REVENGE (2017)

Une chasse à l'homme - ou plutôt à la femme - qui se réapproprie les codes du cinéma d'exploitation des années 70

REVENGE

2017 – FRANCE

Réalisé par Coralie Fargeat

Avec Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe, Guillaume Bouchède, Avant Strangel

THEMA TUEURS

Comme son titre l’indique de manière explicite, le premier long-métrage de Coralie Fargeat se réclame du « Rape and Revenge », ce fameux sous-genre du cinéma d’exploitation ayant éclos dans les années 70 pour narrer la vengeance brutale de femmes maltraitées et violentées par les hommes. Un regard nouveau et féminin sur ce motif récurrent du cinéma de genre s’annonçait prometteur. Revenge prend place dans une zone désertique dont la photogénie est transcendée par une mise en image jouant presque la carte du surréalisme et nous évoquant par moments les premiers films de Russel Mulcahy. Riche chef d’entreprise doublé d’un père de famille attentionné, Richard (Kevin Janssens) s’offre une fois par an une escapade avec ses amis Stan (Vincent Colombe) et Dimitri (Guillaume Bouchède). Au programme : partie de chasse dans les canyons, soirées arrosées et – petite nouveauté cette année – partie de jambes en l’air avec une jolie lolita prénommée Jennifer (Matilda Lutz) qui rêve de faire carrière à Hollywood. Mais la belle ingénue se déhanche sans doute un peu trop sensuellement un soir de beuverie et émoustille les sens de Stan qui, n’en pouvant plus, profite d’une absence de Richard pour abuser d’elle. A partir de là, les événements dégénèrent jusqu’à se muer en chasse à l’homme sanglante et impitoyable. 

Force est de constater que l’esthétique du film, si soignée soit-elle, n’est qu’une jolie coquille désespérément vide. Pour pouvoir traiter un tel sujet, il était indispensable de choisir une tonalité et un point de vue, quels qu’ils soient. En refusant de se positionner, la réalisatrice prête automatiquement le flanc à toutes les critiques et ne parvient jamais à nous convaincre. Comment s’intéresser à la personnalité de cette jeune fille que Coralie Fargeat filme comme un morceau de viande appétissant, avec un voyeurisme et une vulgarité qui n’auraient pas dépareillé chez Michael Bay ? Comment croire une seconde à ce trio d’imbéciles qui cumulent tant de clichés machistes caricaturaux ? Comment accepter que notre héroïne chute de trente mètres dans le vide et s’empale sur un arbre mais survive sans trop d’encombres si le film conserve son imperturbable premier degré ? 

Féministe ou sexiste ?

Les belles idées visuelles abondent et jouent souvent la carte de la métaphore pour mieux illustrer la dégénérescence de la situation (la pomme croquée qui s’abime progressivement, le T-shirt « I Love L.A. » qui brûle) et la mutation de Jennifer (le Phénix, symbole évident de la résurrection, qui s’imprime sur son ventre après une cautérisation improvisée). Mais pour dépasser leur statut de gimmick, il aurait fallu que ces images s’appuient sur un discours clair ou – tout du moins – une définition explicite des motivations de chacun. Car même la riposte est traitée par-dessus la jambe. Jennifer ne se mue jamais vraiment en « ange de la vengeance » puisqu’elle semble guidée par une volonté extérieure sur laquelle elle n’a visiblement aucune prise. Ce n’est une femme forte qu’en apparence. La vêtir comme une sauvageonne et la doter d’un fusil n’y change pas grand-chose. Pire : cette imagerie sexy renforce son objectification. L’implication physique des personnages est certes admirable, le sens de l’image de la réalisatrice indéniable et son traitement de la violence sans concession. Mais sans histoire digne de ce nom, sans personnages solides, à quoi bon ?

 

© Gilles Penso

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THEATRE OF DEATH (1967)

Un joyau méconnu du cinéma d'horreur britannique, avec un Christopher Lee en très grande forme

THEATRE OF DEATH

1967 – GB

Réalisé par Samuel Gallu

Avec Christopher Lee, Julian Glover, Leila Goldoni, Jenny Till, Evelyn Laye, Ivor Dean, Joseph Fürst, Betty Woolfe

THEMA TUEURS

 

Theatre of Death transpose sur grand écran les excès du grand-guignol, qui fleurissait avec succès sur certaines planches parisiennes du début du 20ème siècle. Exhalant une inquiétante beauté ténébreuse, Christopher Lee y incarne Philippe Darvas, un directeur de théâtre étrange, autoritaire et taciturne, qui mène sa troupe d’artistes et de techniciens à la baguette, et s’adonne en secret à de mystérieuses activités. Dans les
coulisses, il espionne son équipe à travers les yeux d’un portrait à son effigie, se confie à son chat, visionne des diapositive de vampires, de démons et de monstres (parmi lesquels l’amateur reconnaîtra une photo du Dr Jekyll et Mr Hyde de Rouben Mamoulian). Tel un fantôme de l’opéra, il hante les lieux jour et nuit, veillant sur ce vénérable théâtre qui lui fut légué par son père. 

