GODZILLA’S REVENGE (1969)

Inédit en France, le dixième film de la saga Godzilla est un étrange conte pour enfants bricolé en grande partie avec les extraits des films précédents

ORU KAIJÜ DAISHINGEKI

 

1969 – JAPON

 

Réalisé par Inoshiro Honda

 

Avec Kenji Sahara, Tomonori Yazaki, Machiko Naka, Sachio Sakaï, Chotaro Togin, Yoshibumi Tajima

 

THEMA DINOSAURES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I REPTILES ET VOLATILES I MONSTRES MARINS I DRAGONS I SAGA GODZILLA

 

Les Envahisseurs Attaquent avait su redonner de l’ampleur et de la démesure à la série Godzilla. Mais la saga, victime de son succès, continua à se réorienter vers un public de plus en plus jeune. D’où ce Godzilla’s Revenge, conçu pour sortir sur les écrans en pleine période de Noël, construit autour d’une accumulation d’extraits des films précédents et considéré par beaucoup d’amateurs comme le pire épisode de la saga. Dès la chanson du générique, dans laquelle s’égosille un enfant japonais sur des images puisées dans les films précédents, les choses s’annoncent mal. Les premières images du film insistent sur la pollution générée par la fumée des usines et les pots d’échappement des véhicules pris dans un trafic incessant. Ce caractère industriel, réaliste et brut, tranche avec le générique qu’on vient de voir, multicolore et exubérant, et laisse espérer un développement narratif qui, hélas, ne restera qu’embryonnaire.

Le héros du film est Ichiro, un petit garçon entreprenant qui est souvent maltraité par un groupe de garnements menés par le brutal Gabara, souffre de l’absence de ses parents rentrant toujours tard le soir après leur travail et dont le seul véritable ami est son voisin, un vieux fabricant de jouets. Ce dernier est incarné par Hideyo Amamoto, ordinairement habitué aux rôles de vilains, et que le public japonais découvre ainsi pour une fois sous les traits d’un personnage positif et bienveillant. Dans ses jeux solitaires, Ichiro imagine qu’il prend l’avion pour se rendre sur Monster Island. Là, il assiste au combat de Godzilla contre des mantes religieuses géantes au son d’une musique pop décontractée. Puis surgissent tour à tour Gorosaurus, Manda, Angilas, le rapace Owashi, la mante Kamakiras, Ebirah, tous issus d’extraits des films précédents. Le seul nouveau venu est Gabara, version « kaiju » du mauvais garçon qui martyrise Ichrio dans le monde réel, autrement dit un dragon bipède cornu et chevelu au corps couvert d’écailles et au faciès vaguement félin qui lance des rayons électriques.

Enfantillages

Au milieu de cette ménagerie disparate, Ichiro sympathise avec Minya, le fils de Godzilla, qui lui parle dans sa langue, pousse d’étranges hennissements et peut changer de taille à volonté pour côtoyer alternativement le petit garçon ou les autres créatures géantes. L’abus de stock-shots arrange bien la production. Non content de permettre d’importantes économies, ce procédé permet d’éviter de pâtir de l’absence du superviseur des effets spéciaux Eiji Tsuburaya, très pris par les activités de son propre studio. C’est du coup le réalisateur Inoshiro Honda qui est chargé de superviser lui-même les séquences truquées du film. Le recyclage étant la philosophie majeure de cet épisode, la tête du monstre Gabara est-elle même conçue en modifiant celle d’un costume de Godzilla utilisée dans un film antérieur. Godzilla’s Revenge alternant régulièrement les scènes fantastiques et les passages réalistes, rien n’interdit d’interpréter les séquences situées sur Monster Island comme issues de l’imagination d’Ichiro. Toujours est-il qu’à l’issue de cette aventure un peu embarrassante, le petit garçon trouve le courage nécessaire pour avoir le dessus sur le petit caïd de son quartier et pour permettre l’arrestation de deux voleurs ayant dérobé cinquante millions de yens.

 

© Gilles Penso



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DÉMENT (1982)

Pour son premier film, le futur réalisateur de La Revanche de Freddy et Hidden concocte un slasher surprenant au casting prestigieux…

ALONE IN THE DARK

 

1982 – USA

 

Réalisé par Jack Sholder

 

Avec Jack Palance, Donald Pleasence, Martin Landau, Dwight Schultz, Erland Van Lidth, Deborah Hedwall

 

THEMA TUEURS

Le premier long-métrage de Jack Sholder est un excellent slasher qui échappe aux conventions d’un genre alors surexploité pour s’immiscer dans les tréfonds de la folie humaine. A l’encontre du rôle qu’il tenait dans Halloween, Donald Pleasence incarne l’excentrique Leo Bain, directeur d’un hôpital psychiatrique qui abrite quatre aliénés extrêmement dangereux : l’ancien militaire paranoïaque Frank Hawkes (Jack Palance), l’ex-prêtre pyromane Byron Sutcliff (Martin Landau), le pédophile obèse Ronald Elster (Erland Van Lidth), et le tueur en série John Skaggs, qui a tendance a ne jamais montrer son visage et qui est réputé pour saigner du nez chaque fois qu’il commet un meurtre. Au lieu d’opter pour une répression sérieuse et un système de surveillance draconien, Bain choisit la compassion, appelle ses pensionnaires des « voyageurs » (il n’aime pas le mot « patients ») et se contente d’un simple système de fermeture électrique des portes et des fenêtres.

