TERREUR À DOMICILE (1983)

Seul dans son appartement, un homme lutte contre un énorme rat qui semble avoir décidé de lui faire vivre un cauchemar

OF UNKNOWN ORIGIN

1983 – USA / CANADA

Réalisé par George Pan Cosmatos

Avec Peter Weller, jennifer Dale, Lawrence Dane, Kenneth Welsh, Louis DelGrande, Shannon Tweed, Keith Knight, Maury Chaykin

THEMA MAMMIFERES

Deux ans avant de diriger Sylvester Stallone dans Rambo 2 : la Mission et Cobra, George Pan Cosmatos osait cet audacieux thriller d’épouvante. Inspiré du roman « The Visitor » de Chauncey Parker et tourné au Canada, Terreur à domicile (connu aussi chez nous sous le titre D’origine inconnue) s’attache à décrire le retour progressif de l’être humain à l’état animal pour peu que celui-ci se sente agressé sur son propre territoire. Tout commence dans le meilleur des mondes. Bart Hughes (Peter Robocop Weller) est un homme comblé. Sa femme est belle (Shannon Tweed, faisant ici ses débuts d’actrice), son fils adorable, son métier plein d’avenir, et son appartement new-yorkais est un petit bijou qu’il a entièrement aménagé de ses propres mains, centimètre par centimètre, avec une minutie frôlant la maniaquerie. Cet état des lieux étant trop beau pour durer, tout bascule au moment où femme et enfant s’évadent pour quelques jours de vacances. Dès lors, Bart découvre avec répulsion qu’un rat rôde quelque part dans son appartement.

Après avoir essayé en vain les pièges à souris, le poison et même un chat, notre homme doit se rendre à l’évidence : son envahisseur n’est pas un rongeur comme les autres. C’est un spécimen atteignant quasiment la taille d’un chat, féroce, intelligent, à la force inhabituelle et à la malice redoutable. Qui plus est, c’est une femelle, et lorsque Bart tue par mégarde ses petits, la bête devient folle furieuse. Dès lors, un duel sans merci oppose l’homme à l’animal, un duel à mort dont un seul adversaire sortira vivant, ce que nous confirment deux références ouvertement citées dans le film : « Moby Dick », que lit l’infortuné héros, et « Le Vieil Homme et la Mer », dont on peut voir des extraits sur son téléviseur. Peu à peu, notre yuppie propre sur lui, en costume cravate impeccable, qui brille en société et gravit les échelons professionnels, se met à basculer.

L'homme et la bête

Son obsession pour les rats nous vaut la savoureuse séquence d’un dîner mondain au cours duquel il glace l’ambiance en énumérant tous les méfaits que les rongeurs ont apportés à l’humanité (et précisant au passage qu’en moins de trois ans, un couple de rat peut donner naissance à vingt millions d’individus !). Puis il se dégrade physiquement, avant de s’armer de pied en cap pour l’affrontement final, façon Mad Max : un casque de spéléologue sur la tête, une batte de base-ball hérissée de pics acérés à la main, des gants de footballer, des protège-tibias… Le voilà prêt à en découdre, quitte à saccager son si bel appartement pour ne pas entacher son amour-propre et sa fierté d’humain dominant. Le jeu de Peter Weller, véritablement habité par son personnage, n’est pas le moindre atout de cette surprenante variante sur le thème de l’attaque animale. D’autant que le metteur en scène a redoublé d’ingéniosité pour concocter d’étonnantes prises de vues du rongeur, déambulant partout, rongeant tout ce qui passe sous ses dents et attaquant sans relâche son ennemi juré. En 1983, Terreur à domicile fut sacré meilleur film – et Peter Weller meilleur acteur – lors du légendaire Festival International du Film Fantastique de Paris.


© Gilles Penso

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LA MAIN DU CAUCHEMAR (1981)

Dans le second long-métrage d'Oliver Stone, Michael Caine est hanté par sa main coupée qui semble animée d'une vie autonome… et meurtrière !

THE HAND

1981 – USA

Réalisé par Oliver Stone

Avec Michael Caine, Andrea Marcovici, Annie McEnroe, Bruce McGill, Viveca Linfors, Rosemary Murphy, Mara Hobel, Pat Corley

