

Un jeune garçon décide de mener l’enquête sur un étang sinistre qui, selon les légendes aborigènes, abrite un monstre aquatique…
FROG DREAMING
1986 – AUSTRALIE
Réalisé par Brian Trenchard-Smith
Avec Henry Thomas, Tony Barry, Rachel Friend, Tamsin West, Dempsey Knight, John Ewart, Chris Gregory, Mark Knight, Dennis Miller, Katy Manning
THEMA MONSTRES MARINS
À priori, Le Secret du lac est une réponse australienne à Goonies, comme en témoignent cette mise en scène sous influence des productions Amblin (les gamins à vélo, les grands mouvements de grue, les nuits bleutés, la musique ample et symphonique), ce poster se référant ouvertement au film de Richard Donner ou le premier rôle tenu par Henry Thomas, devenu superstar grâce à E.T. l’extra-terrestre. Mais ce film d’aventures insolite porte surtout l’empreinte de son producteur et scénariste, Everett De Roche, figure clé de la « Ozploitation » des années 70 et 80 à qui nous devons notamment les histoires de Patrick, Long week-end, Harlequin, Déviation mortelle, Razorback et Link. Le film est d’abord confié à Russell Hagg, réalisateur discret signataire de quelques épisodes de séries TV, d’un téléfilm et d’un western, mais dont le CV s’orne tout de même de la direction artistique d’Orange mécanique. De Roche le connaît notamment grâce à son travail de script sur Harlequin et Le Survivant d’un monde parallèle, mais Hagg ne fournit manifestement pas un travail suffisamment satisfaisant. Il est donc remplacé par le réalisateur vétéran Brian Trenchard-Smith, spécialiste du cinéma d’action qui dirigea plus de soixante longs-métrages, dont le mythique Les Traqués de l’an 2000, hit des vidéoclubs au début des années 80.


Henry Thomas incarne ici Cody, un garçon américain de 14 ans dont les parents sont décédés. Il vit désormais dans une petite ville australienne avec son tuteur Gaza (Tony Barry), qui fut le meilleur ami de son père et lui laisse une grande liberté. Particulièrement imaginatif, inventif et curieux, Cody construit toutes sortes d’objets et de gadgets dans son garage, notamment un vélo-rail qu’il utilise pour se déplacer le long de la voie de chemin de fer. En se promenant avec son amie Wendy (Rachel Friend) et sa petite sœur Jane (Tamsin West) dans le parc national de Devil’s Knob, le territoire du « rêve des grenouilles » selon les légendes, il découvre près d’un lac qui ne figure sur aucune carte le cadavre desséché d’un marin. Alors que la police locale classe l’affaire, le garçon décide de continuer à mener l’enquête et de se renseigner auprès de la population aborigène sur la légende du Donkedin, un monstre aquatique mythique qui semble sévir tout au fond du lac. Ses investigations le mènent jusqu’à un certain Charlie Pride (Dempsey Knight). Mais celui-ci ne répond que par énigmes. Cody se fabrique alors un équipement spécial et part chasser le monstre…
Le rêve des grenouilles
D’emblée, le film installe une atmosphère fantastique, à la lisière de l’épouvante, avec ces gros plans de reptiles et de batraciens, ces bulles menaçantes sous l’eau trouble, ce moulin qui grince, cette musique inquiétante composée par Brian May (Mad Max, Patrick, Soif de sang). Il nous semble apercevoir un monstre rugissant prêt à surgir du lac pour engloutir un pauvre pêcheur, lequel prend aussitôt la poudre d’escampette dans sa barque avant de pousser un hurlement. Si la suite du métrage est plus « bucolique », l’inquiétude demeure, et la convocation des légendes aborigènes n’est pas sans rappeler La Dernière vague de Peter Weir. Le Secret du lac joue jusqu’au bout la carte du mystère, poussant les spectateurs à s’identifier au jeune héros et à s’interroger comme lui sur la nature de ce qui repose au fond de l’étang sinistre. S’agit-il d’un émule de L’Étrange créature du lac noir ou du monstre du Loch Ness ? Petit à petit, au fil d’une mise en scène instinctive s’attardant souvent sur les créatures de la forêt – nous pensons alors à Long week-end -, le film s’achemine vers un climax spectaculaire qui interroge notre suspension d’incrédulité et notre regard, pointant la distance qui sépare ce que nous voyons réellement de ce que nous avons envie de voir. Le fin mot de l’histoire est-il rationnel ou convoque-t-il des croyances plus anciennes, comme semble vouloir le dire le regard appuyé de cet aborigène drapé de mystère ? Si le scénario nous donne le sentiment de trancher, la conclusion laisse volontairement planer l’ambiguïté. Ce n’est pas le moindre atout de ce conte atemporel injustement passé sous les radars.
© Gilles Penso
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