A L’AUBE DU SIXIEME JOUR (2000)

Arnold Schwarzenegger retourne vers le futur pour lutter contre un double maléfique sous forte influence de Philip K. Dick

THE 6TH DAY

2000 – USA

Réalisé par Roger Spottiswoode

Avec Arnold Schwarzenegger, Robert Duvall, Michael Rooker, Michael Rapaport, Tony Goldwyn, Sarah Wynter, Rodney Rowland

THEMA DOUBLES I FUTUR 

Après avoir cumulé échec sur échec, Arnold Schwarzenegger s’est mis en tête de retrouver les bonnes vieilles recettes qui, jadis, firent son succès. Le voilà donc embarqué dans un thriller futuriste agrémenté de doubles, de complots et de faux-semblants, avec de forts relents de Philip K. Dick en général et de Total Recall en particulier. Certes, Roger Spottiswoode n’est pas Paul Verhoeven (même si son talent est indéniable lorsqu’il s’attelle à des films musclés tels qu’Under Fire ou Demain ne meurt jamais), et A l’Aube du Sixième Jour ne marquera guère les annales de la SF. Mais il faut reconnaître que le scénario de Cormac et Marianne Wibberley, habile, sait ménager les moments palpitants sans s’encombrer de temps morts, glissant de temps en temps quelques clins d’œil à celui de Blade Runner (le test psychologique lié à la tortue dans le désert, l’allusion au serpent cloné). 

Schwarzie y incarne Adam Gibson, un pilote d’hélicoptère du futur, qui survit in extremis à un accident pour découvrir qu’il a été remplacé par un clone auprès de sa famille. Or le clonage humain est illégal. Sur le point de s’opposer à son double, Gibson est pris en chasse par des tueurs à la solde de celui qui l’a cloné. Le voilà bientôt plongé dans le maelström d’une conspiration politique dont les tenants et les aboutissants lui échappent quelque peu… Le futur décrit ici n’est pas révolutionnaire mais regorge d’idées amusantes : animaux clonés, poupées robots, petites amies virtuelles, ordinateurs omniprésents… Hélas, les considérations morales et métaphysiques liées au thème du clonage sont abordées de manière relativement superficielle, comme si l’on craignait que le spectateur n’en ait pas pour son argent.

Variantes ludiques sur le sujet de l'eugénisme

De fait, A l’Aube du Sixième Jour se concentre surtout sur ses poursuites de voitures et d’hélicoptères, ses fusillades et ses explosions à foison. Même les longues séquences de dialogues, comme celle de Gibson avec son collègue de travail, sont filmées comme des scènes d’action. Il faut donc se contenter de variantes ludiques sur le sujet de l’eugénisme, qui voient notamment les chasseurs de prime mourir et ressusciter toutes les cinq minutes, pour peu qu’on les clone à nouveau et qu’on leur injecte la mémoire de leur moi précédent. Une idée scénaristique jubilatoire, certes, mais qui se contente de réutiliser superficiellement l’un des motifs développés dans le roman « Le Canal Ophite » écrit en 1977 par John Varley. Les questionnements éthiques se résument à quelques répliques sans audace, comme lorsque ce bon vieil Arnold déclare solennellement qu’une seule personne a le droit de décider ou non si les clones devraient exister : Dieu. Avec un peu plus d’ambition, ce Sixième Jour aurait presque atteint les sommets vertigineux de son admirable modèle Total Recall. Ses prétentions n’allant pas si loin, il se contente du statut de film d’action et de SF bien troussé, distrayant d’un bout à l’autre et solidement construit, mais condamné à l’oubli quelques heures à peine après son visionnage. Qu’importe : deux heures de divertissement sans faille, ce n’est déjà pas si mal.

 

© Gilles Penso

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PIRATES DES CARAÏBES – LA MALÉDICTION DU BLACK PEARL (2003)

Dans son rôle le plus icônique, Johnny Depp affronte des pirates qu'un sort a transformés en morts-vivants

PIRATES OF THE CARIBBEAN : THE CURSE OF THE BLACK PEARL

2003 – USA

Réalisé par Gore Verbinski 

Avec Johnny Depp, Orlando Bloom, Keira Knightley, Geoffrey Rush, Jack Davenport, Jonathan Pryce, Lee Arenberg