Amoureux de Dani Gireaux (Lelia Goldoni), une des artistes engagées par Darvas, le policier Charles Marquis (Julian Glover) ne porte pas spécialement dans son cœur cet étrange dramaturge. Lorsqu’une enquête le mène sur la piste d’un assassin ayant occis puis vidées de leur sang trois victimes féminines, Charles se met à soupçonner le directeur du « théâtre de la mort ». En effet, l’arme utilisée pour s’adonner à ce « vampirisme » moderne ressemble comme deux gouttes d’eau à l’un des couteaux employés sur scène pour les spectacles
de Darvas. Truffé de rebondissements jusqu’à son twist final, Theatre of Death se distingue par une recherche esthétique permanente. Le directeur de la photographie Gilbert Taylor (qui œuvra pour Stanley Kubrick sur Docteur Folamour et Roman Polanski sur Cul de Sac, puis allait signer les images de Frenzy, La Malédiction, La Guerre des Etoiles ou encore le Dracula de John Badham) concocte à l’occasion de magnifiques tableaux en Cinémascope, nimbés d’un Technicolor flamboyant. L’ombre fragmente souvent les visages, ne laissant apparaître que les yeux, la bouche ou la silhouette des personnages, jusqu’à les muer en icônes, voire en abstractions. Et du coup, Theatre of Death démontre une parfaite adéquation entre son sujet et sa mise en forme. L’exubérance et la théâtralité du grand-guignol sortent des planches pour venir contaminer tout l’écran. 

Les excès du grand guignol jaillissent à l'écran

Au diapason, le réalisateur Samuel Gallu, venu de la télévision, apporte un soin tout particulier à la cohérence graphique du film, reconstituant le Paris de la belle époque dans les studios londoniens d’Elstree. Plusieurs jeux d’avant-plan, de composition ou de réorganisation de l’espace suite à des entrées ou des sorties de champ annoncent même bon nombre d’effets de style chers à Steven Spielberg. Il est d’ailleurs permis de se demander si le père d’E.T. ne s’est pas laissé influencer par Theatre of Death, au point d’embaucher l’acteur Julian Glover pour jouer le vilain d’Indiana Jones et la Dernière Croisade. Mais face à la caméra, c’est surtout Christopher Lee qui irradie l’écran. Même lorsqu’il n’occupe pas physiquement l’espace, sa présence est partout palpable, telle une menace énigmatique, à moins qu’il ne faille pas se fier aux apparences… Theatre of Death s’affirme donc comme un joyau du genre. Ce sera pourtant le seul coup d’éclat de Samuel Gallu.

© Gilles Penso

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HIBERNATUS (1969)

Louis de Funès fait face à un jeune homme en hibernation depuis 65 ans qui croit se réveiller en 1905

HIBERNATUS

1969 – FRANCE

Réalisé par Edouard Molinaro

Avec Louis de Funès, Michael Lonsdale, Bernard Alane, Claude Gensac, Olivier de Funès, Claude Piéplu, Paul Préboist

THEMA MEDECINE EN FOLIE

Oscar étant sans conteste l’un des films les plus drôles de Louis de Funès, le producteur Alain Poiré et la Gaumont décident d’en retrouver les ingrédients principaux : Claude Gensac dans le rôle de l’épouse, Edouard Molinaro à la mise en scène (même si c’est initialement Jean Girault qui était envisagé) et une pièce de théâtre populaire comme support du scénario. Il s’agit ici du « Hibernatus » de Jean-Bernard Luc représenté pour la première fois au théâtre de l’Athénée à Paris fin janvier 1957. Dans le nord du Groenland, une expédition franco-danoise découvre le corps d’un homme parfaitement conservé dans la banquise (Bernard Alane). A ses côtés sont retrouvés les débris d’un bateau disparu en mer en 1905. Cet « homme de glace » serait donc prisonnier du grand froid depuis 65 ans. Le professeur chargé de ce cas (l’irrésistible Michael Lonsdale qui excelle dans le registre de l’humour pince sans rire) constate une reprise d’activité cardiaque et en conclut que la glycérine, transportée par le cargo au moment du naufrage, a submergé son corps et favorisé son hibernation. On finit par identifier l’inconnu : il s’agit de Paul Fournier, grand-père d’Edmée de Tartas (Claude Gensac), l’épouse d’Hubert de Tartas (Louis de Funès). 

