LE SECRET DU LAC (1986)

Un jeune garçon décide de mener l’enquête sur un étang sinistre qui, selon les légendes aborigènes, abrite un monstre aquatique…

FROG DREAMING

 

1986 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Brian Trenchard-Smith

 

Avec Henry Thomas, Tony Barry, Rachel Friend, Tamsin West, Dempsey Knight, John Ewart, Chris Gregory, Mark Knight, Dennis Miller, Katy Manning

 

THEMA MONSTRES MARINS

À priori, Le Secret du lac est une réponse australienne à Goonies, comme en témoignent cette mise en scène sous influence des productions Amblin (les gamins à vélo, les grands mouvements de grue, les nuits bleutés, la musique ample et symphonique), ce poster se référant ouvertement au film de Richard Donner ou le premier rôle tenu par Henry Thomas, devenu superstar grâce à E.T. l’extra-terrestre. Mais ce film d’aventures insolite porte surtout l’empreinte de son producteur et scénariste, Everett De Roche, figure clé de la « Ozploitation » des années 70 et 80 à qui nous devons notamment les histoires de Patrick, Long week-end, Harlequin, Déviation mortelle, Razorback et Link. Le film est d’abord confié à Russell Hagg, réalisateur discret signataire de quelques épisodes de séries TV, d’un téléfilm et d’un western, mais dont le CV s’orne tout de même de la direction artistique d’Orange mécanique. De Roche le connaît notamment grâce à son travail de script sur Harlequin et Le Survivant d’un monde parallèle, mais Hagg ne fournit manifestement pas un travail suffisamment satisfaisant. Il est donc remplacé par le réalisateur vétéran Brian Trenchard-Smith, spécialiste du cinéma d’action qui dirigea plus de soixante longs-métrages, dont le mythique Les Traqués de l’an 2000, hit des vidéoclubs au début des années 80.

Henry Thomas incarne ici Cody, un garçon américain de 14 ans dont les parents sont décédés. Il vit désormais dans une petite ville australienne avec son tuteur Gaza (Tony Barry), qui fut le meilleur ami de son père et lui laisse une grande liberté. Particulièrement imaginatif, inventif et curieux, Cody construit toutes sortes d’objets et de gadgets dans son garage, notamment un vélo-rail qu’il utilise pour se déplacer le long de la voie de chemin de fer. En se promenant avec son amie Wendy (Rachel Friend) et sa petite sœur Jane (Tamsin West) dans le parc national de Devil’s Knob, le territoire du « rêve des grenouilles » selon les légendes, il découvre près d’un lac qui ne figure sur aucune carte le cadavre desséché d’un marin. Alors que la police locale classe l’affaire, le garçon décide de continuer à mener l’enquête et de se renseigner auprès de la population aborigène sur la légende du Donkedin, un monstre aquatique mythique qui semble sévir tout au fond du lac. Ses investigations le mènent jusqu’à un certain Charlie Pride (Dempsey Knight). Mais celui-ci ne répond que par énigmes. Cody se fabrique alors un équipement spécial et part chasser le monstre…

Le rêve des grenouilles

D’emblée, le film installe une atmosphère fantastique, à la lisière de l’épouvante, avec ces gros plans de reptiles et de batraciens, ces bulles menaçantes sous l’eau trouble, ce moulin qui grince, cette musique inquiétante composée par Brian May (Mad Max, Patrick, Soif de sang). Il nous semble apercevoir un monstre rugissant prêt à surgir du lac pour engloutir un pauvre pêcheur, lequel prend aussitôt la poudre d’escampette dans sa barque avant de pousser un hurlement. Si la suite du métrage est plus « bucolique », l’inquiétude demeure, et la convocation des légendes aborigènes n’est pas sans rappeler La Dernière vague de Peter Weir. Le Secret du lac joue jusqu’au bout la carte du mystère, poussant les spectateurs à s’identifier au jeune héros et à s’interroger comme lui sur la nature de ce qui repose au fond de l’étang sinistre. S’agit-il d’un émule de L’Étrange créature du lac noir ou du monstre du Loch Ness ? Petit à petit, au fil d’une mise en scène instinctive s’attardant souvent sur les créatures de la forêt – nous pensons alors à Long week-end -, le film s’achemine vers un climax spectaculaire qui interroge notre suspension d’incrédulité et notre regard, pointant la distance qui sépare ce que nous voyons réellement de ce que nous avons envie de voir. Le fin mot de l’histoire est-il rationnel ou convoque-t-il des croyances plus anciennes, comme semble vouloir le dire le regard appuyé de cet aborigène drapé de mystère ? Si le scénario nous donne le sentiment de trancher, la conclusion laisse volontairement planer l’ambiguïté. Ce n’est pas le moindre atout de ce conte atemporel injustement passé sous les radars.

 

© Gilles Penso

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MY DOLL (2020)

Un étudiant hanté par un traumatisme d’enfance reçoit un jour un colis contenant une poupée-robot prête à assouvir tous ses désirs …

PHROM RUK YA TUKKATA SON RAK

 

2020 – THAILANDE

 

Réalisé par Athip Ketubol et Phakhawat Phakanan

 

Avec Piamchon Damrongsunthornchai, Pichana Yoosuk, Suchada Pramoulkan, David Adavanond, Ladapa Ratchataamonchot, Ballchon Tanawat Cheawaram

 

THEMA ROBOTS

Avec les avancées inexorables de l’intelligence artificielle et de la robotique, il était normal que le cinéma s’empare du thème des poupées sexuelles – parfaitement ancré dans la réalité, preuve d’un désert affectif croissant dans nos sociétés hyperconnectées – pour en tirer les scénarios les plus fantaisistes. Que se passerait-il si de tels objets, conçus pour imiter à la perfection le corps humains et satisfaire des besoins purement physiques, étaient soudain doués d’intelligence… et d’esprit ? La science-fiction et l’horreur sont propices à toutes les extrapolations en ce domaine. Mais lorsqu’ils se penchent sur le sujet, les réalisateurs thaïlandais Athip Ketubol et Phakhawat Phakanan souhaitent avant tout signer une comédie légère centrée sur les appétits sexuels des adolescents et sur le fossé souvent abyssal qui sépare le fantasme de la réalité. Pour autant, My Doll (contraction du titre international My Sex Doll Bodyguard, volontiers plus explicite) n’entend pas aborder cette histoire sous l’angle de la chronique sociale réaliste. Tous les excès sont en effet permis dans My Doll, et tant pis si la finesse et le bon goût sont laissés au placard.

