, se remémorait avec beaucoup de bonheur cette expérience cinématographique plusieurs décennies plus tard. « S’il est un cinéma que j’affectionne, c’est le cinéma fantastique, le cinéma de tous les possibles, de tous les rêves, des truquages les plus fous aux histoires les plus délirantes », affirmait-elle. « Le Moulin aux supplices était une histoire folle de savant fou, pour un film totalement fou. Modèle du cinéma fantastique italien, valeur sûre des cinémathèques, le film est aujourd’hui considéré comme un chef-d’œuvre du film de terreur. » (1)

Quelle est donc cette « histoire folle » ? C’est d’abord celle de l’écrivain Hans Van Arnam (Pierre Brice) qui, à la demande de son éditeur, débarque à Veeze, une petite bourgade près d’Amsterdam, dans le but d’y rencontrer le sculpteur Gregorius Wahl (Robert Boehm, ex-docteur Mabuse), à l’occasion du centenaire d’un célèbre carillon. Reclus dans un vieux moulin reconverti en macabre musée de cire, surnommé « le moulin aux femmes de pierre » par les gens du village, Wahl vit avec le docteur Bolem (Wolfgang Preiss) et sa fille Elfie (Scilla Gabel), une jeune femme superbe mais atteinte d’une maladie mystérieuse et incurable. Un soir, la belle fait des avances à Hans avant de trépasser subitement sous ses yeux. A peine remis du choc, Hans la retrouve plus tard en parfaite santé. Est-il en train de devenir fou, ou le moulin cache-t-il un terrible secret ? Et comment expliquer ces nombreuses disparitions de plusieurs femmes dans la région ?

Le carrousel macabre

Cette co-production franco-italienne, qui n’est pas très éloignée dans son atmosphère des travaux de Mario Bava, Antonio Margheriti ou Riccardo Freda, bénéficie d’une très belle photographie de Pierre Ludovico Pavoni (Le Monstre aux yeux verts) et de somptueux décors gothiques conçus par Arrigo Equini (Hercule contre Moloch). L’usage de la couleur évoque une autre référence : les films de la Hammer, que Giorgio Ferroni semble garder à l’esprit pendant une bonne partie du métrage. Difficile de ne pas tomber sous le charme de Scilla Gabel, une beauté brune à la Martine Beswick qui prête ses traits envoûtants à la fille du sculpteur. Les spectateurs allaient plus tard la retrouver dans le rôle d’Hélène de Troie dans la mini-série L’Odyssée. Au cours du final, le carrousel macabre des statues de suppliciés s’anime une dernière fois au milieu des flammes, dans une très belle scène où apparaissent, derrière le matériau fondu, les crânes des victimes du sculpteur, comme dans le dénouement de How to Make a Monster. L’incontournable incendie final du moulin, qui nous renvoie directement au Frankenstein de James Whale, clôt en beauté cette œuvre très soignée et finalement très singulière, malgré toutes celles auxquelles elle se réfère.

 

(1) Extraits des mémoires de Dany Carrel, éditées chez Robert Laffont en 1991.

 

© Gilles Penso


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CHÉRIE, JE ME SENS RAJEUNIR ! (1952)

Howard Hawks dirige Cary Grant, Marilyn Monroe et Ginger Rogers dans cette comédie fantastique où un singe invente par accident un élixir de jeunesse…

MONKEY BUSINESS

 

1952 – USA

 

Réalisé par Howard Hawks

 

Avec Cary Grant, Marilyn Monroe, Ginger Rogers, Charles Coburn, Hugh Marlowe, Henri Letondal, Robert Cornthwaite, Larry Keating

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Chérie, je me sens rajeunir ! s’inscrit dans un cycle de comédies américaines dont raffolait le cinéma des années 50, aux côtés des chefs d’œuvre de Billy Wilder ou Frank Capra. S’il reste encore dans les mémoires, aux côtés de ses prestigieux confrères de la grande époque, ce n’est pas tant pour la mise en scène d’Howard Hawks ou la prestation de Cary Grant (un duo que les spectateurs découvrirent dans un registre bien plus « sérieux » avec Seuls les anges ont des ailes treize ans plus tôt), ni même pour la présence pétillante et très glamour de Ginger Rogers et Marilyn Monroe (cette dernière, dans un second rôle, était alors sur le point de devenir une superstar), mais surtout pour l’argument fantastique qui anime son scénario, co-écrit par un trio d’auteurs prestigieux : Ben Hecht (Scarface, Les Enchaînés), Charles Lederer (La Chose d’un autre monde, Les Hommes préfèrent les blondes) et I.A.L. Diamond (Certains l’aiment chaud, La vie privée de Sherlock Holmes). Monkey Business étant aussi le titre d’un film des Marx Brothers sorti en 1931 (qui fut logiquement traduit en France par Monnaie de singe), Chérie, je me sens rajeunir est souvent cité sous l’appelation Howard Hawks’ Monkey Business aux États-Unis, ce qui évite la confusion tout en dotant le film d’une patine de prestige grâce au nom de son réalisateur. Les distributeurs belges, de leur côté, choisiront Fais pas le singe !