Ces méthodes expérimentales portent leurs fruits, mais le jour où le docteur Harry Merton, auquel les malades sont très attachés, part pour la Philadelphie et se voit remplacer par le jeune psychiatre Dan Potter (Dwight Schultz), un grain de sable s’immisce dans la machine. Persuadés que Potter a tué son prédécesseur et qu’il s’apprête maintenant à les occire, nos quatre fous dangereux profitent d’une panne générale de courant pour s’échapper, voler une camionnette et piller un magasin. Désormais équipés d’un couteau de chasse, d’une arme à feu, d’une arbalète, d’une batte de baseball et d’un masque de hockey (dont s’affuble Skaggs, annonçant le look qu’adoptera Jason Voorhes dans les futurs épisodes de la saga Vendredi 13), ils sèment leur route de cadavres et se dirigent vers la maison du docteur Potter, bien décidés à se venger de lui.

La nuit des fous

Le casting extraordinaire du film, les dialogues ciselés écrits par Sholder et la montée en puissance des séquences de suspense font de Dément l’un des joyaux du genre. Le moment le plus fameux du film (repris d’ailleurs sur certains posters de l’époque) montre la baby-sitter de la famille, en petite tenue sur un lit, menacée par un énorme couteau qui traverse le sommier et le matelas pour surgir entre ses cuisses ! Le dernier tiers du récit est l’inévitable assaut nocturne de la famille Potter dans leur maison (qui présente de nombreuses similitudes avec celle de Psychose). Pour compliquer d’avantage une situation déjà tendue, Toni (Lee Taylor-Allan), la sœur du médecin, à peine sortie d’une dépression, commence à avoir des hallucinations, notamment le surgissement d’un cadavre monstrueux et décomposé (un effet choc créé par Tom Savini). Le seul recours des héros est de répondre à la violence par la violence, et l’on pense alors aux Chiens de paille, dont Dément constitue une variante horrifique. « Il n’y a pas que nous, les fous, qui tuons », souligne finalement Hawkes. « Nous tuons tous, quand nous le devons ». Et le final, d’une violence sans concession, abonde dans ce sens. Le titre Alone in the Dark sera repris dix ans plus tard pour un jeu vidéo très populaire édité par Infogrammes (sans rapport avec le film de Jack Sholder).

 

© Gilles Penso



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MOTHER OF TEARS (2007)

Dario Argento clôt tardivement son triptyque des « Trois Mères » sur une note sanglante et mitigée

LA TERZA MADRE

 

2007 – ITALIE

 

Réalisé par Dario Argento

 

Avec Asia Argento, Cristian Solimeno, Adam James, Moran Atias, Valeria Cavalli, Philippe Leroy, Daria Nicolodi, Udo Kier

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA LES TROIS MÈRES I SAGA DARIO ARGENTO

Dario Argento avait enchaîné si rapidement Suspiria et Inferno qu’on espérait aussitôt le voir s’atteler au troisième chapitre de sa saga consacrée aux maléfiques « Trois Mères ». Maintes fois annoncé, cet ultime volet joua l’Arlésienne pendant trois décennies au cours desquelles Argento alterna le meilleur (Ténèbres) et le pire (Le Fantôme de l’Opéra). En 2007, l’opus final du triptyque arrive bien tard, comme pour racheter aux yeux du public un cinéaste éreinté par l’accueil catastrophique de ses derniers longs-métrages. Fidèle à son actrice fétiche, autrement dit sa propre fille Asia, Dario Argento lui confie le rôle de Sarah Mandy, qui reçoit un jour un mystérieux artefact dans le musée où elle travaille. Sa collègue ayant eu l’imprudence d’ouvrir cette antique boîte de Pandore, une armada de démons se jette soudain sur elle et la massacre sans détour. Désormais, le Mal s’empare de Rome, car la redoutable Mater Lachrymarum, la plus terrifiante des Trois Mères décrites dans les vieux récits de sorcellerie, est désormais libre. Désemparée, Sarah découvre que le propre fils de son petit ami vient d’être kidnappé et s’apprête à subir un bon vieux sacrifice à l’ancienne. Alors que tout espoir semble perdu, la jeune femme apprend que sa mère possédait des pouvoirs paranormaux capables d’enrayer une telle menace. En aurait-elle hérité elle-même ?

Projeté en avant-première au Festival de Cannes, Mother of Tears reçut un accueil glacial. Il faut avouer qu’Argento ne fait pas ici dans la subtilité. Les scènes gore, extrêmes, évacuent toute la poésie surréaliste qui faisaient sa spécificité. Ici, chaque égorgement, énucléation, éviscération ou empalement est saignant, douloureux, ultra-violent et délibérément cru (même si les maquillages spéciaux manquent souvent de réalisme et de finesse). La fameuse Mère des Larmes entr’aperçue dans Inferno (et incarnée par la sublime Ania Pieroni) était quant à elle bien plus envoûtante que cette bimbo hystérique aux seins siliconés qui s’agite au milieu d’une secte d’adorateurs sadomasochistes.

