VENDREDI 13 (2009)

L'inévitable remake du slasher de Sean Cunningham est signé par un Marcus Nispel qu'on a connu plus inspiré

FRIDAY THE 13TH

2009 – USA

Réalisé par Marcus Nispel

Avec Jared Padalecki, Danielle Panabaker, Amanda Righetti, Travis Van Winkle, Aaron Yoo, Derek Mears, Jonathan Sadowski

THEMA TUEURS I SAGA VENDREDI 13

La version 2003 de Massacre à la tronçonneuse étant généralement considérée comme l’un des meilleurs remakes récents du cinéma d’horreur, il était logique que la compagnie Platinum Dunes remette le réalisateur Marcus Nispel en selle afin de ressusciter cette fois la franchise Vendredi 13. Le défi s’avérait cependant moins difficile, car si le classique de Tobe Hooper était réputé intouchable, il n’en était pas vraiment de même pour les aventures de Jason Voorhees, aucun épisode de la saga initiée par Sean S. Cunningham n’ayant vraiment transcendé les codes du genre. Etant donné que Jason en personne n’apparaissait pour la première fois que dans le second film de la série, Le Tueur du vendredi, les scénaristes Damian Shannon et Mark Swift puisèrent la plupart de leurs idées dans cet épisode-là, du très long pré-générique jusqu’au final en passant par un certain nombre de rebondissements (le tueur arbore même son sac en toile lors de ses premiers méfaits avant d’opter pour le célèbre masque de hockey).

L’idée n’est pas mauvaise en soi, si ce n’est que Shannon et Swift co-signèrent par le passé un Freddy contre Jason pas franchement concluant. Et comme on pouvait le craindre, les duettistes peinent à renouveler le mythe, se contentant la plupart du temps de respecter la routine dictée par la franchise. Les protagonistes sont donc jeunes, stupides et bardés de lieux communs, des bimbos écervelées et naturistes aux faire-valoir ethniques (l’asiatique blagueur, le noir mélomane) en passant par le beau brun ténébreux et la fille un peu plus futée que la moyenne (Danielle Panabaker, dont on a pu apprécier le charisme précoce dans la série Shark et le thriller Mister Brooks). Conscients de cet état de fait, les scénaristes placent dans la bouche de leurs héros des dialogues au second degré (« nous accumulons tous les clichés » avoue l’un d’entre eux), sans pour autant chercher à dépasser les stéréotypes d’usage. Tout ce beau monde se retrouve dans un luxueux chalet de campagne afin de festoyer non loin du camp abandonné de Crystal Lake d’où émanent d’inquiétantes rumeurs. C’est là que semble avoir disparu une jeune fille de la région, six semaines plus tôt, déclenchant les recherches inlassables de son frère opiniâtre. Bientôt, il devient clair que le fameux Jason de la légende existe bel et bien et apprécie fort peu l’invasion de son territoire…

Le cinéaste s'efface derrière son sujet

Les réserves ci-dessus mises à part, il faut reconnaître que le Jason de 2009 est franchement impressionnant, occupant l’écran avec une présence iconique du plus bel effet, et que ses meurtres rivalisent de brutalité et d’inventivité. En ce sens, ce nouveau Vendredi 13 s’inscrit dans la droite lignée de ses prédécesseurs, dont il emprunte à la fois le schéma narratif et les effets de mise en scène. On s’étonne d’ailleurs que Marcus Nispel, dont le sens artistique et les idées visuelles explosaient dans le très sous-estimé Pathfinder, s’efface à ce point derrière le sujet, calquant sa mise en scène sur celle d’un Steve Miner ou d’un Joseph Zito. Seul le climax lui permet de reprendre vraiment du poil de la bête, le destin des survivants nous touchant pour de bon et les effets de suspense fonctionnant enfin à plein régime… Un peu tard, hélas.

© Gilles Penso

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MIDNIGHT MEAT TRAIN (2008)

Bradley Cooper se retrouve confronté à un tueur terrifiant dans cette adaptation sanglante d'un roman de Clive Barker

THE MIDNIGHT MEAT TRAIN

2008 – USA

Réalisé par Ryhuei Kitamura

Avec Bradley Cooper, Vinnie Jones, Brooke Shields, Leslie Bibb, Roger Bart, Tony Curran, Peter Jacobson, Dan Callahan