THEMA MAINS VIVANTES

Sept ans séparent les deux premiers longs-métrages d’Oliver Stone. Si le cinéaste rattache volontiers Seizure au genre horrifique, La Main du cauchemar correspond plus selon lui à la catégorie « thriller psychologique », comme l’était le roman de Marc Brandell dont il s’inspire. Il faut dire qu’entre-temps, Stone fut oscarisé pour le scénario de Midnight Express et ne souhaitait plus se contenter d’un « shocker » au premier degré. La Main du cauchemar raconte l’histoire tragique de Jonathan Lansdale (Michael Caine), un auteur de bandes dessinées qui chérit tout particulièrement le personnage de Mandro, un héros brutal qui s’inspire de l’univers de Robert Howard (ce qui n’est pas fortuit, puisque Stone est le co-auteur avec John Milius du scénario de Conan le barbare). La vie de Lansdale bascule le jour où, dans un accident de voiture, sa main droite est tranchée par un camion. Transporté d’urgence à l’hôpital, il se remet du choc, mais sa main étant introuvable, aucune greffe n’est envisageable. Le dessinateur doit donc se rabattre sur une prothèse articulée, et sa carrière est sérieusement compromise.

Après avoir refusé de confier les dessins de Mandro à un jeune artiste pour ne s’occuper que des scénarios, Jonathan accepte un poste d’enseignant en Californie. Sa vie de couple, déjà mal en point, n’en ressort guère grandie. D’autant que notre homme, isolé dès lors dans une cabane digne d’Evil Dead, se met à coucher avec Stella (Annie McEnroe), l’une de ses étudiantes. Mais là n’est pas le plus grave. Jonathan est en effet frappé de visions récurrentes depuis son amputation : celles de sa main coupée qui rampe et assassine sauvagement tous ceux qui lui font obstacle. S’agit-il d’hallucinations post-traumatiques ? Très probablement… Mais dans ce cas, comment expliquer la disparition de tous ceux que Jonathan a vu se faire occire par la « bête aux cinq doigts » ?

Un malaise durable…

Soucieux de doter La Main du cauchemar d’une crédibilité psychologique maximale, Oliver Stone sollicita les conseils éclairés du professeur en psychiatrie Stuart Lerner. De fait, la schizophrénie apparente de Jonathan Lansdale semble plus vraie que nature, servie par des effets de mise en scène qui font mouche (l’image vire au noir et blanc lors de ses moments d’absence, des flashs lumineux éclairent son visage pendant ses crises), par des séquences hallucinatoires marquantes (une poignée de douche ou un poulet rôti se transforment furtivement en griffe crispée, une main géante traverse une vitrine et l’empoigne), et surtout par le jeu tourmenté de Michael Caine. Parfait dans le rôle de ce « tueur par procuration », Caine est un choix de casting fort intelligent, bien que Stone ait d’abord envisagé Jon Voigt et Christopher Walken dans le rôle. Quant aux effets spéciaux mécaniques de Carlo Rambaldi, ils s’avèrent très performants et nous offrent les visions de cauchemar promises par le titre français : recouverte d’insectes, la main morte se ranime dans l’herbe, rampe sinistrement aux alentours, puis agresse tous les indésirables. Ambigü et troublant, l’épilogue, variante de celui de Psychose, laisse une sensation de malaise durable…

 

© Gilles Penso

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LES CHRONIQUES DE RIDDICK (2004)

Le deuxième volet des aventures du héros de Pitch Black prend une dimension épique et spectaculaire

THE CHRONICLES OF RIDDICK

2004 – USA

Réalisé par David Twohy

Avec Vin Diesel, Colm Feore, Karl Urban, Thandie Newton, Alexa Davalos, Keith David, Judi Dench   

THEMA SPACE OPERA I EXTRA-TERRESTRES I FUTUR I SAGA RIDDICK

Co-écrit avec Jim et Ken Wheat d’après leur histoire originale, le Pitch Black de David Twohy a bénéficié d’un bouche-à-oreille encourageant, lié à ses indéniables qualités intrinsèques mais aussi à la présence de Vin Diesel (devenu superstar entretemps). Une aubaine sur laquelle le cinéaste et son acteur vont rebondir, persuadant Universal d’allouer, quatre ans plus tard, un budget confortable en vue d’une suite plus ambitieuse écrite et supervisée par Twohy uniquement. Ce sera Les Chroniques de Riddick ! Le titre annonce la couleur : si l’opus précédent était un survival doté d’une galerie homogène de portraits, la seule figure de Riddick portera désormais la franchise et lui donnera même son nom. Le criminel fugitif se trouve maintenant aux prises avec ni plus ni moins que l’armée la plus importante et meurtrière de l’univers : le peuple Necromonger dont la seule raison d’être est de détruire les mondes qui se trouvent sur son passage et d’en convertir les autochtones. Dans une course effrénée qui le fera notamment passer par la case prison sur la planète Crematoria (superbe séquence de course contre le soleil – clin d’œil savoureux à Pitch Black), Riddick se révélera être le seul obstacle susceptible de stopper la marche dévastatrice des Necromongers… ou pas !

