L’AUBE ROUGE (1984)

C’est la troisième guerre mondiale : alors que la Russie attaque les États-Unis, un groupe de lycéens résiste vaillamment…

RED DAWN

 

1984 – USA

 

Réalisé par John Milius

 

Avec Patrick Swayze, C. Thomas Howell, Lea Thompson, Charlie Sheen, Darren Dalton, Jennifer Grey, Brad Savage, Doug Toby

 

THEMA POLITIQUE FICTION

Au départ, L’Aube rouge est un projet de Kevin Reynolds. Le futur réalisateur de La Bête de guerre, Robin des Bois prince des voleurs et Waterworld envisage ce récit d’anticipation comme une fable antimilitariste décrivant les absurdités d’un conflit qui oblige dix gamins à prendre les armes contre des envahisseurs soviétiques et cubains. Les producteurs Barry et Sidney Beckerman prennent une option sur ce script, alors baptisé Ten Soldiers, dont ils entrevoient l’énorme potentiel couplé à la possibilité d’être mis en chantier avec un budget modeste. Mais Reynolds ne leur semble pas assez expérimenté pour assurer la mise en scène. Après le refus de Walter Hill, le film reste au point mort. Lorsque la MGM s’intéresse au sujet et rachète le scénario, le projet est revu de fond en comble. Plutôt qu’un petit film dénonçant les travers de la guerre, pourquoi ne pas surfer sur le succès de Rambo et s’adresser à un cinéaste de la trempe de John Milius ? Emballé par l’idée, le réalisateur de Conan le barbare accepte de mettre en scène L’Aube rouge contre un salaire d’1,25 million de dollar plus une arme de son choix ! Après avoir réécrit le script, il envoie son jeune casting dans un camp d’entraînement militaire à la discipline rigoureuse puis le plonge dans la tourmente d’un tournage hivernal éprouvant.

Le film se situe dans des années 80 légèrement futuristes où le contexte géopolitique est en pleine mutation. Les États-Unis ont abandonné leur programme nucléaire, l’OTAN a été dissout, l’Union soviétique envahit la Pologne tandis que Cuba et le Nicaragua renforcent leur puissance militaire. L’Aube rouge commence par une image très forte, presque surréaliste. Alors que des lycéens suivent un cours d’histoire dans la ville de Calumet, au Colorado, des dizaines de parachutistes soviétiques atterrissent un peu partout (vus à travers les fenêtres de la salle de classe), puis mitraillent à tout va. Les Russes et les Cubains sont en train d’envahir les USA. La troisième guerre mondiale vient d’éclater. Un petit groupe de lycéen qui a réussi à prendre la fuite décide de former un commando d’élite pour résister face à l’envahisseur. Leur nom de code : les Wolverines.

« Ça libère ! »

L’Aube rouge se distingue par ses premiers rôles tenus par la génération montante de l’époque. Futures stars respectives de Dirty Dancing, Hitcher, Wall Street et Retour vers le futur, Patrick Swayze, C. Thomas Howell, Charlie Sheen et Lea Thompson occupent ainsi le haut de l’affiche. Malgré ce casting attrayant et un postulat très prometteur, le film ne parvient jamais à convaincre totalement, à cause de son manque singulier de finesse, de son message patriotique asséné lourdement à grands coups de maillet et de ses dérives frôlant dangereusement l’intolérance et la xénophobie. La fascination de John Milius pour les armes et la guerre ne se cache plus ici derrière le filtre fantasmagorique d’un Conan. Alors que les tensions Est-Ouest sont dans tous les esprits, déclenchant la même année le message pacifiste de 2010 l’année du premier contact, Milius joue les va-t’en guerre, ponctuant son scénario de répliques ouvertement primitives. À son camarade lui demandant l’effet que ça fait de tuer un homme, l’un des jeunes protagonistes répond allègrement : « ça libère ! » Plus tard, un enfant qui vient de voir son père se faire fusiller s’entend dire : « Trouve dans ton chagrin la force de surmonter ce que tu viens de vivre ! » Et que dire de cette séquence où les jeunes belligérants tuent un cerf et boivent son sang avec délectation avant d’aller casser du Russe ? Si l’on parvient à passer outre le discours douteux, rien n’empêche toutefois de trouver le film très distrayant, de profiter du spectacle et d’apprécier la mise en scène extrêmement efficace de Milius. Succès honorable au box-office, L’Aube rouge aura droit à un remake en 2012.

© Gilles Penso


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PUNISHMENT PARK (1971)

Dans des années 70 alternatives gangrénées par la guerre du Vietnam, les prisonniers politiques américains sont soumis à un jeu très cruel…

PUNISHMENT PARK

 

1971 – USA

 

Réalisé par Peter Watkins

 

Avec Jim Bohan, Carmen Argenziano, Stan Armsted, Van Daniels, Fred Franklyn, Gladys Golden, Sanford Golden

 

THEMA POLITIQUE FICTION

Très engagé politiquement, Peter Watkins s’est toujours servi de l’expression cinématographique pour dénoncer les travers de ses semblables et titrer un certain nombre de sonnettes d’alarme. En 1966, il réalisait La Bombe, faux documentaire centré sur une hypothétique attaque nucléaire. Trois ans plus tard, il signait Gladioterna, une fable de science-fiction située dans un avenir proche. Avec Punishment Park, il se lance dans un violent pamphlet antimilitariste, anti-armement et anti-sécuritaire. Soucieux d’adopter la tonalité du « cinéma vérité », il engage des acteurs non professionnels à qui il laisse une large part de liberté. La plupart des dialogues sont donc improvisés sans répétition préalable et s’éloignent du scénario qui, lui-même, est conçu pour laisser un maximum de latitude à chacun. Pour conserver une autonomie totale, Watkins tourne dans des conditions très précaires pendant deux semaines et demie, avec une équipe réduite à huit personnes, une caméra légère 16 mm, des extérieurs naturels captés sur le site d’El Mirage Dry Lake en Californie et un budget estimé à 95 000 dollars. Après le tournage, le réalisateur désature les couleurs afin d’obtenir un rendu proche des images de reportages d’actualité de l’époque.