THEMA TUEURS I DIABLE ET DEMONS

Peu de films sont parvenus à retranscrire avec fidélité l’univers viscéral de Clive Barker : Hellraiser et Cabal, réalisés par l’écrivain lui-même, Candyman de Bernard Rose… et c’est à peu près tout. Il faudra maintenant ajouter à la liste The Midnight Meat Train (adapté de la nouvelle « Le Train de l’abattoir » publiée dans le premier tome du recueil « Livres de Sang »), une réussite d’autant plus inattendue que son réalisateur Ryuhei Kitamura avait jusqu’à présent mis sa virtuosité de metteur en scène au service de scénarios pas vraiment convaincants (Versus, Godzilla Final Wars). Or ici, l’alchimie entre la noirceur de Barker et les effets de style de Kitamura fonctionne à merveille. Le film est souvent inquiétant, parfois terrifiant, et le sang y gicle avec panache. Plutôt habitué aux comédies (Yes Man, Ce que pensent les hommes), Bradley Cooper incarne ici Leon, un photographe new-yorkais obnubilé par l’envie de retranscrire à travers ses clichés l’âme de la ville. La responsable d’une galerie très réputée (Brooke Shields, savoureusement glaciale) est prête à exposer son travail, à condition que Leon aille au bout de ses intentions. Notre homme se met alors à arpenter les bas-fonds et croit assister à un meurtre. Comme David Hemmings dans Blow Up, il décortique ses photos, en quête d’indice, et finit par se persuader qu’un homme, qui travaille comme boucher dans la journée et réside dans un hôtel isolé, passe ses nuits à massacrer les passagers du dernier métro. Sa quête prend une tournure obsessionnelle, jusqu’à ce qu’il se retrouve lui-même sur le chemin de l’assassin…

Une grande partie de l’impact de The Midnight Meat Train repose sur la prestation de Vinnie Jones, figure récurrente de l’univers de Guy Ritchie (Arnaques crimes et botanique, Snatch). D’un seul regard, il parvient à pétrifier le héros et le spectateur, poussant le minimalisme jusque dans ses derniers retranchements. N’importe quel autre acteur eut probablement été ridicule sous la défroque de ce boucher en costume massacrant les usagers du métro à coup de marteau. Débarrassé des accessoires qui composent la panoplie habituelle de ses prédécesseurs (le masque, la respiration asthmatique, la démarche de zombie), Jones compose l’un des psycho-killers les plus marquants de ces dernières années. Et si son attitude autiste peut susciter la moquerie (« la vie est comme une boîte de chocolat » lui lance un passager hilare face à sa posture recluse effectivement proche de celle de Forrest Gump), le sourire se mue vite en cri d’épouvante face à la brutalité de ses exactions.

Les entrailles de l'enfer

Les séquences gore extrêmes qui ponctuent le film, mixage impressionnant de maquillages spéciaux et d’effets numérique, dépassent tout ce qui a été vu dans le domaine, d’autant que Kitamura – loin des excès vulgaires d’une séquelle de Saw ou d’un Hostel – transcende ce jeu de massacre par les mouvements d’une caméra voltigeante ne révélant que par étapes l’ampleur des dégâts et passant en plan séquence du point de vue de la victime à celui du bourreau. Le quasi-surréalisme de ces scènes arrache progressivement la narration à son cadre réaliste pour la plonger dans une atmosphère de pur cauchemar chère à l’auteur d’Hellraiser. Ce que confirme ce climax claustrophobique nous transportant littéralement dans les entrailles de l’Enfer.

 

© Gilles Penso

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SAUNA (2008)

Un film de fantômes finlandais qui s'inscrit dans un cadre historique réel pour dénoncer les exactions de la guerre

SAUNA

2008 – FINLANDE

Réalisé par Antti Jussi Annila

Avec Ville Virtanen, Tommi Eronen, Viktor Klimenko, Sonja Petäjäjärvi, Kari Ketonen

THEMA FANTÔMES

Si le premier long-métrage d’Antti Jussi Annila, Jade Warrior, mit six ans à se concrétiser dans des conditions précaires, son second se mit en place très rapidement. Car les producteurs de Jade Warrior lui proposèrent aussitôt d’enchaîner sur un film d’horreur baptisé Sauna« Je pensais qu’ils voulaient des filles nues qui plongent dans un lac, vont au sauna, boivent et se font attaquer par un monstre », nous avoue le réalisateur. « Je n’étais donc pas du tout l’homme de la situation, car je ne me sentais pas capable de faire une comédie d’horreur. » (1) La bride sur le cou, Anti Jussi Annila décida de conserver le titre et d’utiliser le sauna comme lieu sacré où les croyants du seizième siècle pensaient pouvoir laver leurs péchés. Rien à voir avec des monstres et des filles nues, donc !