Twohy et Diesel (très impliqué en amont dans les aventures de son personnage) voient les choses en grand : ils conçoivent un véritable space opera et inventent pour l’occasion la mythologie de Furya, planète d’origine de Riddick dont il serait l’unique survivant, afin de consolider l’aura légendaire du héros. Choisissant d’assumer totalement la dimension de grand spectacle hollywoodien, mais sans renier pour autant le style graphique et brutal du premier film, ces deux préoccupations inspirent à Twohy un mélange fascinant entre Star Wars et  Conan le barbare, qui tend à rejoindre les méthodes formelles de Lucas pour la création de son univers (on voyage de décor en décor, chacun possédant ses propriétés naturelles donc esthétiques) et va jusqu’à calquer son final sur ceux de John Milius (Conan mais aussi Apocalypse Now). Quoi qu’on en pense, ces Chroniques restent un objet unique dans l’histoire du cinéma de science-fiction, débordant d’images iconiques, de bruit, de fureur, et plein d’une inventivité visuelle roborative – au même titre que le Dune tant décrié et néanmoins singulier de David Lynch.

Une saga stoppée en plein vol

Malheureusement, l’accueil critique et public n’est pas au rendez-vous et le projet d’une flamboyante saga spatiale se trouve étouffé dans l’œuf, alors que les derniers plans laissaient présager des péripéties incroyables à venir ! Un moyen-métrage d’animation (Les Chroniques de Riddick : Dark Fury) fut néanmoins produit dans la foulée, ainsi que deux jeux vidéo de grande qualité qui suscitèrent nettement plus l’adhésion… La ténacité ne faisant toutefois pas défaut au tandem Twohy/Diesel, c’est en revoyant leurs aspirations à la baisse qu’ils parviennent, neuf ans plus tard, à proposer un nouvel opus moins coûteux, permettant à Riddick de continuer à vivre sur les écrans. Les fans de blockbusters en seront peut-être pour leurs frais, mais les puristes de la première heure apprécieront sans doute de retrouver l’antihéros rude et solitaire de Pitch Black, naguère édulcoré par les contraintes d’une production plus ample. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les deux bonhommes sont attachés à leur créature, et tiennent plus que jamais à contenter ses fans ! 


© Morgan Iadakan

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GINGER SNAPS (2000)

John Fawcett se sert de la lycanthropie comme métaphore de la puberté et des premiers émois sexuels…

GINGER SNAPS

2000 – USA / CANADA

Réalisé par John Fawcett

Avec Emily Perkins, Katharine Isabelle, Kris Lemche, Mimi Rogers, Jesse Moss, Danielle Hampton, John Bourgeois

THEMA LOUPS-GAROUS

Avec beaucoup d’audace, le scénario de Ginger Snaps associe le phénomène de la lycanthropie aux inquiétudes des premiers émois sexuels, en prenant pour héroïnes Ginger et Brigitte Fitzgerald, deux sœurs adolescentes mal dans leur peau, rejetées par leurs camarades lycéens, et dont les premières règles tardent désespérément à se manifester. En guise de distractions, elles simulent régulièrement leur propre mort, avec une préférence pour les mises en scène les plus spectaculaires et les plus sanglantes (on pense alors à l’excellent Harold et Maude d’Hal Ashby). Parallèlement, dans le coquet quartier résidentiel qu’elles habitent, un tueur de chiens sème une petite panique. S’agit-il d’un homme ou d’un animal ? Nul ne le sait… Jusqu’à ce que Brigitte et Ginger, en pleine promenade nocturne, soient agressées par le tueur, qui ressemble à une bête sauvage enragée. Malin, le réalisateur John Fawcett ne nous permet jamais de voir la créature distinctement, usant avec habileté d’un montage nerveux et de cadrages très serrés. Mordue par la bête, qui s’avère bien vite être un loup-garou, Ginger va subir une lente et pénible mutation.

Car dans Ginger Snaps, comme dans La Mouche de David Cronenberg, la lycanthropie se manifeste via une métamorphose très progressive, étalée sur plusieurs journées. Les poils abondent peu à peu, les griffes s’allongent, les dents se font plus acérées, les yeux brillent… A travers la vision féminine de sa scénariste Karen Walton, Ginger Snaps use de l’état de loup-garou comme une triple métaphore du début du cycle menstruel, de la perte de la virginité et des maladies vénériennes. Ainsi la lycanthropie est-elle ici sexuellement transmissible, ses premiers symptômes s’approchant d’ailleurs de ceux de la syphilis. Proche de Carrie, avec lequel il présente plusieurs similitudes, Ginger Snaps prolonge la hardiesse de Hurlements, qui se contentait la plupart du temps de suggérer le parallèle lycanthropie/sexualité, et ose traiter frontalement une thématique à côté de laquelle passait complètement le maladroit La Louve Sanguinaire.