Toujours parfait sous la défroque des bourgeois mesquins, égoïstes et nerveux, le futur  héros des Aventures de Rabbi Jacob joue donc ici le président d’une société d’emballage qui prépare les fiançailles de son fils Didier (joué par son propre fils Olivier de Funès) avec Evelyne (Eliette Demay), la fille d’un de ses fortunés confrères. Or si Paul Fournier est vivant, il doit reprendre possession de ses biens, ce qui n’arrange pas du tout Hubert. Pour éviter à l’hiberné un choc qui serait fatal à sa santé encore fragile, on reconstitue chez les de Tartas l’atmosphère du Paris de la belle époque, y compris, dans le voisinage immédiat : décors, costumes, véhicules, aucun détail n’est négligé. Du coup Edmée se fait passer pour la mère de Paul et Hubert pour le prétendant de celle-ci. La situation étant posée, la cascade de quiproquos peut s’enchaîner allègrement. 

La fulgurance ultime

On sait que l’atmosphère sur le plateau fut très tendue entre la star et le réalisateur, le scénario n’en finissant pas de se modifier en cours de route à la demande de De Funès, éternel angoissé. Mais rien n’en transparaît à l’écran. Le film est joyeux, enlevé, et ciselé au millimètre selon une mécanique parfaitement huilée. « Mon père n’était pas un clown triste, comme on l’a souvent dit, mais un travailleur compulsif qui était obsédé par la perfection », nous avouait Olivier de Funès. « Il m’avait imposé comme comédien dans beaucoup de ses films, alors que je visais plutôt une carrière de pilote d’avion, ce que j’ai fini par devenir » (1) Ce qui explique sans doute pourquoi De Funès Jr joue sans beaucoup de conviction. La grande scène du film, le moment d’anthologie, la fulgurance ultime est la révélation de toute la vérité à l’hiberné par un Louis De Funès en plein délire, hurlant le prénom de sa femme, esquissant des pas de danse absurdes, sautant et grimaçant comme jamais. Ce moment de folie pure nous rappelle celui – tout aussi excessif – qui servait de climax à Oscar. Dommage que De Funès et Molinaro, face à leur incompatibilité d’humeur, aient cessé leur collaboration après Hibernatus.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2002.

 

© Gilles Penso

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CŒURS PERDUS EN ATLANTIDE (2001)

Scott Hicks signe une adaptation subtile de l'univers de Stephen King, empreinte de nostalgie et de poésie…

HEARTS IN ATLANTIS

2001 – USA

Réalisé par Scott Hicks

Avec Anthony Hopkins, Anton Yelchin, Hope Davis, Mika Boreem, David Morse, Alan Tudyk, Tom Bower, Celia Weston

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I SAGA STEPHEN KING

Le recueil de Stephen King « Cœurs perdus en Atlantide », paru en 1999, est constitué de cinq nouvelles qui s’imbriquent les unes dans les autres. Impossible à adapter tel quel, le livre ne sert que de base au scénario de son adaptation, signée William Goldman, qui s’appuie principalement sur le premier récit, « Crapules de bas étage en manteau jaune », pour structurer sa narration. En apprenant la mort de ses deux amis d’enfance, Bobby Garfield (David Morse) se remémore sa jeunesse. On le retrouve au début des années 60 à l’âge de onze ans sous les traits du tout jeune Anton Yelchin. Un jour, un homme mystérieux nommé Ted Brautigan (Anthony Hopkins) emménage à l’étage chez les Garfield, car la mère de Bobby a besoin d’argent. Contre un dollar par semaine, le jeune garçon accepte de lui faire la lecture. Ted lui demande aussi de veiller à ce que de maléfiques « hommes de l’ombre » ne traînent pas à sa recherche. Un lien de plus en plus fort commence à se créer entre eux, Bobby étant en quête d’une figure masculine après la mort d’un père qu’il n’a quasiment pas connu.

Les séquences de l’enfance de Bobby sont empreintes de nostalgie et égrainent bon nombre d’éléments récurrents de l’univers de Stephen King : la mère sans le sou qui élève seule son fils (un élément puisé dans les souvenirs réels de l’écrivain), les gamins inséparables qui marchent sur la voie de chemin de fer (Stand by Me), la silhouette menaçante des hommes dans le tunnel (Vengeance Diabolique), les grands qui tyrannisent les petits (Ça)… Les pouvoirs télépathiques de Ted (qui prévoit l’avenir et lit dans les pensées) nous rappellent quant à eux Dead Zone, ce que confirme un des dialogues du film. Lorsque Bobby lui demande ce qui se passe lorsqu’il touche les gens, Ted répond en effet : « Je projette une sorte de fenêtre dans l’esprit des gens. C’est perçu comme un don, pour moi c’est un fardeau. » Etant donné que ses pouvoirs sont convoités par le FBI pour lutter contre le communisme, la traque dont il fait l’objet nous évoque aussi Firestarter.