Nous sommes en 1595 et la longue guerre russo-finlandaise vient de se terminer. Erik et Knut, deux frères finlandais, font partie d’une commission qui a pour but de délimiter de nouvelles frontières. Erik est un soldat sans scrupules, dont les agissements pendant la guerre ont déjà causé la mort de soixante-treize personnes. Une des problématiques clefs du film se met alors en place : un assassinat, sous prétexte qu’il est commis pendant la guerre, ne demeure-t-il pas un crime ? On se souvient que Brian de Palma avait déjà abordé le sujet avec beaucoup de sensibilité dans son magistral Outrages. Pour Erik, les dommages collatéraux font partie du sale travail, et aucune victime n’est vraiment innocente. Il n’en va pas de même pour son cadet Knut, qui sera pourtant rongé par le remord lorsqu’il abandonnera au fond d’une cave une jeune fille innocente pour éviter de la violer. Est-elle morte seule et cloîtrée ? Il n’en saura rien, car la commission dont il fait partie doit se remettre en route pour faire halte plus loin, dans un village au bord d’un marais d’où émerge un antique sauna. Mais bientôt, le fantôme meurtri de la jeune fille vient hanter Knut…

Pardon et rédemption

Des moments de pure frayeur ponctuent Sauna, sans pour autant que le film n’emprunte les terrains balisés de la traditionnelle « ghost story » nippone. « J’aimais bien les films d’épouvante japonais il y a dix ans, mais maintenant j’ai un peu l’impression que c’est toujours la même chose », avoue le cinéaste (2). Qu’il s’agisse des apparitions inquiétantes du spectre féminin, des morts violentes qui s’égrènent au fil du film ou de la terrifiante vision finale de cet homme dont le visage n’est plus qu’un trou sanglant, les visions d’horreur savent jouer avec les nerfs du spectateur. Mais là n’est pas l’essence de Sauna, qui évacue ouvertement les codes du film d’épouvante et même du film de guerre pour véhiculer des thématiques universelles liées au pardon et à la rédemption. « Ce sujet me touche parce que j’ai été moi-même confronté à une telle situation dans le passé », confesse Annila. « Et j’ai appris que le seul moyen de réparer ses erreurs est de retourner là où on les a commises » (3). D’où la réplique d’une paysanne face à la main tailladée d’Erik : « Pour soigner une blessure, il faut aller là où elle a eu lieu ». On pourra reprocher à Sauna son austérité et la confusion de certaines de ses péripéties, mais il est indéniable que l’œuvre est très aboutie, tant du point de vue émotionnel que pictural.

(1), (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2009

 

© Gilles Penso

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GRACE (2008)

Pour son premier long-métrage, Paul Solet raconte une grossesse qui prend une tournure franchement inquiétante

GRACE

2009 – USA

Réalisé par Paul Solet

Avec Jordan Ladd, Gabrielle Rose, Samantha Ferris, Malcolm Stewart, Stephen Park

THEMA ENFANTS

« Alors que j’avais 19 ans, ma mère m’a appris que j’avais eu un frère jumeau mort-né », nous raconte Paul Solet, dont il s’agit du premier long-métrage. « C’est un sujet qui m’a touché d’un point de vue très personnel, et j’ai décidé d’en faire un film ». (1) Pour prouver ses capacités de metteur en scène, Solet tourne d’abord un court-métrage en 35 mm et en Cinémascope, prélude d’une version longue qu’il baptisera Grace. Enceinte de huit mois, Madeline Matheson (Jordan Ladd) est déterminée à accoucher par voie naturelle chez une sage-femme adepte de la culture bio et du végétalisme. Son époux n’y voit pas d’inconvénient, mais sa belle mère, dont le métier de juge a visiblement forgé un caractère autoritaire et directif, voit cette initiative d’un très mauvais œil, ne jurant que par les hôpitaux traditionnels et par son médecin personnel. Suite à un accident de voiture qui coûte la vie à son mari, Madeline perd le bébé qu’elle porte. Elle décide cependant de mener sa grossesse à terme, et après un douloureux accouchement, le bébé revient à la vie, comme par miracle. Mais ce miracle va bientôt se transformer en cauchemar…

« Dans un film de genre, je veux simplement avoir peur, avoir peur comme quand j’étais petit », déclare Paul Solet. « Et c’est très difficile à obtenir ». (2) La vision que le film donne des institutions est assez cauchemardesque : l’hôpital est un univers kafkaïen, les parents sont des monstres phagocyteurs et le mariage n’est qu’une mascarade. Grace ressemble donc à un plaidoyer vivace pour la marginalité, la différence. Ce que confirme ouvertement le look du réalisateur, arborant sa casquette et ses tatouages comme un adolescent qui aurait refusé de grandir. Par ailleurs, Grace donne tout pouvoir aux femmes, l’homme s’y révélant faible, manipulé, voire inexistant. Ce que confirme cet époux dont la disparition passe presque inaperçue, ce beau-père écrasé par son épouse ou ce médecin que l’on agite comme une marionnette. La femme, au contraire, s’y exprime avec force, qu’elle soit grand-mère possessive, mère opiniâtre, amante hétérodoxe ou bébé luttant contre sa propre mort.

Un bébé zombie ?