Hanté depuis son enfance par des rêves traumatisants dans lesquels un homme masqué comme le diable s’en prend à lui, Ith n’a pas une adolescence simple. Le fait que son père soit une star du cinéma porno n’arrange pas les choses. Par conséquent, le jeune homme a une sexualité inexistante et même de très gros problèmes gastriques lorsque sa libido est titillée. Un jour, son père meurt en pleine extase, au milieu d’un tournage, figé avec un sourire béat – et avec une érection bien visible, même sous le drap mortuaire ! Peu de temps après, Ith reçoit un grand colis mystérieux en provenance du Vagina Lab. À l’intérieur se trouve Anna, une poupée sexuelle grandeur nature équipée d’une intelligence artificielle. Destinée à être testée par son défunt père, en prévision d’une commercialisation à grande échelle, elle choisit désormais Ith comme propriétaire et se montre aussitôt très entreprenante. Paniqué, notre héros n’a pas du tout l’intention de perdre sa virginité avec un robot. Mais rien ne semble susceptible de pouvoir arrêter Anna dans sa mission…

Trop sage ou pas assez ?

On le voit, la subtilité n’est pas particulièrement au programme de My Doll, qui cumule un maximum de gags en dessous de la ceinture, à base de fausses masturbations, de coucheries contrariées et de flatulences à répétition. À l’avenant, la grande majorité du casting a tendance à débiter ses répliques de manière hystérique. Mais on apprécie tout de même la prestation de Pichana Yoosuk, plutôt crédible en poupée grandeur nature qui s’éveille peu à peu aux sentiments humains. Il faut reconnaître au film son rythme enlevé, son dynamisme indéniable (amorcé dès le générique en dessin animé), son absence de prétention et ses effets visuels efficaces dotant Anna d’un regard électronique ou affichant sur sa peau des informations liées à son redémarrage ou à la charge de ses batteries. Le film parle beaucoup de sexe – on s’en doute – mais n’en montre jamais, la jolie femme-objet se trémoussant de manière suggestive tout en conservant pudiquement ses sous-vêtements. My Doll se positionne donc de manière incertaine vis-vis de la cible visée, sans doute trop sage pour un public ado/adulte et trop graveleux pour des spectateurs plus jeunes. D’autant qu’à mi-parcours, la tonalité change, la loufoquerie cède le pas à la romance et les grands sentiments s’exacerbent, chansons sirupeuses à l’appui. Sympathique mais loin d’être inoubliable, My Doll aura droit à une suite trois ans plus tard, avec un autre réalisateur et des comédiens différents.

 

© Gilles Penso

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ALADIN OU LA LAMPE MERVEILLEUSE (1945)

Une version multicolore, féerique, comique et hautement fantaisiste du célèbre conte des mille et une nuits…

A THOUSAND AND ONE NIGHTS

 

1945 – USA

 

Réalisé par Alfred E. Green

 

Avec Cornel Wilde, Evelyn Keyes, Phil Silvers, Adele Jergens, Dusty Anderson, Dennis Hoey, Philip Van Zandt, Gus Schilling, Shelley Winters, Rex Ingram

 

THEMA MILLE ET UNE NUITS

Au milieu des années 40, comme tous les grands studios de l’époque, la Columbia a sous contrat plusieurs acteurs prometteurs et entend bien capitaliser sur leur potentiel. Le jeune premier Cornel Wilde ayant prouvé ses aptitudes à la fois dans des rôles très physiques et des prestations plus intériorisées (il fut Frédéric Chopin dans La Chanson du souvenir), le voilà promu tête d’affiche d’Aladin ou la lampe merveilleuse. Pour jouer à ses côtés, le studio mise sur l’abatage de l’humoriste Phil Silvers, futur héros d’une sitcom très populaire portant son nom. Les atouts de charme féminins sont assurés par la sculpturale Adele Jergens, ancienne danseuse et mannequin qui entre ici dans la peau de la princesse énamourée, et la pétillante Evelyn Keyes, qui jouait la sœur de Vivian Leigh dans Autant en emporte le vent. Pour mener ces comédiens pleins d’allant, le très prolifique Alfred E. Green prend la barre du projet. La filmographie de ce vétéran, qui a touché à tous les genres et dirigé des stars de la trempe de Mary Pickford, Barbara Stanwyck ou Bette Davis, compte près de 120 titres, sur une carrière qui s’étend entre 1916 et 1958. Contrairement à beaucoup de productions hollywoodiennes délaissant l’aspect purement fantastique des contes des 1001 nuits pour se contenter d’un joli décor exotique dans lequel s’animent les acteurs en pantalons bouffants, Aladin ou la lampe merveilleuse assume pleinement les monstres et merveilles inhérents à cet univers. Certes, nous ne sommes pas chez Ray Harryhausen, mais la magie opère tout de même ici à grande échelle.

Cornel Wilde campe un Aladin chantant, qui écume les marchés dans sa tenue élimée en séduisant les demoiselles grâce à sa voix de soliste d’opérette. Lorsqu’il ne compte pas fleurette, Aladin veille à ce que son ami Abdullah (Phil Silvers), un pickpocket excentrique, évite de s’attirer des ennuis. Mais lui-même n’hésite pas à courir tous les risques lorsque la situation l’exige. Ainsi se faufile-t-il dans la litière de la princesse Armina (Adele Jergens), la fille du sultan, profitant de sa visite dans les rues de la ville pour tenter de la charmer. Troublée, elle accepte de lever son voile pour lui montrer son visage et, le soir même, succombe au son manifestement irrésistible de ses chansons sirupeuses. Mais les gardes du sultan ne l’entendent pas de cette oreille, et c’est de justesse qu’Aladin et Abdullah parviennent à s’échapper, trouvant refuge dans une vieille grotte où – comme on l’imagine – ils finissent par tomber sur la lampe magique. Pendant ce temps, à la cour, le frère jumeau du sultan complote contre lui avec la complicité du vizir, à qui il promet la main d’Armina. Il emprisonne donc son frère et se fait passer pour lui.