Un récit fantastique nimbé d'autobiographie

Bon nombre de motifs de l’univers de King semblent ainsi s’être donnés rendez-vous dans Cœurs Perdus en Atlantide, rythmé sur une bande originale laissant la part belle aux standards des Platters, de Fats Domino et de Chuck Berry, ceux que King écoutait lorsqu’il avait 14 ans. L’autobiographie nimbe donc ce récit fantastique duquel Scott Hicks a volontairement écarté les éléments les plus science-fictionnels pour se concentrer sur les personnages et leurs émotions. L’une des plus belles répliques est prononcée par Anthony Hopkins, qui explicite le titre mystérieux du film. « Quand on est jeune, on connaît des moments de bonheur intense », dit-il. « On croit vivre dans un endroit magique qui ressemblerait à l’Atlantide. Puis on grandit et notre cœur se brise en deux. » Cœurs perdus en Atlantide est un petit bijou qui ne rencontrera pourtant pas son public au moment de sa sortie. Son échec au box office et les réactions très mitigées de la critique sont d’autant plus regrettables qu’il se redécouvre avec toujours autant de bonheur. Du reste, la mort prématurée du comédien Anton Yelchin nous rend sa prestation encore plus touchante.

 

© Gilles Penso

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CARRIE (2002)

Une adaptation télévisée du classique de Stephen King, plus proche du roman que la version de Brian de Palma

CARRIE

2002 – USA

Réalisé par David Carson

Avec Angela Bettis, Patricia Clarkson, Rena Sofer, Kandyse McClure, Emilie de Ravin, Tobias Mehler, Meghan Black

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I SAGA STEPHEN KING

Avec Shining : les couloirs de la peur, Mick Garris avait prouvé qu’une adaptation cinématographique prestigieuse de l’œuvre de Stephen King n’empêchait pas la mise en chantier d’une autre version destinée au petit écran. Suivant cette voie, David Carson, réalisateur d’épisodes de Star Trek : la Nouvelle Génération, s’attaque à une adaptation très fidèle du roman « Carrie ». Si la trame reste proche de celle du film de Brian de Palma, deux ajouts importants sont à noter. Le premier est la narration en flash-back, s’appuyant sur le témoignage face aux policiers de Sue Snell (Kandyse McClure) et d’autres survivants du massacre. Le second est la pluie de météorites qu’on aperçoit furtivement pendant le générique et qu’on revoit de manière beaucoup plus spectaculaire au moment d’un flash-back racontant un épisode de l’enfance de Carrie. 

La meilleure trouvaille de ce téléfilm reste l’attribution du rôle principal à Angela Bettis, qui se révélait la même année dans le glaçant May de Lucky McKee. Avec une sensibilité à fleur de peau, elle incarne à merveille cette jeune fille inadaptée, asociale, à la limite de la sociopathie, qui s’ouvre peu à peu au monde et révèle pendant la scène du bal une beauté qui reste fragile et timide. Son jeu corporel est étonnant. Ses regards, sa démarche et sa gestuelle la rendent à la fois touchante et inquiétante. Au cours d’une séquence mémorable, elle attend nerveusement son cavalier chez elle, dans sa robe de soirée, en faisant les cent pas pendant que tous le mobilier du salon est en lévitation autour d’elle. Au-delà de l’effet presque comique de cette situation, David Carson utilise intelligemment l’environnement physique de Carrie pour traduire son état mental. 

La performance incroyable d'Angela Bettis

Mais il faut avouer que sa mise en scène n’est pas toujours aussi inspirée et demeure la plupart du temps très académique. Le suspense autour du seau de sang, par exemple, est étiré plus que de raison – avec même une espèce de faux rebondissement qui ne se situe que dans la tête de Carrie. La tension fonctionne au début, mais finit par perdre de son efficacité et de son réalisme, amenuisant du coup l’impact prévu. La catastrophe elle-même est interminable, d’autant que la musique choisie pour cette scène ne fonctionne pas. Dommage, car le reste du temps les expérimentations musicales de Laura Karpman (la série Taken) sont plutôt intéressantes, à contre-courant du travail symphonique de Pino Donaggio chez De Palma. Le casting est la force principale
de cette relecture de « Carrie », et les confrontations entre la jeune fille et sa mère (Patricia Clarkson) sont glaçantes. Le seul bémol, à ce titre, est le personnage de Sue Snell, exagérément détendue et sûre d’elle pendant son interrogatoire. Les événements ne semblent guère l’avoir traumatisée, et son comportement reste assez incompréhensible tout au long du film. C’est notamment vrai au moment de l’épilogue qui part un peu dans tous les sens, multiplie les rebondissements absurdes et détruit tout l’édifice que David Carson s’était efforcé de construire 2h15 durant. Cette version de Carrie reste malgré tout à cent coudées au-dessus du médiocre Carrie 2 de Kate Shea.
 