Punishement Park se déroule dans des années 1970 alternatives au cours desquelles la guerre du Vietnam s’intensifie, le président américain Richard Nixon ayant décidé d’une campagne de bombardement secrète au Cambodge. Face à la montée de virulents mouvements pacifistes, la Maison Blanche décrète l’état d’urgence, autorisant les autorités fédérales à détenir des personnes jugées comme présentant un « risque pour la sécurité intérieure » sans en référer au Congrès. Le scénario du film conte la terrible mésaventure de prisonniers politiques qui se voient offrir par le gouvernement une alternative à leur longue peine de prison : le « Punishment Park », une espèce de jeu de survie en plein air qui consiste, pour les captifs, à parcourir 85 kilomètres sous le soleil du désert californien sans se faire rattraper par les policiers lancés à leurs trousses. Le but à atteindre : un drapeau américain. Ceux qui y parviennent sont libres, ceux qui échouent retournent en prison, ceux qui tentent de s’évader sont abattus… Cette chasse à l’homme a pour vocation officielle d’offrir à certains prisonniers une seconde chance et aux policiers un entraînement efficace.

La course à la mort

Ce postulat évoque plusieurs futures œuvres de science-fiction détournant le principe des Chasses du comte Zaroff, comme par exemple Les Traqués de l’an 2000, Le Prix du danger ou Running Man, si ce n’est qu’ici, tout ce qui peut rappeler la fiction a été soigneusement évacué. Ainsi, même si ce scénario s’appuie sur des faits parfaitement imaginaires, il prend place dans un contexte historique bien réel et prend les allures d’un reportage tourné pour la télévision européenne, conformément aux envies initiales de Watkins. Ainsi, la caméra portée donne sans cesse l’impression de capter des images volées, tandis que le réalisateur commente en voix-off les moments clefs du récit. Le sentiment d’hyperréalisme que dégage le film est donc très inconfortable pour le spectateur, qui oublie parfois avoir affaire à une fiction pure. Le montage de Punishment Park alterne le procès d’un groupe de détenus – accusés d’avoir écrit des textes subversifs, d’avoir déserté ou d’avoir mené des manifestations – avec la cavale d’un second groupe qui a accepté de participer au « jeu ». Le réquisitoire contre les dérives totalitaires et l’escalade de la violence est redoutablement efficace, mais il faut avouer qu’il s’essouffle un peu en cours de route, faute d’une réelle progression dramatique et d’une absence d’évolution dans le discours. Film « coup de poing », Punishment Park reste un reflet fascinant des préoccupations et des inquiétudes de la population américaine au début des années 70.

 

© Gilles Penso


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LE PROCÈS (1962)

Orson Welles adapte un récit tourmenté de Franz Kafka et plonge Anthony Perkins dans un cauchemar paranoïaque…

THE TRIAL

 

1962 – FRANCE / ITALIE / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Orson Welles

 

Avec Anthony Perkins, Orson Welles, Jeanne Moreau, Romy Schneider, Akim Tamiroff, Arnoldo Foa, Jess Hahn, Billy Kearns, Madeleine Robinson

 

THEMA POLITIQUE FICTION

S’ils se sont côtoyés sur le tournage d’Austerlitz d’Abel Gance, Nelly Kaplan et Roger Richebé, le producteur Alexander Salkind et l’acteur/réalisateur Orson Welles n’ont jamais eu l’occasion de collaborer ensemble. Le premier propose alors au second de choisir un livre appartenant au domaine public et de l’adapter. Salkind sera le producteur de ce projet et Welles le metteur en scène. La première œuvre envisagée est « Taras Bulba » de Nikolai Gogol, mais les deux hommes changent d’avis en apprenant que Jack Lee Thompson en prépare une adaptation à grand spectacle avec Tony Curtis et Yul Brynner. Welles se tourne finalement vers « Le Procès » de Franz Kafka, publié de manière posthume en 1925. Le cinéaste est fasciné par ce récit tourmenté et paranoïaque, vision désespérée et absurde d’une société gangrénée par la bureaucratie qui préfigure la montée du totalitarisme et la quête d’un bouc-émissaire prêt à endosser tous les maux du monde (en l’occurrence le peuple juif). Dans « Le procès », l’individu est écrasé par le poids d’une administration grotesque et injuste, un thème que déclineront plus tard George Orwell dans « 1984 » et Terry Gilliam dans Brazil. Armé d’un budget de 650 millions de francs (obtenu auprès d’investisseurs ouest-allemands, français et italiens), Welles s’implique totalement dans le film, au point d’y jouer un rôle lui-même mais aussi de prêter sa voix à une bonne dizaine de personnages !