Un final sans éclat

D’une manière générale, les acteurs jouent d’ailleurs comme des savates (contraints de réciter leurs dialogues en anglais alors qu’ils sont tous italiens) et les réactions des personnages n’ont aucune logique. Le plus ridicule est probablement atteint avec les séquences mettant en scène le fantôme protecteur de l’héroïne, incarné par Daria Nicolodi (la propre mère d’Asia Argento). « Je sais que ce film a été mal perçu, qu’on m’a beaucoup critiqué, mais c’est ainsi que je voulais le raconter et le réaliser, et je ne le renie pas », reconnaît Dario Argento. « Je pense que Mother of Tears est un film fort et violent, et le public s’attendait sans doute à quelque chose de différent. Sans doute a-t-il été perturbé par son côté extrême et radical. » (1) Tout n’est évidemment pas à jeter dans ce troisième opus, émaillé de furtifs moments où Dario parvient à créer une atmosphère pesante et trouble, d’une musique entêtante, d’allusions directes aux personnages et à certaines scènes de Suspiria et Inferno, bref de bribes du grand film qu’aurait pu – qu’aurait dû – être Mother of Tears. Mais l’œuvre est hélas très maladroite et s’achève sur un climax parfaitement ridicule appesanti par des effets visuels ratés.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2011

 

© Gilles Penso

 

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LES ENVAHISSEURS ATTAQUENT (1968)

Inoshiro Honda reprend les commandes de la saga Godzilla pour la plus grande confrontation de monstres de tous les temps

KAIJU SOSHINGEKI

 

1968 – JAPON

 

Réalisé par Inoshiro Honda

 

Avec Akira Kubo, Jun Tazaki, Kenji Sahara, Yoshiro Tscukiya, Kyoko Ai, Yukiko Kobayashi, Andrew Hughs

 

THEMA DINOSAURES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I REPTILES ET VOLATILES I DRAGONS I ARAIGNÉES I SAGA GODZILLA

Les Envahisseurs attaquent est connu aux Etats-Unis sous le titre Destroy All Monsters ! (« Détruisez tous les monstres ! »), et l’on comprend pourquoi lorsqu’on découvre sa joviale propension à réunir dans le même scénario les créatures les plus populaires créées par la Toho depuis le premier Godzilla. Nous sommes en 1999 (soit 31 ans dans le futur) et tous les grands monstres de la Terre sont gardés sous contrôle dans l’île Ogaswara, qui porte le surnom très justifié de « Monster Island ». On y trouve notamment Godzilla, son rejeton Minya, le ptérodactyle Rodan, la chenille Mothra, le tyrannosaure Gorosaurus (vu dans King Kong s’est échappé), le reptile géant Baragon (apparu dans Frankenstein conquiert le monde) et le saurien épineux Anguillas (qui affrontait le roi des monstres dans Le Retour de Godzilla). Ils vivent en liberté surveillée et peuvent manger à leur guise en puisant dans les ressources naturelles de l’île. Soudain, une étrange fumée envahit l’île et les monstres échappent à tout contrôle. Rodan vole jusqu’à Moscou où il détruit un avion puis carrément la Place Rouge, Baragon saccage l’Arc de Triomphe à Paris, Godzilla ravage la baie de Manhattan et fait brûler un navire, Mothra rampe sur une voie ferrée à Pékin et fait dérailler un train…

En réalité, les monstres et tous les employés du centre de contrôle de l’île sont manipulés par les Kilaaks, des femmes extra-terrestres en provenance d’Alpha du Centaure. Ces aliens peu charitables, qui ont les allures de Japonaises tout de blanc vêtu avec une espèce de bonnet de bain à paillettes sur la tête, se déplacent dans de jolies soucoupes volantes lumineuses. « Nous sommes là pour faire de vous nos esclaves », annoncent-elles sans détour au valeureux capitaine Yamabe (Akira Kubo) et aux membres de son astronef SY-3, qui ont découvert leur repaire dans une montagne. Même Kyoko, la fiancée de Yamabe, est désormais sous contrôle extra-terrestre.

Catcheurs antédiluviens

Entre-temps, tous les monstres se retrouvent au Japon pour un grand festival de cassage de maquettes, tandis que l’armée envoie des missiles sur fond de marche militaire enjouée. En fait, c’est sur la Lune que se trouvent les machines qui contrôlent monstres et humains. Une fois qu’elles sont détruites et qu’on découvre la vraie nature des Kilaaks (des métaux vivants), la Terre reprend le contrôle de ses créatures. Mais les aliens n’ont pas dit leur dernier mot et envoient Ghidrah à la rescousse. Un combat homérique et symbolique s’engage alors entre la créature extra-terrestre tricéphale et les dix monstres de notre planète : Godzilla, Minya, Rodan, Mothra, Gorosaurus, Baragon, Angillas, l’araignée géante Spigas, le serpent Manda (découvert dans Ataragon) et le reptile Varan (apparu pour la première fois en 1958). Ainsi, ce n’est plus seulement Godzilla mais tous ses collègues antédiluviens qui, cette fois-ci, se transforment en héros au secours des humains. Ce pugilat final, clou du spectacle, n’est pas une partie de plaisir pour l’équipe de tournage et le réalisateur Inoshiro Honda, dans la mesure où il faut coordonner simultanément les chorégraphies de six acteurs costumés et de cinq créatures animées par câbles et par filins. Gorgé de somptueuses maquettes et de séquences d’anthologie, Les Envahisseurs attaquent redonne du panache à une saga qui commençait un peu à s’endormir, son abondance de rebondissements et cette accumulation boulimique de monstres en tout genre forçant la sympathie.