THEMA ZOMBIES I SAGA PIRATES DES CARAÏBES

Après les romans, les BD et les jeux vidéo, Hollywood a trouvé au début des années 2000 une nouvelle source d’inspiration : les parcs à thème. Evidemment, savoir que le scénario de ce film repose sur une des attractions de Disneyland n’incitait pas à priori à l’enthousiasme. Fort heureusement, les pantins animatroniques qui s’animent depuis des décennies dans le parc de Mickey ne sont qu’un prétexte, habilement recyclé par un script fou mixant le film de pirates avec le thème des zombies. Nous sommes au 17ème siècle. Le perfide pirate Barbossa, capitaine du Black Pearl, attaque la ville de Port Royal et enlève la fille du gouverneur, Elizabeth Swann. Will Turner, l’ami d’enfance d’Elizabeth, se lance aux trousses du capitaine aux côtés du flibustier Jack Sparrow. Celui-ci mène une vengeance personnelle, car jadis Barbossa l’a abandonné sur une île des Caraïbes en reprenant la barre du Black Pearl à sa place. Mais une malédiction frappe Barbossa et ses pirates. Lorsque la lune brille, ils se transforment en morts-vivants. Leur terrible sort ne prendra fin que le jour où le fabuleux trésor qu’ils ont amassé sera restitué… 

Le film se pare d’un casting haut de gamme, avec en tête un Johnny Depp qui crève l’écran en pirate déjanté. Sa première apparition donne le ton : debout sur la vigie d’un navire en piteux état, il avance nonchalamment jusqu’à mettre un pied sur le ponton du port, tandis que son bateau s’enfonce sous les flots derrière lui ! A ses côtés, Orlando Bloom, l’inoubliable Legolas du Seigneur des Anneaux, est impeccable en jeune premier sautillant et transi d’amour pour la belle Keira Knightley, qui constitue quant à elle la révélation du film. Sans oublier les prestations savoureuses de Geoffrey Rush (Shine) en chef des pirates et de Jonathan Pryce (Brazil) en père de la belle. Le récit prend d’abord les allures d’une comédie d’aventure traditionnelle, avec pugilats acrobatiques à l’épée, poursuites de navires et séquences d’abordage. Puis soudain, l’histoire bascule dans l’épouvante pure, avec des débordements qui surprennent de la part des studios Disney, d’habitude bien frileux en la matière. 

Affrontement homérique contre les squelettes

Or ici les morts violentes se succèdent, les pirates-zombies sont particulièrement effrayants, et les séquences gore comiques sont même de la partie, comme cette fourchette plantée dans l’œil d’un des morts-vivants, ou ce bras squelettique qui attaque l’un des protagonistes. L’une des plus belles idées visuelles du film est la lumière de la lune qui révèle l’apparence cadavérique des corsaires lorsqu’ils sont éclairés par son faisceau, via de magnifiques trucages visuels qui permettent d’alterner sans cesse comédiens réels et zombies en 3D. Quant à l’affrontement homérique entre les revenants squelettiques et les militaires, il s’agit d’un énième hommage à la séquence finale de Jason et les Argonautes, réalisé avec une fougue admirable par un Gore Verbinski visiblement très inspiré. Dommage que la partition de Klaus Badelt se contente de suivre les sentiers balisés par Hans Zimmer sur The Rock et Gladiator au lieu de mieux s’adapter au souffle épique que générait un tel scénario.

© Gilles Penso

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LES DENTS DE LA MER 3 (1983)

Le directeur artistique des Dents de la Mer prend les commandes d'une seconde séquelle délirante… en relief !

JAWS 3D

1983 – USA

Réalisé par Joe Alves

Avec Dennis Quaid, Bess Armstrong, Louis Gossett Jr, Simon Mac Corkindale, Lea Thomson, John Putch, P.H. Moriarty, Dan Blasko

THEMA MONSTRES MARINS I SAGA LES DENTS DE LA MER

Si Les Dents de la mer 2ème partie ne parvenait guère à renouveler le mythe créé par Steven Spielberg, Jeannot Szwarc y avait injecté une mise en scène efficace et des séquences plutôt bien ficelée. En revanche Joe Alves, directeur artistique promu réalisateur à l’occasion de cette seconde séquelle, ne réussit plus vraiment à faire illusion. Au cours de la scène d’intro, un poisson se retrouve décapité en vue subjective, puis sa tête se met à flotter à l’avant-plan, au beau milieu de l’océan, en un plan spécifiquement conçu pour le relief. Car Les Dents de la Mer 3 a été tourné en 3D, conformément à un regain aussi soudain qu’éphémère pour ce procédé très en vogue dans les années 50. Tout au long du métrage, des séquences d’une grande gratuité exploitent donc la vue tridimensionnelle (bras tranché qui flotte, visite en bathyscaphe d’un vieux galion échoué sous l’eau, tir à l’arbalète, cascades en ski nautique), tandis que le compositeur Alan Parker (aucun lien avec le réalisateur de Midnight Express) reprend servilement le thème de John Williams.