L’isolation de Madeline, sa rupture avec le monde réel et son basculement progressif vers la folie renvoient immanquablement à Répulsion, tandis que les cris lancinants du bébé dans cet appartement clos et décrépit évoquent régulièrement Eraserhead. Le film entretient d’ailleurs longtemps l’ambiguïté sur la nature réelle de la petite Grace. S’agit-il vraiment d’un bébé zombie avide d’hémoglobine, ou tout se passe-t-il dans la tête malade de sa mère ? S’il retrouve par moments le climat oppressant et le malaise diffus des œuvres de Roman Polanski et David Lynch, Paul Solet n’en imite jamais les effets de style, composant une mise en scène personnelle et un univers propre. « Lorsque j’étais enfant, mes deux héros étaient David Cronenberg et Roman Polanski », avoue le réalisateur. « J’adore Répulsion et Le Locataire. La manière dont ces films sont racontés est très mature. » (3) Une maturité qu’on retrouve dans Grace, une excellente surprise, hargneuse et sans concession, signée par un jeune cinéaste à suivre de très près. Le film remporta le prix du jury lors de sa présentation au 16ème Festival du Film de Gérardmer.

(1), (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2009

© Gilles Penso

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MORSE (2006)

Tomas Alfredson renouvelle le mythe du vampire en le développant à travers un regard d'enfant

LÅT DEN RÄTTE KOMMA IN

2006 – SUEDE

Réalisé par Tomas Alfredson

Avec Kare Hedebrant, Lina Leandersson, Per Ragnar, Henrik Dahl, Karin Bergquist, Peter Carlberg, Ika Nord, Mikael Rahm

THEMA VAMPIRES

Une histoire d’amour entre deux adolescents dont l’un est un vampire… A priori, ce postulat évoque beaucoup celui de Twilight, mais c’est à peu près le seul point commun qui relie le film de Tomas Alfredson à celui de Catherine Hardwicke. Tiré lui aussi d’un roman à succès, écrit par John Ajvide Lindqvist et traduit dans une douzaine de langues, Morse s’inscrit dans un contexte réaliste et glacial : la banlieue de Stockholm dans les années 80. Dans cette atmosphère rugueuse, le jeune Oskar (Kare Hedebrant), âgé de douze ans, est la victime de ses camarades de classe qui prennent un malin plaisir à le terroriser et le martyriser. Lorsque Eli (Lina Leandersson) s’installe avec son père sur le même palier que lui, Oskar trouve enfin quelqu’un avec qui se lier d’amitié. Ne sortant que la nuit, la jeune fille ne manque pas de l’intriguer… et son arrivée semble coïncider avec une série de morts sanglantes et de disparitions mystérieuses. Il n’en faut pas plus à Oskar pour comprendre : Eli est un vampire, et celui qui semblait être son père n’est peut-être qu’un ancien amant ayant vieilli avant elle. Car Eli, à l’instar du personnage incarné par Kirsten Dunst dans Entretien avec un vampire, est une femme piégée dans un corps d’enfant. Tiraillée entre ces deux états et tenaillée par une soif de sang insatiable, elle s’inscrit forcément en marge des humains. D’où son rapprochement avec le solitaire Oskar, et leur complicité inespérée.

L’un des grands atouts de Morse est sa capacité à ancrer les motifs inhérents au vampirisme (la peur de la lumière solaire, le sommeil dans les cercueils) dans un cadre ultra-réaliste. Selon la lecture que l’on adopte, on pourrait même envisager Eli comme une amie imaginaire, un alter-ego féminin et surnaturel qui aide Oskar à vaincre l’adversité, à grandir et évoluer. Ce qui n’empêche pas Alfredson de se payer quelques séquences d’effets spéciaux d’autant plus spectaculaires qu’elles sont inattendues en pareil contexte, notamment les acrobaties insectoïdes de la jeune vampire (incroyablement bestiale durant ses attaques nocturnes), l’horrible décomposition d’un visage rongé à l’acide ou la combustion spontanée qui gagne une femme dans une chambre d’hôpital. Le scénario aborde aussi une thématique majeure liée aux émules de Dracula qu’aucun autre film n’avait jusqu’alors traitée frontalement, et qui se résume en une interrogation : que se passe-t-il si un vampire entre chez quelqu’un sans y être invité ?

« Laisse entrer celui qui le mérite… »

La réponse, que le cinéaste traduit viscéralement à l’écran, justifie le titre original : Låt den rätte komma in, autrement dit « laisse entrer celui qui le mérite ». Les distributeurs français, eux, ont opté pour un Morse d’autant plus saugrenu qu’il se réfère à un élément très anecdotique du récit, et qu’il risque même d’être pris à contresens (le gros mammifère marin aux canines pointues !). Serti d’une photographie magnifique et d’une très belle bande originale, Morse souffre parfois d’un rythme trop lent et de quelques incohérences narratives. Mais il a le mérite d’utiliser son argument fantastique avec intelligence pour mieux raconter le trouble d’une population laissée pour compte et les affres d’une pré-adolescence regorgeant de violence larvée. « Je tiens à remercier les deux magnifiques enfants qui jouent dans mon film », lâchait Alfredson, ému, en recevant le Grand Prix du Festival de Gérardmer. « Pour moi, ce sont les meilleurs acteurs du monde. »