© Gilles Penso

 

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CHITTY CHITTY BANG BANG (1968)

Une comédie musicale fantasmagorique concoctée par l'auteur et le producteur de la saga James Bond

CHITTY CHITTY BANG BANG

1968 – GB

Réalisé par Ken Hughes

Avec Dick Van Dyke, Sally Ann Howes, Lionel Jeffries, Gert Fröbe, Anna Quayle, Benny Hill, James Robertson Justice

THEMA CONTES

Chitty Chitty Bang Bang : derrière ce titre étrange se cache une voiture incroyable qui roule, vole grâce à des ailes dépliées et des hélices, et navigue même en mer, invention que le professeur Caractacus Potts (Dick Van Dyke, héros de Mary Poppins) vient de mettre au point. Même si elle semble annoncer Un Amour de Coccinelle, cette comédie musicale fantastique n’est pas produite par Walt Disney mais par Albert R. Broccoli, le père de la série des James Bond. Le film est d’ailleurs tiré d’un roman de Ian Fleming, l’écrivain qui donna naissance en 1952 à l’agent 007. Ce n’est pas le seul point commun entre ce conte imaginatif et la saga de l’agent secret britannique. Gert Froebe et Desmond Llewelyn, interprètes respectifs de Goldfinger et de Q, sont ici de la partie, tout comme le talentueux chef décorateur Ken Adam et le génial créateur d’effets spéciaux John Stears. Pour autant, Chitty Chitty Bang Bang n’a pas les allures d’un James Bond pour enfants mais plutôt d’une féerie délicieusement kitsch et colorée, dont certaines séquences, notamment la visite dans une usine de bonbons, évoquent beaucoup Charlie et la chocolaterie. Ce n’est pas tout à fait un hasard, dans la mesure où le romancier Roald Dahl participa à l’écriture du scénario.

Dès son générique, le film de Ken Hugues annonce son budget colossal (estimé à dix millions de dollars, une somme considérable à l’époque). Les trois courses automobiles à travers le monde auxquelles nous assistons, emplies de véhicules hétéroclites, de décors colossaux et d’imposante figuration costumée, ont bien dû coûter à elles seules le prix de deux ou trois longs-métrages de série B. Gagnante de toutes les compétitions, une vénérable voiture de course finit ses jours dans un incendie après avoir raté un virage et sa carcasse échoue chez un ferrailleur. Ce sont les enfants de l’inventeur Potts qui le convainquent d’en faire l’acquisition pour la retaper. Quelques jours plus tard, le véhicule est flambant neuf et la petite famille part se prélasser à la plage, en compagnie de la séduisante Truly Scrumptious (Sally Ann Howes) qui n’est pas insensible au charme excentrique de Caractacus. Celui-ci invente alors une histoire extravagante au cours de laquelle des pirates tentent de s’emparer de la voiture, soudain dotée de la capacité de voguer et de voler. Nos protagonistes se retrouvent ainsi propulsés dans un royaume bulgare où tous les enfants sont contraints de se cacher dans les souterrains de la ville…

Un émerveillement constant

Chitty Chitty Bang Bang est un émerveillement constant, orné d’images follement poétiques servies par de jolis trucages visuels, notamment la voiture qui vole dans le ciel étoilé ou le ballon dirigeable qui survole le château médiéval. Habitués aux films Disney (notamment l’excellent Livre de la jungle sorti un an plus tôt sur les écrans), les compositeurs Richard et Robert Sherman ont concocté pour Chitty Chitty Bang Bang des chansons un peu moins inspirées qu’à leur habitude, malgré un numéro musical extraordinaire digne de Gene Kelly au milieu d’une fête foraine. Succès colossal, le film entra dans la légende et donna naissance sur scène à un spectacle musical très populaire.

 

© Gilles Penso

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LA MOMIE (2017)

Tom Cruise tient la vedette dans cette énième relecture du mythe de la momie qui tente d'initier une nouvelle franchise

THE MUMMY

2017 – USA

Réalisé par Alex Kurtzman

Avec Tom Cruise, Sofia Boutella, Courtney B. Vance, Marwan Kenzari, Russel Crowe, Annabelle Wallis, Jake Johnson

