LE CERVEAU INFERNAL (1957)

Robby le robot est de retour dans un film qui n’a rien à voir avec Planète interdite, dont les héros sont un petit garçon surdoué et un super-ordinateur très inquiétant…

THE INVISIBLE BOY

 

1957 – USA

 

Réalisé par Herman Hoffmann

 

Avec Richard Eyer, Diane Brewster, Philip Abbott, Harold J. Stone, Robert H. Harris, Dennis McCarthy, Alexander Lockwood, John O’Malley, Gage Clarke

 

THEMA ROBOTS

Le Cerveau infernal est une curiosité dont la popularité est due principalement au fait qu’il s’agisse du second long-métrage donnant la vedette à Robby le Robot, un an après Planète interdite. La fabrication de cette légendaire créature mécanique avait tant coûté à la MGM qu’il fallait trouver un moyen de rentabiliser l’investissement. D’où cette petite fable de science-fiction mise en scène par Herman Hoffmann (qui allait par la suite se spécialiser dans la réalisation d’épisodes de séries télévisées jusqu’à la fin des années 70). Le prétexte scénaristique qui permet à Robby d’intervenir en plein vingtième siècle, alors que le film précédent se déroulait dans un lointain futur, est plutôt évasif. Un scientifique aurait en effet conçu une machine à voyager dans le temps et en aurait ramené le fameux robot. Désormais, ce dernier gît en pièces détachées dans la remise d’un laboratoire, en attendant que quelqu’un veuille bien le remettre sur pied. Mais pour l’heure, tous les scientifiques sont concentrés sur le « Super Cerveau », un impressionnant et gigantesque ordinateur conçu par le professeur Merrinoe (Philip Abbott), qui occupe à lui seul une pièce entière, avec un grand clavier, des façades pleines de lumières qui clignotent et un grand dôme qui évoque la tête de Robby.

Face à l’échec scolaire de son fils Timmie (Richard Eyer), Merrinoe le soumet à sa géniale machine pour améliorer son intelligence. Du coup, après deux heures de traitement, Timmie se mue en petit surdoué. Il répare donc Robby et demande à ce dernier de le rendre invisible en modifiant son indice de réfraction, histoire de pouvoir accumuler les blagues impunément. L’épisode de l’invisibilité étant très anecdotique, on s’étonne que le titre original repose entièrement dessus. Une fois n’est pas coutume, on trouvera le titre français plus justifié, car c’est bien d’un cerveau infernal qu’il s’agit. En effet, peu à peu avide de pouvoir et de domination, l’ordinateur fomente de terribles plans pour devenir maître du monde. Il manipule ainsi Robby, ce qui nous vaut une spectaculaire séquence d’affrontement entre le robot et l’armée, puis fait enlever Timmie, l’envoie dans l’espace, menace de le tuer et envisage même d’éradiquer toute vie humaine de la surface de la Terre.

Le garçon invisible

Le Cerveau infernal s’inscrit ainsi en précurseur du fameux Cerveau d’acier de Joseph Sargent, mais à force d’hésiter sans cesse entre deux publics (les enfants avec les farces multiples de Timmie et les adultes avec l’inquiétante révolte de la machine), il gâche un peu ses bonnes idées et déroule son intrigue hybride de manière fort erratique. Le film ne marquera donc guère les mémoires, malgré de belles séquences d’action avec Robby, des effets spéciaux inventifs et l’un des ordinateurs les plus inquiétants de l’histoire du cinéma. Pour l’anecdote, Richard Eyer incarnera l’année suivante un autre petit garçon capable de devenir invisible, en l’occurrence le fameux génie du 7ème voyage de Sinbad. Honnête succès au box-office, Le Cerveau d’acier aura permis au studio de rentrer confortablement dans ses frais. Depuis, le film d’Herman Hoffmann se retrouve souvent présenté comme un « bonus » dans certaines éditions de Planète interdite commercialisées en DVD ou en Blu-Ray.

 

© Gilles Penso


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AEROBIC KILLER (1987)

Les membres d’un club de fitness californien sont sauvagement assassinés par un tueur en série… Mais que fait la police ?

KILLER WORKOUT / AEROBICIDE

 

1987 – USA

 

Réalisé par David A. Priori

 

Avec Marcia Karr, David Campbell, Fritz Matthews, Ted Prior, Teresa Van der Woude, Richard Bravo, Dianne Copeland, Laurel Mock, Lynn Meighan

 

THEMA TUEURS

Des nanars comme ça, on n’en fera plus et c’est bien dommage ! En même temps, un film qui s’appelle Aerobic Killer ne pouvait s’inscrire que dans les années 80, période singulière où Jane Fonda commercialisait ses cassettes vidéo de cours de fitness et où Véronique et Davina poussaient les téléspectateurs français à s’agiter devant leur téléviseur aux accents mythiques de « Gym Tonic ». C’est David Winters, réalisateur d’un Docteur Jekyll et Mister Hyde avec Kirk Douglas et des Frénétiques avec Caroline Munro, qui initie le film. Son idée : profiter de la popularité encore vivace des slashers et du succès aux quatre coins du monde de la gymnastique rythmique. D’où Aerobicide (le premier titre envisagé) qui devient finalement Killer Workout (et donc Aerobic Killer chez nous). Winters souhaite produire le film et propose à David Prior (Sledgehammer, Killzone) de l’écrire et de le mettre en scène, sachant que le budget sera très modeste. Prior écrit donc le scénario en six jours, engage son frère Ted dans l’un des rôles principaux et tourne pendant trois semaines dans un vrai club de sport que l’équipe du film loue chaque soir après la fermeture.