L’Orient façon Hollywood

Aladin ou la lampe merveilleuse nous surprend d’abord par ses partis-pris ouvertement anachroniques. Sous prétexte que son personnage prétend être né avec 1200 ans d’avance, Phil Silvers véhicule un humour newyorkais parfaitement décalé, portant des lunettes, parlant un argot moderne, évoquant la télévision et les grandes actrices hollywoodiennes, bref enchaînant les clins d’œil autoparodiques. Côté « coups de coude » à l’attention du spectateur, on appréciera particulièrement le surgissement dans la grotte d’un géant qu’incarne Rex Ingram, habillé et maquillé exactement comme le génie titanesque qu’il incarnait cinq ans plus tôt dans Le Voleur de Bagdad. Du coup, le vrai génie, lui, n’a pas du tout le look attendu. C’est une jeune femme fougueuse (Evelyn Keyes) qui se fait appeler Babs et s’éprend d’Aladin. Au-delà de sa touche d’originalité, cette idée crée une rivalité amoureuse avec la princesse, ainsi que des situations comiques multiples dans la mesure où notre héros est le seul à pouvoir la voir et l’entendre. C’est aussi par Babs que s’expriment les passages les plus fantastiques du film, notamment les métamorphoses d’Aladdin en prince… ou en petit chien pour entrer discrètement dans le harem ! Serti dans un superbe Technicolor, orné de décors et de costumes somptueux, Aladin ou la lampe merveilleuse ne fait certes pas dans la finesse et « hollywoodise » plus que de raison les contes orientaux (les danses du ventre revisitées façon cabaret, les chansonnettes romantiques entonnées régulièrement par le héros), mais sa mission divertissante est allègrement remplie. Sa flamboyance, son humour et ses passages musicaux semblent d’ailleurs avoir partiellement servi d’inspiration au Aladdin des studios Disney.

© Gilles Penso

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TEX ET LE SEIGNEUR DES ABYSSES (1985)

Sous haute influence d’Indiana Jones, ce western spaghetti des années 80 met en scène une secte diabolique capable de pétrifier ses victimes…

TEX E IL SIGNORE DEGLI ABISSI

 

1985 – ITALIE

 

Réalisé par Duccio Tessari

 

Avec Giuliano Gemma, William Berger, Carlo Mucari, Isabel Russinova, Peter Berling, Flavio Bucci, Aldo Sambrell, José Luis de Vilallonga, Riccardo Petrazzi

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

En Italie, Tex Willer est une institution. Ce cowboy dur à cuire multiplie les exploits musclés depuis 1948, date de la première publication des albums de bandes dessinées qui lui sont consacrés. À la fin des années 60, plusieurs tentatives d’adapter ses aventures à l’écran sont envisagées. Mais le projet ne se concrétise finalement qu’au milieu des années 80, en grande partie grâce au succès des Aventuriers de l’arche perdue et d’Indiana Jones et le temple maudit qui relancent alors dans le monde entier la vogue des héros « à l’ancienne ». Tex et le seigneur des abysses entre donc en piste. La RAI finance en partie le film, conçu au départ comme le pilote d’une future série TV, et c’est le vétéran Duccio Tessari qui se retrouve aux commandes. Signataire d’une foule de westerns, de films d’aventures et de polars, Tessari est rompu à tous les exercices et embarque avec lui l’un de ses acteurs fétiches, Guliano Gemma. Ce dernier ayant souvent joué les cowboys, les héros antiques et les baroudeurs (ainsi qu’un policier dans Ténèbres de Dario Argento), le rôle de Tex semble taillé sur mesure pour lui. Tourné entre mai et juin 1985 en Italie et en Espagne, Tex et le seigneur des abysses s’inspire de trois albums teintés d’éléments fantastiques, écrits par Bonelli et dessinés par Guglielmo Letteri : « El Morisco », « Sierra Encantada » et « Il Signore dell’abisso ».

Tex Willer est un cowboy qui n’a peur de rien et que ses amis les Navajos ont surnommé « Aigle de nuit ». Après avoir réglé leur compte à une bande de trafiquants d’alcool patibulaires, il reçoit la visite de Kit Carson, alias « Cheveux d’argent », un de ses collègues rangers au service de l’armée. Kit lui demande de l’aider à enquêter sur le vol d’un chargement d’armes. Mais cette affaire est beaucoup moins banale qu’elle n’en a l’air. Épaulés par l’Indien Tigla, les voilà bientôt sur la trace d’une redoutable tribu : les disciples de la divinité aztèque Xiuhteculti, qui pratiquent les sacrifices humains, se réfugient dans un temple bâti au sommet d’une montagne et utilisent une pierre volcanique pour pétrifier leurs victimes. Grâce à cette « pierre de mort », qui leur a été léguée selon eux par une entité démoniaque surnommée « Le seigneur des abysses », ils entendent bien exterminer tous les Occidentaux qui foulent leur territoire et rebâtir un nouvel empire : celui des « fils du soleil ».