Un point de vue féminin et adolescent

Toujours en quête de modernisation d’un mythe habituellement ancré dans la tradition, le film montre ses héroïnes tenter d’endiguer la malédiction à l’aide d’un piercing en argent, mais rien n’y fait, et Ginger atteint le stade ultime de sa métamorphose sous forme d’un monstre quadrupède qui évoque celui du Loup-Garou de Londres, le pelage en moins. Une fois de plus, le metteur en scène joue habilement de la lumière et du découpage, aidé par une magnifique photographie de Thom Best et par un storyboard de Vincenzo Natali, devenu célèbre en réalisant Cube. Finalement, Brigitte tentera de créer un antidote pour sa sœur en extrayant le produit de fleurs d’aconit, à l’aide d’un dealer qui fait ici figure de héros positif, inversant du même coup les valeurs établies du monde adulte, définitivement exclu de ce récit adolescent au dénouement triste et pathétique. Une séquelle et une préquelle succéderont quatre ans plus tard à cet excellent exercice de style, respectivement réalisées par Brett Sullivan (Ginger Snaps Unleashed) et Grant Harvey (Ginger Snaps Back : the Beginning).


© Gilles Penso

 

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MALEVIL (1980)

Un film post-apocalyptique tiré d'un roman de Robert Merle, d'autant plus inquiétant qu'il est sobre et réaliste

MALEVIL

1980 – FRANCE

Réalisé par Christian de Chalonge

Avec Jacques Villeret, Jean-Louis Trintignant, Jacques Dutronc, Michel Serrault, Robert Dhéry, Hanns Zischler

THEMA FUTUR I CATASTROPHES

S’appuyant librement sur un roman écrit en 1972 par Robert Merle, Christian de Chalonge nous propose avec Malevil une vision très personnelle de ce que pourrait être le monde rural après l’apocalypse. Très réaliste, évacuant tout glamour et tout héroïsme archétypal, le film prend place dans un petit village français digne d’une image d’Epinal. Emmanuel (Michel Serrault), le maire, discute plans d’urbanisation, distribution de courrier et dégustation de vin avec six hommes et une vieille femme réunis dans sa cave. Soudain une gigantesque explosion retentit au-dehors, suivie d’une immense vague de chaleur. Lorsqu’ils osent enfin mettre le nez dehors, tous les sept réalisent que le village s’est mué en amas de ruines fumantes. Tous les habitants et une bonne partie des animaux sont morts calcinés. Au cours des jours suivants, la survie commence à s’organiser. Tandis que Momo (Jacques Villeret), un attardé de 32 ans, ramène parmi leur petit groupe Evelyne (Pénélope Palmer), une jeune fille réfugiée dans une grotte devenue aveugle suite à l’éclair mystérieux, l’électricien Colin (Jacques Dutronc) essaie de fabriquer un émetteur afin de communiquer avec d’éventuels autres survivants.

Un dilemme moral commence à se poser lorsque des affamés viennent piller leur champ de blé. Pour sauvegarder leurs vivres, nos rescapés abattent trois de ces indésirables. Ont-ils eu raison ? N’ont-ils pas agi à la manière des naufragés sur un radeau qui coupent les mains de ceux qui veulent monter à bord avec eux ? Un jour, ils découvrent que non loin d’eux, dans un train abandonné au fond d’un tunnel, une autre communauté existe, dirigée d’une poigne de fer par Fulbert (Jean-Louis Trintignant), surnommé « le directeur ». Cette microsociété n’a pas grand rapport avec la leur, d’autant que l’autorité semble tout y régir et que les femmes sont obligées de s’accoupler avec les hommes pour procréer et repeupler la planète. Ce qui devait arriver arrive : les deux clans s’affrontent et s’entretuent, en un terrible constat de l’indécrottable stupidité de la nature humaine. 

L'apocalypse vue depuis la campagne française

Malevil présente ainsi l’originalité de nous montrer le point de vue des gens simples sur un cataclysme planétaire, de nous décrire un futur hyper-réaliste et terriblement familier, de nous laisser envisager une apocalypse ô combien plausible (jamais le mot nucléaire n’est d’ailleurs prononcé, et la véritable nature de la catastrophe demeure indéterminée, tout comme dans le livre qui se contente d’évoquer « l’événement »). La mise en scène, tirant son efficacité de sa simplicité, sait ménager de la place pour que l’atmosphère s’installe et pour que les comédiens – tous excellents – s’expriment librement. La musique de Gabriel Yared y est rare et discrète, et le vent sature bien souvent la bande son. Lorsque s’installe enfin un retour au calme, une intrusion brutale et inattendue du modernisme vient violer ce cadre naturel atemporel, brisant net la liberté symbolisée par un cheval galopant seul sur une étendue déserte, et laissant Malevil s’achever sur une note amère et désillusionnée. Malgré les qualités du film, Robert Merle n’y retrouva pas l’esprit de son roman et demanda le retrait de son nom au générique, lequel se contente donc de mentionner : « d’après un roman publié aux éditions Gallimard ».