Le scénario, qui emprunte sans risque la structure habituelle des films catastrophe, commence par l’inauguration de Sea World, un nouveau parc d’attractions sous-marines équipé de galeries en plexiglass et d’un laboratoire immergé où le public peut voir évoluer des dauphins, des phoques et même des requins, le tout étant installé dans un lagon artificiel relié à la mer par un canal. Mike Brody (Dennis Quaid), qui y est employé, retrouve bientôt son jeune frère Sean (John Putch), tous deux étant le seul lien entre ce film et les deux précédents (ce sont les fils du shérif joué par Roy Scheider). Une fois que tous les protagonistes sont en place (l’entrepreneur incarné par Lou Gossett Junior, le cinéaste intrépide que campe Simon McCorkindale, l’employée de Sea World jouée par Lea Thompson), la menace prend enfin la forme prévisible d’un grand requin blanc. Capturé et exhibé dans le parc, le poisson carnivore ne survit pas à sa captivité…

Aquatic Park

Et c’est là qu’intervient sa mère, longue de dix mètres et pas du tout contente. Si les protagonistes et les dialogues rivalisent d’insipidité et de stupidité, les scènes de panique fonctionnent plutôt bien, notamment grâce à l’excellence des effets spéciaux mécaniques qui rendent le monstre fort impressionnant. Quelques séquences choc font également mouche, comme l’apparition d’une tête de victime défigurée au milieu d’un aquarium, ou l’engloutissement intégral d’un homme par la maman requin en colère. Mais cette seconde séquelle demeure grossière d’un bout à l’autre et s’achemine vers un final singulièrement tiré par les cheveux. Difficile de reconnaître dans ce fatras d’incohérences la patte de Richard Matheson, excellent auteur de science-fiction qui fut sollicité pour écrire le scénario mais dont le travail fut saboté par une batterie d’auteurs additionnels. On regrette surtout qu’Universal ne soit pas allé au bout de son idée initiale, qui consistait à faire de ce troisième épisode une parodie titrée Jaws 3 – People 0 et réalisée par Joe Dante. Le résultat eut certainement été plus réjouissant que cette baudruche en relief sans âme.

 

© Gilles Penso

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PREMIER CONTACT (2016)

Une experte en linguistique est chargée d'entrer en communication avec d'étranges visiteurs extra-terrestres

ARRIVAL

2016 – USA

Réalisé par Denis Villeneuve

Avec Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker, Michael Stuhlbarg, Tzi Ma, Mark O’Brien

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Après un triptyque unanimement salué par la critique et le public – Incendies, Prisonners et Sicario – le cinéaste canadien Denis Villeneuve quitte la terre ferme qui lui était familière pour s’essayer à la science-fiction. Sa source d’inspiration ? Une nouvelle de Ted Chiang, « L’Histoire de ta vie », maintes fois primée dès de sa publication en 1999. Avoir confié le scénario à Eric Heisserer peut surprendre, dans la mesure où ses travaux précédents (le remake des Griffes de la Nuit, la prequel de The Thing, Destination finale 5) ne sont pas des modèles de finesse. Pourtant son script joue la carte de la demi-mesure et de l’épure, respectant assez scrupuleusement la structure établie dans la prose de Chiang. Les premières images du film flirtent ouvertement avec le cinéma de Terrence Malick. Filmées à fleur de peau, les tranches de vie de Louise (Amy Adams) et de sa fille à différents âges de son existence exhalent tour à tour la tendresse, la frustration, le bonheur intense ou la tristesse la plus absolue, en une montagne russe émotionnelle qui sait nous toucher sans pour autant gagner notre pleine implication, dans la mesure où quelque chose nous échappe ouvertement dans cette narration elliptique.

Le récit change brusquement de cap lorsque douze gigantesques vaisseaux extraterrestres de forme oblongue entrent dans l’espace aérien de plusieurs villes de notre planète et stationnent au-dessus du sol. Qui sont ces visiteurs d’outre-espace ? Que veulent-ils ? Comment entrer en communication avec eux ? Louise étant une experte en linguistique, elle fait partie des rares privilégiés qui, à travers le globe, vont entrer dans l’un des vaisseaux pour tenter de comprendre le langage des entités venues d’ailleurs. Si les visions surréalistes de ces objets titanesques en suspension saisissent follement notre imagination, la première apparition des aliens met à mal notre suspension d’incrédulité. Certes, Villeneuve prend bien soin de les masquer dans la brume, derrière une paroi transparente impénétrable, et ne nous laisse distinguer que leur silhouette en contre-jour. Mais ces heptapodes colossaux et tentaculaires, presque frères jumeaux des créatures du Monsters de Gareth Edwards, véhiculent une imagerie pulp que le cinéaste refuse résolument d’assumer. « Rassurez-vous, ce n’est pas qu’un vulgaire film de science-fiction » semble vouloir affirmer sans cesse le cinéaste à son public, comme si le genre cinématographique inventé par Georges Méliès n’était pas assez noble pour se suffire à lui-même. Ce faisant, il met en scène des pieuvres géantes extraterrestres qui contredisent fatalement cette approche intellectualisée.

De la science-fiction qui ne s'assume pas ?