Une bande originale électronique outrageusement eighties, composée par Todd Hayden et visiblement sous influence des travaux de John Carpenter, ouvre les hostilités. Valerie (Marcia Karr), une jeune mannequin, reçoit un coup de téléphone lui promettant un contrat à Paris à condition que sa peau soit bronzée. Elle part illico faire des UV et meurt brûlée dans la machine. Nous découvrons alors sa sœur jumelle Rhonda (Marcia Karr toujours), à la tête d’un club de fitness de Los Angeles. Alors que les séances de sport s’enchaînent et que la bande son se sature de mauvaises chansons électo-pop, la panique s’invite dans les lieux. Un tueur caché dans l’ombre massacre en effet les membres du club et laisse derrière lui une cohorte de cadavres sanglants. Rhonda ne sait bientôt plus où donner de la tête tandis que le taciturne inspecteur Morgan (David Campbell) mène l’enquête sans une once d’efficacité, puisque les meurtres se poursuivent sans discontinuer…

Crime Tonic

L’ambition principale d’Aerobic Killer semble être d’exhiber des jeunes femmes dans des tenues en spandex très moulantes tout en laissant la caméra s’attarder sur leur anatomie au cours des innombrables séances de gymnastique qui scandent le métrage. De temps en temps, si une scène de vestiaires le permet, quelques gros plans sur les poitrines dénudées s’intercalent aussi dans le montage. Voilà donc le rôle majeur qu’accorde le film aux personnages féminins, celui de potiches sexy aux brushings impensables. Les hommes ne sont pas beaucoup mieux lotis. On ne saurait dire d’ailleurs quel est le plus mauvais des acteurs : le flic inexpressif qui met ses mains partout sur les scènes de crime en fronçant des sourcils sévèrement, le gros bras libidineux qui traîne dans la salle de sports pour regarder les filles d’un œil concupiscant ou l’autre gros bras (blond celui-ci, puisqu’il est gentil) toujours prêt à castagner son prochain pour sauver l’honneur de ces dames. Mal filmé, mal monté, mal écrit, extrêmement mal joué, Aerobic Killer est presque un cas d’école. Pour que le film reste ridicule jusqu’au bout, l’arme de prédilection du tueur est… une épingle à nourrice ! Les amateurs de nanars sont bien sûr aux anges face à un spectacle aussi invraisemblable. Les autres en revanche ont tout intérêt à passer leur chemin…

 

© Gilles Penso


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INSOMNIES (2000)

Suite à la disparition inexpliquée de sa femme, un homme ne trouve plus le sommeil et commence à être frappé par des hallucinations…

CHASING SLEEP

 

2000 – USA / CANADA / FRANCE

 

Réalisé par Michael Walker

 

Avec Jeff Daniels, Emily Bergl, Gil Bellows, Zach Grenier, Julian McMahon, Ben Shenkman, Molly Price, Patrick Moug

 

THEMA RÊVES

A mi-chemin entre L’Échelle de Jacob, Shining et Lost Highway, Insomnies est un voyage intérieur éprouvant au cours duquel la mise en scène virtuose de Michael Walker préfère aux effets choc la construction d’une atmosphère pesante et malsaine. Jeff Daniels, prodigieux, y incarne Ed Saxon, un professeur de littérature, poète à ses heures, qui se réveille un matin pour découvrir que sa femme Eve a disparu. Après avoir alerté sa meilleure amie puis l’hôpital et enfin la police, Ed se met à tourner en rond dans son appartement. L’endroit est quelque peu sinistre, car des problèmes de plomberie laissent l’eau s’infiltrer partout. Le plafond suite, les murs se couvrent d’auréoles, la baignoire se bouche. Quant à la cave, elle s’inonde peu à peu. Mais le problème le plus grave est l’incapacité pour Ed de trouver le sommeil. Errant dans un état de plus en plus souffreteux, il attend en vain des nouvelles de sa femme et commence lentement à perdre pied, bientôt incapable de différencier la réalité du rêve.

Ainsi, cette cohorte de personnages qui défilent dans son appartement est-elle réelle, ou le fruit de son imagination ? Il y a d’abord ce policier enquêtant sur la disparition (Gil Bellows, l’un des héros d’Ally McBeal), puis cette jeune étudiante secrètement amoureuse d’Ed (Emily Bergl, rôle-titre de Carrie 2), ce médecin étrange qui lui prescrit des somnifères extrêmement puissants (Zach Grenier, dont on a pu voir la trogne impayable dans Fight Club), ce professeur de sport qui aurait eu une relation avec Eve (Julian MacMahon, futur protagoniste de la série Nip/Tuck et Docteur Doom des Quatre Fantastiques)… Et puis il y a ces visions franchement terrifiantes, stigmatisant la culpabilité et les peurs d’Ed : le piano qui joue seul, le sang qui emplit la baignoire, un doigt de femme coupé qui rampe sur le plancher, un bébé disproportionné qui geint…