Le temple du soleil

Bagarres, fusillades, poursuites à cheval… Tous les codes du western spaghetti sont convoqués et exécutés avec efficacité par un Duccio Tessari qui en a vu d’autres. Mais le film se laisse aussi largement influencer par la seconde aventure d’Indiana Jones dont il reprend bon nombre d’ingrédients. D’où ce temple maudit, cette secte d’adorateurs d’une divinité maléfique, ce grand puits incandescent, ces artefacts antiques et ces morts surnaturelles. En ce domaine, le film n’y va pas avec le dos de la cuiller, exhibant des cadavres décomposés recouverts d’insectes, des corps momifiés, ou encore le spectacle surréaliste d’un homme atteint par le projectile empoisonné d’une sarbacane qui se dessèche en accéléré et se pétrifie en grimaçant. D’autres scènes étranges ponctuent le film, comme les agresseurs cachés sous le sable qui surgissent tels des morts-vivants pour attaquer nos héros. Le grand méchant est un gourou exalté et chevelu dont le physique évoque un croisement contre-nature entre Christopher Lee et Francis Lalane ! Constatant en cours de route que le film manque cruellement d’élément féminin, Tessari et ses scénaristes inventent à la dernière minute une belle prêtresse qui trône au milieu des adorateurs de Xiuhteculti et n’a – avouons-le – pas grand-chose à faire à part déambuler dans le temple enfumé. Malgré sa fin très ouverte, Tex et le seigneur des abysses restera sans suite et ne donnera pas naissance à la série initialement envisagée, à cause de ses piètres résultats au box-office.

 

© Gilles Penso

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L’EDEN ET APRÈS (1970)

Pour son quatrième long-métrage, Alain Robbe-Grillet nous plonge dans les fantasmes surréalistes et érotico-horrifiques d’une jeune femme…

L’EDEN ET APRÈS

 

1970 – FRANCE / TCHECOSLOVAQUIE / TUNISIE

 

Réalisé par Alain Robbe-Grillet

 

Avec Catherine Jourdan, Lorraine Rainer, Pierre Zimmer, Richard Leduc, Catherine Robe-Grillet, Sylvain Corthay, Juraj Kukura, Yarmila Kolenicova

 

THEMA RÊVES

Alain Robbe-Grillet publie son premier livre en 1953 et devient aussitôt chef de file d’un mouvement qui ne tardera pas à s’appeler « nouveau roman », dans la mesure où sa manière d’écrire brise toutes les règles de la littérature traditionnelle. Son style séduit Alain Resnais qui, en 1961, lui propose de rédiger pour lui le script de L’Année dernière à Marienbad. Résultat : un Lion d’or à la Mostra de Venise et une nomination à l’Oscar du meilleur scénario original. Robbe-Grillet décide alors de se lancer lui-même dans la réalisation. L’Eden et après est son quatrième long-métrage, après L’Immortelle, Trans-Europ-Express et L’Homme qui ment. On y trouve les composantes préférées du cinéaste : un érotisme onirique, un collage de vignettes bousculant la notion d’espace-temps et un jeu de confusion savamment alimenté qui brise les frontières entre le monde réel et celui du fantasme. Ses deux acteurs principaux viennent du cinéma de Jean-Pierre Melville. Catherine Jourdan a en effet démarré sa carrière dans Le Samouraï et Pierre Zimmer dans Le Deuxième souffle. Mais l’univers dans lequel va les plonger Robbe-Grillet n’a pas grand-chose à voir avec l’ascèse de Melville. Pour donner corps à ce récit alambiqué, l’équipe de L’Eden et après plante ses caméras à Bratislava et à Djerba, le film étant une coproduction entre la France, la Tchécoslovaquie et la Tunisie.

Violette (Jourdan) fait partie d’une bande d’étudiants qui a l’habitude de se réunir dans un café appelé L’Éden. Pour tromper leur ennui, ils y imaginent des projets libres, inventant des saynètes de jeu et de fantaisie souvent morbides. Il y est question d’agressions, de courses-poursuites, de mises à mort ou d’empoisonnements. Un soir, un étranger qui se fait appeler Duchemin (Zimmer), de dix ans leur aîné, les observe et leur parle de ses souvenirs dans une Afrique mystérieuse. Par jeu, il leur propose de goûter à la « poudre de peur », une substance blanche qu’il a ramenée avec lui. Violette accepte, en absorbe un peu et se retrouve soudain frappée d’hallucinations effrayantes : des femmes en cage, des crochets, des chaînes, du sang, un scorpion menaçant, des tortures, des sacrifices… Puis tout redevient normal. À la fermeture du café, Duchemin propose à Violette de le retrouver près d’une usine désaffectée. Lorsque la jeune femme s’y rend, elle y voit des ombres inquiétantes et se perd dans les dédales du lieu. Puis au petit matin, elle découvre le corps sans vie de l’étranger…

Cadavres exquis

Le temps et l’espace s’abolissant volontiers face à la caméra de Robbe-Grillet, on ne saurait dire si le film met en scène des flash-backs, des flash-forward, des rêves ou des hallucinations. Peut-être un peu tout ça à la fois, puisque le cinéaste semble prendre un malin plaisir à brouiller les cartes sans donner la moindre clé aux spectateurs. Lorsque les pérégrinations de Violette se poursuivent en Tunisie, où ses anciens camarades la traquent, l’enferment et la questionnent pour retrouver la trace d’un tableau disparu, la confusion s’accroit de plus belle. Et le cinéaste d’enchaîner les séquences fétichistes, les délires SM, les tableaux macabres, le dénudement languide de ses comédiennes… Il y a certes un caractère hypnotique intéressant dans cet assemblage bizarre de cadavres exquis, mais les divagations conceptuelles du film finissent par lui donner les allures d’une parodie involontaire. Ces répliques aléatoires énoncés par des voix inexpressives (toutes très approximativement post-synchronisées), cette musique expérimentale, ce jeu d’acteur sans émotion, ces scènes sans queue ni tête finissent par provoquer une irrépressible lassitude. La voix off neurasthénique de Catherine Jourdain, qui assure une narration superficielle, n’aide évidemment pas à dynamiser l’ensemble. Dans la foulée, Robbe-Grillet se livrera à un exercice intéressant, consistant à monter les images de L’Eden et après dans un ordre différent, en adoptant un autre point de vue. Ce « film-anagramme » sortira en 1971 sous le titre N a pris les dés.