 

© Gilles Penso

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LA NEUVIÈME PORTE (1999)

Un revendeur de livres anciens part en quête d’un manuel de démonologie qui semble pouvoir permettre d’invoquer le Diable

THE NINTH GATE

 

1999 – USA / FRANCE / ESPAGNE

 

Réalisé par Roman Polanski

 

Avec Johnny Depp, Emmanuelle Seigner, Frank Langella, Lena Olin, Barbara Jefford, Jack Taylor, Jose Lopez Rodero

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Le roman « Le Club Dumas » d’Arturo Perez-Reverte était envoûtant, passionnant, labyrinthique et particulièrement difficile à adapter en film. Roman Polanski s’y est donc cassé les dents, malgré toutes les meilleures intentions du monde. L’entrée en matière est pourtant très accrocheuse. Après une séquence de suicide surprenante et un générique magnifique au cours duquel la caméra traverse neuf portes colossales, l’action prend place à New York. Là, Corso (Johnny Depp), revendeur de livres anciens, est convoqué par un nommé Balkan, possesseur d’une impressionnante collection de livres consacrés au Diable. Cet homme inquiétant, incarné par Frank Langella, possède l’un des trois seuls exemplaires au monde des « Neuf Portes du Royaume des Ombres », un vénérable ouvrage occulte du 17ème siècle qui est censé avoir été écrit par Lucifer en personne ! « Une espèce de manuel pratique pour invoquer le diable », résume ainsi Pérez-Reverte, donnant au livre maudit le nom de Delomelanicon, ce qu’on pourrait traduire en grec par « invoquer les ténèbres ». Le Necronomicon imaginé par H.P. Lovecraft n’est pas loin… Balkan désire acquérir les deux autres exemplaires de l’ouvrage à n’importe quel prix. Corso part donc en Europe, et sa quête va vite se semer d’embûches étranges, d’accidents inexpliqués et de cadavres.

Les prémisses de La Neuvième porte sont donc des plus prometteurs, d’autant que Johnny Depp en mercenaire bibliophile et Frank Langella en collectionneur sataniste nous offrent chacun une prestation extraordinaire. La chasse aux livres maudits prend une tournure palpitante, les gravures macabres qui les illustrent variant légèrement d’un exemplaire à l’autre, comme dans un gigantesque et énigmatique jeu des sept erreurs. Mais peu à peu, l’intérêt finit par s’émousser, un peu comme la sensibilité du personnage de Corso en qui le spectateur se serait volontiers identifié s’il s’était montré plus concerné et plus touché par les événements inquiétants qui ponctuent son enquête. D’autre part, l’ange gardien interprété par Emmanuelle Seigner ne possède pas une once de vraisemblance, chacune de ses interventions laissant relativement incrédule (notamment lorsqu’elle glisse d’une manière toute surnaturelle sur la rampe d’un escalier).

Cérémonie satanique

Comme en outre la vision de l’Europe que nous offre Polanski est plus caricaturale encore que celle que propose habituellement le cinéma hollywoodien (le Portugal se résume à une ruelle et un château, et Paris à un quai de Seine et un appartement haussmanien), le film perd progressivement tout son crédit. La cérémonie sataniste finale, grandguignolesque à souhait, abonde dans le sens de l’absence de demi-mesure, comme si le metteur en scène avait oublié tout l’art de la terreur induite et suggérée qu’il avait maniée avec tant de maestria dans Rosemary’s Baby et Le Locataire. Sans parler de ce final grotesque et hystérique, laissant la part belle à des effets numériques peu discrets. Dommage, car un véritable chef d’œuvre couvait sous les cendres de cette sulfureuse Neuvième Porte.

 

© Gilles Penso

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FIRE IN THE SKY (1993)

L’un des enlèvements extra-terrestres les plus réalistes et les plus terrifiants jamais portés à l'écran, d’après l’histoire vraie (?) de Travis Walton

FIRE IN THE SKY

1993 – USA

Réalisé par Robert Lieberman

Avec D.B. Sweeney, Robert Patrick, Craig Sheffer, Peter Berg, Henry Thomas, Bradley Gregg, Noble Willingham

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Les films sur les ovnis n’ont pas manqué de fleurir sur les écrans depuis les années 50, mais jamais ils ne furent traités avec autant de réalisme que dans ce Fire in the Sky passé injustement inaperçu. Certes, Rencontres du troisième type ouvrit la voie de fort magistrale manière, mais le film de Spielberg baignait dans une aura un peu magique, les protagonistes y étant fascinés par les apparitions extra-terrestres lumineuses et pacifiques. Ici, point d’euphorie, mais simplement des faits très inquiétants. Le film de Robert Lieberman semble tout de même cligner de l’œil vers Spielberg lorsque la barrière d’un passage à niveau se reflète en pleine nuit sur le pare-brise d’une voiture en prenant la forme furtive d’un vaisseau spatial.