Cary Grant incarne le docteur Barnaby Fulton, un scientifique distrait qui travaille pour la société chimique Oxley et tente de mettre au point un élixir de jouvence, sous les encouragements enthousiastes de son patron, Oliver Oxley (Charles Coburn). Or c’est Esther, l’un des chimpanzés de Barnaby, qui va trouver la formule miracle par accident. Le singe s’échappe du laboratoire, mixe au hasard toutes sortes de produits liquides avant de verser le mélange dans un distributeur d’eau potable, au cours d’une des séquences les plus drôles du film. Ignorant les frasques d’Esther, Barnaby teste sa dernière concoction expérimentale sur lui-même et l’arrose avec l’eau de la fontaine. Le voilà qui commence bientôt à se comporter comme un jeune homme de 20 ans et passe la journée en ville avec la secrétaire de son patron, Lois Laurel (Marilyn Monroe). Lorsque la femme de Barnaby, Edwina (Ginger Rogers), apprend que l’élixir « fonctionne », elle en boit à son tour avec l’eau de la fontaine et se transforme en écolière farceuse… A partir de là, évidemment, la situation devient incontrôlable.

Singeries

Le moteur comique du film repose donc sur un quiproquo (on attribue les effets de jouvence à la formule en réalité inefficace du savant maladroit) et sur les rajeunissements eux-mêmes. Ceux-ci s’opèrent mentalement, sans altérer le physique des gens touchés, et nous valent quelques séquences savoureuses comme l’escapade de Cary Grant avec la pétillante Marilyn, la nuit que passent les époux à l’hôtel ou encore la réunion très officielle dans laquelle le savant et son épouse agissent comme des enfants turbulents de dix ans. Après un final frénétique au cours duquel tout le monde rajeunit tandis que le singe décidément impétueux voltige dans le laboratoire comme s’il était au cœur de la jungle, les choses rentrent à peu près dans l’ordre. Contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer, Chérie, je me sens rajeunir ! ne fit pas l’objet d’un remake, malgré le gros potentiel de son concept propice à toutes les variantes. En revanche, son argument fantastique inspira partiellement le scénario du Cocoon de Ron Howard, qui le recycla avec bonheur sous un angle plus frontalement rattaché à la science-fiction.

 

© Gilles Penso


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CE QUE VEULENT LES HOMMES (2019)

Dans ce remake raté de l’excellent Ce que veulent les femmes de Nancy Meyers, Taraji P. Henson essaie en vain de nous faire rire…

WHAT MEN WANT

 

2019 – USA

 

Réalisé par Adam Shankman

 

Avec Taraji P. Henson, Aldis Hodge, Josh Brener, Erykah Badu, Richard Roundtree, Tracy Morgan, Shane Paul McGhie, Pete Davidson, Auston Jon Moore

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

C’était de toute évidence une fausse bonne idée. Mais les voies du box-office sont impénétrables. Sorti en 2000, Ce que veulent les femmes est un gigantesque succès qui remplit les salles de cinéma et les tiroirs-caisses. Les clefs de sa réussite ? Un concept résolument original, un casting de premier ordre, un scénario ciselé au millimètre et une mise en scène tout en subtilité. Initié en 2017 par la Paramount, le remake officiel de ce parfait croisement entre la comédie romantique et le conte fantastique (après plusieurs imitations produites un peu partout dans le monde) se contente de conserver le premier élément – le concept – et d’oublier tout le reste. Car on ne peut pas vraiment dire que Ce que veulent les hommes se distingue par ses acteurs, son script ou sa réalisation. Les scénaristes Jas Waters et Tina Gordon Chism croient pourtant avoir trouvé l’idée du siècle en inversant les sexes. Cette fois-ci, ce n’est pas un homme qui lit les pensées des femmes mais le contraire. Pourquoi pas ? Encore eut-il fallu que cette redistribution des rôles permette d’enrichir le discours lié aux différences entre les raisonnements masculins et féminins tout en offrant de nouvelles situations comiques savoureuses. Il n’en est rien hélas.

Taraji P. Henson (qu’on a pu voir entre autres dans L’Étrange histoire de Benjamin Button et dans la série Empire) incarne ici Ali Davis, un agent sportif qui se démène dans un environnement presqu’exclusivement masculin et rêve d’une promotion chez Summit Worldwide Management qui lui passe finalement sous le nez. L’argument de son patron est sans appel : elle ne comprend pas assez comment pensent les hommes. Le soir de l’enterrement de vie de jeune fille d’une de ses amies, elle rencontre une médium excentrique (Erykah Badu, en parfaite émule de Whoopi Goldberg dans Ghost) qui lui fait absorber un thé aux vertus étranges. Plus tard dans la soirée, alors qu’elle s’agite sur la piste de danse, elle se cogne la tête et perd connaissance. À son réveil, Ali se découvre une incroyable capacité : elle est désormais capable d’entendre les pensées intimes de tous les hommes qu’elle croise…