 

© Gilles Penso

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MEURTRES SOUS CONTRÔLE (1976)

Du jour au lendemain, des individus se mettent à assassiner des inconnus parce que “Dieu le leur a ordonné”…

GOD TOLD ME TO / DEMON !

1976 – USA

Réalisé par Larry Cohen

Avec Tony Lo Bianco, Deborah Raffin, Sandy Dennis, Sylvia Sidney, Sam Levene, Robert Drivas, Richard Lynch

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Homme à tout faire spécialisé dans la série B, Larry Cohen a toujours su développer des scénarios fascinants malgré des moyens souvent ridicules. Dans le cas de Meurtres sous contrôle, le sujet est tellement fort et tellement surprenant que les déficiences de la réalisation (cadrages approximatifs, éclairages pauvres, montage malhabile) n’en amenuisent pas pour autant l’impact. Posté en haut d’un immeuble, un homme abat plusieurs personnes au fusil à lunette. L’inspecteur Peter Nicholas (Tony Lo Bianco, dont Cohen avait fortement apprécié la prestation dans Les Tueurs de la lune de miel) parvient jusqu’à lui et tente de le raisonner. L’homme est serein et semble sain d’esprit. Mais lorsque Peter lui demande ce qui l’a conduit à commettre ces meurtres, l’homme lui répond : « Dieu me l’a ordonné ». Et il se jette dans le vide.

Peu de temps après, sans raison apparente, un homme tranquillement installé devant sa télé s’en va poignarder plusieurs personnes dans un supermarché. La réponse qu’il fait avant de mourir est : « Dieu me l’a ordonné ». Les événements de ce type se multiplient. Peter, qui vit entre son épouse et sa maîtresse, est d’autant plus affecté par cette affaire qu’il est très croyant. L’histoire s’amorce ainsi sous la forme d’un récit policier, vire peu à peu au fantastique mystique, puis bascule littéralement dans la science-fiction pure. Car l’enquête de Peter le mène jusqu’à un étrange jeune homme blond, aperçu en compagnie de plusieurs des meurtriers, qui n’est inscrit sur aucun registre civil. Or les attributs christiques de cet individu mystérieux, qui troublent grandement notre policier, semblent trouver leur origine sur une autre planète. Il s’agirait en fait d’un hybride né d’une Terrienne inséminée par une entité extraterrestre. D’où un flash-back mémorable au cours duquel une femme nue est enlevée dans un vaisseau spatial (provenant carrément de stock-shots de la série Cosmos 1999) puis pénétrée (en très gros plan !) par une force invisible.

Les tabous religieux joyeusement bousculés

La fusillade qui éclate en plein défilé de la Saint-Patrick est l’un des moments forts du film, mais d’autres séquences éprouvantes trouvent leur impact dans leur sobriété même, notamment celle où un père de famille, tout à fait détendu, raconte en détail comment il a abattu sa femme et ses deux enfants. La foi religieuse et les fondements de la religion catholique sont sérieusement mis à mal par le film de Cohen, qui n’a jamais eu peur de se confronter aux tabous pour mieux les démonter (comme le prouve son bébé monstrueux du  Monstre est vivant). Du coup, le titre original de Meurtres sous ContrôleGod Told Me To (« Dieu me l’a ordonné »), se transforma quelques années plus tard en plus sage Demon ! à la demande des chaînes de télévision américaines. Le film est dédié à Bernard Herrmann, qui composa la musique de Le Monstre est vivant et qui s’éteignit pendant le tournage de Meurtres sous Contrôle. En désespoir de cause, Cohen demanda au grand Miklos Rosza de composer la musique de son film, mais celui-ci déclina l’offre, rétorquant non sans humour « Gold told me not to » ! Le méconnu Frank Cordell se chargea donc de la bande originale.