 

© Gilles Penso

 

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PUSH (2009)

Entre Les Quatre Fantastiques et Captain America, Chris Evans incarnait le membre d'un groupe de jeunes gens doué de pouvoirs surnaturels

PUSH

2009 – USA

Réalisé par Paul McGuigan

Avec Chris Evans, Dakota Fanning, Djimon Hounsou, Camilla Belle, Cliff Curtis, Maggie Siff, Joel Gretsch, Neil Jackson

THEMA POUVOIRS SURNATURELS

L’ombre de Heroes et des 4400 plane sur Push, comme si le sixième long-métrage de Paul McGuigan (Slevin) cherchait à capitaliser sur le succès des séries de science-fiction les plus populaires du moment. Un indéniable sentiment de déjà-vu se dégage donc du scénario de David Bourla. Qu’on en juge : certains adolescents se sont mis depuis plusieurs années à développer des pouvoirs psychiques exceptionnels. Les uns peuvent déplacer les objets à distance, les autres prévoir le futur, d’autres encore sont capables de détruire leur environnement par leur cri perçant, de tout savoir d’un objet en le sentant, de créer des hallucinations voire de manipuler et contrôler en toute impunité les pensées d’autrui. Toutes ces facultés hors du commun deviennent un enjeu de poids pour la sécurité nationale. Traqués par le gouvernement, quelques survivants se réfugient à Hong Kong et décident d’unir leurs forces pour s’opposer définitivement aux militaires qui veulent exploiter leurs pouvoirs. Mais l’intrusion d’une bande rivale, qui semble mieux maîtriser ses dons paranormaux que les fugitifs, complique considérablement les choses…

Push a de sérieux atouts en poche : un acteur principal plutôt convaincant (en l’occurrence Chris Evans, transfuge des Quatre Fantastiques), une direction artistique de haut niveau (avec une photographie particulièrement soignée, œuvre du chef opérateur Peter Sova), des extérieurs naturels chinois inattendus et une poignée de séquences mémorables. Parmi celles-ci, on note deux affrontements télékinétiques originaux et spectaculaires, l’un dans un restaurant, l’autre au milieu de vertigineux échafaudages en bambou, ainsi que l’insolite parcours d’une bille de verre dans les couloirs d’un hôpital qui scelle le destin d’un des personnages. Mais le film de Paul McGuigan faillit pourtant à sa tâche principale : captiver son spectateur. L’intrigue nébuleuse y est pour beaucoup. Car rapidement, il devient difficile de comprendre après quoi courent tous les protagonistes, quels sont les enjeux exacts en cause, à quoi sert le sérum contenu dans cette fameuse seringue que tout le monde recherche.

Un casting qui assure le service minimum

Faute de nous impliquer, nous finissons par nous laisser gagner par l’ennui, et les nombreux emprunts télévisés (auxquels on peut également ajouter la trilogie X-Men, autre source d’inspiration manifeste du film) n’arrangent rien. D’autant que les comédiens partageant l’affiche avec Chris Evans, visiblement peu concernés, ne nous livrent qu’une prestation minimale. Djimon Hounsou (Amistad, Gladiator) se contente de promener son impressionnante silhouette et de jeter des regards inquiétants à la caméra, Dakota Fanning (La Guerre des mondes, Man on Fire) s’approche de la pré-adolescence et en profite pour nous livrer un petit numéro de lolita parfaitement incongru, Cliff Curtis (Sunshine, Die Hard 4) s’avère tout à fait insipide en magicien à la petite semaine créant des illusions d’optique et Camilla Belle (Terreur sur la ligne, 10 000) manque singulièrement de crédibilité en agent spécial aux pouvoirs psychiques ultra-puissants. Bref, cette superproduction aux grandes ambitions rate le coche et laisse une impression mitigée qui la vouera sans conteste à un oubli poli.

© Gilles Penso

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L’ARMEE DES 12 SINGES (1995)

Terry Gilliam signe une adaptation à grande échelle du moyen-métrage La Jetée de Chris Marker, avec Bruce Willis et Brad Pitt en têtes d'affiche

TWELVE MONKEYS

1995 – USA

Réalisé par Terry Gilliam

Avec Bruce Willis, Madeleine Stowe, Brad Pitt, Christopher Plummer, Joseph Melito, David Morse

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

En 1963, Chris Marker réalisait La Jetée, un court-métrage constitué intégralement d’images fixes en noir et blanc, à l’exception d’un seul plan filmé, le regard d’une femme s’animant furtivement au milieu des photos. Ni hermétique ni austère pour autant, le film racontait l’histoire passionnante d’un homme amoureux et prisonnier d’un paradoxe temporel, porté par la narration en voix off de Jean Négroni. Son format et sa nature l’ayant condamné à une certaine confidentialité, La Jetée fit malgré tout beaucoup d’effet dans la communauté des cinéphiles et des cinéastes, et le scénariste David Peoples (Blade Runner, Ladyhawke, Impitoyable) eut l’idée d’en reprendre le concept pour les besoins d’un long-métrage à plus large auditoire. Il s’attela donc à l’écriture du script avec son épouse Janet et Terry Gilliam fut aussitôt séduit par ce récit post-apocalyptique. Conquis par sa performance dans Piège de cristal, Gilliam envisageait déjà d’employer Bruce Willis à l’époque de Fisher King, avant que le rôle principal n’échut à Jeff Bridges.