Ce que veulent les spectateurs ? Un bon film…

Si Nancy Meyers se livrait à une analyse fine de la psychologie féminine et de son apparente incompatibilité avec le mode de pensée masculin, le réalisateur Adam Shankman se contente d’enfoncer les portes ouvertes en accumulant tous les lieux communs sans une once de demi-mesure. Au comique de situation du film original, ce remake préfère l’humour gras, les gags situés en dessous de la ceinture, la vulgarité, l’excès et la caricature. Pire : il transforme son héroïne en nymphomane égoïste et hystérique qui ne suscite pas la moindre empathie. Le fait que Taraji P. Henson ne semble pas du tout dirigée par son metteur en scène, se livrant de fait à des numéros en roue libre tous plus embarrassants les uns que les autres, n’arrange évidemment pas les choses. Dans le film original, le machisme primaire de Mel Gibson nous touchait parce qu’il s’agissait en réalité d’une carapace masquant des failles et un évident manque d’assurance. Rien de tel ici. Ali se comporte en dépit du bon sens, dans l’espoir vain que ses mimiques outrancières et sa gestuelle balourde fassent rire les spectateurs. Pour couronner le tout, Ce que veulent les hommes accumule tant de clichés idiots qu’il finit par devenir ce qu’il semblait vouloir dénoncer : misogyne, raciste, homophobe et sexiste. Un sacré palmarès !

 

© Gilles Penso


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LA FOLIE DU DOCTEUR TUBE (1915)

En tout début de carrière, le réalisateur Abel Gance raconte les étranges expériences d’un savant fou à l’aide de trucages optiques d’avant-garde…

LA FOLIE DU DOCTEUR TUBE

 

1915 – FRANCE

 

Réalisé par Abel Gance

 

Avec Albert Dieudonné, Séverin-Mars

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

La Folie du docteur Tube s’inscrit à l’aune de la carrière du cinéaste Abel Gance, alors qu’il expérimentait principalement les possibilités techniques offertes par le support filmique. Entre La Fleur des ruines et Le Masque de la falaise, tous deux réalisés en 1915, il s’essayait ainsi à une amusante variante de six minutes sur la thématique du savant fou. Pour être tout à fait honnête, le seul véritable intérêt de La Folie du docteur Tube, produit par Louis Nalpas pour la compagnie « Le Film d’Art » et mis en lumière par Léonce-Henri Burel, est son jeu permanent avec les miroirs déformants. Une copie de ce film vénérable fut récupérée par la Cinémathèque française en 1944 et sauvegardée par Henri Langlois pour pouvoir assurer la postérité de cette œuvre insolite menacée de sombrer dans l’oubli. « Ils ont des yeux pour voir et ils ne voient point, dit l’Évangile, alors on inventa pour eux les objectifs et toutes sortes d’objets de verre et de cristal », disait Langlois non sans humour pour décrire les expérimentations du film. « Et les têtes se déformèrent, s’allongèrent, grossirent ou diminuèrent devant les juges d’instruction » (1).

Sous le prétexte d’une poudre aux vertus étranges inventée par le médecin du titre (que d’aucuns se sont empressés d’interpréter comme étant de la cocaïne !), tous les personnages du film (Tube, son petit serviteur, deux jeunes femmes, leurs prétendants, un chien et un chat) se transforment en nabots au corps aplati. Selon le miroir utilisé, l’effet est plus ou moins concluant. Si certaines visions ont un effet comique indéniable (les deux femmes qui entrent dans l’appartement), d’autres, à peine lisibles à cause du degré élevé de déformation de l’image, sont difficiles à apprécier. Le fait que toute l’image (en particulier le mobilier et le décor) soit déformée en même temps que les personnages ôte pas mal d’efficacité à l’effet. Mais le découpage et la mise en scène sont suffisamment explicites pour que le film puisse se passer de sous-titres. Le docteur Tube est interprété par Albert Dieudonné, un acteur hystérique et longiligne, au regard fou et à la dentition irrégulière, affublé d’un faux crâne en forme d’œuf aux raccords parfaitement visibles. Les acteurs du film surjouent d’ailleurs à outrance, ce qui a pour effet de désamorcer fâcheusement l’impact comique des situations.

Un film boudé… puis redécouvert

C’est probablement l’une des raisons qui poussèrent le public à bouder cette pantalonnade fantastique lors de sa sortie sur les écrans. Le producteur lui-même ne sut trop quoi faire de ce film trop étrange à son goût et le rangea prudemment dans un tiroir. Quelques années plus tard, Abel Gance allait s’extraire de l’influence de Georges Méliès – clairement décelable ici – pour s’atteler à des œuvres moins anecdotiques, notamment J’accuse (1919), La Roue (1920), et le célébrissime Napoléon (1925) donnant à nouveau la vedette à Albert Dieudonné, au point que le réalisateur fut plus tard considéré comme l’un des plus grands noms de l’histoire du cinéma muet, aux côtés de D.W. Griffith et S.M. Eisenstein. De nombreux cinéastes prestigieux, de la trempe d’Akira Kurosawa, Ingmar Bergman, Stanley Kubrick ou Francis Ford Coppola, le citent souvent comme l’une de leurs plus grandes influences. Cette empreinte indélébile dans l’histoire du 7ème art est bien sûr difficile à anticiper lorsqu’on découvre ce sympathique mais très anecdotique Docteur Tube. Mais il faut bien faire ses premières armes avant d’entrer dans la cour des grands…

 

(1) Henri Langlois, cartel de l’exposition « Images du cinéma français » au Musée des Beaux-Arts de Lausanne, septembre 1945.