© Gilles Penso

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YOU’RE NEXT (2013)

Une réunion de famille se transforme en jeu de massacre dans ce slasher moins classique qu'il n'y paraît

YOU’RE NEXT

2013 – USA

Réalisé par Adam WIngard

Avec Barbara Crampton, A.J. Bowen, Wendy Glenn, Sharni Vinson, Ti West, Nick Tucci, Rob Moran

THEMA TUEURS

La famille Davison s’apprête à célébrer l’anniversaire de mariage de ses aînés. Tout le monde s’installe autour de la table et s’apprête à faire du dîner un paroxysme de convivialité et d’amour. Les reproches fusent, chacun ajoute sa petite pique pour acculer l’autre. La joie des retrouvailles est à peine entamée qu’une série de flèches traversent les vitres du salon et viennent blesser les convives. La soirée s’annonce longue et violente… « Au suivant, au suivant «. A force de ressasser le refrain de Brel à chaque nouvelle œuvre d’Adam Wingard, l’espoir de voir cet amoureux du cinéma de genre et expert en système D trousser une bande capable de mettre tout le monde d’accord s’est essoufflé.

You’re Next, slasher aussi classique qu’inventif pourrait être ce coup de semonce destiné à mettre à l’amende tous les détracteurs du cinéaste. Cette œuvre d’apparence classique met le pied à l’étrier dès ses toutes premières minutes : en quelques plans, le bodycount s’affole tandis qu’une réunion de famille aux allures de Festen suffit à identifier les forces en présence et à acidifier le tableau. En guise de causticité, Wingard et Barrett déconstruisent la famille américaine archétypale en insistant sur les inimitiés régnant dans le clan Davison, censé se retrouver et célébrer dans la joie et l’allégresse l’anniversaire de mariage des parents. L’exposition s’arrête net dès qu’une première flèche pénètre dans le salon, bientôt suivies de dizaines d’autres destinées à dézinguer l’entièreté de la maisonnée. Ou presque, puisque les co-auteurs s’amusent à pousser encore un peu plus l’écaillement du vernis par une série de twists minutieusement agencés au sein de l’intrigue.

Surprises et retournements de situation

A défaut d’être décalé (les poncifs même détournés restent dans la lignée de ceux des aînés), You’re Next revigore pour l’ingéniosité de certains choix scénaristiques. Il en est ainsi de la sempiternelle final girl devenue… initial girl qui, dès le début des hostilités, illustre sa vigueur et sa force par une série de kicks et de pièges mettant à mal les plans des assaillants. Autre réjouissance : le récit offre un strapontin aux méchants, bien loin de l’image monolithique des Myers, Vorhees et consorts qui (attention, ça spoile) iront jusqu’à tomber le masque pour acquérir un surplus d’humanité. Assurément, You’re Next mérite amplement la réputation qui l’a précédé : le film de Wingard est un putain de slasher qui sait vraiment s’lâcher…

 

© Damien Taymans 

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PITCH BLACK (2000)

David Twohy crée un personnage de science-fiction iconique en offrant à Vin Diesel le rôle du monolithique Richard Riddick

PITCH BLACK

2000 – USA

Réalisé par David Twohy

Avec Vin Diesel, Radha Mitchell, Cole Hauser, Keith David, Rhiana Griffith, Claudia Black

THEMA SPACE OPERA I EXTRA-TERRESTRES I FUTUR I SAGA RIDDICK

David Twohy n’a jamais occupé le devant de la scène hollywoodienne. Coscénariste discret du Fugitif, de Waterworld et d’À Armes égales de Ridley Scott, il s’épanouit par ailleurs en tant que réalisateur dans des productions de facture modeste (TimescapeThe Arrival) qu’il s’efforce brillamment de transcender par de petites fulgurances d’écriture et une mise en scène inventive, dans le plus pur respect du genre abordé. Ce genre, c’est systématiquement la science-fiction – que le cinéaste va élire encore une fois, mais d’autre façon, pour son troisième film. Un an avant l’explosion de sa popularité via une autre production plus axée sur la cascade et les grosses cylindrées, Vin Diesel y endosse pour la première fois le débardeur moulant et les lunettes de soudeur ô combien iconiques de Richard Riddick, criminel notoire convoyé à travers l’espace en compagnie d’autres passagers plus respectables, vers une prison de laquelle il ne sortira pas de sitôt… Sauf qu’un accident de vol contraint le vaisseau à se crasher sur une planète désertique, apparemment inhabitée, où le soleil ne se couche jamais mais sur laquelle de mystérieuses créatures guettent dans l’ombre. Jeux de faux-semblants et luttes de pouvoir s’instaurent peu à peu dans le petit groupe de survivants pressés de quitter les lieux tandis que le sanguinaire Riddick, ayant profité de la panique générale pour s’échapper, rôde manifestement autour d’eux…

Limité sans aucun dommage par un budget modeste, Pitch Black s’impose haut-la-main dans le peloton de tête des excellentes surprises du genre qui auraient pu facilement tourner au vinaigre, quelque part entre Mimic et Planète hurlante. Économe, malin, viscéral, grouillant de partis-pris visuels (cadrages déformés, montage heurté, étalonnage monochromatique…) qui dynamisent efficacement un récit plus que linéaire, on sent planer sur le film de Twohy l’ombre du grand John Carpenter, tant dans son efficacité minimaliste que dans le traitement « musclé » de son héroïne intrépide, ou encore la caractérisation en creux du personnage de Riddick – sorte de version body-buildée du Napoléon Wilson d’Assaut ou du Snake Plissken de New York 1997, antihéros revendiqué et néanmoins porteur d’une éthique de la survie qui surpasse toute morale bien-pensante. 