THEMA MOMIES

Le succès inespéré du studio Marvel devait forcément faire des émules. Face à la profusion de films de super-héros inspirés des comics de Stan Lee, les dirigeants du studio Universal décidèrent d’adopter un principe similaire. Après tout, les « Universal Monsters » des années 30 et 40 ne furent-ils pas les pionniers dans l’exercice du crossover et du spin-off ? A cette époque, Dracula, le Monstre de Frankenstein, le Loup-Garou et la Momie s’entrecroisaient régulièrement et partageaient souvent la même affiche. Pourquoi ne pas reproduire ce procédé dans un univers contemporain ? L’idée pouvait se défendre, et Dracula Untold, réalisé en 2014 par Gary Shore, aurait dû inaugurer ce cycle. Mais c’est un faux départ, dans la mesure où le film n’attire pas les foules. Universal tente sa chance une seconde fois avec La Momie, espérant enfin lancer son « Dark Universe ». Malgré ce que laissait imaginer la bande-annonce du film, cette Momie a le mérite de s’éloigner de la version de Stephen Sommers pour tenter d’établir son propre style, du moins dans un premier temps. Mais l’humour poussif, les dialogues idiots et l’absence généralisée de finesse jouent d’emblée en sa défaveur. Tom Cruise y incarne un mercenaire spécialisé dans la chasse aux trésors, un voyou sympathique auquel on ne croit pas beaucoup tant l’archétype l’emporte sur la crédibilité. On se perd d’ailleurs en conjectures sur le choix qui l’a poussé à jouer dans ce film, dans la mesure où Cruise sélectionne habituellement avec beaucoup de minutie chacun de ses rôles. Sans doute espérait-il participer activement à une franchise promise à un grand succès. 

 

Il faut reconnaître que la première heure du métrage enchaîne quelques scènes réussies, notamment l’impressionnante résurrection de la momie. On y sent d’ailleurs l’influence du cinéma d’horreur des années 80. Comment ne pas penser au Loup-Garou de Londres lorsque Tom Cruise est régulièrement hanté par les visites de son ami mort, ou à Lifeforce quand la momie aspire la vie de ses victimes pour les muer en morts-vivants exsangues ? Certes, c’est du gore propre et sans éclaboussures, mais qui s’adonne tout de même à certains excès. Les corps y sont coupés en deux, les têtes tranchées ou écrasées. Mais bien vite, le studio impose de nombreux éléments conçus pour intégrer ce film dans une saga, et La Momie se transforme dès lors en une sorte de pilote maladroit d’une future série enchaînant artificiellement les effets d’annonce. 

Une maladroite imitation du Marvel Cinematic Universe

Sans aucune conviction, Russell Crowe incarne donc le docteur Henry Jekyll, à la tête du centre de recherches ultra-secret Prodigium qui a pour mission d’étudier les monstres et d’annihiler les plus dangereux. Pour flatter les fans et leur donner envie de voir la suite, quelques indices annoncent les futurs films de la saga : un crâne de vampire par ci, une patte de l’étrange créature du lac noir par là… Poussif, embarrassant, La Momie perd alors tout attrait et tombe dans le piège jusqu’alors évité : l’imitation du film homonyme de 1999. Tout y est, de la tempête de sable anthropomorphe à l’armée de momies se dressant contre le héros, jusqu’à un climax absurde qui s’ouvre vers une séquelle que tout le monde attendra avec beaucoup de patience.

 

© Gilles Penso

 

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LA LIGNE VERTE (1999)

Après le coup d'éclat des Évadés, Frank Darabont s'intéresse à un autre roman carcéral de Stephen King…

THE GREEN MILE

1999 – USA

Réalisé par Frank Darabont

Avec Tom Hanks, David Morse, Bonnie Hunt, Michael Clarke Duncan, Harry Dean Stanton

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I SAGA STEPHEN KING

Conçu à l’origine par Stephen King comme un roman-feuilleton dans l’esprit de ceux qu’écrivait Charles Dickens, le récit « La Ligne Verte » paraît chez l’éditeur Librio en six épisodes entre mars et août 1996, avant d’être réédité en un seul volume. Il s’agit d’une charge manifeste contre la peine capitale, racontée à la première personne par un gardien de prison accompagnant les derniers pas des condamnés à mort jusqu’à « la Veuve Courant », autrement dit la chaise électrique. « Quand je repense à tout ça, la Veuve Courant me paraît être le produit d’une telle perversité, l’expression macabre d’une telle folie », dit le narrateur. « Nous sommes fragiles comme du verre soufflé, même dans les meilleures conditions. Se tuer les uns les autres par le gaz ou l’électricité et de sang froid ? La démence ! L’horreur ! » 