 

© Gilles Penso

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LE CHEVALIER DU MONDE PERDU (1983)

Dans cet énième sous-Mad Max, un motard se joint à un mouvement de résistance pour renverser le régime fasciste qui règne sur le monde…

WARRIOR OF THE LOST WORLD / IL PREDATORI DELL’ANNO OMEGA

 

1983 – ITALIE

 

Réalisé par David Worth

 

Avec Robert Ginty, Persis Khambatta, Donald Pleasence, Fred Williamson, Harrison Muller, Philip Dallas, Laura Nucci, Vinicio Ricchi, Consuelo Maraccini

 

THEMA FUTUR

Le Chevalier du monde perdu est né de la fusion de deux idées. Il y a d’abord le producteur Edward Sarlui, qui essaie de lever des fonds pour un film post-apocalyptique inspiré de Mad Max 2, sans scénario mais avec un poster qui représente un motard masqué dans un paysage futuriste. Or les investisseurs se montrent frileux, sans doute parce que Sarlui n’a encore rien produit pour le cinéma. Parallèlement, le directeur de la photographie David Worth, qui vient alors d’enchaîner deux films avec Clint Eastwood (Bronco Billy et Ça va cogner), imagine le scénario d’un film qu’il aimerait réaliser lui-même, et qu’il définit comme une sorte de « Homme des hautes plaines à moto ». Mais ce projet non plus n’avance guère. C’est la rencontre des deux hommes qui va permettre au Chevalier du monde perdu de se concrétiser. Lorsque Sarlui tombe sur le scénario de Worth, il décide de se lancer avec lui dans l’aventure, à condition que son histoire soit retravaillée pour se dérouler dans le futur. Porté par un producteur débutant et un vieux routier du cinéma d’action, le film trouve enfin son financement. Pour le rôle principal, Worth choisit Robert Ginty, qui l’a beaucoup impressionné dans Le Droit de tuer. D’autres visages familiers lui donnent la réplique, comme Persis Khambatta (l’inoubliable Ilya de Star Trek le film), ce bon vieux Donald Pleasence (qui boucle le tournage de ses séquences en trois jours) et Fred Williamson (qui insiste pour jouer dans le film afin de prolonger son séjour en Italie).

Le film s’ouvre sur un interminable texte d’introduction qui nous donne le contexte post-apocalyptique et dystopique du récit. Nous sommes dans un futur peu reluisant dont le régime dictatorial Omega est mené par le tyran Prossor (Pleasence), tandis que des hordes de hors-la-loi et de marginaux végètent dans les parties les plus sauvages de la planète. C’est là que surgit « le motard » (Ginty), chevauchant sa bécane ultramoderne équipée d’un ordinateur baptisé Einstein. Après une série de poursuites et de fusillades qui paient ouvertement leur tribut à Mad Max 2, notre héros fonce tout droit vers une paroi rocheuse. L’accident devrait logiquement le laisser pour mort. Mais voilà qu’il se retrouve dans une sorte d’au-delà brumeux et bizarre. Nous apprenons qu’il a franchi « le mur de l’illusion », où des anciens sages en toge le soignent et lui donnent une mission : mener leur combat contre Prossor. Après cette parenthèse surnaturelle (qui dénote totalement avec le reste du film), le motard s’allie avec Nastasia (Khambatta), la fille d’un scientifique kidnappé, et pénètre dans le QG d’Omega. Nous nous retrouvons alors dans un univers proche de celui de THX 1138, avec des employés serviles, des décors aseptisés et des policiers casqués tout de noir vêtus. Les malheureux sujets qui sont jugés inefficaces y sont exécutés publiquement, dans une ambiance fasciste qui détourne l’imagerie nazie…

Des mutants, des punks et des karatékas

Noyé dans la masse abondante d’imitations du classique de George Miller qui pullulent alors sur les écrans du monde entier, Le Chevalier du monde perdu ne sort pas vraiment du lot. Certes, ses chassés croisés sur la route sont généreux, mêlant des voitures, des motos, des camions, des dragsters, un hélicoptère et même – clou du spectacle – un énorme véhicule blindé. Mais nous avons déjà vu tout ça ailleurs, et le choix de saturer la bande son de bruitages électroniques pseudo-futuristes (les voyants des tableaux de bord font « bip-bip », les pistolets « ptiou ptiou ») ridiculise les séquences d’action au lieu de les renforcer. En ce domaine, le pire vient sans doute d’Enstein, l’intelligence artificielle qui tente de nous faire rire avec sa voix cartoonesque et ses interjections enfantines. Pour varier les plaisirs, David Worth met en scène toutes sortes de guerriers improbables (des amazones, des karatékas, des camionneurs, des punks) mais aussi des mutants difformes aux allures de zombies ou les danseurs d’un club SM. C’est distrayant, certes, mais pas franchement mémorable. D’autant que même les acteurs n’ont l’air d’y croire qu’à moitié. Robert Ginty trimballe sa silhouette de baroudeur barbu en lâchant ses dialogues d’une voix incroyablement lasse, Donald Pleasence joue les méchants caricaturaux dans une tenue qui rappelle Blofeld dans On ne vit que deux fois, Fred Williamson reste sagement à l’arrière-plan et Persis Khambatta donne le sentiment de ne pas trop savoir ce qu’elle fait dans ce film. Et que dire de cette invraisemblable chanson finale, où tous les résistants se tiennent par les épaules en chantant la fraternité des hommes et l’amour de la Terre ? Reste un petit twist final amusant, ouvert vers une suite qui ne verra jamais le jour.

 

© Gilles Penso

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LA POUPÉE (2025)

Après une cruelle déception amoureuse, un homme se met en couple avec une poupée grandeur nature… qui soudain devient vivante !