Action généreuse et épouvante pure

Soutenu par une partition très énergique de Graeme Revell, dont les percussions entêtantes accélèrent et ralentissent au gré de la tension des situations, le film trouve non seulement sa pleine puissance dans ce mélange d’action généreuse et d’épouvante pure au sein d’une SF dépouillée, mais pose aussi de façon remarquablement intelligente le problème de la frontière ténue entre « bien » et « mal » à travers presque tous ses protagonistes. En effet, nombre d’entre eux ont un secret jalousement gardé (parfois déterminant pour l’intrigue globale) qui ne manquera pas de se dévoiler au mépris de tout manichéisme simpliste – puisque la définition même des deux mots, et par conséquent leur pertinence, s’en trouve constamment remise en cause. D’abord sorti de façon très confidentielle, puis réinvesti en grandes pompes suite à la notoriété nouvellement acquise de Vin Diesel, Pitch Black a heureusement fini par devenir un film-culte. Désormais appréciée d’un public assez large, l’imposante figure de Riddick (et son univers à peine esquissé) s’est vue déclinée depuis lors sous forme de nouveaux films, et même de jeux vidéo. La franchise Fast & Furious, indirectement, aura au moins eu ce mérite ! 


© Morgan Iadakan

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SOCIETY (1989)

Avec cette satire sociale qui bascule dans le gore surréaliste, Brian Yuzna signe sans doute son film le plus personnel et le plus ambitieux

SOCIETY

1989 – USA

Réalisé par Brian Yuzna

Avec Billy Warlock, Connie Danese, Ben Slack, Evan Richards, Patrice Jennings, Tim Bartell, Charles Lucia, Heidi Kozak

THEMA CANNIBALES I MUTATIONS

Heureux producteur de Re-AnimatorFrom Beyond et Dolls, tous trois réalisés par Stuart Gordon, Brian Yuzna décide de passer derrière la caméra à la fin des années 80 et porte ainsi à l’écran Society, un bien curieux film dont le style échappe aux canons du genre, à mi-chemin entre l’épouvante, la satire sociale et l’horreur burlesque. Pendant la première partie, Yuzna dissémine d’insolites détails au sein d’un contexte de soap opéra apparemment dénué d’intérêt pour le fantasticophile : Beverly Hills, la plage, les pom pom girls, les conseils de classe, les match de football américain… L’inquiétude s’installe peu à peu alors que rien ne s’est encore passé, à travers le regard de Billy Whitney, un adolescent de 17 ans qui sent le fossé s’agrandir entre lui et le reste de sa famille, huppée, snob et guidée à l’extrême. Puis viennent des hallucinations, de plus en plus persistantes et de plus en plus curieuses. Comme la sœur de Billy qui, vue à travers la porte vitrée de la douche, semble avoir le corps bizarrement contorsionné. Ou comme sa petite amie, dont les bras et les jambes, l’espace d’un instant, donnent l’impression de ne pas être à la bonne place… S’efforçant de persuader Billy qu’il a des troubles psychiques, ses parents l’emmènent consulter un thérapeute et souhaitent lui faire intégrer une institution spécialisée. Mais lorsque le jeune homme surprend sur une cassette audio une conversation entre ses parents et sa sœur, où il est question d’orgie et d’inceste, la cocote minute explose…

Survient alors l’événement lui-même, qu’on n’osait imaginer aussi excessif malgré la longue préparation. La paranoïa lancinante cède alors le pas à l’horreur excessive, au moment où Billy assiste à une massive réunion de toute la jet-set de Beverly Hills qui se mue bientôt en gigantesque orgie érotico-cannibalo-dégoulinante. La parabole « les riches dévorent les pauvres » est ici littéralement montrée à l’écran. Car telle est l’incroyable révélation : les nantis se sont réunis en secte anthropophage et élèvent en leur sein quelques individus de classe modeste, comme Billy, dont ils simulent des morts accidentelles pour mieux pouvoir les dévorer en toute impunité, à l’occasion de nocturnes festivités où les corps des mangeurs et des mangés se mêlent en une innommable masse de chair pantelante en perpétuelle mutation.