Le thème ne pouvait que séduire le cinéaste Frank Darabont, qui avait déjà intégré des réflexions personnelles sur la peine de mort dans son court-métrage The Woman in the Room inspiré de la nouvelle « Chambre 312 ». Il hésite pourtant, de peur de se répéter après avoir déjà abordé l’univers carcéral et l’univers de Stephen King dans Les Evadés, mais il finit par se laisser séduire par le potentiel du roman. D’autant que, contrairement à « Rita Hayworth et la Rédemption de Shawshank », « La Ligne Verte » comporte plusieurs éléments purement fantastiques. Paul Edgecomb (Tom Hanks), pensionnaire centenaire d’une maison de retraite, est hanté par ses souvenirs. Gardien du pénitencier de Cold Mountain en 1935, il était chargé de veiller au bon déroulement des exécutions capitales en s’efforçant d’adoucir les derniers moments des condamnés. Parmi eux se trouve un colosse du nom de John Coffey (Michael Clarke Duncan), accusé du viol et du meurtre de deux fillettes. Intrigué par cet homme candide et timide aux dons magiques, Edgecomb tisse avec lui des liens très forts…

Le colosse au cœur d'enfant

L’interprétation de Michael Clarke Duncan est particulièrement touchante, sa stature déjà impressionnante étant amplifiée par des effets de mise en scène habiles qui lui donnent les allures d’un véritable géant. Ce colosse au pied d’argile et au cœur d’enfant illumine de sa présence un film sans doute trop long, trop instable, trop indécis quant à ses enjeux et ses thématiques. En effet, le surnaturel s’invite artificiellement dans une intrigue par ailleurs très réaliste, et les exactions du gardien sadique interprété par Doug Hutchison semblent juxtaposées à l’histoire sans réellement l’enrichir. C’est la preuve manifeste que les éléments décrits sur papier ne passent pas toujours bien le cap d’une transposition à l’écran sans être fondamentalement réinterprétés. La Ligne Verte est donc un film inégal, témoin des hésitations premières de Darabont lors de la genèse du projet, mais il faut avouer que ce film est servi par un casting de premier ordre et par une mise en scène d’une élégance et d’une sensibilité indiscutables. Du coup, même dans les moments les plus déséquilibrés du film, Darabont et ses comédiens parviennent à faire vibrer notre corde sensible et à nous émouvoir presque miraculeusement.

© Gilles Penso

 

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LA DÉESSE DE FEU (1965)

Une adaptation du roman exotique de H. Rider Haggard produite par le studio Hammer avec Ursula Andress en déesse immortelle

SHE

1965 – GB

Réalisé par Robert Day

Avec Ursula Andress, Peter Cushing, John Richardson, Andre Morell, Rosenda Monteros, Christopher Lee, Bernard Cribbins

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Soucieuse de varier les plaisirs après le succès de ses adaptations de DraculaFrankenstein et consorts, la compagnie britannique Hammer s’est laissée influencer par la vogue des péplums inondant les écrans du monde entier dans les années 60, et inaugura avec La Déesse de Feu une petite série de longs-métrages d’aventures exotico-fantastiques. Le roman qui sert de base au scénario, le fameux « She » de H. Rider Haggard, avait déjà été maintes fois adapté à l’écran, dès Méliès en 1898, mais cette version est la première à bénéficier de la couleur et du format Cinemascope. Ce qui n’empêche guère, hélas, La Déesse de Feu de mettre la pédale douce sur l’aspect spectaculaire et dépaysant du récit, les budgets n’ayant visiblement guère augmenté depuis la période où tous les films de la Hammer étaient tournés dans de modestes studios. 

L’intrigue s’amorce en Palestine, en 1918. Démobilisés par l’armée, Leo Vincey (John Richardson) et Hollis L. Holly (Peter Cushing) échouent en compagnie du valet Job (Bernard Cribbins) dans un cabaret oriental qu’on croirait échappé d’un James Bond. Les fans du grand Peter Cushing pourront ainsi admirer leur idole en train de s’adonner à une danse du ventre effrénée, ce qui n’est pas banal ! Tombant dans un traquenard, Leo est enlevé par des hommes qui le mènent à Ayesha, une splendide jeune femme interprétée par Ursula Andress. Révélée trois ans plus tôt dans l’inoubliable James Bond contre Docteur No, la belle suissesse trouve ici l’un de ses rôles les plus marquants, et s’avère d’ailleurs être l’un des seuls attraits d’un film manquant par ailleurs de fantaisie et d’emphase. 