Aux portes de la folie

Plus d’une fois, l’univers de David Lynch vient à l’esprit au fil de ce film déroutant. Pour autant, Michael Walker, dont c’est le premier scénario et la première mise en scène après une poignée de courts-métrages, parvient à imposer son propre style, brisant avec subtilité les frontières entre le tangible et l’irréel (l’eau qui coule partout dans l’appartement se mue progressivement en sang) et accentuant progressivement la claustrophobie de son infortuné protagoniste (via des décors aux plafonds trop bas et des contre-plongées étouffantes). De toute évidence, cet appartement en décrépitude semble être la métaphore de l’état mental en plein déclin de son occupant. Inquiétant et déstabilisant, Insomnies laisse beaucoup de questions en suspens, mais les indices disséminés tout au long du récit permettent peu à peu de reconstituer le fil des événements tragiques qui conduisent l’insomniaque Ed sur la pente inexorable de la folie et de l’épouvante. Malgré ses nombreuses qualités, Insomnies a souffert d’une distribution chaotique aux Etats-Unis qui le fit atterrir directement dans les bacs vidéo après une année de tournées des festivals, y compris dans celui du cinéma fantastique de Gérardmer où il remporta le Grand Prix en 2001.

 

© Gilles Penso


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FROGS (1972)

Dans un marais d’une île du sud des États-Unis, des produits toxiques ont transformé toute la faune en animaux agressifs et mortels…

FROGS

 

1972 – USA

 

Réalisé par George McCowan

 

Avec Ray Milland, Sam Elliott, Joan Van Ark, Adam Roarke, Judy Pace, Lynn Borden, Mae Mercer, David Gilliam

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES

À la longue liste des animaux agressifs du cinéma fantastique, le téléaste George McCowan a cru bon d’ajouter les grenouilles, ce qui n’est pas une idée plus mauvaise qu’une autre. Sauf que dans ce Frogs au titre quelque peu usurpé, les batraciens se contentent de faire de la figuration, laissant d’autres espèces attaquer les humains, notamment bon nombre de reptiles. Tout commence lorsque le photographe Pikcett Smith (Sam Elliott en début de carrière), en plein reportage dans les marais d’une île du Sud, est renversé par un hors-bord lancé à vive allure. Les responsables de l’accident, Karen et Clint Crockett (Joan Van Ark et Adam Roarke), se confondent en excuses et l’hébergent dans la luxueuse résidence de leur grand-père, un tyrannique patriarche interprété par un Ray Milland délicieusement acariâtre qui constitue le seul véritable intérêt du film. Celui-ci a réuni sa famille pour célébrer en grandes pompes son anniversaire, comme tous les ans.

Petit problème : à force de pulvériser les marécages de produits toxiques pour se débarrasser des grenouilles envahissantes, tous les animaux sont devenus dangereusement belliqueux. D’où une série d’attaques grotesquement mises en scène où les membres de la famille Crockett meurent un à un sitôt qu’ils se retrouvent isolés quelque part. Un homme est recouvert d’une vague toile d’araignée et assailli par des tarentules en plastique, un autre est asphyxié dans une serre à cause de bocaux de poison renversés par des lézards, une femme est envahie par des sangsues puis mordue par un serpent, une autre est carrément prise d’assaut par une grosse tortue, tandis qu’un crocodile s’en prend à un des hommes de la famille et lutte avec lui comme dans un vieux Tarzan… Le tout sur une bande son saturée de coassements et affublée d’une musique synthétique assez insupportable signée Les Baxter.

La fête à la grenouille

Il y avait quelques intentions louables dans ce Frogs, notamment une salve anti-pollution et une diatribe contre l’esclavage, mais elles sont rapidement noyées dans l’indigence du scénario, des dialogues et de la mise en scène. Personne, ni les comédiens, ni le réalisateur, ne semble croire une seconde à cette histoire d’animaux révoltés contre les hommes. Du coup, le film tombe à plat, et le spectateur qui espérait un climax en forme d’agression de hordes de grenouilles carnivores (ce que laissait imaginer l’affiche du film) en est pour ses frais. À la place, il a droit à une pathétique scène finale (attention spoilers, lisez la suite à vos risques et périls !) où Ray Milland, seul dans sa grande maison, tombe de son fauteuil roulant tandis qu’une poignée de batraciens vient gentiment lui sautiller dessus… Bref, pas grand-chose à retirer de ce triste shocker écologique. Curieusement, Frogs fut exploité dans une centaine de salles de cinéma newyorkaises en double programme avec Godzilla contre Hedora.