 

© Gilles Penso


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LE CHIEN DES BASKERVILLE (1939)

Pour la plus fantastique de ses aventures, le détective Sherlock Holmes trouve son interprète idéal sous les traits anguleux de Basil Rathbone…

THE HOUND OF THE BASKERVILLES

 

1939 – USA

 

Réalisé par Sidney Lanfield

 

Avec Basil Rathbone, Nigel Bruce, Richard Greene, Wendy Barrie, Lionel Atwill, John Carradine, Barlowe Borland, Morton Lowry, Eily Malyon, Beryl Mercer

 

THEMA MAMMIFÈRES

Le Chien des Baskerville de Sidney Lanfield est loin d’être la première des adaptations à l’écran d’une aventure de Sherlock Holmes, mais ce film fait tout de même office de pionnier d’une certaine manière. En effet, si toutes les versions précédentes modernisaient leur cadre pour en faire des récits contemporains, celle-ci prend le parti d’installer son intrigue dans le même contexte que celui décrit dans les romans, c’est-à-dire l’Angleterre victorienne. Tout commence donc en 1899 dans la sinistre lande de Datmoor, au cœur du Devonshire. Dès les premières secondes, une atmosphère inquiétante et irréelle s’installe, via ce manoir lugubre (une très belle maquette) niché au milieu d’arbrisseaux noyés de brume. Soudain, un homme court à perdre haleine et s’écroule dans la lande, mort. Il s’agit de Sir Charles Baskerville (Ian Maclaren), victime d’une crise cardiaque d’après le diagnostic du docteur Mortimer (Lionel Atwill, qui campait la même année le mémorable inspecteur Krogh dans Le Fils de Frankenstein). Après cette brutale entrée en matière, nous voilà à Londres, dans le mythique appartement du 221B Baker Street où Sherlock Holmes et John Watson nous apparaissent sous les traits de Basil Rathbone et Nigel Bruce. Il ne faut pas longtemps aux spectateurs pour constater que les deux personnages viennent de trouver là leurs interprètes idéaux.

Si le docteur Mortimer rend visite au célèbre détective, c’est pour lui avouer qu’il a caché un détail à la police : à côté du corps de Sir Charles se trouvaient les empreintes d’un chien gigantesque. Craignant que personne ne prenne son témoignage au sérieux, il n’en a rien dit. Or il existe une légende autour de la famille Baskerville qui remonte au 16ème siècle, époque où le vil Sir Hugo (Ralph Forbes) kidnappa une servante. Cette dernière prit la fuite, mais lorsqu’Hugo se lança à ses trousses, ce fut pour retrouver son corps sans vie avant d’être lui-même déchiqueté par un chien monstrueux. Charles aurait-il été occis par la même créature ? Alors que le mystère s’épaissit, l’héritier de la famille, Sir Henry Baskerville (Richard Greene), revient du Canada pour prendre possession des biens et du titre de son oncle. Mais lorsqu’il arrive dans le domaine familial, il reçoit une lettre de menaces et risque de se faire tuer. Sherlock Holmes décide alors de mener l’enquête…

Le début d’une longue série

Le Chien des Baskerville nous séduit d’emblée par sa reconstitution soignée du Londres embrumé du 19ème siècle. Si la mise en scène de Sidney Lanfield reste relativement académique, le cinéaste parvient à composer de très belles séquences chorales (avec parfois dix personnages actifs en même temps dans le même cadre) mais aussi d’intéressants gros plans s’attardant sur des regards qui en disent souvent bien plus long que ce que les mots prononcent. Sans doute Lanfield travaille-t-il alors sous l’influence d’Alfred Hitchcock, déjà virtuose dans ce type d’exercice. Les seconds rôles du film se révèlent savoureux, du sinistre couple de majordomes, incarné par John Carradine et Eily Malyon, à l’inquiétant mendiant barbu, qui n’est pas sans rappeler le Ygor du Fils de Frankenstein, en passant par le jeune scientifique Stapleton (Morton Lowry), sa charmante demi-sœur (Wendy Barrie), qui vit de l’autre côté de la lande, ou encore l’épouse du médecin (Beryl Mercer), adepte des séances de spiritisme. Peu confiant dans le succès du film, le studio Fox préfère capitaliser sur le nom de l’acteur Richard Greene en le plaçant en haut de l’affiche, reléguant Basil Rathbone et Nigel Bruce au second plan. Mais le public se déplace en masse et positionne Le Chien des Baskerville en tête du box-office. Rathbone et Bruce incarneront à nouveau Holmes et Watson dans treize autre films… et leurs noms occuperont cette fois-ci la place qu’ils méritent sur chacun des posters.

 

© Gilles Penso


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LES VALEURS DE LA FAMILLE ADDAMS (1993)

Le réalisateur Barry Sonnenfeld et son excellent casting se réunissent pour une seconde aventure macabre parfaitement délirante…

ADDAMS FAMILY VALUES

 

1993 – USA

 

Réalisé par Barry Sonnenfeld

 

Avec Raul Julia, Anjelica Huston, Christopher Lloyd, Joan Cusack, Christina Ricci, Carol Kane, Jimmy Workman, Carel Struycken, Peter MacNicol

 