La flamme de la vie éternelle

Reconnaissant en Leo la réincarnation de l’homme qu’elle aimait jadis, elle lui confie une bague et une carte, et lui demande de traverser le désert pour venir la retrouver dans la cité perdue de Kuma. Séduit et curieux, Leo accepte de se prêter au jeu et se lance dans la périlleuse expédition, en compagnie de ses deux fidèles amis. Parvenant enfin à la cité de Kuma (dont l’entrée est une gigantesque statue, l’une des visions les plus impressionnantes du film, servie par un trucage optique très réussi), les trois Occidentaux découvrent qu’Ayesha est une tyrannique souveraine, régnant sur des esclaves à qui elle impose un régime de terreur, et servie par un fourbe conseiller nommé Billali (l’incontournable Christopher Lee). Âgée de 2000 ans, elle doit son immuable jeunesse à la flamme de la vie éternelle qui permet à ceux qui s’y plongent de connaître les joies de l’immortalité. Malgré les protestations de ses compagnons, Leo accepte de partager le trône d’Ayesha et de se plonger dans la flamme. Le dilemme qui préside à cette décision est probablement l’un des éléments scénaristiques les plus forts du film, poussant les protagonistes à  mesurer les conséquences d’une vie éternelle. Ce questionnement mis à part, La Déesse de Feu reste un spectacle distrayant mais quelque peu anecdotique. L’année suivante, John Richardson partagera l’affiche d’une autre aventure exotique de la Hammer, le fameux Un Million d’Années Avant JC, aux côtés cette fois ci de la belle Raquel Welch.

 

© Gilles Penso

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CARRIE 2 : LA HAINE (1999)

Le classique de Brian de Palma inspiré du premier roman de Stephen King avait-il besoin d'une suite ? Visiblement non…

THE RAGE: CARRIE 2

1999 – USA

Réalisé par Katt Shea

Avec Emily Bergl, Jason London, Amy Irving, J. Smith-Cameron, Dylan Bruno, Zachery Ty Bryan, Chalotte Ayanna, Justin Ulrich

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I SAGA STEPHEN KING

Développée en 1993, l’idée d’une suite de Carrie mit beaucoup de temps à se concrétiser, changeant à plusieurs reprises de scénario et d’équipe pour finalement échouer en 1998 entre les mains de la réalisatrice Katt Shea. Le titre Carrie 2 s’avère un tantinet mensonger dans la mesure où il n’y a aucune Carrie dans le film, si l’on excepte quelques flash-backs empruntés au classique de Brian de Palma dont ce petit slasher mal fagoté constitue une sorte de remake/séquelle tout à fait facultatif. Ici, l’héroïne se prénomme Rachel. Elle se situe un peu en marge par rapport aux jeunes filles de son âge, mais il faut dire qu’elle a de sérieux antécédents : son père s’est enfui alors qu’elle était haute comme trois pommes, sa mère s’est muée en bigote fanatique (comme celle de Carrie) avant d’être internée dans une institution psychiatrique, ses parents adoptifs lui mènent la vie dure, et pour couronner le tout sa meilleure amie se suicide pour un chagrin d’amour mal digéré. Chaque fois que Rachel connaît une émotion trop forte, elle a la capacité de déplacer les objets à distance. Ce phénomène intrigue beaucoup la psychothérapeute du lycée (Amy Irving, seule survivante du casting du film de De Palma), car Rachel lui rappelle beaucoup Carrie, et elle craint que les destins des deux jeunes filles ne se ressemblent. Elle ne croit pas si bien dire, d’autant que, ô surprise, Rachel s’avère être la demi-sœur de Carrie. Toutes deux auraient donc hérité leur pouvoir paranormal du même père.

Voilà une coïncidence bien pratique pour le scénariste  Rafael Moreu (auteur du script de Hackers de Iain Softley). Ce dernier ne se creuse d’ailleurs guère la tête et se contente dès lors de recopier scolairement la structure du film précédent. Les camarades de lycée de Rachel se mettent à la détester et l’invitent à une grande fête pour mieux pouvoir l’humilier, tout en se servant d’un gentil garçon qui, lui, n’est au courant de rien et ne veut que le bien de la jeune fille. Et ce qui devait arriver arrive forcément : Rachel est ridiculisée devant tout le monde (sauf qu’au lieu du traumatisant seau de sang nous avons droit à un banal film vidéo compromettant), et elle se venge en fermant toutes les portes de la grande salle à distance, puis en provoquant un incendie, et enfin en assassinant tout ce beau monde d’un seul regard.

Morts violentes en série

Si l’humiliation de la jeune fille manque singulièrement de panache, les morts violentes s’avèrent pour leur part très explicites : un couple dont les deux crânes sont transpercés ensemble par un tisonnier, des CD qui volent comme des frisbees et égorgent ceux qui se trouvent à leur portée, un garçon émasculé par un harpon, une fille dont les verres des lunettes explosent en lui crevant les yeux… Bref, c’est le défouloir (orchestré par la maquilleuse spéciale Bari Dreiband-Burman), mais l’intensité du film n’augmente pas pour autant. Et même si l’étonnante Emily Bergl tire son épingle du jeu dans le rôle de Rachel, comment oublier la fragilité si émouvante de Sissi Spacek ? Produit pour 20 millions de dollars, Carrie 2 en rapporta à peine 18 et sombra rapidement dans un oubli mérité.

 

© Gilles Penso

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