 

© Gilles Penso


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LA LUNE DE JUPITER (2017)

Un jeune migrant d’origine syrienne qui tente de franchir illégalement la frontière vers la Hongrie se découvre soudain des pouvoirs surnaturels…

JUPITER HOLDJA / JUPITER’S MOON

 

2017 – HONGRIE

 

Réalisé par Kornel Mundruczo

 

Avec Zsombor Jéger, Merab Nonidze, Gyorgy Cserhalmi, Monika Balsai, Majd Asmi, Zsombor Barna, Alexandra Horvath, Szabolcs Bede Fazekas, Akos Birkas

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

En 2014, le cinéaste hongrois Kornel Mundruczo créait l’événement avec White God, une parabole empruntant ses éléments narratifs au cinéma fantastique pour conter la révolte d’un groupe de chiens contre des maîtres jugés trop inhumains. Récipiendaire à l’époque du prix « Un Certain Regard » à Cannes, Mundruczo revient sur la Croisette trois ans plus tard pour présenter en compétition officielle La Lune de Jupiter. S’il rentre cette fois-ci bredouille de Cannes, le film n’y laisse personne indifférent. Il sera plus tard primé à Sitges (Prix du meilleur film) et à L’Étrange Festival (Grand Prix Nouveau Genre). Une fois de plus, le réalisateur inscrit le genre fantastique dans un contexte social réel et âpre. Il est d’ailleurs tout à fait probable que son scénario ait été en grande partie inspiré par la politique ultra-conservative de Viktor Orbán, premier ministre de Hongrie depuis 1998 dont les prises de positions et les décisions sont loin de faire l’unanimité, surtout en termes de censure, de cotisations sociales et d’immigration.

Lorsque le film commence, Aryan Dashi (Zsombor Jéger) tente avec de nombreux autres migrants syriens de franchir la frontière vers la Hongrie. Dans la panique, Aryan et son père perdent leurs papiers et sont séparés lorsque le groupe est découvert par une unité de gardes-frontières et que le chaos s’ensuit. Le jeune homme est abattu froidement de plusieurs balles par un officier de police. Or au lieu de mourir, il se découvre des pouvoirs de lévitation. En fuite, Aryan fait la rencontre de Gabor Stern (Merab Ninidze), un médecin sans scrupule qui n’a plus le droit de travailler à l’hôpital après une erreur médicale due à son état d’ébriété. Gabor travaille désormais dans un camp de réfugiés en extorquant de l’argent contre des services, avec la complicité de sa petite amie Vera (Monika Balsai). Gabor va tenter d’exploiter les pouvoirs d’Aryan en lui promettant de remplacer son passeport et ses papiers d’identité en échange d’une somme considérable. Pour gagner sa liberté, le jeune homme doit donc accomplir « des miracles »…

L’homme qui faisait des miracles

La Lune de Jupiter fait preuve d’une virtuosité de mise en scène étourdissante qui rappelle par bien des aspects celle d’Alfonso Cuaron. Les plans-séquence s’accrochent aux personnages pour ne plus les lâcher, les prises de vues acrobatiques donnent souvent l’impression que la caméra est en apesanteur, les effets visuels prodigieux sont servis par une réalisation qui donne le vertige. Le prologue évoque même Il faut sauver le soldat Ryan, dans sa brutalité réaliste mais aussi dans l’implacable agilité de sa mise en scène. D’un point de vue formel, nous avons donc affaire à une œuvre d’exception. Bien sûr, le parallèle christique que développe le scénario écrit par Kata Weber est un peu trop appuyé (Aryan meurt, ressuscite et s’élève dans les airs pour délivrer malgré lui un message d’amour, son père est charpentier, le pardon et la rédemption sont au cœur des enjeux du récit) mais le film parvient à évacuer toute morale judéo-chrétienne trop frontale. Quant au titre symbolique et faussement science-fictionnel, il se réfère au continent européen à travers l’une des lunes de la planète Jupiter.

 

© Gilles Penso


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TERREUR.COM (2002)

Après la cassette vidéo infernale de Ring, place au site internet qui tue ! Une idée un peu absurde qui ne donne rien de très convaincant…

FEARDOTCOM

 

2002 – USA

 

Réalisé par William Malone

 

Avec Stephen Dorff, Natascha McElhone, Stephen Rea, Udo Kier, Amelia Curtis, Jeffrey Combs, Nigel Terry

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

Le succès de Ring ne pouvait laisser Hollywood indifférent, et après les suites et remakes officiels, les imitations ont inévitablement commencé à montrer le bout de leur nez. Terreur.com est sans doute l’un des moins subtils rejetons du film de Hideo Nakata. Le principe est d’une simplicité confondante : reprenons la même histoire, substituons à la cassette vidéo un site Internet et remplaçons la journaliste et son ex-petit ami par une employée du service de l’hygiène et un policier. Point à la ligne. À la décharge de William Malone, le scénario qu’on lui propose comporte beaucoup de maladresse qu’il compte affiner au cours de sessions de réécriture que la production lui promet. « On m’a soumis le scénario, que je n’aimais pas particulièrement, mais j’ai pensé que l’idée en valait la peine », raconte-t-il. « J’ai pensé qu’il était possible d’en faire un film cool et bizarre » (1). Mais le temps de préparation est sensiblement écourté, notamment à cause d’une grève à Hollywood qui menace d’éclater à tout moment et de mettre en péril l’entreprise. « Je me suis donc demandé s’il fallait que je quitte le film, faute de pouvoir le préparer correctement, ou s’il fallait continuer coûte que coûte pour ne pas laisser l’équipe en plan », poursuit Malone (2). C’est la deuxième option qu’il choisit, pour le meilleur… et surtout pour le pire.