Josef K (Anthony Perkins) dort dans sa chambre, au milieu d’un appartement qu’il partage avec d’autres locataires. Il est soudain réveillé par un homme en costume qui pénètre chez lui sans s’identifier. S’agit-il d’un policier ? D’autres inconnus envahissent les lieux pour annoncer à Josef qu’il est en état d’arrestation, tandis que trois de ses collègues de bureau se joignent à eux pour fournir les preuves de son crime. Mais de quoi l’accuse-t-on ? Il n’en sait rien, d’autant que ses accusateurs le laissent en plan et quittent l’appartement sans rien lui expliquer. Incrédule, Josef discute de cette étrange visite avec sa voisine Marika Bürstner (Jeanne Moreau) puis se rend sur son étouffant lieu de travail, grouillant d’employés ordinaires qui, comme lui, sont noyés dans la masse. La journée est répétitive et rébarbative, comme toujours. Mais lorsqu’il se rend à l’opéra pour la soirée, Josef est enlevé par un inspecteur de police qui l’emmène dans une salle d’audience. Là, il s’apprête à être jugé pour un acte dont il n’a aucune connaissance. L’étau se resserre alors de manière de plus en plus cauchemardesque…

L’étau se resserre…

Malgré la bonne volonté manifeste d’Orson Welles et son respect pour le matériau qu’il adapte, Le Procès n’a pas tout à fait l’impact espéré. Au lieu de s’exercer dans la forme, il eut sans doute été préférable que la fidélité au texte de Kafka s’effectue sur le fond, ce qui aurait laissé au cinéaste plus de latitude pour affirmer son indéniable et gigantesque talent. Certes, de nombreuses séquences du film, appréhendées indépendamment, sont de beaux morceaux de bravoure (celles notamment situées dans le bureau immense de K où les employés et leurs tables s’étendent à perte de vue), d’autant qu’Anthony Perkins – à peine échappé de la psychopathie du Norman Bates de Psychose – excelle dans le rôle de l’homme anonyme pris dans un engrenage incompréhensible. Mais le manque de cohésion de l’intrigue joue en défaveur du film. Au lieu de l’implacable toile d’araignée tissée lentement autour d’un malheureux individu auquel le spectateur aurait pu – aurait dû – s’identifier, le scénario nous éloigne, crée une distance entre le personnage et les spectateurs, nous laissant la sensation d’être plongés dans un puzzle pseudo surréaliste et relativement hermétique. Peu adaptés selon lui au propos du film, les découpages complexes et les cadrages aux savantes compositions dont Welles s’est fait une spécialité sont ici délaissés au profit de caméras plus mobiles et de longs plans-séquences, aménagés afin de laisser librement les comédiens échanger leurs abondants dialogues. Si le cinéaste estimait à l’époque de sa sortie que Le Procès était son meilleur film, la critique américaine ne se révéla guère emballée. Les Français l’accueillirent avec plus de chaleur, lui décernant même le prix du meilleur film du Syndicat de la critique en 1963.

 

© Gilles Penso

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L’ASCENSEUR – NIVEAU 2 (2001)

Dick Maas réalise une suite/remake de son premier film avec en tête d’affiche Naomi Watts, Michael Ironside et Ron Perlman…

DOWN / THE SHAFT

 

2001 – USA

 

Réalisé par Dick Maas

 

Avec James Marshall, Naomi Watts, Eric Thal, Michael Irondside, Ron Perlman, Edward Herrmann, Dan Hedaya, Kathryn Meisle, Martin McDougall, John Cariani

 

THEMA OBJETS VIVANTS

Premier long-métrage de Dick Maas, L’Ascenseur connut un joli succès international et fit découvrir son réalisateur en dehors de sa Hollande natale. « Dès les années 80, on m’avait déjà proposé de réaliser un remake américain de L’Ascenseur », raconte-t-il. « Pour être honnête, je ne voyais pas bien l’intérêt de refaire un film que j’avais déjà réalisé. Mais à la fin des années 90, les effets visuels permettaient désormais de concevoir des séquences que j’avais dû abandonner à l’époque. Désormais, je pouvais montrer le sol de l’ascenseur se désagréger pour laisser tomber dans le vide ses occupants par exemple, ou toutes sortes de prises de vues spectaculaires » (1). L’idée du remake redevient donc d’actualité, même si L’Ascenseur – niveau 2 peut aussi s’appréhender comme une suite de son prédécesseur. L’action se déroule cette fois-ci à New York, justifiant le déplacement de l’équipe technique à Manhattan pour le tournage d’un certain nombre de prises de vues extérieures, même si la plupart des séquences sont filmées en studio au Pays-Bas, sollicitant un grand nombre d’acteurs hollandais pour les seconds rôles. Le casting américain, de son côté, nous offre quelques visages connus comme Michael Ironside, Ron Perlman et même Naomi Watts. « A l’époque, elle n’était pas encore célèbre », explique Maas. « Elle était seulement apparue dans une des séquelles des Démons du maïs. Elle venait de finir un film avec David Lynch, Mulholland Drive, mais il n’était pas encore sorti, donc son visage n’était pas connu du grand public » (2).

À New York, un éclair frappe le Millennium Building, un gratte-ciel de 102 étages. Les trois ascenseurs principaux se mettent aussitôt à fonctionner de façon étrange. Un groupe de femmes enceintes est ainsi retenu entre les étages 21 et 22. L’ascenseur surchauffe rapidement, provoquant l’accouchement de deux femmes et l’hospitalisation des autres. Alors que la journaliste Jennifer Evans (Naomi Watts) est appelée à rédiger un article sur l’incident, une enquête menée par les techniciens de la société d’ascenseurs Meteor, Jeff McClellan (Eric Thal) et Mark Newman (James Marshall), ne décèle aucune avarie technique. Les incidents se multiplient pourtant jusqu’à ce que coule le sang. Après deux morts particulièrement violentes, ce qui pourrait passer pour une coïncidence tourne vite à la psychose. Alors que la police mène l’enquête, Mitchell (Ron Perlman), le patron de la société Meteor, ne sait plus où donner de la tête. « Nous vivons dans un monde vertical », soupire-t-il. « Si nous ne pouvons pas nous fier aux ascenseurs, à quoi pouvons-nous faire confiance ? »