LA POUPÉE

 

2025 – FRANCE

 

Réalisé par Sophie Beaulieu

 

Avec Vincent Macaigne, Zoé Marchal, Cécile de France, Gilbert Melki, Mariane Basler, Adèle Journeaux, Souleymane Sylla, Ludovic Thievon, Eric Guerin

 

THEMA OBJETS VIVANTS

Praticienne du court-métrage depuis 2012, Sophie Beaulieu a l’idée de La Poupée en découvrant un reportage télévisé, situé aux États-Unis, dans lequel des hommes vivent en ménage avec des poupées en silicone hyperréalistes qu’ils considèrent comme leurs compagnes. Le sujet lui semble tellement incroyable – et en même temps si représentatif des maux de la société des années 2020 – qu’elle décide d’en tirer le scénario de son premier long-métrage. Mais l’idée n’est pas simple à vendre. Les éventuels investisseurs sont frileux, craignant de ne pas bien comprendre la tonalité du film. Un homme solitaire vivant avec une poupée qui devient autonome, ça n’est pas banal dans le paysage audiovisuel français. S’agit-il d’un drame social glauque ? D’une histoire de science-fiction ? D’un film d’horreur ? En réalité, Sophie Beaulieu n’envisage pas La Poupée autrement que comme une comédie romantique légère et décomplexée. Le projet finit par se monter grâce à la motivation de plusieurs producteurs indépendants, avec quelques aides publiques et finalement l’apport de Canal +. Désireuse d’inscrire son histoire dans un cadre où la nature est visuellement très présente, la réalisatrice choisit un décor montagnard – en l’occurrence au cœur du Jura -, ce qui contraste joyeusement avec le métier du personnage principal du film : un vendeur de gazon synthétique !

Rémi (Vincent Macaigne), la quarantaine, ne s’est jamais remis d’une rupture ayant bouleversé sa vie. Pour éviter de revivre une cruelle déception amoureuse, il a décidé de se mettre en couple avec une poupée grandeur nature qu’il a baptisée Audrey (Zoé Marchal). Grande, blonde, les yeux bleus, c’est à ses yeux la femme idéale. Il lui parle, dîne en sa compagnie, regarde la télé avec elle et lui fait l’amour. Ni ses collègues de travail, ni ses parents ne savent que la femme dont il vante sans cesse les mérites est en réalité un bel objet en plastique parfaitement inerte. Mais un soir, sans raison apparente, Audrey s’anime et devient vivante. Paniqué, Rémi ne sait pas du tout comment réagir. Faut-il prévenir la police ? En parler à sa famille ? La ramener dans l’usine qui l’a fabriquée ? Au même moment, Patricia (Cécile de France), une nouvelle collègue de travail, débarque dans son entourage et ne le laisse pas indifférent. Pour Rémi, la situation va devenir de plus en plus ingérable…

La femme objet

Le potentiel d’un tel scénario était énorme. Le problème, c’est que Sophie Beaulieu se contente d’enfoncer des portes ouvertes en restant sagement à la surface des sujets qu’elle aborde. Il eut pourtant été intéressant de profiter de cette métaphore pour explorer plus profondément les travers d’une société préférant la virtualité au réel, mais aussi le fossé qui sépare parfois les mentalités féminines et masculines, ou encore la question de l’identité de genre – très maladroitement et superficiellement amenée par le personnage de Domi (Adèle Journeaux), la sœur de Rémi. Autre souci : le film ne profite quasiment jamais des mille possibilités de comédie de situation qu’offre un tel concept. À peine a-t-on droit à une petite grimace de Gilbert Melki – terriblement sous-exploité en père bourgeois et conventionnel – lorsqu’Audrey évoque ses problèmes de menstruations avec un franc parler inattendu. Comme en outre le principe même de la réanimation inexpliquée de la poupée est traité volontairement par-dessus la jambe (comme si le scénario, sous prétexte d’une approche fantastique, s’autorisait tout et n’importe quoi), la suspension d’incrédulité du spectateur est sérieusement mise à mal. Fort heureusement, le casting choisi par la réalisatrice apporte une fraîcheur qui ferait presque oublier les faiblesses et les facilités du film. Vincent Macaigne excelle comme toujours dans le rôle d’un être distrait et inadapté, tandis que Cécile de France est plus pétillante et gouailleuse que jamais. Quant à Zoé Marchal, elle crève l’écran dans un registre pourtant pas simple. Dommage qu’avec de telles têtes d’affiches, La Poupée reste si tiède et si peu audacieux. Une belle occasion manquée, en somme.

 

© Gilles Penso

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TARZAN ET LA FEMME LÉOPARD (1946)

Le seigneur de la jungle et sa petite famille sont confrontés à une secte d’hommes qui se déguisent en fauves pour agresser leurs semblables…

TARZAN AND THE LEOPARD WOMAN

 

1946 – USA

 

Réalisé par Kurt Neumann

 

Avec Johnny Weismuller, Brenda Joyce, Johnny Sheffield, Acquanetta, Edgar Barrier, Dennis Hoey, Tommy Cook, Anthony Caruso, Robert Barron

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I TARZAN

Lorsqu’il attaque Tarzan et la femme léopard, son dixième film dans la peau du seigneur de la jungle, Johnny Weissmuller a 41 ans et une forme olympique. Ceux qui avaient pu le trouver un peu ramollis dans les films précédents retrouvent ainsi notre homme singe au top de sa condition physique, grâce à l’entraînement intensif auquel il s’astreint au sein du Hollywood Athletic Club. Brenda Joyce réapparaît à ses côtés pour la deuxième fois consécutive dans le rôle de Jane – suite au départ de Maureen O’Sullivan après Les Aventures de Tarzan à New York – et Johnny Sheffield reste fidèle au poste sous le pagne de Boy. Le casting de ce nouvel opus s’égaye avec la présence d’Acquanetta, une actrice native du Wyoming, de son vrai nom Mildred Davenport, spécialisée depuis quelques années dans les personnages exotiques (Les Mille et une nuits, La Femme gorille, puis plus tard Le Continent perdu). Ici, elle incarne la grande prêtresse du « culte du léopard », un rôle qui lui va comme un gant et qui justifie pleinement le titre du film, dont elle demeure l’attraction principale. Produit pour un budget de 7 500 000 dollars, Tarzan et la femme léopard est tourné pendant 51 jours, majoritairement dans les décors de jungle édifiés sur les plateaux de la RKO et dans le jardin botanique du comté de Los Angeles.