Tout commence lorsque Mike Reilly (Stephen Dorff), inspecteur de la police de New York, est appelé sur les lieux d’une mort mystérieuse dans le métro. La victime, Polidori, présente des saignements des yeux et d’autres orifices et, d’après l’expression figée de son visage, semble avoir vu quelque chose d’horrible avant d’être percuté par un train. Terry Huston (Natascha McElhone), chercheuse au ministère de la santé, est également intriguée par cette découverte, en particulier lorsque plusieurs autres victimes se présentent avec des symptômes identiques. L’hypothèse d’un virus ayant été éliminée, Mike et Terry décident de faire équipe pour en savoir plus. À partir de là, la mayonnaise ne prend plus du tout. Car le scénario s’emmêle alors les pinceaux en essayant maladroitement de mélanger deux idées. D’un côté, nous avons cette jeune femme victime d’un tueur fou qui a le pouvoir de propager la mort à travers le site « terreur.com » pour se venger de manière posthume. De l’autre, le film s’intéresse aux agissements actuels du même tueur, en réalité un docteur adepte de la torture et du scalpel, connecté lui aussi au site en question…

Le site maudit

Comme il le fit dans La Maison de l’horreur, Malone s’amuse à truffer son montage de mini-clips accélérés d’images effrayantes et bizarres, mais le résultat escompté n’est pas atteint : Terreur.com ne fait pas peur, à l’exception peut-être de cette séquence éprouvante dans laquelle une victime est attaquée chez elle par une horde d’énormes cafards. Car ceux qui ont le malheur de se connecter au site maudit voient leurs phobies prendre corps et sont hantés par le fantôme d’une petite fille jouant avec un ballon blanc, que le film emprunte sans vergogne à Opération peur de Mario Bava. Bref, ici le recyclage est roi et la surprise n’a pas droit de cité. Ainsi, lorsque l’héroïne retrouve le cadavre de la jeune fille sous les eaux pour briser la malédiction, ou lorsqu’elle comprend que ceux qui se sont connectés au site n’ont plus que 48 heures à vivre parce que la fille en question a été torturée pendant deux jours, le pillage de Ring est tellement explicite qu’il en devient grossier. Restent une mise en scène très soignée et une interprétation plutôt convaincante de Natasha McElhone et Stephen Dorff. Mais c’est un peu maigre pour sauver le film. Terreur.com n’ayant pas eu le succès escompté William Malone aura beaucoup de mal à remettre sur pied un long-métrage par la suite. Il dirigera Parasomnia en 2008 puis mettra fin à sa carrière de réalisateur.

 

(1) et (2) Extraits d’une interview publiée dans « JoBlo » en 2009

 

© Gilles Penso


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ANGOISSES (1979)

Une jeune femme est soudain frappée de visions terrifiantes au cours desquelles un mystérieux agresseur s’attaque à elle…

MIND OVER MURDER

 

1979 – USA

 

Réalisé par Ivan Nagy

 

Avec Deborah Raffin, David Ackroyd, Bruce Davison, Andrew Prine, Christopher Cary, Robert Englund, Penelope Willis, Wayne Heffley, Carl Anderson, Jan Burrell

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

C’est sans doute sous influence des Yeux de Laura Mars, honorable succès de l’année 1978, que le scénariste Robert Carrington écrit Angoisses, un thriller parapsychologique produit directement pour la chaîne américaine CBS. Carrington n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il signa notamment le script du très anxiogène Seule dans la nuit de Terence Young avec Audrey Hepburn, et force est de reconnaître que son récit ne manque pas d’efficacité. La mise en scène d’Angoisses est confiée à Ivan Nagy, un téléaste américain d’origine hongroise en activité depuis 1973 (nous lui devons entre autres quelques épisodes de Chips et Starsky et Hutch) qui ne manque certes pas d’expérience mais n’a jamais montré un style très marqué ni une véritable vision de réalisateur. Du côté du casting, quelques noms sortent du lot. L’infortunée héroïne est incarnée par Deborah Raffin (qui apparaissait dans Meurtres sous contrôle de Larry Cohen et La Sentinelle des maudits de Michael Winner), son petit ami par Bruce Davison (le héros tourmenté de Willard) et les hommes qui mènent l’enquête par David Ackroyd (le justicier cuirassé d’Exo-Man) et ce bon vieux Robert Englund (Freddy Krueger en personne !).

Mannequin et danseuse de profession, Suzy (Deborah Raffin) découvre un beau jour qu’elle est douée de pouvoirs psychiques étonnants. Par la seule force de son esprit, elle arrive à prévoir certains événements et à déplacer des objets. Son ami Jason (Bruce Davison) demeure sceptique, même après le tragique accident d’avion qu’elle lui avait pourtant prédit. Apprenant qu’il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle mais d’un attentat à la bombe, Suzy utilise ses pouvoirs surnaturels pour tenter d’identifier l’auteur du drame. Elle devient aussitôt la cible de l’assassin. Or peu de temps après, un homme mystérieux lui fixe rendez-vous. Comme attirée par des forces irrésistibles, la jeune femme s’y rend. Pendant ce temps, Ben Kushing (David Ackroyd), ingénieur dans l’aviation, mène l’enquête. De son côté, John Povey (Christopher Cary), expert en parapsychologie, cherche à comprendre ce qui arrive à la jeune femme.