THEMA FREAKS I MAINS VIVANTES

On ne change pas une équipe qui gagne. Barry Sonnenfeld reprend donc du service pour les besoins de ce second opus qui pousse encore plus loin le délire, ce qu’annonce d’emblée son titre détournant une expression chère aux défenseurs des bonnes vieilles « valeurs familiales » américaines. Comme nous l’annonçait le final de La Famille Addams, la petite tribu menée par les irrésistibles Gomez et Morticia s’agrandit avec la naissance de Pubert, troisième rejeton du clan, un adorable bébé au visage blafard avec une moustache et des cheveux gominés ! Si cette arrivée ravit les parents, on ne peut pas en dire autant de Mercredi et Pugsley, tellement jaloux qu’ils fomentent des stratagèmes dignes de Vil Coyote dans les Looney Tunes pour se débarrasser de ce petit frère encombrant. Morticia fait donc appel à une baby-sitter pour lui prêter main-forte. Après un hilarant défilé de candidates refroidies par l’accueil glacial de Mercredi et Pugsley, une nouvelle venue se présente et remporte tous les suffrages. Il s’agit de la candide Debbie (Joan Cusack), dont le sex-appeal ne laisse pas indifférent l’oncle Fester. Bientôt une idylle improbable naît entre la nounou pétillante et le freak imberbe. Mais Debbie est en réalité un être vil appâté par le gain qui assassine tous ses maris pour récupérer leur fortune…

Manifestement plus libre de ses mouvements, Sonnenfeld se livre ici à un humour plus adulte, plus macabre et encore moins politiquement correct que dans le premier Famille Addams, quitte à consteller son film d’allusions sexuelles déviantes. Quelques gags référentiels ponctuent aussi le métrage, comme cette allusion au Silence des agneaux, ce jeu de cartes à collectionner consacré aux tueurs en série les plus célèbres de tous les temps, cette apparition de Peter Graves en présentateur d’émissions d’enquêtes policières, ce clin d’œil final à Carrie ou cette photo de Michael Jackson. Le « roi de la pop » avait d’ailleurs été engagé pour écrire et interpréter une chanson destinée au film, projet que des complexités contractuelles empêchèrent finalement. La chanson existe pourtant. Il s’agit de « Is it Scary », qui sera intégrée dans le court-métrage Ghost et dans l’album « History in the Mix ». Jackson et Sonnenfeld auront l’occasion de se retrouver très brièvement le temps d’un gag furtif de Men in Black II.

Les jolies colonies de vacances

Les Valeurs de la famille Addams confirme surtout la perfection de son casting. Quelles que soient les versions ultérieures, aucun des membres de la famille Addams ne trouvera meilleur interprète que Raul Julia (Gomez), Anjelica Huston (Morticia), Christina Ricci (Mercredi), Christopher Lloyd (Fester), Jimmy Workman (Pugsley), Carel Struycken (Lurch) ou Judith Malina (la grand-mère). Il faut aussi saluer la prestation savoureuse de Joan Cusack en veuve noire dégoulinante de duplicité. Comme dans le film précédent, l’intrigue tourne d’ailleurs autour des problèmes de Fester et de sa capacité à être manipulé par les femmes (sa fausse mère dans le film précédent, sa nouvelle épouse dans celui-ci). On se régale aussi de la présence du fabuleux Peter MacNicol (Ally McBeal, S.O.S fantômes 2), irrésistible en responsable de camp d’été pour ados qui, engoncé dans sa tenue ridicule de chef scout étriqué, gesticule et se heurte aux facéties morbides de Mercredi et Pugsley. Cette colonie de vacances donne une fois de plus l’occasion à Sonnenfeld de moquer la bien-pensance et le racisme feutré de la « bonne société » américaine. Le film sera endeuillé par la mort de Raul Julia, formidable Gomez qui souffrit beaucoup de sa maladie pendant le tournage et s’éteignit quelques mois après la sortie en salles des Valeurs de la famille Addams, juste avant une dernière apparition posthume dans Street Fighter.

 

© Gilles Penso


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EXTRANEOUS MATTER (2021)

Dans ce film à sketches indéfinissable, des aliens tentaculaires s’immiscent dans la vie quotidienne et dans l’intimité des citoyens japonais…

IBUTSU – KANZENHAN

 

2021 – JAPONAIS

 

Réalisé par Ken’ichi Ugana

 

Avec Momoka Ishida, Kaoru Koide, Dankan Kyaluoko, Shûto Miyazaki, Mizuki Takanashi, Momoko Tanabe, Makoto Tanaka, Shunsuke Tanaka, Kaito Yoshimura

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Le cinéma d’auteur naturaliste et les monstres visqueux extra-terrestre peuvent-ils cohabiter ? Extraneous Matter prouve que oui. Version longue d’un court-métrage que Ken’ichi Ugana réalisa en 2020 (et qui fit le tour des festivals du monde entier), ce film insolite se structure autour de plusieurs segments a pirori sans lien entre eux, si ce n’est un thème commun : l’apparition de créatures tentaculaires venues d’une autre planète qui s’immiscent dans la vie des gens et bouleverse leur quotidien. Le premier récit est celui d’une jeune femme morose (Kaoru Koide) souffrant d’une relation frustrante avec un petit-ami qui se contente de partager quelques repas avec elles et s’éclipse aussitôt. La routine terne de cette existence sans saveur se traduit par une mise en scène extrêmement minimaliste, répétant inlassablement les mêmes cadrages, s’attardant plus que de raison sur un café qui coule à travers un filtre ou sur un regard désabusé. Soudain, la déchirure du réel s’opère de la plus extravagante des manières, via un monstre tentaculaire caché dans un placard qui parvient à réveiller chez notre héroïne des sensations qu’elle croyait oubliées. Là, sans crier gare, Ken’ichi Ugana fait entrer en collision deux univers aux antipodes : le cinéma introverti de la Nouvelle Vague et l’imagerie érotico-horrifique héritée des hentaï dans lesquels des jeunes femmes plus ou moins consentantes sont livrées aux assauts lubriques de monstres à tentacules !