Vertical Limits

Conformément aux souhaits de son réalisateur, L’Ascenseur – niveau 2 fait usage des effets visuels pour offrir aux spectateurs des prises de vues acrobatiques autour du building ou pour concocter des plans séquence virtuoses permettant par exemple d’accompagner la décapitation d’un homme par l’ascenseur maléfique ou de montrer un homme éjecté depuis la cabine qui se retrouve propulsé depuis le 86ème étage et s’écrase au sol. Pour autant, ces tours de forces justifiaient-ils la mise en chantier du film ? Il est permis d’en douter. Malgré des moyens plus importants et quelques têtes d’affiche, cette nouvelle version n’a ni l’impact ni la singularité de son modèle, s’efforçant d’en retrouver les recettes en reproduisant quelques-unes de ses séquences les plus emblématiques comme celle de la petite fille avec sa poupée. Dick Maas lui-même regrette d’avoir dû collaborer avec un acteur ne tenant pas compte de ses consignes, en l’occurrence James Marshall, annihilant du même coup le second degré souhaité. Prévu pour une sortie en salles américaine à l’automne 2001, le film a finalement été déprogrammé suite aux attentats du 11 septembre, ce qui a bien sûr joué en sa défaveur. Sa distribution vidéo mit plus tard en avant le nom de Naomi Watts, devenue entretemps une actrice « bankable », ce qui n’empêcha pas ce second Ascenseur de sombrer dans un semi-oubli.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2017

 

© Gilles Penso

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LE PETIT MONDE DES BORROWERS (1997)

Où passent donc tous les petits objets qui disparaissent régulièrement dans les maisons ? C’est l’œuvre des Borrowers, bien sûr !

THE BORROWERS

 

1997 – USA

 

Réalisé par Peter Hewitt

 

Avec John Goodman, Mark Williams, Hugh Laurie, Bradley Pierce, Flora Newbigin, Celia Imrie, Jim Broadbent

 

THEMA NAINS ET GÉANTS

Imaginés par la romancière Mary Norton en 1952, les Borrowers (« Chapardeurs » en français) sont des humanoïdes d’une quinzaine de centimètres de haut qui vivent parallèlement aux êtres humains et leur empruntent régulièrement des objets divers pour équiper leurs appartements miniatures de fortune. Après maintes tentatives d’adaptations cinématographiques depuis la fin des années 50, les romans racontant les aventures des Borrowers sont transposés sur le petit écran en 1972, via un téléfilm copieusement récompensé qui ne donnera naissance que 17 ans plus tard à une série télévisée à son tour maintes fois primée. Mais il faudra attendre la fin des années 90 pour que le cinéma se lance enfin dans une adaptation à grand spectacle du petit monde des Borrowers, en bénéficiant des dernières avancées technologiques dans le domaine des effets spéciaux numériques. Pour mettre en scène cette fantaisie exubérante, Steven Spielberg est le premier réalisateur envisagé. Mais l’humour balourd du scénario ne séduit guère le cinéaste, de toute façon accaparé à l’époque par Le Monde perdu : Jurassic Park. Robert Zemeckis passe son tour lui aussi, et c’est finalement Peter Hewitt (Les Folles aventures de Bill et Ted) qui se retrouve derrière la caméra.

Le scénario du film se déroule dans des années 50 fantaisistes propices à plusieurs matte-paintings numériques de toute beauté dans lesquels les buildings cyclopéens de la ville sont arpentés par des ballons dirigeables en tous genres. L’histoire tourne autour d’une famille de Borrowers, Pod, Homily et leurs enfants Arrietty et Peagreen, qui vit dans une maison humaine habitée par Joe, Victoria et leur fils Pete. Les Borrowers, par définition, ne doivent jamais être vus par les humains. Mais la minuscule Arrietty commet une imprudence, et le jeune Pete la surprend. Ils sympathisent, et le « z’humain » explique à la chapardeuse que leur maison va tomber entre les mains de l’infâme Ocious Potter (alias le toujours excellent John Goodman, après qu’une ribambelle d’autres acteurs aient été envisagés avant lui, de Bill Murray à Christopher Lloyd en passant par Steve Martin, Chevy Chase, Bob Hoskins, Joe Pesci, Danny DeVito, Rowan Atkinson, Robin Williams, Tim Allen ou encore Alan Rickman). Le jour du déménagement, la famille des Borrowers est emmenée en secret par Pete, mais Arrietty et Peagreen tombent du camion, et pour eux s’amorce bien vite un remake très mouvementé de Chérie, j’ai rétréci les gosses.

Little Big Men

S’il s’inspire de l’univers créé par Mary Norton, le long-métrage de Peter Hewitt se construit autour d’un scénario original qui ne provient d’aucun livre en particulier et invente de toutes pièces plusieurs personnages. Annoncé fièrement par les producteurs comme le plus grand film familial jamais tourné en Angleterre depuis Chitty Chitty Bang Bang, Le Petit monde des Borrowers nous en donne effectivement pour notre argent, multipliant les séquences spectaculaires et jouant en virtuose avec les jeux d’échelles par l’entremise d’effets visuels très inventifs. Décors surdimensionnés, incrustations habiles, perspectives forcées, accessoires miniatures, tous les moyens sont bons pour muer le film en véritable parc d’attractions mouvementé déclinant à loisir les possibilités offertes par la taille minuscule de ses protagonistes et par leur environnement transformé en parcours du combattant vertigineux. Revers de la médaille : au-delà du divertissement immédiat assorti de petits clins d’œil amusants (aux « Voyages de Gulliver », à L’Indien du placard), l’histoire elle-même reste très anecdotique et ne sollicite que très modérément l’implication des spectateurs. La version animée qu’en tirera en 2010 le studio Ghibli, Arrietty, le petit monde des chapardeurs, se révèlera beaucoup plus mémorable. On note que la BBC produira en 2011 une autre variante, Le Mini Noël des Borrowers, sous la direction de Tom Harper.