L’Armée des 12 Singes permit enfin la rencontre au sommet entre l’auteur de Brazil et le héros de Die Hard. En le dirigeant, Gilliam demanda toutefois à Willis d’éviter tous ses « tics » de jeu habituels. Les sourires en coin, les moues mouqueuses, les regards malicieux qui faisaient le charme de John McLane se sont donc évaporés au profit d’une prestation quasi-monolithique. Chauve, le regard vague, la bave aux lèvres, Bruce Willis incarne ici John Cole, prisonnier dans une cellule souterraine de 2035. Pour réduire sa peine, un groupe de scientifique lui propose de se soumettre à une expérience consistant à voyager dans le passé afin de découvrir l’origine du virus qui éradiqua la majorité de la race humaine en 1996. Propulsé en 1990, il est immédiatement pris pour un dangereux malade mental et interné dans une institution psychiatrique. Bientôt, un lien étroit se tisse entre lui et le docteur Kathryn Railly (Madeleine Stowe)…

Une boucle temporelle vertigineuse

Aux côtés du couple vedette, Brad Pitt, dans le rôle d’un jeune homme passablement perturbé, nous livre une prestation hallucinante. Les yeux fous, les gestes saccadés, le début haché, le cheveu hirsute, il semble échappé du cartoon de Tex Avery diffusé sur le téléviseur de la maison de repos où John Cole le rencontre. Si Terry Gilliam s’octroie quelques parenthèses humoristiques dans la droite lignée de son passé chez les Monty Pythons (les savants du futur qui bercent leur cobaye en le bordant dans une couette ornée de nounours), le climat oppressant de L’Armée des 12 Singes ne prête que rarement au rire. De prisons totalitaires en hôpitaux sinistres, de souterrains poisseux en bâtiments délabrés, nos héros errent dans un environnement claustrophobique qui suscite un sentiment constant d’étouffement. Traqués, ils trouveront refuge dans un cinéma projetant Sueurs froides. Or le classique d’Hitchcock fut une influence majeure pour Chris Marker à l’époque où il mit en chantier La Jetée. Voilà une belle manière de boucler le jeu des références, la boucle étant justement le motif narratif clef de L’Armée des 12 Singes, ce que prouve un climax vertigineux que n’aurait pas renié Brian de Palma.

© Gilles Penso  

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RENCONTRE AVEC JOE BLACK (1998)

Cet élégant remake de La Mort prend des vacances offre un rôle en or à Brad Pitt et à Anthony Hopkins

MEET JOE BLACK

1998 – USA

Réalisé par Martin Brest

Avec Anthony Hopkins, Brad Pitt, Claire Forlani, Jake Weber, Marcia Gay Harden, Jeffrey Tambor, David S. Howard

THEMA MORT

L’ombre de Frank Capra, d’Ernst Lubitsch et de Michael Powell plane sur Rencontre avec Joe Black, une œuvre atypique révélant une élégance et une finesse auxquelles le réalisateur Martin Brest (Le Flic de Beverly Hills) ne nous avait pas vraiment habitués jusqu’alors. A quarante-huit heures de son soixante-cinquième anniversaire, le magnat William Parrish (Anthony Hopkins), entend une voix étrange qui lui annonce sa mort prochaine. Le lendemain, un jeune inconnu, qui se fait appeler Joe Black (Brad Pitt), se présente à son domicile pour l’accompagner dans son dernier voyage. Délestée des attributs habituels que l’imagerie d’épinal véhicule depuis toujours (un squelette en suaire armé d’une faux), la Mort prend donc ici les traits d’un jeune homme curieux, candide et capricieux. Véritable enfant dans un corps d’adulte, il promène sa silhouette nonchalante dans l’univers du milliardaire moribond, intriguant ses proches, irritant ses associés et séduisant sa fille cadette Susan (Claire Forlani).