Dans l’antre du tueur

La trame d’Angoisse reste relativement classique, ce qui ne l’empêche pas d’être ponctuée de séquences d’épouvante inhabituellement stressantes pour un téléfilm de la fin des années 70. C’est le cas en particulier lorsque le bus dans lequel monte l’héroïne se met soudain à rouler au ralenti en révélant, à travers ses vitres, le visage de l’assassin. Ou lorsque ce dernier remplace le temps d’une vision éprouvante le fiancé de Suzy dans son lit. Nagy parvient à doter ces scènes paranormales d’une atmosphère de panique efficace, même si leur impact s’amenuise à cause de leur effet répétitif à la longue. Le film souffre aussi d’une photographie sans éclat digne d’un soap opera. S’il se révèle très impressionnant dans la peau du tueur chauve, Andrew Prine perd un peu de sa superbe lorsque l’intrigue vire au thriller plus classique, balayant peu à peu son argument fantastique pour plonger la jeune médium dans son antre. Angoisses conserve malgré tout une certaine intensité dramatique et marqua durablement les jeunes téléspectateurs qui le découvrirent à l’époque. Dans la foulée, Ivan Nagy réalisera un Captain America involontairement drôle avec le très inexpressif Reb Brown.

 

© Gilles Penso


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LA PLANÈTE DES SINGES : LE NOUVEAU ROYAUME (2024)

Le réalisateur de la trilogie Le Labyrinthe s’empare de la célèbre saga simiesque et plonge ses héros dans un monde post-apocalyptique en ébullition…

KINGDOM OF THE PLANET OF THE APES

 

2024 – USA

 

Réalisé par Wes Ball

 

Avec Owen Teague, Freya Allan, Kevin Durand, Peter Macon, William H. Macy, Lydia Peckham, Travis Jeffery, Sara Wiseman, Neil Sandilands, Eka Darville

 

THEMA SINGES I SAGA LA PLANÈTE DES SINGES

Tout a commencé par une histoire de souris. Réalisateur des trois volets de la franchise Le Labyrinthe, Wes Ball est en effet en pleins préparatifs d’une adaptation sur grand écran de « La Légende de la Garde », une série de comic books créés par David Petersen et narrant les exploits d’un petit rongeur héroïque dans un monde médiéval fantaisiste anthropomorphique, lorsqu’il apprend la nouvelle : ce projet ne se fera pas, à cause de l’acquisition du studio 20th Century Fox par Disney. Une souris qui annule une autre souris, en quelque sorte. Cruelle ironie ! Ball et son ami producteur Matt Reeves sont dépités mais souhaitent rester dans la même énergie et développer aussitôt un autre long-métrage. Et s’il s’agissait d’un nouvel opus de La Planète des singes? Reeves ayant réalisé les deux volets précédents et Disney étant preneur d’un quatrième épisode suite au succès du reboot né en 2011, l’idée tombe sous le sens. Mais Wes Ball est intimidé par la trilogie que constituent La Planète des singes : les origines, La Planète des singes : l’affrontement et La Planète des singes : suprématie. Pas question pour lui d’écorner un triptyque qu’il juge parfait. L’idée lui vient alors d’une suite qui se déroulerait non pas dans la directe continuité de l’épisode précédent, mais plusieurs siècles plus tard. Ainsi naît La Planète des singes : le nouveau royaume.

Le film se déroule donc trois siècles après la mort de César. Le monde a bien changé depuis La Planète des singes : suprématie. Désormais, les primates vivent par clans répartis un peu partout dans le monde et l’espèce humaine semble avoir presque disparu. Réduits à quelques petits groupes privés de paroles et d’intelligence qui vivotent dans les bois, les hommes n’ont plus de rôle à jouer sur cette planète qui a oublié le temps lointain où ils y régnaient. Le protagoniste de cette nouvelle histoire s’appelle Noa (Owen Teague), membre d’un groupe de chimpanzés fauconniers dirigés par son père Koro (Neil Sandilands). Noa se prépare avec ses amis Soona (Lydia Pechma) et Anaya (Travis Jeffery) à un rite de passage à l’âge adulte en ramassant des œufs d’aigle dans la montagne. Mais la cérémonie est bouleversée par le surgissement d’une tribu de singes guerriers qui attaquent le village. Pour sauver la situation, Noa va devoir entamer un voyage initiatique aux côtés de deux compagnons inattendus : l’orang-outan Raka (Peter Macon) et une jeune humaine qui semble se distinguer de ses semblables (Freya Allan)…