Plus problématique : en laissant reposer la majorité de son scénario sur les tentatives de traduction en langage humain d’un dialecte venu d’ailleurs, Premier Contact tombe dans le piège de l’adaptation littérale incapable de traduire en grammaire cinématographique les mots d’un écrivain. Là où Steven Spielberg avait eu l’intelligence d’opter pour un langage non écrit pour Rencontres du Troisième Type, Villeneuve laisse le texte envahir son film jusqu’à saturation, cultivant en outre le motif de « l’élu » (un seul être humain choisi entre tous pour sauver l’humanité) qui dénoue artificiellement la situation en jouant le rôle providentiel de deus ex-machina. Malgré sa beauté plastique, sa sensibilité et sa pudeur, Premier Contact ne nous convainc donc qu’à moitié, prouvant à quel point la science-fiction est un genre bien plus exigeant et complexe qu’il n’y paraît.

 

© Gilles Penso

 

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LES ENFANTS DES DAMNÉS (1963)

Une suite du célèbre Le Village des Damnés qui souffre fatalement de la comparaison avec son aîné mais développe son récit de manière novatrice

CHILDREN OF THE DAMNED

1964 – GB

Réalisé par Anton M. Leader

Avec Ian Hendry, Alan Badel, Barbara Ferris, Alfred Burke, Sheila Allen, Ralph Michael, Patrick Wymark, Martin Miller

THEMA ENFANTS I MUTATIONS

Connue également sous le titre Ces Êtres Venus d’Ailleurs, cette séquelle du Village des Damnés ne manque pas de qualités, mais elle ne s’apprécie pleinement que si l’on évite toute comparaison avec son extraordinaire prédécesseur. Le film de Wolf Rilla suggérait la présence d’autres groupes d’enfants doués de télépathie aux quatre coins du globe, en dehors de ceux de Midwich. Les Enfants des Damnés part de ce principe pour mettre en jeu la présence de six de ces inquiétants surdoués. Ramenés à Londres par leurs gouvernements respectifs afin de faire l’objet de tests scientifiques poussés, ils échappent sans difficulté à la vigilance de leurs tuteurs et se réunissent dans une vieille église désaffectée. Là, ils usent de leurs pouvoirs (avec le fameux effet des yeux lumineux, toujours aussi efficace) pour échapper à l’assaut des adultes venus les débusquer.D’où l’éprouvante séquence d’un homme qui abat son complice puis se jette dans le vide pour s’empaler sur une grille, sous le regard parfaitement impassible des bambins menés par un petit chef qui n’est pas sans évoquer, avec douze ans d’avance, le Damien de La Malédiction. Aux enfants pâles et blonds platine du premier film, ce second opus oppose un casting plus coloré, Anglais, Asiatiques, Africains, Indiens et Russes formant une nouvelle armée en culotte courte dont les intentions demeurent mystérieuses jusqu’au bout.

Car si Le Village des Damnés sous-entendait une présumée invasion venue d’une autre planète, Les Enfants des Damnés ne fait plus la moindre allusion à la moindre origine extra-terrestre, occultant du même coup les phénomènes surnaturels ayant précédé leur naissance (le black-out de Midwich, l’immaculée conception) et optant plutôt pour une mutation génétique en guise d’explication. « Je crois que ce sont les cellules d’un homme qui aurait un million d’années d’avance », affirme ainsi le vénérable professeur Gruber (Martin Miller) après avoir effectué une prise de sang sur l’un des enfants. « Ils ne sont pas humains, c’est une espèce supérieure, ils nous battront toujours » s’empresse d’ajouter l’un de ses confrères, prônant leur extermination imminente en concluant sa diatribe de la manière la plus expéditive qui soit :  « nous les dominons ou ils nous dominent, c’est la loi de la nature. » Dans les rangs de la communauté scientifique, les avis se partagent bientôt. Faut-il les détruire, les étudier, les laisser en paix ?

Un final apocalyptique

Le final, apocalyptique, montre la bêtise humaine l’emporter, mais le propos du film demeure un brin évasif dans la mesure où nous ne saurons jamais ce que ces petites créatures au visage poupon attendent des adultes humains et quels projets ils élaborent dans leur camp retranché. C’est d’autant plus dommage qu’une salve contre l’intolérance semblait couver sous le scénario de John Briley. Plus variante sur la thématique du Village des Damnés que véritable séquelle, Les Enfants des Damnés souffre ainsi d’un récit manquant de cohésion et de régulières pertes de rythme, même si son atmosphère générale évoque parfois les très illustres films de la série Quatermass produits quelques années plus tôt par la Hammer.