 

© Gilles Penso


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L’ATTAQUE DE LA PIN-UP GÉANTE (1995)

Une aspirante au prix de la « pin-up de l’année » ingurgite des hormones expérimentales et se mue en bimbo de 18 mètres de haut !

ATTACK OF THE 60 FOOT CENTERFOLDS

 

1995 – USA

 

Réalisé par Fred Olen Ray

 

Avec J.J. North, Ted Monte, Raelyn Saalman, Tammy Parks, Tim Abell, Jay Richardson, John Lazar, Michelle Bauer

 

THEMA NAINS ET GÉANTS

Réalisé deux ans après L’Attaque de la femme de 50 pieds de Christopher Guest, lui-même remake au second degré de l’inénarrable Attack of the 50-foot Woman de Nathan Juran, L’Attaque de la pin-up géante est une production Roger Corman budgétée à moins de 300 000 dollars. Cette minuscule enveloppe n’empêche pas le réalisateur Fred Olen Ray, habitué à l’économie des séries B, de voir grand. « J’ai été attiré par ce projet parce que c’était le seul film à ma connaissance, à l’exception du Village des géants, dans lequel seraient mis en scène deux êtres humains gigantesques en train de se battre », avouait-il. « C’était un peu comme dans La Guerre des monstres. J’aimais beaucoup l’idée de montrer le combat de deux femmes géantes en plein Hollywood. Après avoir expliqué à Roger Corman ce que j’avais en tête, la pression est devenue forte parce qu’il fallait que je trouve le moyen d’y parvenir » (1). Effectivement, impossible de se payer des effets spéciaux haut de gamme et des trucages numériques dernier cri. Olen Ray opte donc astucieusement pour des perspectives forcées et des accessoires miniatures et obtient grâce à ces techniques peu coûteuses des résultats globalement très efficaces. Pour le reste, il mise principalement sur le charme de son actrice principale.

Pour remporter le prix prestigieux de la « Pin-Up de l’année », l’ambitieuse Angel (J.J. North) décide d’ingurgiter des hormones expérimentales dans le secret le plus absolu. « Notre traitement d’embellissement agit sur la croissance des cellules » lui promet le médecin qui s’occupe d’elle. Or les rats sur lesquels il faisait des expériences sont devenus des mutants géants (autrement dit des acteurs dans des costumes en peluches très drôles à défaut d’être convaincants) et l’un d’eux vient de s’échapper. Pendant un week-end organisé chez le patron de la compagnie Plaything se déroule la compétition visant à déterminer qui remportera le titre. Mais le matin de la séance photo qui doit se dérouler sur la plage, Angel se réveille en retard avec une terrible gueule de bois. Elle ingurgite alors tout le stock d’hormones en une seule prise, persuadée que les choses vont s’arranger d’elles-mêmes. Bien sûr, c’est le contraire qui se produit. Après une première étape de mutation où son visage se transforme furtivement en celui d’un monstre (via un effet de morphing), notre blonde ingénue se métamorphose en créature de rêve… de 18 mètres de haut !

La guerre des bikinis

Bourré de clins d’œil, L’Attaque de la pin-up géante se paie bon nombre de références cinéphiliques (un certain monsieur Griffin au visage couvert de bandelettes dans une salle d’attente, un magazine consacré aux films de la Hammer, la reprise de l’effet du verre d’eau de Jurassic Park avec une bouteille de bière qui tremble dans une voiture à l’approche de la géante) et se laisse même aller à l’humour nonsensique cher au trio Zucker-Abrahams-Zucker, notamment avec cette fille encombrée d’une tonne de bagages qui voit son chemin jonché d’obstacles de plus en plus improbables. Affublé de personnages caricaturaux (le photographe beau gosse qui drague toutes les filles, l’émule de Hugh Heffner, le stagiaire maladroit, le savant improbable, le dératiseur macho), d’acteurs sans finesse, d’une mise en scène pataude, d’une musique synthétique pompière et d’une esthétique de film érotique bon marché, L’Attaque de la pin-up géante se laisse pourtant déguster sans trop de déplaisir, grâce à sa bonne humeur communicative et totalement décomplexée. Quelques guest-stars y pointent le bout de leur nez, comme Russ Tamblyn en pompiste témoin d’une apparition d’OVNI ou Forrest J. Ackerman en figurant déguisé en Dracula, et tout s’achève comme il se doit par un affrontement entre la gentille géante en bikini blanc et sa méchante rivale en bikini noir au beau milieu de Hollywood Boulevard.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans « Femme Fatales » en 1995.

 

© Gilles Penso

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CHÉRIE, J’AI AGRANDI LE BÉBÉ (1992)

Après avoir rétréci ses enfants, Wayne Szalinski poursuit les maladresses et transforme son tout jeune fils en géant incontrôlable…

HONEY, I BLEW UP THE KID

 

1992 – USA

 

Réalisé par Randal Kleiser

 

Avec Rick Moranis, Marcia Strassman, Amy O’Neill, Robert Oliveri, Daniel Shalikar, Joshua Shalikar, Lloyd Bridges

 