En tout début de métrage, nous apprenons que les membres d’une caravane de voyageurs, aux abords du Zambèze, ont tous été massacrés, apparemment victimes d’une attaque de léopards. Sur place, un commissaire demande à Tarzan d’enquêter sur cette affaire. Or notre homme singe, qui en a vu d’autres, doute immédiatement que des fauves soient à l’origine du problème. En entendant un oiseau reproduire le son que Boy tire d’une flute, il énonce tout haut un raisonnement digne de Sherlock Holmes : « Si un animal peut imiter l’homme, l’homme peut imiter un animal. » Puis Tarzan, Jane et Boy recueillent Kimba, un garçon qui prétend s’être perdu dans la jungle. Mais en réalité, Kimba est le frère de la reine Lea, grande prêtresse d’un culte voué aux léopards. Ce sont les membres de cette secte qui sont responsables de l’attaque de la caravane. Alors qu’elle a envoyé Kimba espionner Tarzan, Lea prépare une grande offensive aux côtés d’Ameer Lazar, un médecin qui veut éradiquer la domination occidentale sur la région…

Un super-vilain anticolonialiste

L’entrée en matière du film met d’emblée à mal notre suspension d’incrédulité. Il est en effet difficile de voir Tarzan, Jane et Boy se balader tranquillement en peaux de bêtes, au beau milieu du marché d’une ville moyen-orientale, sans esquisser un sourire incrédule. Tandis que les incontournables singeries de Cheeta sont ici liées au vol de la flûte d’un charmeur de serpent, le caractère « pulp » qui nimbait les meilleures scènes de Tarzan et les Amazones ressurgit ici lors des séquences de cérémonies du culte de la panthère. Nous y voyons Acquanetta brandissant son sceptre en forme de griffe, aux côtés d’une grande statue de félin, face à une assemblée de fidèles torse-nu lancés dans une étrange chorégraphie. Manifestement, Kurt Neumann – déjà réalisateur du film précédent – a une véritable affinité avec cette imagerie de péplum fantastique à mi-chemin entre la bande-dessinée et le serial. Cela dit, les discours enflammés de l’homme qui préside cette secte aux côtés de Lea nous laissent une impression étrange. Si les expressions faciales et les intonations de cet orateur dictatorial ne sont pas sans évoquer les mimiques d’Hitler, le fond de son argumentation – lutter contre le colonialisme et stopper l’emprise de l’Occident sur les peuplades locales – nous semble motivé par des intentions fort compréhensibles. Mais Tarzan et la femme léopard se garde bien de développer le moindre message politique, son objectif restant avant tout le divertissement exotique. D’où ces nombreuses scènes épiques, notamment la traque dans la jungle pour sauver les demoiselles en détresse, le positionnement de Boy comme un vrai guerrier enfin digne de Tarzan ou encore ce beau final spectaculaire à souhait.

 

© Gilles Penso

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BLOOD BITCH BABY (2025)

La sanglante Elizabeth Bathory piège une jeune femme pour l’obliger à enfanter la progéniture du diable…

BLOOD BITCH BABY

 

2025 – USA

 

Réalisé par Donald Farmer

 

Avec Jessa Jupiter Flux, Angel Nichole Bradford, Mel Heflin, Joe Casterline, Claude D. Miles, Jessie Youngs, Fallon Vendette, Madilyn Paige, Ronnie George

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Il est difficile de ne pas être fasciné par la longévité presque insolente de la carrière de Donald Farmer. Actif depuis le début des années 70, ce cinéaste originaire du Kansas continue, de nombreuses décennies après ses premiers tours de manivelle, à tourner à un rythme effréné, enchaînant plusieurs productions par an avec une régularité qui force autant le respect que la curiosité. Farmer s’est aventuré dans à peu près tous les recoins du cinéma d’horreur, du plus trivial au plus absurde. Ancien journaliste dans le Tennessee, fondateur du fanzine Splatter Times, il s’est progressivement imposé comme une figure culte de l’underground américain, signant près d’une cinquantaine de films aux titres aussi évocateurs que Cannibal Hookers, Chainsaw Cheerleaders, Shark Exorcist ou Catnado. Blood Bitch Baby ne déroge évidemment pas à la règle. D’une durée inférieure à 70 minutes, le film aligne tous les marqueurs attendus de son cinéma : hémoglobine généreuse, nudité gratuite et intrigue réduite à sa plus simple expression. Farmer applique cette formule avec une fidélité presque artisanale, comme s’il s’adressait avant tout à un cercle de fidèles parfaitement conscients de ce qu’ils viennent chercher.

Annoncé comme une relecture à très petit budget de l’histoire de la comtesse Elizabeth Báthory, Blood Bitch Baby s’en éloigne pourtant très rapidement. Exit la figure historique de la noble hongroise accusée de bains de sang, puisque le film de Farmer bifurque vers un récit confus de satanisme et d’invocations démoniaques. Maltraitée par un petit-ami abusif et violent, Jenny (Angel Nichole Bradford) a désespérément besoin d’un boulot. Elle postule alors au premier job qui se présente, suite à une annonce passée par une certaine Elizabeth Bathory (Jessa Jupiter Flux). Celle-ci est à la recherche de quelqu’un pour s’occuper de sa sœur Suzan, handicapée mentale. Jenny accepte la mission, mais lorsqu’elle voit la sœur en question, qui grogne comme une bête en dévorant de la viande crue, elle se ravise. Or tout ceci n’est qu’un prétexte pour que Bathory livre Jenny aux appétits d’un démon, afin qu’elle puisse porter la progéniture du diable. Un professeur spécialisé en parapsychologie tente alors d’intervenir pour contrecarrer cette machination démoniaque…