 

© Gilles Penso

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TOBOR LE GRAND (1956)

Mettez le mot Tobor à l'envers et vous aurez une idée assez précise du sujet de ce film de science-fiction délicieusement rétro

TOBOR THE GREAT

1956 – USA

Réalisé par Lee Sholem

Avec Taylor Holmes, Billy Chapin, Charles Drake, Karin Booth, Lew Smith, Steven Geray, Henry Kulky, Hal Baylor, Franz Roeh

THEMA ROBOTS

Dans un futur proche (quand on se replace dans le contexte des années 50, bien entendu), les voyages dans l’espace sont sur le point de se concrétiser. Refusant qu’on emploie des cobayes humains pour expérimenter la fiabilité des fusées, le docteur Ralph Harrison (Charles Drake) décide de démissionner de l’agence spatiale américaine. Rallié à sa cause, le vénérable professeur Arnold Nordstrom (Taylor Holmes) lui propose de s’associer à lui pour concevoir une solution alternative à la mise en péril des astronautes, autrement dit un robot intelligent capable de piloter un vaisseau spatial. Lorsque la presse est conviée dans le laboratoire bourré de gadgets de Nordstrom (passages secrets, portail à vibrations, horloge qui parle, caméras de surveillance à infrarouge), nous découvrons enfin le fruit de ses travaux avec Harrison, joyeusement baptisé « Tobor » (les amateurs d’anagrammes apprécieront). Deux mètres de haut, une carcasse argentée, un torse cubique, des tuyaux en guise de membres, des mains en forme de pinces et une tête démesurée : Tobor est l’un de ces robots irrésistibles dont seule la SF des fifties avait le secret.

« En fait, le terme robot n’est pas approprié », lance bientôt Nordstrom à l’assistance ébahie. « Je préfère parler de simulacre d’homme électronique. » En effet, Tobor semble posséder une large gamme de sentiments et d’émotions synthétiques. Quant à son système de commande à distance, il ne fonctionne pas par ondes radios mais par perceptions extra-sensorielles. Cumulant bon nombre de clichés du genre, le sympathique professeur Nordstrom a une jolie fille prénommée Janice (Karin Booth) dont s’éprendra le jeune docteur Harrison, ainsi qu’un petit-fils de onze ans, Brian (Billy Chapin), qui se distingue par sa malice et son intelligence. Bientôt, le savant et le petit garçon sont capturés par une puissance étrangère (non identifiée, mais très probablement communiste, comment pourrait-il en être autrement en 1956 ?), soucieuse de soutirer toutes les informations liées au contrôle de la géniale machine. 

« Un simulacre d'homme électronique… »

N’écoutant que son courage électronique, « Tobor le grand » quitte précipitamment le laboratoire de Nordstrom, abat toutes les cloisons qui lui font obstacle, assomme ceux qui entravent son chemin, conduit fièrement une jeep de l’armée et s’en va libérer son créateur et son ami en culottes courtes. Même si le suspense final est plutôt réussi, l’intrigue de Tobor le Grand (également connu en France sous le titre Le Maître du Monde) est franchement simpliste et le film ne sort du lot que par la grâce de sa vedette métallique au look savoureux digne d’un serial de science-fiction, à ranger aux côtés du Robbie de Planète Interdite et du Gort du Jour où la Terre s’Arrêta. Dans la foulée, Duke Goldstone réalisa Tobor and the Atomic Submarine, épisode pilote d’une série baptisée Here Comes Tobor qui aurait dû mettre en scène les exploits de cette boîte de conserve intelligente mais qui ne se concrétisa jamais au-delà de cette première aventure de 26 minutes lançant Tobor à la recherche d’un sous-marin atomique disparu.

 

© Gilles Penso

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DON’T BREATHE (2016)

Trois jeunes malfaiteurs s'apprêtent à cambrioler une maison sans se douter qu'ils se jettent dans la gueule du loup…

DON’T BREATHE

2016 – USA

Réalisé par Fede Alvarez

Avec Stephen Lang, Jane Levy, Dylan Minnette, Daniel Zovatto, Franciska Torocsik

THEMA TUEURS

L’histoire de Fede Alvarez a tout du rêve américain : en 2009, ce jeune uruguayen explose le compteur Youtube avec son court-métrage Ataque de panico, ce qui attire l’attention d’un certain Sam Raimi. La suite est connue : Alvarez se retrouve propulsé réalisateur du remake d’Evil Dead en 2013, sous le regard bienveillant du papa d’Ash, ici producteur avec Ghost House Pictures. La copie est soignée et la critique positive, même si certains fans n’adhèrent pas à la direction torture-porn choisie, loin du slapstick original. Le nouvel effort de cet élève doué, Don’t breathe, débarque dans nos contrées tout auréolé d’un formidable réputation de « high concept thriller » implacable. Méritée ? Rocky, jolie fonceuse au grand cœur, est partagée entre son copain bad boy, Money (les muscles) et un jeunot transi d’amour pour elle, Alex (le cerveau). Ce trio cambriole de riches maisons, animé par une simple et seule motivation : l’argent. L’ultime chance de fuir loin de leur quotidien morose et désargenté est un coup fumant, qui ressemble à une promenade de santé : le braquage de la maison d’un vieil aveugle qui dort sur un véritable pactole suite à un remboursement d’assurance fructueux. Malheureusement, la proie facile va s’avérer être un loup dangereux, prêt à tout pour protéger son magot…