Il faut rendre à César ce qui lui appartient

Si l’épilogue de La Planète des singes : suprématie annonçait l’aube d’un nouveau monde, ce quatrième volet nous plonge dans un univers ouvertement post-apocalyptique où la nature a repris ses droits, où les constructions humaines ne sont plus que des vestiges recouverts de végétation sauvage et où d’immenses carcasses de navires rouillés se dressent sur les plages. Imaginé comme un trait d’union entre la trilogie des années 2010 et la pentalogie originale, le film de Wes Ball tient à rendre plusieurs hommages directs au classique de Franklin J. Schaffner, en reprenant certains éléments de décors, en laissant le compositeur Joe Paesano décliner les thèmes originaux et les sonorités tribales de Jerry Goldsmith, mais aussi en réinventant la célèbre séquence de la chasse aux humains par des cavaliers simiesques équipés de filets. La démarche n’est pas du tout celle du fan service mais plutôt de l’imbrication de cet épisode dans un tout cohérent. D’autres allusions émergent, non seulement au Secret de la planète des singes, à La Conquête de la planète des singes et à La Bataille de la planète des singes mais aussi à la série TV La Planète des singes (on pense notamment au fameux épisode « The Trap »). Bourré de séquences d’action époustouflantes et souvent vertigineuses, repoussant plus loin que jamais les possibilités techniques offertes par la « performance capture », offrant à Freya Allan (transfuge de la série The Witcher) un rôle délicieusement ambigu, La Planète des singes : le nouveau royaume aborde au fil de son scénario aux rebondissements multiples le thème de l’appropriation d’une figure messianique (en l’occurrence Cesar) à des fins politiques. C’est sans doute l’un de ses aspects les plus fascinants, s’assortissant d’une absence de manichéisme tranché qui laisse en suspens une question sans réponse : deux espèces intelligentes et dominantes peuvent-elles cohabiter sans heurt sur la même planète ?

 

© Gilles Penso


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LES YEUX DE LAURA MARS (1978)

Faye Dunaway incarne une photographe de mode hantée par les visions prémonitoires de crimes particulièrement brutaux…

EYES OF LAURA MARS

 

1978 – USA

 

Réalisé par Irvin Kershner

 

Avec Faye Dunaway, Tommy Lee Jones, Brad Dourif, Rene Auberjonois, Raul Julia, Frank Adonis, Lisa Taylor, Darlanne Fluegel, Rose Gregorio, Bill Boggs

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

Après avoir fait ses débuts sur grand écran avec Dark Star et Assaut, John Carpenter parvient à intéresser le studio Columbia avec l’un de ses scénarios, baptisé alors Eyes. À la demande du producteur Jon Peters, le script est largement réécrit par David Zelag Goodman (Les Chiens de paille, L’Âge de cristal) et la mise en scène est confiée à Michael Miller (Street Girls). Mais le réalisateur ne parvient pas à s’entendre avec le studio et finit par rendre son tablier, aussitôt remplacé par Irvin Kershner qui vient alors de se distinguer avec La Revanche d’un homme nommé Cheval et Raid sur Entebbe. Pour tenir le rôle principal, toutes sortes d’actrices de premier plan sont envisagées, de Catherine Deneuve à Jane Fonda en passant par Goldie Hawn, Diane Keaton et même Barbra Streisand (à l’époque en couple avec Jon Peters). Si cette dernière n’apparaît pas dans le film, elle prête tout de même sa voix à la chanson « Prisoner » qu’on entend au cours du générique. C’est finalement Faye Dunaway qui hérite du rôle de Laura Mars, une photographe de mode dont les travaux s’inspirent largement de ceux de l’artiste bien réel Christoph Von Wangenheim.

Laura Mars est donc une artiste de renom grâce à ses clichés à scandale alliant la beauté de ses mannequins à demi nus à la violence contemporaine. Lors de l’évènement mondain que représente sa première exposition, tous les convives soulignent son talent sauf John Neville (Tommy Lee Jones), un inspecteur de police qui lui reproche surtout de donner trop d’importance à la représentation de la cruauté. Un jour, Laura Mars est frappée d’hallucinations terrifiantes montrant la mort de ses amis, attaqués à coups de pic à glace par un déséquilibré qui crève les yeux de ses victimes. Or la fiction de Laura rejoint la réalité, ces visions s’avérant prémonitoires. Alors que John Neville mène l’enquête, plusieurs proches de la talentueuse photographe disparaissent les uns après les autres. Il devient vite évident que l’assassin se rapproche inexorablement d’elle. Pour découvrir son identité et sauver sa peau, ses visions seront-elles d’un quelconque secours ?

La mort dans l’objectif

L’idée de départ imaginée par Carpenter est le point le plus fort du film, imité d’ailleurs dans la foulée par des œuvres telles qu’Angoisses d’Ivan Nagy ou Un tueur dans la ville d’Armand Mastroianni. Mais Les Yeux de Laura Mars se traîne un peu au fil de son intrigue policière – qui prend vite le dessus sur l’aspect parapsychologique de l’histoire – et ne parvient pas à éviter les clichés esthétisants inhérents aux années 80. De ce côté-là, force est de constater que l’aspect disco du film n’a pas franchi sans mal le cap des années. La mise en scène de Kershner demeure efficace et ses jeux fréquents sur le regard – appareils photos, caméra vidéo, et surtout miroirs multiples – ont beaucoup de pertinence, sous l’influence manifeste des giallos venus d’Italie. La beauté un peu glaciale de Faye Dunaway se prête à merveille au personnage, son regard pénétrant justifiant à lui seul le titre du film. Le dénouement d’un tel récit se devait d’être inattendu. Il ne l’est qu’à moitié. John Carpenter lui-même reconnaîtra que le scénario n’a plus grand-chose à voir avec ce qu’il avait écrit, la révélation finale ayant notamment complètement été revue et corrigée. Deux mois après Les Yeux de Laura Mars sortira Halloween, beaucoup plus conforme à l’univers de son réalisateur et promis à un véritable triomphe. Irvin Kershner, de son côté, s’en ira mettre en scène L’Empire contre-attaque pour George Lucas.