Inspiré d’un fait divers survenu dans la petite ville de Snowflake, le scénario de Fire in the Sky s’intéresse à Travis Walton (D.B. Sweeney), un bûcheron brutalement enlevé dans les épaisses forêts de l’Oregon par une sphère noire, le 5 novembre 1975. Malgré la battue organisée pour remettre la main sur lui, il demeure introuvable. Les six bûcherons qui l’accompagnaient, en particulier Mike Rogers (Robert Patrick), sont bientôt soupçonnés de son assassinat par la population de la bourgade et les rumeurs vont bon train. Car leur histoire d’OVNI et de rayons lumineux n’a convaincu personne. D’autant que le shérif Frank Watters (James Garner) ne parvient pas à résoudre l’affaire. Quelques semaines plus tard, Walton est retrouvé complètement nu, en état de choc, muet, hanté par son séjour « médical » dans un vaisseau extra-terrestre…

Une horreur froide, crue et hyperréaliste

L’efficacité du film est accrue par la sobriété des effets visuels lors de l’apparition de l’OVNI, et par le jeu fort convaincant d’un casting solide, avec en particulier Robert Patrick, ex-T-1000 de Terminator 2, et Henry Thomas, ex-Elliot de E.T. Lors de la réapparition de l’infortuné bûcheron, le spectateur va être soumis à rude épreuve. En effet, Walton, de retour parmi les siens, connaît d’abord une altération de ses perceptions. Ainsi, ses déambulations sur le lit roulant d’un hôpital prennent-elles un tour cauchemardesque qui n’est pas loin de L’Échelle de Jacob. Mais c’est lorsqu’il se remémore en détail son séjour chez les extra-terrestres que le film vire à l’horreur pure, une horreur d’autant plus éprouvante qu’elle est froide, crue et hyperréaliste. Les aliens, proches physiquement de ceux de Rencontres du troisième type, y sont très crédibles. Ils sont l’œuvre de David Wagner, membre régulier de l’équipe de Chris Walas avec lequel il œuvra sur Robocop 2, Arachnophobie et Le Festin nu. Le véritable Travis Walton, qui inspira le film via son livre « The Walton Experience », fait une petite apparition dans le film, aux côtés de son épouse Dana. Le récit à l’origine du film est-il pour autant véridique ? Personne ne le saura jamais. Les six bûcherons passèrent avec succès le test du détecteur de mensonge à l’époque, même si plusieurs détracteurs de Walton doutent beaucoup de son témoignage. Mais qu’importe en réalité. Se soucie-t-on de savoir si les épisodes d’X-Files narrent des faits réels ? Toujours est-il que Fire in the Sky demeure à ce jour l’une des approches filmiques les plus tangibles et les plus troublantes de la thématique extra-terrestre.

 

© Gilles Penso

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PARADIS POUR TOUS (1982)

Patrick Dewaere incarne le premier cobaye humain d’une expérience visant à éradiquer définitivement toutes les idées noires

PARADIS POUR TOUS

 

1982 – FRANCE

 

Réalisé par Alain Jessua

 

Avec Patrick Dewaere, Jacques Dutronc, Fanny Cottençon, Stéphane Audran, Philippe Léotard, Patrice Kerbrat, André Thorent, Stéphane Bouy

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Le sixième long-métrage d’Alain Jessua suscite le malaise. C’est une comédie dont chaque trait d’humour est désespéré, un drame qui baigne dans un second degré cynique, un film de science-fiction qui nous renvoie au visage nos propres névroses. Et c’est surtout une œuvre maudite. Un mois avant sa sortie, son acteur principal se donnait la mort. Or le scénario de Paradis pour tous s’intéresse de près au mal-être, à la dépression et au suicide. Jessua se serait-il dangereusement emparé des fêlures de sa star pour élaborer son film ? L’acteur aurait-il été trop profondément marqué par son rôle au point de laisser la réalité et la fiction se brouiller ? Tout ceci n’est-il qu’une macabre coïncidence ? A vrai dire, les sombres états d’âme de Patrick Dewaere sont bien antérieurs à Paradis pour tous et sa fragilité émotionnelle n’a pas attendu Jessua pour s’exprimer. Mais ce jeu de miroir entre la vraie vie et le monde du cinéma a provoqué un désarroi durable dont le film fut la première victime collatérale.

Lorsque Paradis pour tous commence, Dewaere nous apparaît cloué sur un fauteuil roulant mais serein, souriant, paisible. Dans le rôle de l’agent d’assurance Alain Durieux, il évolue joyeusement dans l’espace lumineux de sa luxueuse maison, puis pose un œil attendri sur son épouse nue (Fanny Cottençon) qui fait l’amour avec son médecin le docteur Valois (Jacques Dutronc). La situation est insolite, soulignée par la voix off de notre protagoniste résumant en quelques mots sa philosophie : se concentrer sur ce qu’on a, pas sur ce qu’on n’a pas. Mais un flash-back nous montre qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Frustré et déprimé par un métier auquel il ne croit pas, Alain nous y apparaît au bout du rouleau, au point de se hisser sur le toit de l’immeuble de la compagnie qui l’emploie et de se jeter dans le vide. Mais le suicide rate, et le docteur Valois prend les choses en main. Son rêve semble utopique : guérir l’humanité de ses angoisses. Dans ce but, il a mis au point une technique révolutionnaire, baptisée le flashage, qui consiste à irradier une partie du cerveau pour supprimer toutes les idées noires. Après une expérience réussie sur un singe, Alain accepte d’être le premier cobaye humain. Le changement est radical. Désormais invariablement heureux, il réussit tout ce qu’il entreprend en conservant une humeur égale. Mais des effets secondaires inattendus ne tardent pas à se répercuter sur son entourage, notamment sa femme et son collègue de travail Marc (Philippe Léotard).