Démons au rabais

S’il trahit immédiatement son cruel manque de moyens, Blood Bitch Baby s’ouvre sur une séquence onirique plutôt réussie, plongée dans une esthétique érotico-horrifico-chic évocatrice des univers de Chris Alexander et Lamberto Bava. Hélas, les choses se gâtent ensuite très rapidement. Il ne faut en effet que quelques minutes pour que l’amateurisme de l’entreprise nous saute aux yeux… et aux oreilles : mouvements de caméra maladroits, mise au point approximative, lumières surexposées très peu flatteuses, décors minimalistes, prise de son défectueuse, montage plein de faux raccords, musique synthétique minimaliste, jeu d’acteur pas du tout convaincant. Bref, difficile d’adhérer à cette histoire rocambolesque dans de telles conditions. Bathory elle-même, avec son look gothique, son collier en forme de chauve-souris et ses fausses dents pointues qui surgissent de temps en temps de sa grande bouche, déclenche plus de rires que de frissons. Les effets gore du film sont à l’avenant : exagérés, cartoonesques, grotesques, extrêmement maladroits. Tout ceci passerait si le film était à appréhender au second degré, comme un délire potache façon Troma. Mais Blood Bitch Baby nous semble la plupart du temps se prendre très au sérieux. Seule véritable distraction du film : le petit démon reptilien qui pointe de temps en temps le bout de son museau – une marionnette en latex retrouvant efficacement le charme des effets spéciaux old school des années 80. Mais cette sympathique bestiole ne suffit pas à maintenir notre intérêt en éveil. De fait, malgré sa courte durée, Blood Bitch Baby nous ennuie et nous exaspère bien plus qu’il ne nous distrait.

 

© Gilles Penso

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KALÉIDOSCOPE (2016)

Un homme timide et discret accepte un rendez-vous avec une femme extravertie, mais elle disparaît bientôt sans laisser de trace…

KALEIDOSCOPE

 

2016 – GB

 

Réalisé par Rupert Jones

 

Avec Toby Jones, Anne Reid, Sinead Matthews, Tim Newton, Clare Perkins, Joseph Kloska, Andy Williams, Deborah Findlay, Karl Johnson, Cecilia Noble

 

THEMA TUEURS

Kaléidoscope est le premier long-métrage de Rupert Jones, qui démarra sa carrière avec plusieurs courts, des épisodes de séries TV, des clips et des programmes musicaux. Pour son passage au format long, il se pare d’un atout de poids : son frère Toby Jones, que le grand public connaît notamment grâce à ses rôles dans Captain America : First Avenger, Truman Capote ou la série Sherlock. Fils du vétéran Freddie Jones (un excellent acteur anglais qu’on a pu voir dans des films aussi variés qu’Elephant Man, Firefox, Krull ou Dune), Rupert et Toby se lancent donc côte à côte dans cette aventure aux allures de cauchemar éveillé. Plutôt porté sur la comédie, le réalisateur s’étonne lui-même du sujet de Kaléidoscope. « Je ne suis jamais vraiment sûr de l’origine de l’idée », raconte-t-il. « Il y en avait deux qui me sont venues à l’esprit, trop ambitieuses pour un premier film. L’une d’elles me trottait dans la tête de manière insistante : celle d’un homme qui se réveille et découvre un cadavre dans la salle de bain, sans savoir d’où il vient. Je pense que le moment où la mère apparaît en détective privé un peu folle est celui où le film a commencé à prendre forme. » (1) Et pour incarner cette mère, Rupert Jones choisit Anne Reid, une autre grande figure de la fiction britannique apparue dans une tonne de séries TV depuis la fin des années 50.

Ici, Toby Jones incarne Carl, un homme solitaire et introverti qui vient tout juste de retrouver la liberté après des années d’incarcération. Installé dans un appartement anonyme au cœur d’une tour HLM, il tente maladroitement de reprendre pied dans une vie normale. Jardinier discret, il mène une existence monotone, jusqu’au jour où il accepte un rendez-vous avec Abby (Sinead Matthews), abordée sur un site de rencontres. Encouragé par sa voisine (Clare Perkins), qui l’aide à se préparer pour l’occasion et lui prête même l’une des chemises hawaïennes criardes de son défunt mari, Carl accueille chez lui cette jeune femme à la personnalité libre et imprévisible. La soirée débute sous les meilleurs auspices, Abby cherchant à le sortir de sa réserve. Mais au matin, Carl se réveille sans le moindre souvenir de la nuit… et Abby a disparu. Bientôt, la police se met à enquêter dans le quartier sur le meurtre atroce d’une jeune femme retrouvée démembrée. Incapable de reconstituer les événements, Carl doute de lui-même autant que de sa propre innocence. Alors qu’il tente désespérément de recoller les fragments de sa mémoire, sa mère, Aileen, avec qui il avait coupé les ponts, s’impose à nouveau dans sa vie…

L’homme sans mémoire

A l’image du titre, le scénario de Kaléidoscope est un patchwork dans lequel il n’est pas simple de remettre en ordre les événements ni de départager la réalité de l’illusion. Le cinéaste joue d’ailleurs habilement avec les motifs symétriques, en filmant notamment avec beaucoup d’esthétisme la cage d’escalier vertigineuse de cet HLM dont les fenêtres minuscules s’étendent à perte de vue. Pour renforcer l’ambiance anxiogène du film, le directeur de la photographie Philipp Blaubach (Hush) compose des cadres oppressants qui s’apparentent presque à des prisons se resserrant sur Carl, tandis que le compositeur Albert Zabel joue avec les harpes et les sonorités bourdonnantes, tout en payant son tribut à certaines des partitions de Bernard Herrmann. Car Kaléidoscope n’est pas sans évoquer le cinéma d’Alfred Hitchcock, notamment les névroses obsessionnelles de Sueurs froides. Comme toujours, Toby Jones excelle dans le rôle de cet homme tourmenté chez qui une violence contenue semble susceptible d’exploser à tout moment. Mais tous ces atouts n’empêchent pas le film de se traîner pesamment. Le rythme s’y étiole en effet jusqu’à un final en forme de coup de théâtre qui s’efforce maladroitement de donner du sens à cette intrigue à tiroirs. La sensation de vacuité provoqué par le film ne retire rien à ses qualités formelles mais nous donne le sentiment d’une belle occasion manquée.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur le site Movies on Weekends en novembre 2017

 

© Gilles Penso

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