L’exposition est concise et nos malfaiteurs, on l’aura compris, stéréotypés. Alvarez fonce droit au but, investissant rapidement l’imposante demeure où se dérouleront les faits. Et il faut reconnaître que les qualités techniques du réalisateur fonctionnent d’emblée, car complètement au service de l’histoire : les plans-séquences fluides présentant dans le même temps la topographie des lieux et les enjeux à venir sont de toute beauté. La première heure fait preuve d’une réelle efficacité dans son jeu du chat et de la souris, éprouvant le spectateur sans user des sempiternels jump scares, exploitant le moindre recoin de la bâtisse et profitant à plein régime du charisme de Stephen Lang, terrifiant en Zatoichi félin, athlétique et impitoyable (on repense parfois, dans ses pertes de sang-froid, à son personnage de « Party Crasher » dans La Manière Forte de John Badham). Seulement voilà : le film se retrouve rapidement rattrapé par son argument de court-métrage.

Un long court-métrage

Car tenir jusqu’au bout un concept primaire en huis-clos n’est pas chose facile, et Alvarez ne se prononce pas encore Carpenter. Le soufflé retombe avec fracas dans sa dernière partie, la machine commençant à tourner à vide et les incohérences à s’accumuler dangereusement (l’aveugle, selon l’humeur, est doté d’un odorat surdéveloppé ou bien frôle les intrus sans s’en apercevoir, et semble détenir un très commode don d’ubiquité). Le souci de réalisme et de simplicité qui semblait prévaloir s’efface au détriment d’une sous-intrigue peu crédible et carrément sordide, quelque part entre Millenium, Saw et Crossing Guard, sensée à la fois humaniser le méchant et le diaboliser un peu plus. Inutile et maladroit, ce segment par trop explicatif amorce la chute de l’intrigue (et de l’intérêt général), avant de bifurquer vers une redite de Cujo au suspense caduc dès le départ, puisque que, très curieusement, le metteur en scène avait choisi de dévoiler l’issue de la scène dès l’ouverture du film. Le final téléphoné ne remontera pas le niveau, et l’on se prend soudain à réévaluer négativement cette première heure réussie en comptabilisant le pillage référentiel : une poursuite dans le noir complet (Le Silence des Agneaux), des va-et-vient dans les cloisons (Le Sous-Sol de la Peur), une baie vitrée prête à éclater au moindre mouvement (Le Monde Perdu), une gestion nerveuse et silencieuse des déplacements dans un espace clos (Panic Room)… Trop c’est trop. Don’t breathe souffre tristement des mêmes travers que la plupart des films de genre actuels qu’il prétend surpasser : une fausse bonne idée de départ rapidement épuisée, perdue dans les clichés et la flatterie des instincts cinéphiles. Cependant, surnageant de la nuée de navets horrifiques contemporains, son succès public et son buzz flatteur démontrent qu’au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.

© Julien Cassarino

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DOCTOR STRANGE (2016)

Le Maître des Arts Mystiques imaginé par Stan Lee et Steve Ditko fait son entrée dans le Marvel Cinematic Universe

DOCTOR STRANGE

2016 – USA

Réalisé par Scott Derrickson

Avec Benedict Cumberbatch, Chiwetel Ejiofor, Tilda Swinton, Benedict Wong, Mads Mikkelsen, Rachel McAdams

THEMA SUPER-HEROS I SORCELLERIE ET MAGIE I MONDES PARALLELES ET MONDES VIRTUELS I SAGA AVENGERS I MARVEL

Parvenir à réaliser un film qui sorte du lot et à imposer son propre style s’avère de plus en plus difficile au sein de l’univers ultra-codifié de la franchise Marvel. Les mémos de production et les passages obligatoires sont tellement légion que l’éclosion d’une quelconque personnalité en pareil contexte tient presque du miracle. De Scott Derrickson, nous ne savions pas trop quoi attendre. Cinéaste très inégal (il sut nous terrifier avec L’Exorcisme d’Emily Rose et nous affliger avec son Jour où la Terre s’Arrêta), quelle pierre pouvait-il apporter au gigantesque édifice des Avengers ? Un petit caillou bien dérisoire, en vérité. Noyé dans la masse des épisodes disparates de cette saga protéiforme, Doctor Strange emprunte en effet des chemins tellement balisés que le sentiment de déjà vu nous étreint de la première à la dernière minute. Ce personnage arrogant et imbu de lui-même, qu’un accident va obliger à découvrir l’humilité et le don de soi pour mieux « ressusciter » sous les atours d’un super-héros opposé aux forces du mal, suit pas à pas le parcours de Tony Stark dont il reprend bien des attributs (l’égocentrisme, la belle maison, les voitures de sport, les « punchlines » pince sans rire, et même le bouc savamment taillé).