Tel un extra-terrestre posant un regard mi-surpris mi-amusé sur l’espèce humaine (on pense parfois au Jeff Bridges de Starman), Brad Pitt livre ici une prestation toute en retenue, assortissant son sex-appeal de moues enfantines du plus curieux effet. « En tant que comédien, vous voulez aller vers l’inconnu, vous voulez jouer des rôles différents, faire des choses que vous n’avez pas encore eu l’occasion de faire », explique-t-il. « C’est en tout cas ce que je recherche en permanence. » (1) « Vous n’êtes pas la Mort », s’exclamera William Parrish, incrédule face à cette apparition quasi-surréaliste. « Vous êtes juste un gamin dans un costume ! » Nanti d’un budget de 90 millions de dollars, Rencontre avec Joe Black est le remake d’un classique des années 30, La Mort prend des vacances, dirigé par Mitchell Leisen, avec Frederic March dans le rôle de la Camarde, film lui-même inspiré de la pièce de théâtre italienne « La Morte in Vacanza » d’Alberto Casella montée pour la première fois en 1924. Le concept, on le voit, est atemporel et universel, franchissant sans encombre les frontières et les ans.

La Mort prend des vacances

Dans la version de Martin Brest, Anthony Hopkins envahit l’écran de sa présence charismatique et Brad Pitt et Claire Forlani forment le couple le plus glamour qui soit. On s’étonne d’ailleurs que la beauté étourdissante de la comédienne, interprète furtive de la fille de Sean Connery dans The Rock, n’ait pas inspiré plus de cinéastes par la suite (on la retrouvera dans une maigre poignée d’œuvrettes anecdotiques). D’excellents seconds rôles leur donnent la réplique, et malgré la relative maigreur de l’intrigue (la Mort se contente d’assister Parrish dans toutes ses activités pour assouvir sa curiosité de la nature humaine et finit par connaître une idylle qui le dépasse totalement), les trois heures du métrage passent comme une lettre à la poste. Quant à la magnifique musique de Thomas Newman, elle contribue beaucoup à l’envoûtement provoqué par le film.


(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2009

 

© Gilles Penso

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COOL WORLD (1992)

Brad Pitt tient la vedette dans cette version adulte de Roger Rabbit concoctée par le spécialiste de l'animation Ralph Bakshi

COOL WORLD

1992 – USA

Réalisé par Ralph Bakshi

Avec Kim Basinger, Gabriel Byrne, Brad Pitt, William Frankfather, Greg Collins, Jani Brenn, Joey Carmen, Michael David

THEMA MONDES VIRTUELS ET PARALLELES

Malgré l’accueil tiède plusieurs de ses projets animés (Le Seigneur des Anneaux, Tygra la glace et le feu), Ralph Bakshi est un cinéaste intéressant dont les expérimentations dépassent généralement le cadre habituel des films de studio. D’aucuns le considèrent même comme une figure incontournable du cinéma d’animation. Avec Cool World, il eut l’idée initiale d’un film pour adultes (généreux en scènes horrifiques et érotiques) mêlant acteurs réels et toons. L’actrice Traci Lords, spécialisée dans le cinéma X, était d’ailleurs pressentie pour le rôle principal. Mais le projet changea de cap en cours de route, entraînant un assagissement de son concept de base.

Tout commence en 1945. A peine rentré du front, le lieutenant Frank Harris (Brad Pitt) est victime d’un accident qui coûte la vie à sa mère. Alors que les premiers secours se rendent sur les lieux, Frank est enlevé par un personnage de bande dessinée qui l’attire dans son univers en deux dimensions. Et nous voilà transportés en 1992. Emprisonné pour avoir abattu l’amant de sa femme, le dessinateur Jack Deebs (Gabriel Byrne) est enfin libéré. Concepteur de la série « Cool World », il découvre que sa nouvelle existence prend un tour inattendu : à la moindre occasion, la réalité se désagrège pour le transporter dans l’univers fictif issu de son imagination. Un scientifique a en effet mis au point une machine capable de connecter ces deux mondes parallèles appartenant à des réalités bien à part. Deebs fait ainsi la connaissance de son personnage fétiche, la danseuse Holli Would (à qui Kim Basinger prête sa voix langoureuse), une très sensuelle créature de papier dont le seul but est de devenir à tout prix un être de chair et de sang en trois dimensions. Son chemin croise également celui du lieutenant Harris, prisonnier de « Cool World ».

De grandes ambitions mais un résultat décevant

Voici donc une variante originale sur les thèmes développés par Roger Rabbit. Mais Ralph Bakshi a bâclé les deux éléments les plus importants de son film : le scénario et les effets spéciaux. L’histoire, en effet, repose sur la juxtaposition de deux mondes antithétiques, celui des humains (noïdes) et celui des dessinés (toons). Mais les transitions d’un monde à l’autre, les transformations de toons en noïdes, ou vice-versa, et les possibilités de superposition des deux univers obéissent tous à des lois complètement évasives qui semblent improvisées au fur et à mesure. Du coup, on n’y croit pas une seconde. Et la technique, elle non plus, n’est pas à la hauteur. Les passages en dessin animé pur, apparemment très inspirés de l’univers déjanté de Crumb, sont esthétiquement très pauvres. Mais ce sont les interactions entre toons et noïdes qui laissent le plus à désirer : les dessins tremblotent dès qu’ils sont censés toucher les acteurs réels, des liserés bleutés apparaissent régulièrement autour des personnages, et les ombres et reliefs (éléments clefs de la réussite technique de Roger Rabbit) sont totalement gommés chez les toons. Sans parler des décors plats en carton placés parfois derrière les acteurs en guise d’environnement de dessin animé. L’échec narratif se double donc d’un échec visuel. C’est vraiment dommage, car l’originalité de cette tentative était louable, d’autant que les trois comédiens vedettes étaient, eux, le fruit d’un choix judicieux.