La rançon du bonheur

Si la grande majorité des longs-métrages d’Alain Jessua intègrent des éléments fantastiques, c’est moins par amour du genre que pour traduire à travers le prisme de la fantasmagorie les travers d’un monde malade et d’une société à la dérive. Paradis pour tous n’est d’ailleurs pas sans évoquer Traitement de choc, autre comédie dramatique médicale largement teintée de science-fiction et d’épouvante. Ici, l’interrogation est finalement assez simple : le bonheur est-il souhaitable à tout prix ? Faut-il aspirer à une euphorie permanente au risque d’en oublier sa propre personnalité, ses goûts, ses aspirations, son âme ? Tous ces « flashés » – car Alain Durieux n’est que le premier d’une série de cobayes – n’ont-ils pas fini par perdre leur humanité pour se muer en robots lisses et fades en tout point semblables aux personnages des spots de publicité dont ils récitent désormais par cœur les dialogues et les chansons ? «  Vous êtes un monstre bien sympathique, mais un monstre quand même », finira par dire Jacques Dutronc à Patrick Dewaere, conscient que son expérience est en train de mal tourner. C’est le lot de tous les Prométhées modernes. D’ailleurs, dès son film suivant, Alain Jessua s’emparera frontalement du mythe créé par Mary Shelley dans son Frankenstein 90.

 

© Gilles Penso

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LA PLANÈTE DES MONSTRES (1967)

Sur une île perdue dans le Pacifique, un groupe de scientifiques découvre Godzilla, son fils Minya et de redoutables invertébrés géants

KAIJUTO NO KESSEN

 

1967 – JAPON

 

Réalisé par Jun Fukuda

 

Avec Tadao Takashima, Akira Kubo, Beverly Maeda, John Wembley, Kenji Sahara, Dick Kennedy, Charles Simon

 

THEMA DINOSAURES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I ARAIGNÉES I SAGA GODZILLA

Jun Fukuda avait pris le relais d’Inoshiro Honda en 1966 avec Ebirah contre Godzilla. Il continue d’apposer sa patte sur la série Godzilla en poursuivant sa quête du public le plus familial et le plus jeune possible. Les traumatismes d’Hiroshima et des grandes catastrophes naturelles, la noirceur quasi-documentaire des années 50, le sens du sacrifice et de l’honneur mélodramatiques se sont étiolés au cours de la décennie en cours, et ce processus s’accélère avec La Planète des monstres. Ici, nous faisons connaissance pour la première fois avec Minya (contraction de « Mini-Godzilla »), le fils du Roi des Monstres, autrement dit une sorte de bibendum en latex qui pousse tour à tour des cris de bébé ou des hennissements d’âne, qui crache des ronds de fumée radioactifs et qui prend la queue de son père pour une corde à sauter. Une interrogation taraude alors le public : mais qui est la mère ? Une question similaire se posait d’ailleurs dès 1933 face au sympathique mais improbable Fils de King Kong d’Ernest B. Schoedsack.

Tout commence ici lorsque le professeur Kusumi et des chercheurs japonais préparent sur une île déserte du Pacifique une expérience devant permettre de réchauffer la température de l’air. A cet effet, la majeure partie du film est tournée sur l’île de Guam, dans l’archipel des Mariannes, ce qui permet à l’équipe de tirer au mieux parti d’extérieurs naturels exotiques. Nos héros font bientôt face aux Gimantis, de redoutables mantes religieuses géantes. Celles-ci découvrent un œuf géant qu’elles entreprennent de briser. De la coquille surgit donc Minya, qu’elles cherchent aussitôt à occire sans autre forme de procès. Mais papa Godzilla surgit bientôt de la mer et élimine deux des trois insectes agressifs. Cette séquence particulière est filmée dans un bassin d’un mètre cinquante de profondeur, édifié sur l’un des plus vastes plateaux de la compagnie Toho, à Setagaya. Le tournage est d’ailleurs une véritable épreuve de force pour Haruo Nakajima, interprète du monstre, qui se retrouve propulsé à la surface par un chariot monté sur rails, engoncé dans son costume de latex trop lourd et gorgé d’eau !