A ce titre, le choix de Benedict Cumberbatch est quelque peu surprenant. Pourquoi demander à cet excellent comédien, parfait dans le registre ténébreux et sophistiqué, de singer les facéties de Robert Downey Jr ? D’autant que son ancêtre dessiné, conçu en 1963 par Stan Lee et Steve Ditko, prêtait peu à rire. C’est du contraste fort entre son sérieux imperturbable et le second degré de ses comparses costumés (Spider-Man entre autres) que naissait l’humour, et non de sa propre autodérision. L’apprentissage mystique du personnage, quant à lui, prend les allures d’un édifiant catalogue de clichés : le disciple cynique et incrédule, le maître vénérable qui décèle en lui un don spécial, l’ancien apprenti qui s’est retourné contre son mentor, le héros qui n’est pas encore prêt mais deviendra l’élu seul capable de sauver le monde…

Scott Derrickson n'est pas James Gunn

Même du côté des combats, l’innovation n’a pas cours. Certes, ces affrontements spectaculaires au milieu de cités qui n’en finissent plus de se reconstruire et de réagencer leur architecture nous offrent quelques moments épiques. Mais ils se contentent la plupart du temps de recycler les idées visuelles de Inception et Dark City. Un tel conformisme est d’autant plus regrettable que le personnage du Docteur Strange et sa pratique des arts mystiques auraient permis à l’univers cinématique Marvel de s’offrir un véritable grain de folie, de transporter ses spectateurs à mille lieues des sentiers battus, au cœur d’univers parallèles peuplés d’entités surnaturelles autorisant tous les excès. Mais Scott Derrickson n’est pas James Gunn et son film reste désespérément sage et convenu, loin des fulgurances psychédéliques qu’on aurait pu espérer. Sans surprise, l’épilogue s’ouvre sur une intégration du héros dans l’équipe des Avengers et la naissance d’un nouveau vilain, comme si ce Doctor Strange n’avait finalement d’autre réelle fonction que celle d’un pilote de série TV annonçant la suite du programme.

© Gilles Penso

 

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THE LOVE WITCH (2016)

Un film de sorcellerie atemporel qui reprend à son compte tous les codes esthétiques du cinéma de genre des années 60

THE LOVE WITCH

2016 – USA

Réalisé par Anna Biller

Avec Samantha Robinson, Gian Keys, Laura Waddell, Jeffrey Vincent Parise, Jared Sanford, Robert Seeley, Jennifer Ingrum

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Artiste complète, Anna Biller a signé la réalisation, l’écriture, la production, la décoration, les accessoires et une partie de la musique de The Love Witch, au cours d’une très longue période de préparation où, enfermée chez elle suite à une profonde dépression, elle mit à contribution son arrêt maladie pour préparer ce long-métrage résolument atypique. Hommage énamouré au cinéma des années soixante, The Love Witch en reproduit avec une minutie presque maniaque les modes vestimentaires, les maquillages, les décors, la musique mais aussi le jeu des comédiens et les effets de mise en scène. La musique, délicieusement « easy listening », évoque Burt Bacharach et Dave Grusin, quand elle n’emprunte pas directement ses compositions à Ennio Morricone. L’effet de mimétisme est d’autant plus étonnant que l’intrigue ne se déroule pas dans les sixties, comme en témoignent les téléphones portables et les véhicules. Nous sommes donc dans un univers « autre » où les scènes de voiture sont filmées en rétro-projection et où les filles portent toutes des faux cils. Dans cet environnement ultra référentiel, le scénario s’appuie sur le prétexte de la sorcellerie pour s’interroger sur l’incompréhension séculaire et réciproque qui complique les relations entre hommes et femmes, sur la nature du lien amoureux et sur les exigences et frustrations internes aux couples.

Elaine, une jeune et jolie sorcière, y est en quête désespérée d’amour. Pour pouvoir séduire les hommes qui l’attirent, elle concocte des potions et jette des sorts, mais le résultat n’est pas celui escompté. Ses victimes tombent sous son charme, puis, incapable de contenir un trop plein d’émotions, meurent littéralement d’amour. Les cadavres se multiplient donc dans son sillage, et les choses se compliquent lorsqu’Elaine s’éprend de l’inspecteur de police qui enquête sur ces morts mystérieuses. De nombreux films et séries du genre nous viennent à l’esprit face au spectacle étonnant que constitue The Love Witch, des giallo de Mario Bava à l’épouvante gothique de Terence Fisher et Riccardo Freda, en passant par Chapeau Melon et Bottes de Cuir (difficile de ne pas penser à Emma Peel) mais aussi Ma sorcière bien aimée. Une sorcière prénommée Barbara qui n’est pas sans nous rappeler Barbara Steele sert d’ailleurs de « mentor » à l’ingénue Elaine.