 

© Gilles Penso

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L’ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON (2008)

Un bébé nait sous les traits d'un vieillard et rajeunit d'année en année, vivant sa vie « à reculons »…

THE CURIOUS CASE OF BENJAMIN BUTTON

2008 – USA

Réalisé par David Fincher

Avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Julia Ormond, Taraji P. Henson, Jason Flemyng, Elias Koteas, Tilda Swinton, Jared Harris

THEMA CONTES I VOYAGES DANS LE TEMPS

« La vie serait bien plus heureuse si nous naissions à 80 ans et nous approchions graduellement de nos 18 ans » affirma un jour Mark Twain. De cette pensée naquit une nouvelle écrite par F. Scott Fitzgerald, transformée 80 ans plus tard en fresque cinématographique par David Fincher. « J’ai lu le scénario original que Steven Spielberg envisageait de porter à l’écran au début des années 90 », raconte le réalisateur. « Depuis, j’ai suivi les différentes tentatives d’en tirer un film, chacune se soldant finalement par un abandon. » (1) Le concept de Benjamin Button se rattache à une thématique majeure de la littérature et du cinéma fantastiques : les amours impossibles entre deux êtres qui ne sont pas soumis aux mêmes lois physiques ou biologiques. Le cas de Benjamin Button et de la belle Daisy présente de fait des similitudes avec le dilemme posé par Highlander. Ici, les amoureux ne vieillissent pas à la même allure par les caprices d’une étrange inversion du temps : abandonné à la naissance, un bébé présente les caractéristiques physiques d’un homme de 80 ans et rajeunit graduellement au lieu de vieillir. Son appréhension du monde est forcément altérée par cette « vie à reculons », et les choses se compliquent lorsqu’il tombe amoureux. Comment construire une vie de couple épanouie lorsque les deux êtres qui s’aiment n’empruntent pas la même trajectoire ?

Toute la complexité de cette situation est remarquablement résumée par le slogan du film : « Pour eux, la vie n’a pas le même sens ». Le mot « sens » est évidemment à considérer ici sous ses deux définitions : signification et direction. A travers le destin incroyable de son héros et les conflits qu’il vit, le septième long-métrage de David Fincher trace tout un pan de l’histoire des Etats-Unis. Cette dualité entre le portrait intimiste et l’arrière-plan épique n’est pas sans évoquer les pérégrinations de Tom Hanks dans Forrest Gump. Ce n’est pas tout à fait fortuit, dans la mesure où le scénariste Eric Roth a écrit les deux films. Une réplique de Queenie, la mère adoptive de Benjamin Button, semble d’ailleurs jeter volontairement un pont entre les deux films : « Tu ne sais jamais ce qui peut t’arriver dans la vie ». Par ailleurs, si le titre L’Étrange histoire de Benjamin Button sonne un peu comme Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain, ce n’est probablement pas non plus le fruit du hasard. Plusieurs correspondances avec l’univers filmique de Jean-Pierre Jeunet viennent en effet émailler le récit, à travers une série de petites histoires secondaires et souvent loufoques soutenues par une voix off et illustrées par de fausses images d’archive.

« Pour eux, la vie n'a pas le même sens… »

Le plus étonnant, dans L’Étrange histoire de Benjamin Button, est probablement le fait que les spectateurs l’appréhenderont comme une histoire réelle, faisant abstraction de son postulat pourtant ouvertement fantastique. La condition unique de son héros, sa naissance monstrueuse, son vieillissement inversé sont acceptés sans réserves, sans la nécessité d’une moindre explication médicale. A l’unisson, les effets spéciaux révolutionnaires, combinaison époustouflante de maquillages prosthétiques et d’effets visuels, s’immiscent en toute discrétion dans le film. « Je m’étais toujours juré de ne pas faire de film avec des prothèses sur le visage », raconte Brad Pitt. « Mais finalement, l’expérience était mois désagréable que prévu. Nous nous sommes assurés que le visage restait mobile et que je puisse conserver mes expressions. Le plus pénible était de se faire engluer le visage à trois heures du matin tous les jours ! » (2) Le génie de Fincher aura été d’user ces trucages fabuleux sans la moindre ostentation, effaçant lui-même ses effets de style pour mieux servir son histoire.


(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2009

 

© Gilles Penso

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