THEMA NAINS ET GÉANTS

À l’époque où Stuart Gordon, Brian Yuzna et Ed Naha écrivent l’histoire de Chérie, j’ai rétréci les gosses, deux autres auteurs (Gary Goodrow et Peter Elbling) travaillent sur un scénario parallèle sans rapport : Big Baby, l’histoire d’un bébé devenant géant à cause d’un rayon de croissance et semant la panique dans Las Vegas. Séduit par cette idée, Stuart Gordon prend une option sur l’histoire et propose les deux projets aux studios Disney, qui jettent leur dévolu sur Chérie, j’ai rétréci les gosses. Gros succès public et critique, le film de Joe Johnston pousse naturellement Disney à envisager une suite. C’est là que Big Baby, jusqu’alors laissé dans un tiroir, redevient d’actualité, à condition de revoir le script de fond en comble pour le raccorder avec l’histoire de Wayne Szalinski et de sa famille. Ainsi est né Chérie, j’ai agrandi le bébé. Pour la mise en scène, on envisage logiquement de rappeler Johnston (qui est alors accaparé par son second film, Rocketeer) ou de solliciter Stuart Gordon (qui passe son tour, de peur que Disney ne lui laisse pas les mains libres, tout en restant attaché au film en tant que producteur exécutif). C’est donc Jeremiah Chechnik qui est engagé, sur la foi de sa comédie à succès Le Sapin a les boules (quel magnifique titre français !). Mais notre homme manque d’expérience dans les effets spéciaux et propose des idées beaucoup trop coûteuses. Remercié en cours de pré-production, Chechnik cède le pas à Randal Kleiser, dont la filmographie (Grease, Le Lagon bleu, Le Vol du navigateur, Big Top Pee-Wee, Croc-Blanc) rassure les costumes-cravate de chez Disney.

Toujours incarné par l’irrésistible Rick Moranis, Wayne Szalinski a trouvé un emploi dans un grand laboratoire du Nevada. Retiré d’un projet de rayon laser agrandissant les molécules, il tente malgré tout une expérience sur le lapin en peluche de son fils Adam. Mais en voulant récupérer son jouet favori, Adam subit un bombardement de particules et grandit en quelques secondes de plusieurs centimètres. Exposé un peu plus tard aux rayonnements d’un four à micro-ondes et d’un téléviseur, le bébé atteint d’un coup la taille impressionnante de trois mètres. A peine troublé par sa mutation, il défonce tranquillement la porte d’entrée et s’enfuit de la maison, semant la panique dans le quartier. Après être passé sous une ligne à haute tension, Adam franchit la barre des quinze mètres et continue de trotter allègrement à travers le désert, direction Las Vegas. Complètement affolé, Wayne ressort alors sa vieille machine à rétrécir et se lance avec son épouse Diane (Marcia Strassman) à la poursuite du bambin géant.

Le fantastique bébé colosse

Alors que Chérie, j’ai rétréci les gosses s’affirmait comme une variation comique autour du thème de L’Homme qui rétrécit, sa suite semble proposer, à l’inverse, une version burlesque du Fantastique homme colosse (référence avouée des premiers auteurs du script). Hélas, l’inventivité, la spontanéité et le grain de folie rafraîchissants du film de Joe Johnston ne sont plus vraiment d’actualité dans cette suite qui cherche un peu mécaniquement à capitaliser sur les mêmes ingrédients. En effet, une fois le postulat annoncé (le bébé lâché dans la nature grandit sans cesse au contact des rayons électromagnétiques), le scénario tourne en rond et tente d’enchaîner un maximum de gags et de situations cocasses tout au long des 90 minutes imparties. Le film procède alors par accumulation, multipliant à l’écran les foules, les voitures de police, les militaires, les journalistes, confinant donc à l’indigestion avec – pour couronner le tout – une bonne tartine de valeurs américano-puritaines lourdement assénées aux spectateurs. La bande originale de Bruce Broughton, moins jazzy que celle de son prédécesseur James Horner, abonde dans le sens de la surenchère sirupeuse. Restent les séquences d’effets spéciaux inventives, qui combinent avec habileté les perspectives forcées, les incrustations (pas toujours réussies) et même quelques images de synthèse. La saga se poursuivra sur le petit écran avec le téléfilm Chérie, nous avons été rétrécis et la série Chérie, j’ai rétréci les gosses en 1997.

 

© Gilles Penso


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LE VILLAGE DES GÉANTS (1965)

Huit teenagers turbulents consomment un aliment expérimental qui les transforme en colosses de six mètres de haut…

VILLAGE OF THE GIANTS

 

1965 – USA

 

Réalisé par Bert I. Gordon

 

Avec Tommy Kirk, Johnny Crawford, Beau Bridges, Ron Howard, Joy Harmon, Robert Random, Tisha Sterling, Charla Doherty

 

THEMA NAINS ET GÉANTS

Bert I. Gordon est le roi du gigantisme. Obsédé par la disproportion (celle des reptiles dans Le Roi des dinosaures, des sauterelles dans Le Début de la fin, des araignées dans The Spider, des humains dans Le Cyclope, Le Fantastique homme colosse et Le Retour de l’homme colosse), ce cinéaste atypique porte bien ses initiales, qui lui valurent le surnom légitime de « Mister Big ». Au milieu des années 60, il s’attaque à une histoire d’Herbert George Wells, « La Nourriture des dieux », qu’il revisite de fond en comble pour l’adapter à ses goûts, aux mœurs des sixties et au jeune public massé dans les drive-in de l’époque. Paru en 1904, le roman de Wells raconte les conséquences alarmantes d’un aliment inventé par deux scientifiques qui modifie la courbe de croissance des êtres vivants et leur fait atteindre une taille phénoménale. Filmé en « Perceptovision » (un terme fantaisiste destiné à appâter le chaland), Le Village des géants met en scène un grand nombre de jeunes acteurs dont les parents sont déjà établis à Hollywood, comme Tisha Sterling (la fille de Rod Serling), Toni Basil (la fille de Louis Basil), Tim Rooney (le fils de Mickey Rooney) ou Beau Bridges (le fils de Lloyd Bridges). « Lorsque j’ai fait ce film, j’avais 18 ou 19 ans et j’ai pris tout cela très au sérieux », se souvient ce dernier. « J’étais persuadé que ce rôle allait me transformer en porte-parole de ma génération. Quand on revoit ça aujourd’hui, il faut avouer que c’est un peu embarrassant » (1).