A peine remis de ce choc, nous découvrons un autre récit, beaucoup plus sobre mais tout autant déstabilisant. C’est l’histoire simple d’un jeune homme qui cherche à reconquérir son ex-petite amie. Tous deux échangent froidement des banalités dans un bar, coincés dans un plan large désespérément fixe. Comme dans le segment précédent, l’intrusion du monstre casse la routine et éveille les sentiments. La créature est hideuse, contre-nature. C’est pourtant elle qui permettra de recréer du lien et de raviver une flamme éteinte. La suite du film laisse entendre que chacune de ces petites histoires s’inscrit dans un grand tout et que l’apparition de ces bêtes venues d’ailleurs est en train de se généraliser, ce que confirment quelques séquences surréalistes au cours desquelles les monstres côtoient les humains le plus naturellement du monde. Ils rampent dans les rues, s’accrochent aux immeubles, s’installent dans les salles de spectacle… Et finissent par être jugés indésirables, comme le montre un autre des segments dans lequel l’employé d’une usine, dont le rôle consiste à éliminer méthodiquement tous ces monstres dans une machine à broyer, est soudain pris de remords.

Poulpes frictions

Voilà donc une œuvre parfaitement insaisissable mais résolument fascinante, déclinant son argument fantastique pour décrire l’in des plus grands maux de la société japonaise : l’incommunicabilité. Même la monstruosité la plus abracadabrante semble préférable à l’anesthésie des sentiments, à la froideur et à l’indifférence. Voilà pourquoi ces « poulpes » extra-terrestres titillent tant la libido de la jeune femme esseulée, attendrissent tant l’ex-petite-amie délaissée, provoquent la culpabilité de l’employé insensible et rendent si touchant cet épilogue qui semble vouloir traduire tout le désespoir d’une population en cruel manque d’attention et d’amour. Tourné dans un noir et blanc d’un autre âge (au format 4/3), jouant sur les ruptures de ton (avec des traits d’humour inattendus comme ce clin d’œil à E.T.), doté d’une bande son extrêmement soignée où la viscosité des monstres côtoie les nappes électroniques et les envolées lyriques, Extraneous Matter est un film « autre », l’une de ces sorties de route rafraîchissantes qui ne ressemblent à rien de connu et enrichissent de manière inattendue le champ des possibles du cinéma fantastique.

 

© Gilles Penso


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DEAD SILENCE (2007)

Après le coup d’éclat de Saw, James Wan et Leigh Whannell s’attaquent à une autre facette de l’horreur en convoquant une imagerie gothique…

DEAD SILENCE

 

2007 – USA

 

Réalisé par James Wan

 

Avec Ryan Kwanten, Donnie Wahlberg, Bob Gunton, Amber Valletta, Laura Regan, Steve Adams, Michael Fairman

 

THEMA JOUETS

Pour ceux qui n’avaient pas repéré dans Saw les références à l’univers de Dario Argento, ne voyant dans ce slasher atypique qu’une réadaptation gore des concepts de Seven et Cube, James Wan et Leigh Whannell semblent vouloir mettre les points sur les i avec Dead Silence dont le générique baroque, soutenu par une partition de Charlie Clouser très largement inspirée par les travaux du groupe Goblin (la mythique bande originale de Suspiria notamment), annonce clairement la couleur. Pourtant, ce n’est pas tant le réalisateur des Frissons de l’angoisse qui sert ici d’inspiration (malgré un hommage évident à Inferno au moment du climax dans le théâtre délabré) mais tout un pan du cinéma d’épouvante classique. Le film puise ouvertement son influence dans des œuvres telles qu’Au cœur de la nuit ou Magic. Mais face à de tels mastodontes, Dead Silence fait-il le poids ? Lorsque le film commence, Jamie (Ryan Kwanten) et son épouse Lisa (Laura Regan) reçoivent un cadeau sans savoir qui en est l’expéditeur : une poupée de ventriloque nommée Billy. Peu après, Lisa est retrouvée morte, la langue tranchée, et Jamie devient le suspect numéro un. Relâché faute de preuves, le jeune veuf découvre dans le paquet cadeau mystérieux un message concernant une certaine Mary Shaw. Il s’agit d’une défunte ventriloque originaire de sa ville natale, Raven’s Fair.