Dans la toile de Spiga

Ne s’étonnant pas outre mesure de la présence de monstres aussi peu communs sur leur lieu de travail, nos scientifiques, accompagnés par le jovial journaliste Maki Goho, se réfugient dans la caverne de Reiko, une jeune indigène peu farouche qui entonne des chansons guillerettes lorsqu’elle souhaite attirer Minya. Rien ne va plus lorsque Spiga, une araignée géante cracheuse de toiles, attaque la caverne et manque de tuer le reporter et la sauvageonne. Surgie à point nommé, la mante religieuse survivante s’en prend à l’araignée mais périt bientôt sous ses assauts. Un dernier combat oppose alors Spiga à Godzilla… Si le design du dinosaure radioactif s’avère de moins en moins effrayant et si celui de son rejeton laisse légitimement perplexe, les Gimantis et Spiga bénéficient de plus de soin, les traditionnels acteurs costumés étant remplacés à l’occasion par de grosses marionnettes mécaniques animées par Fumio Nakadai. Les effets spéciaux les plus réussis sont finalement les plans composites combinant monstres et humains, ainsi que quelques très jolies maquettes. La Planète des monstres reste donc anecdotique, mais on imagine sans mal qu’il ait pu s’attirer les faveurs d’un très jeune public inconditionnel.

 

© Gilles Penso



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A GHOST STORY (2017)

Mort dans un accident de voiture, un jeune homme revient errer sous forme de fantôme dans la maison où il vécut avec sa compagne…

A GHOST STORY

 

2017 – USA

 

Réalisé par David Lowery

 

Avec Casey Affleck, Rooney Mara, Will Oldham, Sonia Acevedo, Rob Zabrecky, Liz Franke, Grover Coulson, Kenneisha Thompson

 

THEMA FANTÔMES

En quelques films, David Lowery s’est imposé comme une figure majeure du cinéma indépendant américain, au point d’attirer la curiosité des grands studios. En 2016, Disney le contacte ainsi pour signer un remake à gros budget de Peter et Elliott. Pas mécontent de cette expérience hollywoodienne, le cinéaste texan décide cependant de revenir à ses premières amours en imaginant une histoire de fantômes atypique. Le scénario de trente pages qu’il rédige pour A Ghost Story semble à priori plus taillé pour un court que pour un long-métrage et les dialogues sont réduits à leur plus simple expression. Pourtant, Rooney Mara et Casey Affleck acceptent sans hésiter la proposition de jouer dans cette production intimiste, rassurés par l’expérience commune qu’ils eurent avec David Lowery sur Les Amants du Texas. Le cinéaste n’est pourtant pas totalement sûr de son coup. Certes, l’idée de donner à un fantôme l’apparence d’un drap percé de deux trous est poétique et délicieusement naïve, fidèle à l’imagerie traditionnelle véhiculée depuis toujours. Mais Lowery craint que ce concept simple, selon lequel l’image iconique que l’on se fait d’un fantôme soit littéralement conforme à la réalité, ne donne un résultat totalement ridicule à l’écran. Il empoche donc le chèque que Disney lui a donné après Peter et Elliott, finance seul son film et part tourner avec une équipe réduite, quasiment sous le sceau secret.

Rooney Mara et Casey Affleck incarnent un couple tranquillement installé dans une petite maison au fin fond du Texas. Ils coulent des jours heureux, jusqu’au jour où un accident de voiture fatal ne transforme la jeune femme en veuve. Refusant toute sur-dramatisation, David Lowery filme la catastrophe avec une sobriété surprenante : d’abord un plan fixe sur la maison, puis quelques volutes de fumée qui passent à l’avant-plan, un lent panoramique horizontal vers la droite, et enfin le tableau tragique de deux voitures encastrées l’une dans l’autre. Le cinéaste poursuit ses expérimentations à la morgue où l’endeuillée reconnaît le corps du défunt, repose le drap sur son visage puis sort du champ. Mais la caméra ne bouge pas, reste désespérément fixée sur ce lit où repose le corps inerte… Jusqu’à ce que le drap se soulève lentement. Le mort vient de se muer sous nos yeux en fantôme. La silhouette drapée erre dans l’hôpital, puis dans la campagne, et enfin dans la demeure qui fut la sienne. Sous son enveloppe blanche, il devient le témoin muet de la vie qui s’écoule et des jours qui s’égrènent. Et pour mieux traduire l’emprisonnement de son protagoniste dans un espace-temps clos, Lowery opte pour un format d’image désuet et quelque peu déstabilisant : une image carrée aux bords arrondis. Le film prend ainsi les allures d’une projection de diapositives, ou du feuilletage d’un vieil album photo. En tournant effrontément le dos au cinémascope et aux écrans larges, le réalisateur laisse le sujet de son film en contaminer la forme. Ce 4/3 d’un autre âge évoque non seulement la claustrophobie mais aussi une certaine nostalgie.

Prisonnier du temps

L’atemporalité étant au cœur de A Ghost Story, Lowery fait d’autres choix de mise en scène radicaux. Puisque le temps s’étire interminablement sous les yeux vides de ce fantôme désormais soustrait aux contraintes physiques, il doit en être de même pour les spectateurs. Le montage enchaîne ainsi plusieurs plans fixes excessivement longs, qui semblent presque conçus pour mettre le public à l’épreuve et tester ses capacités d’abandon. Personne n’oubliera ce plan-séquence de cinq minutes dans lequel Rooney Mara, assise par terre, engloutit une tarte entière, bouchée par bouchée, face à un fantôme inerte qu’elle ne voit pas. Cinq minutes longues, interminables, qui semblent durer des heures. Certains crieront au scandale, au gadget, à l’artificialité d’une mise en scène auteurisante élitiste. Bien sûr, avec un plan de ce type, ça passe ou ça casse. Lowery le sait, mais il tente le coup malgré tout. Comment mieux faire ressentir la monotonie languide d’une vie éternelle de fantôme qu’en nous figeant pendant quelques minutes dans un temps qui semble ne plus vouloir défiler ? Mélancolique, doux-amer, A Ghost Story frôle même l’épouvante lorsque le spectre, frustré et aigri, se transforme en poltergeist pour effrayer les habitants du lieu qu’il hante, triste prisonnier d’un temps qu’il ne maîtrise plus. Cet exercice de style à la lisière de l’hermétisme ne pouvait décemment pas plaire à tout le monde, mais les critiques du monde entier ont exulté haut et fort face à l’audace de David Lowery, le comparant même parfois à Stanley Kubrick ou Terrence Malick.