La plus glamour des sorcières

Mais Anna Bier ne joue jamais vraiment la carte du pastiche ou du clin d’œil cinéphilique appuyé. Elle préfère s’imprégner d’une époque et d’un genre pour mieux les réinventer. La révélation du film est Samantha Robinson, ancien mannequin qui tourne ici dans son premier film en tant que comédienne. Belle à croquer, drôle, émouvante, elle ressemble comme eux gouttes d’eau à Edwige Fenech et séduit autant les spectateurs que les personnages qu’elle croise tout au long du film. Sans doute le film, long de deux heures, aurait-il gagné à être allégé d’une bonne demi-heure, tant son intrigue finit par se répéter, d’autant que le dernier acte brise la logique narrative jusqu’à la rendre incompréhensible. Mais la démarche artistique reste admirable. Si elle ne suffit pas toujours à maintenir intact l’intérêt du spectateur, elle a des vertus quasi hypnotiques qui s’avèrent troublantes.

 

© Gilles Penso

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THE CALL OF CTHULHU (2005)

Un film muet qui semble avoir été tourné dans les années 20 et capture à merveille l'essence des écrits de H.P. Lovecraft

THE CALL OF CTHULHU

2005 – USA

Réalisé par Andrew Leman

Avec Matt Foyer, Patrick O’Day, David Mersault, Jason McCune, Ralph Lucas, Chad Fifer, Michael Galager, Bruce Graham

THEMA DIABLE ET DEMONS I LOVECRAFT

Considéré par tous ceux qui ont eu la chance de le voir comme l’une des adaptations les plus fidèles et les plus intelligentes d’un récit d’H.P. Lovecraft, The Call of Cthulhu est un projet fou mené par d’inconditionnels admirateurs de l’écrivain maudit de Providence. Loin des enrobages romantiques façon La Malédiction d’Arkham ou des écarts gore burlesques à la manière de Re-Animator ou From BeyondThe Call of Cthulhu s’efforce de restituer l’esprit et la lettre d’une des nouvelles les plus fameuses de l’auteur, parue en France sous le titre « L’appel de Cthulhu ». Avec un budget dérisoire de 50 000 dollars, le réalisateur Andrew Leman et l’équipe de la H.P. Lovecraft Historical Society ont eu l’idée géniale de concevoir un film muet à la façon des classiques de l’horreur des années 20. Le parti pris semble d’autant plus justifié qu’il replace dans son contexte historique le récit original, écrit justement dans les années 20.

Reprenant à son compte tout le langage cinématographique de l’époque, tourné en Californie et à Providence au format DVCAM, puis minutieusement traité en post-production pour son grain reproduise à la perfection celui des pellicules muettes (selon un procédé technique baptisé « Mythoscope »), The Call of Cthulhu s’intéresse à un homme (Matt Foyer) prenant la succession de son grand-oncle mourant, le professeur George Fammell Angell (Ralph Lucas). Après avoir ouvert une de ses boites, il découvre que le vieil homme effectuait des recherches approfondies sur le culte de Cthulhu. La curiosité le pousse à fouiller les documents de son oncle, constitués d’articles de journaux, de témoignages écrits et de divers comptes rendus. Le film se poursuit alors sous forme de flash-backs adoptant tour à tour le point de vue de plusieurs témoins, permettant via un récit à la première personne de rester proche du style narratif de la nouvelle. Peu à peu, notre héros se laisse obséder par cette enquête, jusqu’à ce qu’il échoue dans un marais tourbeux de la Lousiane où il s’apprête à faire face au monstre ultime. 

« Un polype blanc aux yeux phosphorescents… »

« Certaines légendes parlaient d’un lac caché aux regards des mortels, où demeurait une colossale créature informe, semblable à un polype blanc aux yeux phosphorescents », racontait Lovecraft dans sa nouvelle, ne se hasardant pas beaucoup à décrire l’ignoble créature autrement qu’ainsi : « un monstre vaguement anthropoïde dans ses contours ; mais avec une tête de pieuvre dont la face n’était qu’une masse de tentacules, un corps squameux d’aspect caoutchouteux, des griffes formidables aux quatre membres, et deux longues ailes minces sur le dos. » Peu intimidé par la lourde charge de visualiser ce démon, objet de tant de fantasmes et réputé « immontrable », le réalisateur Andrew Leman joue son va-tout en utilisant une figurine animée stop-motion, comme à l’époque du Monde Perdu. En conformant la technique utilisée avec l’époque à laquelle le film est censé avoir été réalisé, le cinéaste fait mouche une fois de plus. A la faveur de ses nombreuses projections en festivals, The Call of Cthulhu s’attira maintes louanges de la part des puristes de l’univers de Lovecraft – pourtant réputés exigeants – et une jolie collection de récompenses.

 

© Gilles Penso

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