Le ton étant donné, James Wan et Leigh Whannell peuvent laisser l’intrigue avancer d’un cran et la faire lentement mais sûrement basculer vers le cauchemar. Lorsque Jamie revient à Raven’s Fair pour organiser les funérailles de Lisa avec un croque-mort local, Henry Walker (Michael Fairman), il retrouve son père Edward (Bob Gunton), qui se déplace en fauteuil roulant et vit avec une épouse beaucoup plus jeune que lui, Ella (Amber Valletta). Dans cette atmosphère trouble qui s’éloigne progressivement des codes du slasher classique pour tendre vers une épouvante plus gothique, plus « old school », notre héros se confronte à la légende urbaine des sortilèges de Mary Shaw (est-elle vraiment morte ?) et de ses poupées « vivantes », à la bigoterie inquiétante de l’épouse du croque-mort et à l’inspecteur de police Lipton (Donnie Wahlberg) qui l’a suivi jusqu’à Raven’s Fair et l’a toujours dans son collimateur…

Les poupées du diable

Convoquer l’imagerie des films de maisons hantées, des histoires à énigme façon Agatha Christie ou Edgar Wallace et des giallos des années 60/70 était une idée séduisante, permettant au duo Wan/Whannell de ne pas se contenter de surfer sur le succès de Saw. Mais ces belles intentions se heurtent à un scénario bardé d’incohérences et de clichés, à des personnages archétypaux (notamment le policier parfaitement improbable) et un twist final absurde. Où sont donc passées la rigueur et la méticulosité des deux cinéastes ? Certes, Wan reste un réalisateur talentueux attentif au moindre détail qui parvient à doter son film d’une superbe photogénie, à construire des moments d’angoisse efficaces et à jongler habilement avec les peurs d’enfance (dont le vecteur ici est bien sûr la collection de poupées inquiétantes). Mais Dead Silence reste très maladroit. Ses scores décevants au box-office annuleront d’ailleurs tout projet de suites. Whannell expliquera en grande partie cet insuccès par les nombreuses interférences du studio l’ayant contraint avec Wan à de trop nombreux compromis. Pour le coup, nous n’aurions pas été contre un director’s cut plus proche de leur vision initiale. Dead Silence servira tout de même de trait d’union entre les horreurs « réalistes » de Saw et celles – surnaturelles – d’Insidious qui, pour sa part, recevra un accueil beaucoup plus chaleureux de la part du public.

 

© Gilles Penso


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THE SHE-CREATURE (1956)

Chaque fois qu’elle est hypnotisée, une jeune femme se transforme en monstre marin invraisemblable attaquant tous les humains qu’il croise…

THE SHE-CREATURE

 

1956 – USA

 

Réalisé par Edward L. Cahn

 

Avec Chester Morris, Marla English, Lance Fuller, Tom Conway, Cathy Downs, Ron Randell, Freda Inescort, Paul Dubov

 

THEMA MONSTRES MARINS

Extrêmement prolifique en ces joyeuses années 50, Edward L. Cahn inaugura avec The She-Creature un « cycle » consacré à divers monstres improbables. Plutôt tordu, son scénario mixe dans le désordre monstre marin humanoïde, hypnose, possession et réincarnation. Nous faisons ainsi connaissance avec le docteur Carlo Lombardi (incarné par un Chester Morris émule de Bela Lugosi qui n’hésite pas à en faire des tonnes). Ce médium de fête foraine hypnotise régulièrement une jeune femme prénommée Andrea (la délicieuse Mara English). A chaque séance, l’âme de la jolie cobaye transmigre vers le corps qu’elle habitait il y a des millions d’années, celui d’une bestiole mi-femme mi-poisson du plus ridicule aspect. Échappant à toute description, la créature ressemble vaguement à un homme trapu en armure écailleuse dont la tête grimaçante, aux grands yeux noirs surplombés de sourcils froncés, s’affuble de longues oreilles pointues, d’antennes et de mandibules pendantes.

L’auteur de ce costume hallucinant est le spécialiste des effets spéciaux bon marché Paul Blaisdell, pas vraiment subtil dans ses œuvres, on l’aura compris, mais non dénué d’imagination. Cahn et Blaisdell entameront dès lors une heureuse collaboration, et le costume de la créature hybride resservira sous diverses variantes (une antenne par ci, une perruque par là) pour d’autres séries B du même acabit, notamment The Voodoo Woman ou How to Make a Monster. Vedette indiscutable du film, la bête n’apparaît pas beaucoup à l’écran en réalité, se contentant même parfois de quelques prestations sous une enveloppe invisible, ses pas creusant le sable de la plage comme le feront ceux des Invisible Invaders trois ans plus tard. Mais revenons à ce merveilleux scénario. Chaque fois que l’hypnotiseur invoque la vie antérieure d’Andréa et que son âme s’échappe sous forme d’une jolie fumée en surimpression, un meurtre est commis sur la plage, preuve que le monstre ressurgit réellement du fond des âges, habité par l’esprit de la jeune femme. Autant dire que la police piétine, ne sachant pas trop par quel bout prendre l’enquête.

Moitié-femme moitié-poisson

Persuadé qu’il y a de l’argent à faire avec cette étrange affaire, le businessman Chappel (le charismatique Tom Conway) tente de tirer profit des dons divinatoires de Lombardi en organisant des séances privées chez lui et en faisant éditer des ouvrages spécialisés. Mais le gendre de Chappel, l’éminent docteur Ted Erickson (un Lance Fuller assez monolithique) reste fort sceptique et demeure le détracteur le plus virulent de Lombardi. Cette rivalité déteindra bien vite sur leur vie privée, les deux hommes convoitant la troublante Andrea. Malgré son concept tarabiscoté, son approche risible de la science (Erickson, grand spécialiste de la métaphysique et de la recherche psychique, passe des heures dans son laboratoire à contempler des liquides dans des tubes à essai de petit chimiste) et son monstre de carnaval, The She-Creature se laisse voir sans déplaisir, en grande partie grâce à ses personnages pittoresques et à leurs dialogues savoureux. Vers la fin du film, refrain connu, Lombardi demandera à la créature d’éliminer son rival, mais cette dernière refusera et finira par se retourner contre lui, suivant donc la voie de tous les monstres de Frankenstein qui l’ont précédé.