 

© Gilles Penso


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LE CRÉPUSCULE DES AIGLES (1994)

Que se serait-il passé si les Allemands avaient gagné la seconde guerre mondiale et si Adolf Hitler en était toujours le führer dans les années 60 ?

FATHERLAND

 

1994 – USA

 

Réalisé par Christopher Menaul

 

Avec Rutger Hauer, Miranda Richardson, Peter Vaughan, Michael Kitchen, Jean Marsh, John Woodvine, John Shrapnel, Clive Russell, Clare Higgins

 

THEMA POLITIQUE FICTION

En 1992, le romancier Robert Harris écrit « Fatherland », une uchronie située dans un monde alternatif où les forces de l’axe ont gagné la seconde guerre mondiale et où le parti nazi toujours dirigé par Hitler règne sur l’Europe. Ce récit, qui n’est pas sans évoquer « Le Maître du haut château » de Philip K. Dick, publié en 1962, intéresse tout particulièrement le réalisateur Mike Nichols (Qui a peur de Virginia Woolf ?, Le Lauréat, Working Girl). Persuadé qu’il peut en tirer un long-métrage palpitant, le cinéaste achète les droits d’adaptation pour un million de dollars, avant même la parution du livre aux États-Unis, mais se heurte au refus de tous les grands studios hollywoodiens, sans doute effrayés par un sujet qu’ils jugent rebutant pour le grand public. Le projet change donc d’envergure pour se muer en téléfilm pour HBO, budgété à 7 millions de dollars. La mise en scène est finalement confiée à Christopher Menaul, sur un scénario de Stanley Weiser et Ron Hutchinson. Entièrement tourné à Prague (à la fois pour des raisons budgétaires et pour profiter de décors naturels évoquant la période de la guerre froide), Le Crépuscule des aigles se situe donc dans des années 1960 fictives où le Débarquement en Normandie a échoué, où l’Allemagne nazie est parvenue à envahir le Royaume-Uni puis le reste de l’Europe et où le Grand Reich se nomme désormais « Germania ».

En 1964, l’Allemagne nazie s’apprête à fêter les 75 ans de son führer. A cette occasion, pour la première fois depuis la guerre, des journalistes américains sont invités à Berlin pour suivre la rencontre historique entre le président américain Joseph Kennedy et Adolf Hitler. Parmi eux se trouve la reporter Charlotte (« Charlie ») Maguire (Miranda Richardson). A peine arrivée à son hôtel, un homme lui remet une enveloppe contenant une photo et une adresse. En se rendant à l’endroit indiqué, elle tombe sur le cadavre d’un ancien haut responsable du troisième Reich. Or le policier SS Xavier March (Rutger Hauer) mène déjà une enquête sur le meurtre d’un autre dignitaire du parti. Ce second macchabée se révèle être Josef Bühler, un responsable du parti nazi à la retraite qui a géré la réinstallation des Juifs dans les territoires allemands d’Europe de l’Est pendant la Seconde Guerre mondiale. March fait alors le rapprochement entre les deux affaires…

Géopolitique-fiction

Traité sur un ton hyperréaliste, cet insolite essai de politique-fiction imagine donc ce qui se serait passé si l’histoire aurait bifurqué à partir de 1945. Particulièrement troublant, Le Crépuscule des aigles souffre cependant d’une réalisation souvent trop distante, la longue expérience télévisée de Christopher Menaul ne l’ayant guère laissé marquer son travail d’une empreinte personnelle ou d’une vraie vision de metteur en scène. Le souci du détail semble ici plus porté sur la cohérence historique que sur la densité psychologique des personnages du film. Appréhendé sur une échelle géopolitique, l’intrigue se tient. Mais à hauteur d’homme, c’est une autre histoire. Au moment de la révélation de l’existence des camps de la mort par exemple, l’une des séquences censément les plus marquantes d’un point de vue émotionnel, la journaliste interprétée par Miranda Richardson ne réagit pas avec l’ébahissement escompté. Il en est de même pour l’interprétation de Rutger Hauer, bien plus « tiède » que ce à quoi son talent nous a habitué. Pour autant, il faut bien avouer que son rôle de gentil officier SS, bon père de famille et mari aimant, se révèle pour le moins déstabilisant, questionnant habilement les notions du bien et du mal.  « Mon roman “Fatherland“ a été transformé en un très mauvais film » affirmera plus tard Robert Harris, manifestement déçu par cette adaptation. « Au moment du tournage, il y avait eu tellement de compromis artistiques – en particulier deux changements fondamentaux dans l’histoire – que le film n’avait plus rien à voir avec le roman. Certains l’apprécient, mais je dois dire que ce n’est pas mon cas » (1). Sans être aussi sévères qu’Harris, reconnaissons que le potentiel d’une telle histoire aurait pu donner lieu à un film plus abouti.

 

(1) Extrait d’une interview parue dans « The Independent » en novembre 2017.

 

© Gilles Penso


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