Mutations orgiaques

Les « effets spéciaux de maquillage surréalistes » (ainsi nommés au générique), sont l’œuvre de Screaming Mad George, s’inscrivant volontairement à contre-courant du gore traditionnel. Les bouches se prolongent en museaux flasques, les têtes deviennent des mains géantes, les visages surgissent au beau milieu des fesses, les membres inférieurs et supérieurs s’inversent… On n’avait encore jamais vu d’aussi délirantes atteintes à l’intégrité physiologique du corps humain, réminiscences de l’œuvre de Dali et Picasso. Ces visions hallucinantes justifient à elles seules la vision du film. A ce jour, et malgré la patine « années 80 » qui l’a fatalement dotée d’un petit coup de vieux, Society demeure l’un des travaux les plus intéressants de Brian Yuzna, se réappropriant les codes du slasher à la Vendredi 13 et du film de SF paranoïaque façon L’Invasion des profanateurs de sépulture pour mieux les transcender.

 

© Gilles Penso

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L’AUBE ROUGE (2012)

Un remake de la fable guerrière de John Milius avec Chris Hemsworth en chef de la rebellion armée

RED DAWN

2012 – USA

Réalisé par Dan Bradley

Avec Chris Hemsworth, Josh Peck, Adrianne Palicki, Josh Hutcherson, Isabel Lucas, Jeffrey Dean Morgan, Edwin Hodge

THEMA POLITIQUE FICTION 

L’Aube Rouge que John Milius réalisa en 1984, d’après un scénario qu’il co-écrivit avec Kevin Reynolds, s’appuyait sur la paranoïa générée par la Guerre Froide pour concocter un récit de politique-fiction extrêmement tendu. Objet de culte grâce à son casting d’étoiles montantes (Patrick Swayze, Charlie Sheen, C. Thomas Howell, Lea Thompson), le film véhiculait cependant une idéologie discutable : patriotisme exacerbé aux franges du racisme et de l’intolérance, fascination appuyée pour les armes à feu, bref du Milius pur jus débarrassé des filtres métaphoriques qui permettaient à Conan le barbare de tutoyer le sublime sans s’embarrasser de sous-texte douteux. C’est à Dan Bradley, réalisateur de seconde équipe de nombreux films d’action (Quantum of Solace, Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal ou La Vengeance dans la peau), que fut confiée la mise en scène de ce remake qui reprend dans les grandes lignes le flux narratif de son modèle.

Nous sommes donc dans une petite ville américaine pétrie de sympathiques clichés (les deux frères rivaux dont l’un revient de l’armée et l’autre joue au football américain, sous l’œil bienveillant de leur père shérif) où surgit soudain le chaos. Un matin, le ciel est en effet envahi de centaines d’avions et de parachutes, en une vision spectaculaire qui n’aurait pas dépareillée dans Independence Day. Au milieu des explosions et des fusillades, la panique s’empare des braves citoyens qui se soumettent bientôt à l’assaut des forces armées venues tout droit de Corée du Nord. Mais un groupe de lycéens décide de battre retraite dans les bois et de résister contre l’envahisseur. Ils se font appeler les Wolverines, comme l’équipe de football locale, et se persuadent qu’un entrainement intensif, une volonté de fer et une organisation sans faille leur permettra d’enrayer les rouages de l’occupation militaire. Dan Bradley n’ayant eu jusqu’alors aucune expérience de réalisateur à temps plein, il se concentre sur ses points forts : les séquences d’action. De ce point de vue, il faut reconnaître à cette nouvelle Aube Rouge une certaine efficacité.

Au cœur du conflit

Malgré l’illisibilité de quelques échauffourées (héritée probablement du style exagérément nerveux hérité des Jason Bourne), la guérilla filmée par Bradley sait plonger ses spectateurs au cœur du conflit et les secouer sans ménagement. Mais c’est aussi là que le remake marque ses propres limites. Car les combats (beaucoup plus nombreux que dans le film précédent, et situés dans un environnement plus volontiers urbain) s’enchaînent sur le mode de l’ellipse sans qu’un véritable tissus relationnel fort ait été construit entre les protagonistes. Les conflits internes sont réduits à quelques lieux communs éculés, les remises en question n’existent quasiment pas, et nous voilà dès lors face à la mécanique d’un simple jeu vidéo guerrier (bâti de toute évidence sur le modèle de « Call of Duty ») dénué de la moindre implication émotionnelle. Quant au discours politique, il n’a pas évolué depuis les années 80, si ce n’est que la Corée a remplacé la Russie. En exacerbant les défauts de son modèle sans pouvoir en conserver les qualités, cette nouvelle Aube Rouge donne donc l’effet d’un pétard mouillé, et présente au moins le mérite de permettre une réévaluation à la hausse de la version de John Milius.

 

© Gilles Penso

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