Le scénario, dépourvu de la moindre demie-mesure, raconte l’aventure de huit teenagers turbulents et fêtards qui rencontrent dans la petite ville imaginaire de Hainesville, en Californie, un jeune garçon surnommé « Genius ». En jouant avec son kit de chimie dans son sous-sol, l’ado à lunettes crée accidentellement une substance qu’il nomme « Goo » (« gelée ») et qui, lorsqu’elle est consommée, fait grossir des animaux, dont un chien, un chat et deux canards, jusqu’à ce qu’ils atteignent une taille gigantesque. En découvrant cet incroyable phénomène, la bande des huit subtilise un échantillon du « Goo » et décide de l’avaler. L’effet ne tarde pas à se faire sentir : tous atteignent une taille de six mètres de haut et commencent à semer la panique dans la ville, bien décidés à en prendre le contrôle à faisant fi de toute autorité…

Poussée de croissance

Baigné en permanence dans l’ambiance rock’n roll qu’affectionne tant le cinéaste (comme dans The Spider), Le Village des géants enchaîne les séquences folles, comme un personnage escaladant la poitrine volumineuse d’une adolescente gigantesque ou des motocyclistes attrapant au lasso les jambes de l’un des teenagers colossaux. Les effets spéciaux utilisent les traditionnelles rétro-projections ainsi que des mains et des pieds géants à la sculpture très évasive. Malgré le joyeux grain de folie qui l’anime, le treizième long-métrage de Gordon est loin de s’avérer passionnant. On finit même par s’y ennuyer ferme, presque autant que les huit géants blasés par leur nouveau statut de quasi-dieux. Pour l’anecdote, on note que « Genius », le gamin à l’origine du gigantisme du film, est interprété par Ron Howard, future vedette de Happy Days et futur réalisateur de Willow donnant la vedette à… des nains ! Onze ans plus tard, Gordon se lancera dans une nouvelle adaptation de « La Nourriture des dieux » avec Soudain les monstres, une sorte de « prequel » se concentrant sur le gigantisme d’animaux divers provoqué par un produit que des enfants finissent par avaler à leur tour au cours du dénouement. Malgré son succès limité, Le Village des géants a fini par générer un certain culte. Un extrait de sa bande originale, composé par Jack Nitzsche, est même devenu le thème principal de Boulevard de la mort de Quentin Tarantino.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans AV Club en janvier 2014.

 

© Gilles Penso

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IMAGINARY (2024)

Depuis qu’elle a emménagé avec sa famille dans une nouvelle maison, Alice a un ami imaginaire : un ours en peluche pas aussi mignon qu’il en a l’air…

IMAGINARY

 

2024 – USA

 

Réalisé par Jeff Wadlow

 

Avec DeWanda Wise, Taegen Burns, Pyper Braun, Betty Buckley, Tom Payne, Veronica Falcon, Samuel Salary, Matthew Soto, Alix Angelis, Wanetah Walmsley

 

THEMA JOUETS

Réalisateur du slasher Cry Wolf et de Kick-Ass 2, Jeff Wadlow est un habitué des productions Blumhouse pour lesquelles il a déjà mis en scène Action ou vérité et Nightmare Island. Il rempile cette fois-ci à l’occasion d’un projet au concept alléchant : Imaginary, qui détourne le principe des amis imaginaires pour les muer en entités démoniaques se nourrissant de l’imagination et de la créativité des enfants dans le but d’alimenter leur propre monstruosité. Wadlow écrit lui-même le scénario avec Greg Erb et Jason Oremland (La Princesse et la grenouille). Sur le papier, Imaginary est très prometteur. A l’écran, hélas, le château de cartes s’effondre lamentablement. C’est d’autant plus dommage que les prémices laissaient entrevoir le joli potentiel d’un tel film. Après une séquence de cauchemar introductive qui doit beaucoup à la saga Freddy Krueger, l’intrigue nous familiarise avec Jessica (DeWanda Wise, que nous avions vue faire face aux dinosaures de Jurassic World : le monde d’après). Auteur de livres pour enfant dont le héros est une araignée nommée Simon, elle a vécu un trauma d’enfance qui explique ses fêlures et son apparente fragilité. Sa mère étant décédée et son père ayant sombré dans la démence, elle a trouvé un certain équilibre en épousant Max (Tom Payne, le « Jesus » de The Walking Dead) qui lui-même traîne un certain passif. Sa première épouse est en effet internée dans un institut psychiatrique, ce qui a laissé un vide dans la vie de ses deux filles Alice et Taylor.