 

© Gilles Penso


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SPIDER-MAN LOTUS (2023)

Produite sans l’autorisation de Marvel ou Sony, cette aventure inédite réalisée par un lycéen de 19 ans a pris tout le monde par surprise…

SPIDER-MAN LOTUS

 

2023 – USA

 

Réalisé par Gavin J. Konop

 

Avec Warden Wayne, Sean Thomas Reid, Moriah Brooklyn, Tuyen Powell, Maxwell Fox, Jack Wooton, John Salandria, Justin Hargrove, Mariah Fox, Paul Logan

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA SPIDER-MAN

Au départ, rien ne semblait pouvoir distinguer Spider-Man Lotus des milliers de fan films réalisés avec les moyens du bord par des amateurs de l’homme-araignée. Aux Etats-Unis, il ne se passe pas un mois sans qu’un réalisateur en herbe déguise l’un de ses copains en Spider-Man pour le filmer avec sa caméra vidéo ou son smartphone et poste ensuite ses « exploits » sur YouTube. Certains de ces films de fans sont plus soignés que les autres, certes, mais il n’y a pas là de quoi affoler Marvel ou Sony. Et puis voilà que débarque Spider-Man Lotus, qui combat clairement dans une tout autre catégorie. Son metteur en scène, Gavin J. Konop, est encore au lycée lorsqu’il attaque ce projet. Son ambition : réunir 20 000 dollars et consacrer à son super-héros préféré un film extrêmement soigné. Lorsqu’il lance une campagne de financement participatif, la somme initialement prévue gonfle considérablement jusqu’à dépasser les 110 000 dollars ! Avec un tel budget en poche, le jeune homme va pouvoir revoir ses ambitions à la hausse. Mais plus qu’un film spectaculaire, Konop veut réaliser un drame intimiste. Son idée est de raconter les conséquences d’un des épisodes les plus traumatisants de l’histoire de la BD américaine : la mort de Gwen Stacy, la petite-amie de Peter Parker, une histoire écrite par Gerry Conway et dessinée par Gil Kane en 1973, qui marque pour beaucoup la fin d’une certaine innocence dans le monde du comic book.

La longue introduction de 15 minutes sur laquelle s’ouvre Spider-Man Lotus force l’admiration. Un Spidey numérique qui tient franchement la route file à toute allure entre les immeubles de New York, déclenche les radars de police pour cause d’excès de vitesse, prend en chasse trois gangsters puis affronte le Shocker qu’il neutralise non sans mal. S’ensuit une scène intime entre Peter Parker et Gwen Stacy, puis un générique extrêmement graphique sur fond de chanson romantique. Voilà qui s’annonce prometteur et surtout surprenant. Après cette mise en bouche, nous apprenons que Gwen est morte, provoquant une onde de choc émotionnelle dont les répercussions altèrent non seulement le comportement de Peter Parker mais aussi celui de Harry Osborn, Mary-Jane Watson et Flash Thompson. Le drame nous est raconté par le biais de flash-backs furtifs où apparaît un Bouffon Vert grimaçant très proche visuellement de celui du comic book original.

Peter par cœur

Konop élabore alors un film très introspectif conçu comme un voyage initiatique autour de l’acceptation du deuil, bref pas du tout ce qu’on peut attendre d’une aventure classique de Spider-Man. Et c’est justement ce qui rend ce projet si fascinant. Le réalisateur débutant semble plaquer sur le super-héros ses propres doutes, son propre mal-être, comme le firent tant de lecteurs adolescents en découvrant leurs premières aventures dessinées du monte-en-l’air. Pour y parvenir, Konop convoque sa connaissance visiblement encyclopédique de l’univers de Spidey, reprend plusieurs épisodes emblématiques (dont le fameux « The Kids Who Collects Spider-Man » de Roger Stern et Ron Frenz, ou la série « Spider-Man Blue » de Jeph Loeb et Tim Sale), évoque en quelques images les origines du héros et la culpabilité qui forgea sa vocation de justicier et cite dans sa bande originale les thèmes musicaux des séries animées des années 60 et 90. Le film est sans doute trop long, trop lent, trop larmoyant, pas toujours très subtil, pas rythmé comme il faudrait, peut-être même un brin prétentieux . Mais qui aurait cru qu’un réalisateur amateur puisse un jour pondre un Spider-Man « pirate » aussi abouti ? Les films très officiels dirigés par Marc Webb et Jon Watts semblent même gentiment puérils à côté de cet essai certes maladroit mais tellement plus risqué et moins formaté que ceux de ses aînés produits par les grands studios. Saluons donc l’initiative de cet étrange « Lotus » (la fleur qui symbolise la transcendance chez les bouddhistes), dont la mise en ligne gratuite sur YouTube en août 2023 battit des records de visionnage.


© Gilles Penso

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