 

© Gilles Penso



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EBIRAH CONTRE GODZILLA (1966)

Le nouvel ennemi de Godzilla n’est ni un dinosaure, ni une mite titanesque, ni un dragon à trois têtes… mais un homard géant !

GOJIRA EBIRAH MOSURA NANKAÏ NO DAÏKETTÖ

 

1966 – JAPON

 

Réalisé par Jun Fukuda

 

Avec Akira Takarada, Kumi Mizuno, Akihiko Hirata, Jun Tazaki, Hideo Sunazuka, Toru Watanabe, Emi et Yumi Ito

 

THEMA DINOSAURES I MONSTRES MARINS I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I REPTILES ET VOLATILES I SAGA GODZILLA

Comme le laissaient clairement entrevoir King Kong contre Godzilla, Ghidrah et Invasion Planète X, les années soixante marquèrent un rajeunissement considérable de la cible des spectateurs visés par la série consacrée au dinosaure radio-actif de la Toho, orientation confirmée par ce nouvel opus. Le jeune Yoshimura déplore la perte de son frère dans un naufrage. Mais depuis qu’une voyante lui a révélé qu’il était toujours en vie, notre homme s’est mis en tête de le retrouver coûte que coûte. La Marine refusant de l’aider, il s’efforce de remporter le premier prix d’un marathon de danse, autrement dit un magnifique yacht. Après un bref remake pop de On achève bien les chevaux, Yoshimura baisse les bras et, en, compagnie de deux autres concurrents, décide de voler un yacht dans la marina la plus proche. Ce qu’il fait, sauf qu’un voleur a déjà eu la même idée que lui. Voici donc nos quatre compagnons d’infortune voguant vers l’océan. Bientôt, un orage colossal surprend le yacht, et Ebirah paraît pour la première fois. Certes, il s’agit d’un homard géant, ce qui à priori peut prêter à rire, mais il faut reconnaître que le surgissement des pinces gigantesques au milieu de l’océan déchaîné est assez spectaculaire, grâce aux très inventifs effets spéciaux de Sadamasa Arikawa, sous la supervision distante d’Eiji Tsuburaya.

Après la tempête, schéma classique, les quatre naufragés s’échouent sur une île sauvage. Là, ils découvrent qu’une mystérieuse armée étrangère, « les bambous rouges », réduit en esclavage les autochtones et construit un arsenal atomique. L’une des indigènes parvient à s’échapper et se joint aux quatre héros, lesquels trouvent refuge dans une caverne où – le hasard faisant bien les choses – repose le corps endormi de Godzilla. Les « bambous rouges » mitraillant à tout va en direction de nos fugitifs, une idée lumineuse gagne ces derniers : « et si nous réveillions Godzilla ? » A l’aide d’un paratonnerre de fortune et d’un orage fort bienvenu, le dinosaure radioactif est ainsi tiré de sa torpeur, comme un monstre de Frankenstein qui s’éveillerait à la vie, et daigne enfin montrer le bout de son museau au bout d’une heure de métrage. Son faciès a encore gagné en bonhommie : yeux globuleux, visage arrondis, mâchoire plate…

Les monstres se déchaînent

Le combat entre Ebirah et Godzilla, promis par le titre du film, n’est pas des plus palpitants, car nos deux monstres se contentent principalement de se jeter un gros rocher comme dans un match de volley. Godzilla se mesure ensuite à un vautour géant (fabriqué autour du costume de Rodan) puis à une escouade d’avions, calquant quelque peu son attitude sur King Kong dans la mesure où il semble se laisser séduire par une jolie demoiselle. Cet état de fait – ainsi que son éveil dans une caverne sur une île isolée – s’explique en partie dans la mesure où le scénario initial n’était pas prévu pour mettre en scène le dinosaure radioactif mais le gorille géant, ce que la Toho fera finalement deux années plus tard avec King Kong s’est échappé. Les destructions de maquettes, marque de fabrique de la série, restent les moments les plus visuellement gratifiants, Godzilla piétinant à tout va l’usine des vilains jusqu’à ce que ces derniers, en désespoir de cause, déclenchent une bombe atomique pour raser l’île. Le final d’Ebirah contre Godzilla voit nos héros sauvés in-extremis par l’arrivée inopinée de Mothra, le papillon géant, soudain réveillé de son sommeil léthargique. On le voit, la finesse n’est pas vraiment au rendez-vous, sans pour autant que l’état de grâce miraculeux qui nimbe chaque épisode de cette saga multiforme ne se dissipe totalement.

 

© Gilles Penso

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