Le tableau étant dressé, l’histoire peut commencer. La famille recomposée emménage ainsi dans la maison d’enfance de Jessica. En fouillant dans la cave, Alice découvre un petit ours en peluche qu’elle baptise Chauncey et qui devient son ami imaginaire. Elle le trimballe partout avec elle, lui parle, l’écoute, le fait participer à ses dinettes et se lance dans une chasse au trésor dont il serait – selon elle – l’initiateur. Il s’agit de collecter toutes sortes d’objets, du plus innocent au plus effrayant. Le comportement de la petite fille se révélant de plus en plus étrange, voire dangereux, on décide de solliciter une psychologue qui s’efforce de comprendre le lien étrange en train de se nouer entre Alice et Chauncey. Or l’ourson en peluche n’est pas si innocent qu’il n’y paraît et cache bien son jeu derrière sa frimousse. Bientôt, la petite vie tranquille de tout ce beau monde va basculer dans le cauchemar…

Demonic Toy

Si nous sommes encore indulgents en début de métrage, tous disposés à jouer le jeu d’un scénario qu’on sent un peu mécanique mais plein d’intéressantes intentions, les choses vont bientôt de mal en pis. L’un des problèmes majeurs d’Imaginarium tient au traitement de ses personnages, tellement archétypaux et caricaturaux qu’ils semblent presque échappés d’une parodie. Il y a la petite fille qui s’appelle Alice (au cas où le public n’aurait pas compris l’allusion à la traversée du miroir) et qui nous joue rapidement un remake de Poltergeist, l’adolescente rebelle qui n’aime pas sa belle-mère et entend bien le lui faire savoir, le père qui disparaît purement et simplement du film à mi-parcours parce que les scénaristes n’ont plus besoin de lui et – cerise sur le gâteau – la vieille voisine qui sait tout et nous donne soudain d’interminables explications sur les esprits qui se cachent derrière les amis imaginaires (livre illustré à l’appui !). Le film ne cherche même plus à cacher ses ficelles au cours de sa seconde moitié, débitant les informations dans le but de donner aux protagonistes un mode d’emploi précis pour combattre le mal et muant tous les protagonistes en marionnettes au comportement invraisemblable. Le climax lui-même, censé nous offrir une vision de ce qu’est l’esprit d’un enfant imaginatif, est d’une désespérante platitude, exempt de la moindre idée visuelle novatrice. Dommage, il y avait tant à faire avec un tel sujet…

 

© Gilles Penso

 

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LOU COSTELLO ET LA BLONDE (1959)

Pour son dernier long-métrage, le binôme de Bud Abbott se la joue solo et transforme sa jolie fiancée en géante de dix mètres de haut…

THE 30-FOOT BRIDE OF CANDY ROCK

 

1959 – USA

 

Réalisé par Sidney Miller

 

Avec Lou Costello, Dorothy Provine, Gale Gordon, Jimmy Conlin, Charles Lane, Robert Burton, Will Wright, Lenny Kent, Ruth Perrott, Peter Leeds

 

THEMA NAINS ET GÉANTS

Techniquement, Lou Costello et la blonde n’est pas le seul long-métrage dans lequel l’acteur principal joue sans son comparse habituel Bud Abbott, puisque Costello fit ses débuts en tant que cascadeur et figurant à partir de la fin les années 20. Mais ce n’est qu’en formant son duo surnommé « Les deux nigauds » en France qu’il se transforma en star. Et depuis, les deux comparses ne se sont plus quittés. Lou Costello et la blonde fait donc office d’exception, puisque Costello se retrouve pour la première fois sans Abbott dans un film depuis son accès au vedettariat. Le titre franco-belge, un peu simpliste, cache The 30-Foot Bride of Candy Rock, autrement dit une sorte de remake loufoque du fameux Attack of the 50-Foot Woman réalisé l’année précédente par Nathan Juran. Costello y joue Artie Pinsetter, collectionneur de ferraille et inventeur amateur qui vit dans la ville de Candy Rock, au beau milieu du désert américain. Lorsque sa fiancée Emmy Lou Raven (la ravissante Dorothy Provine) est exposée à des radiations dans une grotte, elle se transforme aussitôt en une géante de dix mètres de haut. Soupçonnant son époux d’infidélité, la gigantesque fiancée pique une crise de jalousie et, en comprenant que son oncle magouille dans son dos, sème une petite panique en ville avant d’être prise en chasse par l’armée.

Auteurs de l’idée originale du film, Irving Block et Jack Rabin en signent aussi les effets visuels avec leur associé Louis DeWitt. Habitués tous les trois aux séries B de science-fiction à tout petit budget (Monster from Green Hell, Behemoth le monstre des mers, Viking Women and the Sea Serpent), ils donnent à Dorothy Provine la taille de King Kong par le biais d’une série de trucages sommaires qui n’entretiennent que très modérément l’illusion : retro-projections mal contrastées, incrustations affublées de liserés noirs, effets de cache qui tremblotent… Quelques belles visions surréalistes ponctuent tout de même le film, comme ce clair de lune où la belle vêtue d’un parachute repose lascive auprès de son minuscule mari, ou ce plan aérien censé être vu depuis un hélicoptère dans lequel son gigantisme nous saute aux yeux à travers un trou dans le toit d’une grange.

Chérie, je t’ai agrandie !

Force est de constater que les pitreries maladroites de Lou Costello, les caprices de son robot cul-de-jatte et la bonne bouille de son chien ne dérident que très occasionnellement le spectateur. Probablement atteints de folie en cours d’écriture, les scénaristes (cinq au total si l’on compte Rabin et Block) se laissent aller dans la dernière partie du film, au cours de laquelle nous assistons incrédules à un tir de missiles qui écrivent dans le ciel « I love you », à la transformation des protagonistes en soldats de la guerre de Sécession puis en hommes des cavernes, à l’envol de Costello dans le ciel aux côtés d’une nuée de canards, ou encore à la métamorphose de la belle en Lilliputienne avant qu’elle ne retrouve enfin sa taille réelle… sans qu’aucune raison logique ne vienne expliquer ces délires en cascades. Même si elles semblent bien innocentes aujourd’hui, les discrètes allusions sexuelles dont se pare le film furent jugées osées à l’époque, dans la mesure où les « Deux nigauds » avaient habitués le public à un humour familial et bon enfant. Lou Costello et la blonde sera le chant du cygne de son acteur principal, puisque Costello sera terrassé par une crise cardiaque cinq mois à peine avant la sortie du film en août 1959.

 

© Gilles Penso


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